Bonjour à vous qui, dans le maelström du net, êtes arrivés, par hasard? lassitude? erreur? sur ce blog. Vous êtes les bienvenus. Vous y lirez des extraits d'articles, de pensées, d'interviews, piochés ça et là, et illustrés de photos et dessins détournés, via un humour de bon aloi. Vous pouvez évidemment réagir avec le même humour, la même ironie que nous mettons, chaque jour, à tenter de respirer un peu plus librement dans une société qui se corsète chaque fois un peu plus.
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mardi 23 septembre 2014

"On trouva dans cette mallette diplomatique des serviettes de bain encore humides". Jacques Damboise in "Pensées à contre-pet".

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Pensées pour nous-mêmes:

(AGIS SANS T'AGITER)

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(Cette fille qui me tournait le dos,
que voulait-elle me dire?)

(Source : aberrantbeauty)

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(Tenue parfaite destinée aux prisonnières
étrangères aux States)

cfete.fr

Mon périple aux Etats-Unis :
deux mois en centre de rétention

Sophia Dhara, voyageuse
   (...) Sophia se définit comme une « voyageuse » : depuis quelques années, elle profite de ses économies pour parcourir le monde. Le Programme d’exemption de visa (VWP) qu’elle avait permet, sous certaines conditions, aux ressortissants de 38 pays de se rendre sans visa aux Etats-Unis pour un voyage touristique ou d’affaires de 90 jours maximum.

   En mai dernier, parce que Sophia méconnaît les règles de son autorisation provisoire de séjour, elle est arrêtée à la frontière mexico-américaine alors qu’elle tente de rentrer aux Etats-Unis. Elle passe plus de deux mois en centre de rétention à El Paso, au TexasSi Sophia ne conteste pas la cause de son arrestation, elle est profondément choquée par les conditions de sa détention et leur disproportion en regard de son infraction. Son ami Laurent Ben Kemoun nous a alerté sur sa situation. 

Mathilde Goupil

   Le 25 mai, alors que je regagne les Etats-Unis après une journée passée à Tijuana au Mexique, ma demande d’entrée sur le territoire au titre du Programme d’exemption de visa (VWP, « Visa Waiver Program ») se voit refusée à la frontière mexico-américaineEffectivement, j’ai loué une voiture pour faire l’aller-retour Los Angeles-Tijuana dans la journée. J’avais fait de même depuis San Diego trois mois auparavant. Française voyageant en Amérique du Nord (Canada et Etats-Unis), je sors du territoire en croyant renouveler ainsi mon autorisation à voyager dans le cadre du VWP. (...)

   (...) A la frontière ce jour-là, on me dit qu’il m’aurait fallu rentrer en France avant de revenir aux Etats-Unis. Que j’ai eu de la chance précédemment. « Mais pas cette fois ! » gloussent les officiers américains fièrement. Ils vont même jusqu’à s’en taper cinq, sans omettre l’accolade pour se congratuler. Je suis arrêtée et placée en rétention administrative, avant d’être renvoyée en France. Le motif ? Mon départ du pays n’est pas « significatif ».(...)

   (...) Je suis d’abord retenue quatre jours à la frontière avec une vingtaine de femmes sud-américaines. Black-out total. Quatre jours à dormir par terre, dans un froid de canard, les unes sur les autres, sans voir la lumière naturelle ni sentir la température réelleAveuglées par les néons toujours allumés, réveillées toutes les deux heures minimum par l’appel de nos noms criés, avec l’ordre de nous lever et de plier nos couvertures pleines de poux et de puces.

   Quatre jours sans prendre de douche, sans se brosser les dents, sans avoir la possibilité de sortir marcher ou de téléphoner à quiconque. Nous faisons nos besoins là, offrant nos odeurs intimes à toute la cellule. L’interrogatoire auquel j’ai droit est expédié, bâclé : on m’invite à ne PAS relire et à signer.

   Après ces quatre jours interminables, nous sommes envoyées au centre de San Diego. A l’arrivée, on nous apprend qu’il est plein. Un avion doit alors nous emmener à El Paso, au Texas. En attendant à San Diego, nous pouvons téléphoner, mais seulement aux Etats-Unis. Et si on connaît le numéro par cœur. Ça n’est pas mon cas. Mes proches ne savent donc toujours pas que j’ai été arrêtée. (...)

