Bonjour à vous qui, dans le maelström du net, êtes arrivés, par hasard? lassitude? erreur? sur ce blog. Vous êtes les bienvenus. Vous y lirez des extraits d'articles, de pensées, d'interviews, piochés ça et là, et illustrés de photos et dessins détournés, via un humour de bon aloi. Vous pouvez évidemment réagir avec le même humour, la même ironie que nous mettons, chaque jour, à tenter de respirer un peu plus librement dans une société qui se corsète chaque fois un peu plus.
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lundi 11 novembre 2013

"Après une dure journée de travail, le Bourreau aimait se délasser dans son Spa personnel". Jacques Damboise in "Pensées à contre-pet".

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Pensées pour nous-mêmes:

(LAISSE TES CERTITUDES
AU VESTIAIRE)


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Nouveau court récit au long cours (10)

LE LIBÉRÉ 
DU 
CLUB MAD

   Daniel raconte son passé de militant anti-capitaliste à une Rachel, de plus de vingt ans sa cadette, qui l'écoute avec attention.



   Rachel grignote une corne de croissant. Elle regarde Daniel sans ciller.

   - C’est bien ce que je pensais. Vous êtes en définitive inclassable, si l’on fait abstraction du diagnostic médical qui a dû être établi. A ce sujet, quel est votre statut ?

   - Je ne me souviens plus de leur jargon. Cela demeure flou. Je suis juste persuadé d’une chose : je suis ici en mission. Pour qui, pour quoi, C’est vague.

    - On vous aura certainement prescrit des médicaments ?

   - Cela est plus que certain. Ils sont sûrement dans mes bagages. Mais, je ne risque pas de les prendre. Ce n’est pas mon truc

    - C’est tout de même bien vous qui avez souhaité revenir voir Corfou ? De cela, vous vous souvenez ?

   Daniel nage dans l’imprécision aussi bien que dans la grande bleu. Rachel va penser qu’il est fou à lier

    - Vous savez, j’ai fait pas mal de stages en psychiatrie et vous ne me paraissez pas atteint neurologiquement. Il y a que la vie a de quoi rendre dingues les plus sensibles. Je vais avoir trente quatre ans en août et …

   Daniel est surpris et cela doit se voir. Rachel lui semble tellement jeune. C’est l’effet des ans sur lui. Il mesure mal le décalage.

   - Cela vous étonne ? C’est normal, j’ai gardé un air de gamine et de plus la néo-adolescence se prolonge bien tard maintenant. Donc, depuis mes dix-huit ans, je suis passée de la fac de Lettres en petits jobs, de période de chômage en plages RMIstes, pour finir en formation de reclassement. J’ai eu la chance de pouvoir choisir un cursus assez long ce qui m’a permis d’étudier jusqu’à maintenant. Etudier, c’est ma drogue à moi. Et ce que j’aime plus encore, c’est regarder, pas pour peindre, ni photographier, j’ai horreur de mettre en boîte, mais pour le plaisir d’observer. 

   En fait, tout ce que j’ai appris, c’est pour mieux l’oublier. Au fond, je veux juste être une passante. C’est cela qui me plaît vraiment. Même si ce que je vois me hérisse souvent et me déchire. Vous voyez, pour quelqu’un qui n’aime pas mettre en boîte, c’est réussi, j’ai la tronche prête à éclater et je n’arrive même pas à vider ma boîte crânienne.

   - C’est la difficulté majeure que rencontre le passant dégagé des contingences, état somme toute très confortable, que d’apprendre à ne pas être touché, à faire abstraction de ce qui dérange pour ne sélectionner que des « morceaux choisis », et pour finir, passer à autre chose sans regret.

   Il repousse les tasses pleines de pelures d’oranges. Les moineaux emportent des restes de brioche. Le matin, les tables ne sont pas desservies au fur et à mesure. Ca fait désordre mais on y gagne en tranquillité. De toutes façons, il n’aime pas lorsqu’il y a trop de personnel de service. Oui, c’est paradoxal, compte tenu de son trajet, d’être venu dans ce Club où, comme le disent toutes les réclames, il est là pour être servi et pris en charge.

   - Rachel, tu penses comme moi que l’on est tous plus ou moins dérangés ?

   - C’est pour moi une évidence. Nous sommes des rangés dérangés, comme nous le rabâchait un de mes profs. Pour lui, les individus appartenant à la masse, ont été rangés, non seulement dans des catégories socio-professionnelles déterminées, mais encore, ce qui est plus grave, dans une vie dépourvue d’intérêt et pétrie de morales en tout genre. Ce que l’on appelle généralement une vie bien rangée, dont l’insipidité et l’insignifiance ne peuvent que conduire au dérèglement de la personnalité. On devient dérangés pour de bon et il n’est pas exclu qu’on ne nous y encourage pas. Regardez ce qui se passe ici. On dirait que les jeunes en vacances ne peuvent plus vivre sans ingurgiter des décibels à tout va. N’y a-t-il pas là-derrière une volonté de les abrutir ou de les détourner des sujets essentiels.

   - C’est une théorie qui se tient. Mais cela n’explique pas pourquoi ?

   - J’ai quelques intuitions à ce sujet, comme bien d’autres qui se sont penchés sur la question. Même vous, vous savez. Mais parfois, je me demande à quoi cela sert d’avoir compris. Qu’est-ce que cela change pour nous et pour le monde

   - Oh, Rachel ! C’est bien vaste le monde. Small is beautiful. Aussi, j’ai encore quelques illusions quant à notre pouvoir d’intervention sur les petites choses qui demeurent à notre portée.

   - Moi aussi Daniel, je cultive ces illusions, et c’est peut-être grand dommage. En tout cas, j’ai très envie de savoir ce qui secouait tant la presqu’île hier soir.

   - A mon avis, il faut aller voir les installations du night et aussi le système d’épuration des eaux. Ca ne peut venir que de là

   L’allée principale est jonchée de canettes, de papiers. Des gars du coin en tenue de travail récupèrent tous ces immondices. Autour de la discothèque, c’est tout un arsenal de jets d’eau et de balayeuses. Du jamais vu !

   - C’est le grand jeu ! On se croirait au stade de France ! Va demander ce qui s’est passé. Je t’attends au panorama.

   Il est préférable qu’il se tienne à l’écart. Il a beau se sentir jeune physiquement, les autres le perçoivent comme un ancêtre, et un ancêtre ne s’intéresse pas aux manifestations de foule.

   Vu le dérangement, il y a eu du monde par ici cette nuit. Pourtant, passée une heure, la sono du bar s’est arrêtée et après il y a eu le silence et cet inquiétant grondement. Ce sont peut-être les Dieux de l’Olympe qui se sont ébroués, ou qui se sont mobilisés pour trouver une parade aux exactions humaines ? Qui sait ?… Rachel revient vers Daniel, d’un pas rapide.

   - En fait, d’après ce que j’ai compris, le Village d’Ipsos invite presque tous les soirs de la semaine ceux des Clubs environnants, moyennant un prix d’entrée amical, pour une immense Grave-party, non pas dans ce que vous m’avez montré hier, mais dans un sous-sol sous la grange, cette dernière n’étant que le hall d’entrée de la véritable discothèque. C’est la cloison du fond qui coulisse et, derrière, j’ai vu un large escalier qui descend. Ca vaut le coup d’œil ! Mais pour visiter, il faudra attendre minuit, quand l’équipe-son se mettra en place. Le matin, ils nettoient et l’aprèm, seule la grange reste ouverte. Pour le reste et pendant la journée, entrée interdite à toute personne étrangère au service.

   - Nous irons voir ça cette nuit. Je n’arrive pas à croire qu’ils aient pu creuser là-dessous, et, surtout, qu’ils aient pu obtenir les permis de construire. Les autorités grecques étaient très vigilantes dans le temps.

   - En attendant, il faudrait demander si nous pouvons obtenir des cases loin du bruit et des secousses.

   L’Accueil se réveille à peine. Pour changer de cases, il faut l’accord du planning. Celui-ci, interrogé, répond que le Village est au complet. L’hôtesse ne leur demande même pas pourquoi ils souhaitent quitter leurs cases. Visiblement, elle s’en fout. Et pourtant, elle pourrait montrer quelque admiration ou étonnement vis à vis de Rachel qui lui a parlé en grec. Daniel, lui, n’en revient pas.

   - Mais tu parles le grec couramment ?

   - Oui, presque. J’avais pris une option langue pendant ces dernières années de fac et je me suis passionnée pour ces sonorités chantantes. C’est aussi un peu pour cela que j’ai opté pour des vacances à Corfou.

   - Eh bien félicitations ! A côté de toi, je baragouine. Pour ce qui est de nos nuits, la solution est toute trouvée. On continuera à squatter le ponton. Et si le temps vire, on investira la guérite.

(A Suivre)


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(Ce terroriste, recherché par tous les services secrets,
avait trouvé une cachette très discrète...)



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"Bonjour, Messieurs, nous venons pour l'annonce de recrutement
de fossoyeurs professionnels..."


ALLEMAGNE
Croque-mort, un métier d'avenir

ARNAUD GUIGUITANT


   (...) Au cimetière d'apprentissage de l'académie Theo-Remmertz, située à Münnerstadt en pleine campagne bavaroise (Allemagne), une quinzaine d'élèves suivent ce matin-là d'octobre un cours très particulier: apprendre à creuser une tombe. Avec sa pelle et sa combinaison de travail, Fabian, 26 ans, met du cœur à l'ouvrage pour terminer son exercice. 