   (...) Il faut attendre la fin de la journée et toute la soirée pour partir. Cela ne me surprend même plus. Depuis mon arrestation, j’ai une nouvelle perception de l’espace-temps. Ici, tout prend des heures, voire des jours. Une journée en paraît trois car elle n’est faite que d’attente. Et on en sait le moins possible. Nous patientons dans des sortes de cages. On ose nous prendre en photo dans cet état. Cette fois, nous avons droit à un long questionnaire détaillé demandant jusqu’à notre orientation sexuelle.

   L’attente se poursuit jusque sur la piste de l’aéroport, dans une camionnette, menottées aux pieds, à la taille et aux mains. Coincées, têtes baissées, empêchées. Il faut ensuite se diriger vers l’avion avec toutes ces chaînes. Chaque pas en avant est retenu par la ferraille. Chaque mouvement blesse la chair, la peau, l’os. Tout est si lent, si éprouvant. Se sentir criminel est troublant.

   Et il y a les fouilles toujours, systématiquement. A chaque entrée, à chaque sortie, à chaque déplacement. Se faire tâter de la tête aux pieds devient routinier. Tout comme faire la queue, pour tout, partout, tout le temps, constamment. Pour moi, ce fut d’abord humiliant, puis juste navrant, et finalement marrant – à part quand certaines « miss », nos gardiennes, se permettent des mouvements déplacés. (...) 

   A El Paso, il faut une nouvelle nuit et une matinée entière pour nous enregistrer. Nous laissons nos habits de ville pour des sous-vêtements blancs et un uniforme bleu marine. Nous découvrons nos hangars respectifs, rejoignant l’un ou l’autre groupes de 50 femmes, emplissant les derniers lits disponibles. Je passe finalement mon premier coup de fil, une semaine après mon arrestation. Heureusement, j’ai de l’argent sur moi. En deux mois, et grâce à mes dévoués parents, j’investirai plus de 300 dollars dans mes communications (1 dollar/min sur un portable français).

   Seule touriste, je suis un ovni. Autour de moi, des immigrantes sans-papiers, illégales. Elles viennent demander l’asile politique, fuyant la violence de leur pays ou de leur entourage. Certaines sont venues rejoindre leur famille aux Etats-Unis sans même un visa. Elles ne parlent pas anglais. Ici, on ne parle qu’espagnol. Même la majorité des « miss » sont hispanophones.

   Elles attendent de passer devant le juge plusieurs fois, pendant des semaines, des mois. La plupart seront expulsées malgré l’argent déboursé et les efforts déployés. Cela sera systématiquement le cas pour celles qui abandonnent leur sort entre les mains de Dieu, le seul avocat en qui elles croient. (...)

   (...) Je décide d’éplucher le règlement, de lire toute la documentation disponible pour connaître mes droits. Comme il est impossible de rencontrer les officiers de l’immigration, je me mets à leur écrire et reçois des réponses succinctes et évasives au bout de plusieurs jours. Cela inspire quelques autres détenues à faire de même, mais pour la majeure partie d’entre elles, je deviens une gêne. Mes démarches sont perçues comme des rebellions. Les autres femmes comprennent qu’il vaut mieux m’éviter pour ne pas se mettre les « miss » à dos.

   On nous envoie visionner « Know your rights » [« Connaître vos droits »]... en espagnol. Je demande à plusieurs reprises à voir la vidéo en anglais. Après bien des essais, je finis par obtenir gain de cause. Et là, seulement, j’apprends que je n’ai aucun droit. Le VWP est strictement réglementé et tout candidat au départ s’engage à renoncer à ses droits de défense [lire ci-dessous]. Je n’aurai même pas le droit à un départ volontaire. Juste celui d’attendre mon expulsion pour la France. Mais pourquoi alors ne suis-je pas déjà partie ? Mon ami juge Laurent Ben Kemoun fait des pieds et des mains pour accélérer le processus. Il s’adresse aux meilleurs avocats et même à un ancien ministre, aujourd’hui député des Français établis en Amérique du Nord... Rien n’y fait. (...) 