   "C'est physique et plutôt technique, confie le jeune homme, scolarisé depuis un an dans cette école formant aux métiers des pompes funèbres. On doit travailler vite et s'appliquer pour ne pas salir les tombes voisines". Mitoyen du cimetière communal et de son église, l'endroit abrite une vingtaine de sépultures. Plus vraies que nature, ces tombes sont pourtant toutes factices, des épitaphes jusqu'aux caveaux laissés vides. "L'objectif de ce cours n'est pas de simuler des enterrements, mais d'enseigner les techniques d'excavation, la conduite d'engins de terrassement ou le maçonnage de pierres tombales. On apprend à nos étudiants à être opérationnels le jour d'une cérémonie", souligne le professeur, Wilhem Lautenbach. (...)

   Fondé en 2005, l'établissement forme chaque année plus de 500 apprentis croque-morts âgés entre 18 et 40 ans. Durant trois ans, entre stages en entreprises et cours à l'école, ils vont apprendre à fabriquer des cercueils, creuser des tombes, nettoyer et embaumer des morts, organiser des obsèques, rédiger des avis de décès ou accompagner des familles endeuillées. "Avant l'ouverture de cette académie, il n'y avait pas de formations spécifiques à part celles dispensées dans les entreprises, explique la directrice Rosina Eckert. Nous donnons à nos élèves les moyens de réussir. La plupart trouvent d'ailleurs du travail après leur formation." 

   C'est le cas de Fabian, l'apprenti qui s'entraînait tout à l'heure à creuser une tombe au cimetière d'apprentissage. Une fois son diplôme en poche, il décrochera son premier emploi de croque-mort: "Mon maître de stage m'a déjà promis de m'embaucher dans son entreprise après ma formation", se félicite- t-il. Ancien étudiant en sociologie, il a tout arrêté car "les perspectives de trouver un emploi dans le social étaient mauvaises, poursuit-il. Dans les pompes funèbres au moins, il y aura toujours du travail". 

   En poussant la porte d'une classe, on découvre une quinzaine d'élèves, appliqués à fabriquer des cercueils. L'exercice du jour consiste à capitonner, sceller et poser les poignées. Les élèves ont une heure. "Agrafe plus fermement ton ruban sur le bois pour qu'il n'y ait pas de pli et tapisse mieux le tissu sur les parois", conseille le professeur, Steffen Queitsch, à Katharina, 30 ans. "C'est la première fois que je fais ça", sourit cette ancienne assistante dentaire venue de Munich. Encore hésitante dans la manipulation des outils, elle a décidé de changer de vie. "Je tente cette reconversion professionnelle car je recherche un secteur qui recrute. En Allemagne, le taux de mortalité est plus élevé que celui des naissances (863 000 décès en 2012 pour 671 000 naissances, ndlr). Les entreprises ont donc besoin d'employés", dit-elle. (...)

   Dans la classe d'à côté règne une tout autre ambiance. Plus solennelle. Une vingtaine d'élèves assistent à un cours de décoration... de cercueils. Leur enseignante leur explique le sujet: "Vous avez 40 minutes pour créer une atmosphère en rapport avec la personnalité d'un défunt. Soyez créatifs", expose Bianca Nicklaus. L'exercice a lieu dans la chapelle de l'école, un endroit austère avec murs gris et bancs d'église, spécialement créé pour simuler des obsèques. Parmi les apprentis, il y a Saskia, 20 ans, élève en deuxième année, petite-fille de croque-mort, pompier volontaire, "habituée à côtoyer la mort et la douleur des gens", reconnaît-elle. 

    Avec ses camarades, elle se rue sur le matériel nécessaire pour l'exercice, stocké dans une salle attenante à la chapelle. A l'intérieur d'une véritable caverne mortuaire d'Ali Baba, elle se sert en cercueil, en chandeliers, en cierges, en angelots et en couronnes de fleurs artificielles... "On doit réaliser un décor harmonieux et qui plaise à la famille", conclut Saskia, qui sait que bientôt, elle organisera de vraies obsèques. 

   A la pause de midi, les élèves se retrouvent tous à la cantine de l'établissement. Certains ont même gardé leur costume noir de croque-mort, obligatoire en cours de psychologie du deuil. L'ambiance est bon enfant. Inscrits en dernière année, Damon, 21 ans, et Maximilian, 22 ans, ont eux passé leur matinée dans la salle d'hygiène de l'école, une pièce aux fenêtres opaques, à l'intérieur de laquelle les élèves manipulent des défunts ayant fait don de leur corps à la science. Sans cadavre ce jour-là, ils se sont exercés sur un mannequin pour savoir le porter, le déshabiller, le laver et le maquiller. 