   (...) Je ne suis plus citoyenne française. Je suis la propriété du centre de rétention d’El Paso, comme mes nouveaux papiers d’identité le prouvent. A mon arrivée, on m’a en effet retiré tous mes biens et créé une nouvelle carte d’identité avec ma photo et mon « alien number » (numéro d’étranger). (...)  Telle est l’absurdité du contrat passé entre l’Europe et les Etats-Unis concernant le « fameux » VWP. En cas d’arrestation, le touriste européen se retrouve totalement démuni et impuissant, à la merci totale des autorités américaines qui peuvent faire ce que bon leur semble. Aucun droit, aucun soutien, aucun moyen d’expression ou de défense, aucun autre choix possible que d’attendre une expulsion qui traîne en longueur.

   C’est pour cela qu’il me semble primordial que les autorités européennes révisent leur accord avec les Etats-Unis. L’expulsion doit s’effectuer dans un laps de temps limité, idéalement une à deux semaines. Personne ne devrait vivre ce qu’un immigrant illégal subit aujourd’hui. Je suis finalement rentrée en France il y a un mois, avec mes derniers biens : les vêtements que je portais le jour de mon arrestation et ma petite trousse de toilette.

   En plus de ces presque deux mois et demi d’aventure texane – qui en paraissent six au bas mot –, je suis bonne pour une interdiction de remettre les pieds aux Etats-Unis pendant cinq ans. Le loueur de ma voiture d’occasion en a profité pour s’en mettre plein les poches en encaissant 700 dollars pour le retard, et impossible de récupérer mes bagages à Los Angeles et à Montréal… Soit.

   J’ai la chance d’avoir des amis qui m’hébergent tour à tour, qui m’offrent des vêtements et même de l’argent. Repartir de moins de zéro ne me fait pas peur car je suis pleine d’une nouvelle force. Et je suis libre ! Aujourd’hui, j’en viens même à être reconnaissante pour cette occasion de profonde intimité avec moi-même, car j’en ressors grandie et réveillée. Et je sens plus que jamais le besoin de témoigner par l’écriture. Voilà les réelles traces de mon expérience.

QUELS DROITS AVEC LE VWP ?

   Contacté, le consulat général de France à Houston (Texas) qui a suivi le cas de Sophia, nous confirme qu’il y avait peu à faire. Lorsqu’un voyageur souscrit à l’autorisation Esta, obligatoire pour voyager aux Etats-Unis avec le VWP, il renonce à son droit à faire appel de la décision de non-admission sur le sol américain, y compris lorsque cette non-admission prend la forme d’une expulsion. S’il peut demander conseil à un avocat, il ne peut être représenté devant un juge d’immigration, contrairement au détenteur d’un visa.

   Quant aux délais d’expulsion vers le pays d’origine, le cas de Sophia n’est pas si étonnant que ça selon une responsable du consulat, puisqu’il faut compter « environ six semaines entre l’arrestation et l’expulsion ». Un laps de temps qui s’explique notamment par les règles de compagnies aériennes qui limitent le nombre de sièges pouvant être octroyés à des personnes expulsées dans chacun de leurs vols. M.C.

LES DEUX ERREURS

   Sophia a commis deux erreurs :

   / la première était de penser qu’une visite hors des Etats-Unis remettait les compteurs à zéro. S’il est possible de voyager dans les pays frontaliers des Etats-Unis avec le VWP, ces voyages sont comptabilisés dans les 90 jours autorisés par l’exemption de visa ;

   / la seconde était de supposer que le VWP était renouvelable. Entre août 2013 et mai 2014 (la durée de son voyage en Amérique du Nord), Sophia bénéficie par deux fois du VWP, et fait la demande pour une troisième autorisation le jour de son arrestation. Or, le VWP limite la présence sur le territoire américain à 90 jours sur les 180 derniers jours. Sophia, qui a dépassé le nombre de jours autorisés, aurait ainsi dû attendre trois nouveaux mois pour pouvoir redemander une exemption de visa. M.C.


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"Oh, regarde! L'ancien Résident porte des
slips Egoman... Exactement comme le nouveau..."


(Source : hagakuremarco1)

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Luc Desle

jeudi 7 février 2013

"M'man, M'man, est-ce qu'il pétait, Jésus? Oui, Ma Fille, mais ça ne sentait pas". Jacques Damboise in "Pensées de mes Voisins".

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Pensées par nous-mêmes:

(SUIS TON CHEMIN,
PAS CELUI DE TON VOISIN)

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(Soldat attendant son départ pour l'Afrique Occidentale Française)


L'Europe est peut-être 
la dernière superpuissance (sans rire)
Anne Applebaum

  (...) Ne riez pas! Je me rends bien compte qu’il y a un an encore, une telle déclaration aurait paru absurde. Je n’aurais certainement pas pu l’écrire au lendemain de l’opération libyenne de 2011, au cours de laquelle la France, la Grande-Bretagne et une dizaine d’autres nations se sont montrées à peine capables de soutenir une guerre rapide, qui n’impliquait aucun soldat sur le terrain, contre un régime impopulaire et mal armé. Des rapports qui n’ont pas été vérifiés exposaient à l’époque que les Français, à cours de bombes, en étaient réduits à larguer à la place des blocs de béton. Sans les renseignements et la coordination fournis par les navires de guerre, les avions américains et la CIA, les avions français n’auraient même pas su où les lâcher.(...)

   (...) Et pourtant nous voilà en 2013, à regarder les forces aériennes et les soldats français venir à la rescousse du gouvernement du Mali autrefois démocratique [avant le coup d’Etat militaire de mars 2012, NDT], luttant pour sa survie contre une insurrection d’islamistes fanatiques. En outre, cette intervention française jouit (pour le moment) d’un vaste soutien national. Bien que la logistique des opérations, leur préparation et leurs objectifs finaux aient fait l’objet de diverses critiques publiques, presque personne en France ne remet en question la nécessité d’une intervention. Presque personne ne demande même «Pourquoi la France?». 

   Les Français éprouvent un sentiment postcolonial particulier à l’égard de l’Afrique francophone (ainsi que, à en croire un ami à moi, envers la musique malienne) où ils sont intervenus militairement plus de 40 fois depuis 1960.

   Mais cette fois, le contexte est différent. L’objectif n’est pas (pas entièrement en tout cas) de mettre en place un régime fantoche pro-français mais de bloquer l’avancée d’al-Qaida au Maghreb islamique(Aqmi), cette organisation violente qui alimente l’insurrection malienne, également responsable de la prise d’otages d’un complexe gazier algérien à la mi-janvier.

   En d’autres termes, les Français sont au Mali pour combattre une organisation terroriste internationale susceptible de faire des dégâts dans toute l’Afrique du Nord et peut-être même au-delà. Il n’y a pas si longtemps, ce genre d’organisation terroriste internationale déclenchait des réunions d’organisation urgentes au Pentagone.

   Aujourd’hui les Français ont du mal à convaincre Washington d’y prêter un minimum d’attention. Quelques avions cargos américains ont récemment aidé à transporter des soldats français dans la région mais, peut-on lire dans Le Figaro, les Américains ont d’abord demandé aux Français de payer ce service –«une demande sans précédent»– avant d’accepter à contrecœur d’apporter leur aide.(...)

(...) Mais d'autres Européens proposent de l'argent et des soldats. L'Union européenne a autorisé les financements servant à former les soldats africains qui viendront en aide au Mali –et elle a davantage d’expérience que vous ne le pensez. Bien loin des yeux du public, les forces de l’Union européenne ont attaqué des bases de pirates sur la côte somalienne au printemps dernier –avec succès. «Ils ont réduit notre équipement en cendres», a confié à l’Associated Press un homme décrit comme un «commandant pirate». En tout, l’Union européenne est intervenue militairement dans plus d’une vingtaine de conflits. Pas encore autant que les Français depuis les années 1960, mais on y arrive.

   Il faudra franchir un certain nombre d’obstacles avant que l’UE ne devienne le gendarme du monde. Même si la somme des armées de ses pays membres en fait la deuxième plus grande puissance militaire mondiale, cela ne suffira tout de même pas pour tenir dans un conflit durable d’aucune sorte.(...)

Lire sur:

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"Il a dit murs trompeurs?
- Meuh non , il ne parle pas de celui-là...
- Ah bon, tu me rassures..."


Les murs trompeurs d’Israël
Emmanuel Riondé

   (...) Une visite du Map centre sur le site de l’Ocha permet de bien se représenter l’importance de ces murs que l’Etat d’Israël ne cesse d’ériger entre lui et ses voisins. La légende de la carte consacrée aux zone d’accès restreints à la bande de Gaza (établie en décembre 2011), par exemple, dévoile toute une poétique de l’enfermement. Les points de passage (crossing points) recensés y sont « ouverts », « fermés mais ouverts dans des cas exceptionnels » ou « fermés » ; les zones fermées et d’accès restreint (closed and restricted areas) sont soit « à haut risque » soit des « zones d’exclusion de 500 mètres » ; les clôtures et barrières (fences and barriers) sont des « murs de bétons » ou des « doubles clôtures électrifiées avec tours de contrôle » ; on trouve aussi trace, en mer, des « limites effectives des zones de pêche ». Tout cela serrant au plus près un territoire long de 40 km sur 10 et dont Israël s’est retiré unilatéralement en 2005.

   Pas besoin d’avoir fait 25 ans de psychanalyse pour saisir la métaphore évidente, d’enfermement sur soi et de peur de l’autre de la société israélienne, qu’offre cette frénésie de muraille [3]. Les dirigeants israéliens, eux, convoquent systématiquement des motifs sécuritaires pour légitimiser ces séparations hérissées de miradors avec drapeau israélien flottant au vent et soldats en armes. Mais le coût du petit bout de mur construit au printemps dernier à la frontière libanaise (13 millions de shekels soit 2,6 millions d’Euros) nous rappelle surtout qu’il ne faut pas perdre de vue l’économie politique des murs d’Israël ; « Pour comprendre les motivations économiques des groupes sociaux dominants en Israël, il faut prendre en compte deux facteurs : leurs intérêts économiques et les capacités et incapacités militaires à contrôler les frontières », écrit l’universitaire Lev Luis Grinberg qui rappelle « la primauté de l’intérêt économique de groupes économiques israéliens puissants dans le maintien de l’occupation et de l’étranglement de l’économie palestinienne » [4]. 

   Un étranglement au service duquel les « murs de protection » et autres « barrières de sécurité » prétendument érigés contre des « agents du jihad mondial » terrés à Damas, Gaza, Naplouse ou au Sud-Liban, sont des outils terriblement efficaces. Grinberg : « Si les Palestiniens avaient la liberté d’importer des marchandises bon marché à Gaza et s’ils étaient autorisés à les vendre en Cisjordanie, on pourrait s’attendre à ce que ces marchandises soient facilement passées en contrebande en Israël. C’est la raison pour laquelle Israël a imposé ces enveloppes strangulatoires : pour éviter les dommages potentiels que pourrait causer l’entrée illégale de produits bon marché sur le marché israélien, après avoir été importés légalement par les Palestiniens. »

   A méditer alors que, à deux semaines du scrutin législatif du 22 janvier en Israël, le parti nationaliste religieux Habayit Hayehoudi - Le Foyer juif - grimpe dans les sondages. Il est dirigé par Naftali Bennett, un homme qui défend un plan visant notamment à annexer toute la zone C palestinienne. Soit 61 % de la Cisjordanie. Un plan qui va dans le sens de la création, à terme, de bantoustans économiques palestiniens à laquelle aspirent bien des dirigeants politiques israéliens, à l’instar de ce nouveau venu sur le devant de la scène politique : un homme d’affaire quadragénaire, ex-commando, millionnaire et fervent défenseur de la colonisation. Les trois facettes - militaire, économique, politique - du « success story » suicidaire des murs qu’Israël bâtit un peu partout depuis dix ans.

[3] Lire Les emmurés la société israélienne dans l’impasse de Sylvain Cypel. Ed. la découverte, 2006.

[4] Lire son article « Discours économiques et construction des frontières dans l’espace israélo-palestinien depuis 1967 » dans l’ouvrage A l’ombre du mur Israéliens et Palestiniens entre séparation et occupation, sous la direction de Stéphanie Latte Abdallah et Cédric Parizot. Ed. Actes Sud, 2011.

Lire sur:

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Benoît Barvin