   Parmi les spécialités de l'académie, il y a la thanatopraxie ou l'art d'embaumer les morts. "Je n'ai pas peur de travailler avec des morts, confie Damon. La première fois, ça fait bizarre: le corps est raide et froid, il y a une odeur forte. Mais on s'y fait". A table, tous parlent de leur expérience et d'anecdotes funèbres. Tout le monde finira malgré tout son assiette... (...)



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(Ce modèle prenait mieux l'eau que le soleil)




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Luc Desle

jeudi 26 septembre 2013

"Cet homme politique qui parlait de renouveau portait un sonotone". Benoît Barvin in "Pensées pensées".

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Pensées pour nous-mêmes:

(LE VRAI N'EST PAS FORCEMENT 
DÉJÀ ECRIT)

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(L'horrible suceuse de pouce était insatiable)



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"Une Révolution? Pfff...
Donnez-leur un portable, flattez leur Ego,
et que vogue le navire..."


Conrad Veidt

Yannick Haenel, 
« La révolution est une expérience physique »
Entretien, par Clémentine Autain

   (...) / Regards.fr. On n’écrit pas un livre sur l’irruption révolutionnaire par hasard… Qu’est-ce qui vous a conduit à ce récit ? Pourquoi ce livre ? Pourquoi maintenant ?

  -  Yannick Haenel. Je n’aurais pas eu l’idée d’écrire "Les Renards pâles" il y a dix ans. Les rapports de force se sont durcis et il y a eu des choses précises qui m’y ont conduit. J’ai été frappé par le nombre de suicides en entreprise, en France comme en Italie où je vis maintenant. Ces suicides ne sont pas seulement ceux d’employés asservis mais touchent aussi de jeunes chefs d’entreprises. Et puis, un fait divers en Grèce, que l’on retrouve dans mon livre, m’a bouleversé : un clochard qui dormait dans une benne à ordure a été broyé dans une poubelle. C’est le traitement des déchets… humains. J’ai vu l’irracontable qu’il fallait raconter : cette société qui broie et transforme les individus en déchets. J’étais en train d’écrire un livre sur un personnage tentant de reconquérir un sentiment politique. J’écrivais sans idée de suite, une sorte de panorama sur le fait que le rapport à la vie concrète politique relève du dégoût. Un sentiment antipolitique s’est diffusé.

   Dans "Les Renards pâles", le personnage ne sait même pas qu’il y a des élections le jour du vote pour la présidentielle. C’est ce non contact avec la politique que je voulais raconter, et aussi le réveil qui se produit avec des rencontres. Sous Sarkozy, quand je revenais en France alors que je vivais à Rome, mes copains me racontaient des choses terrifiantes sur l’atmosphère, notamment la violence policière, le délire sécuritaire. Le politique s’est dénaturé : il n’exerce plus son pouvoir que dans le contrôle social, l’autoritarisme. Associé au règne du libéralisme économique, il y a une cohérence dont je voulais parler.

   / En vous lisant, j’ai été frappée par la place des corps. « Être là », dites-vous : c’est la présence des corps comme geste politique, à l’instar de ce que revendiquent les Indignés par exemple. Vous parlez aussi de la mémoire, de l’histoire politique, qui « traverse les corps disponibles ». La révolution passe par le corps ?

   - La révolution est une expérience physique. Il s’agit de regagner des forces, celles de l’insurrection possible, par le corps. J’aime beaucoup cette phrase de Walter Benjamin : « Procurer à la révolution les forces de l’ivresse. » C’est la manière dont les corps sont transportés et se rencontrent, d’où la fin du livre qui met en scène une rencontre érotique. Les Indignés ou les Anonymous m’ont évidemment inspiré. Depuis quelques années, brandir un masque est devenu un acte de rébellion. Et pour cause : c’est interdit et les caméras partout nous surveillent !

   Sans slogan, sans mot d’ordre, la présence suffit. Nous sommes dans une période de saturation de la communication qui empêche l’audition : on n’entend plus le discours politique. Donc ce sont les corps des gens qui se rassemblent en silence, qui interpellent. "Les renards pâles" ne disent rien. Mais même sans mot, il y a un sens à se rebeller : le retournement complet des rapports de force. Le fait que des gens qui vivent à la marge de la société se mettent ensemble au centre, occupent le centre (dans mon livre, ils sont place de la Concorde par exemple), c’est déjà la révolution. Ceux qui n’occupent aucune place reconnue prennent la place.

   / Vous semblez faire de la figure du sans-papiers le sujet de l’émancipation aujourd’hui, la figure à caractère universelle. La façon dont vous en parlez m’a fait penser à Alain Badiou. Vous a-t-il inspiré ?

   Je suis d’accord avec cette idée mais j’ai peu lu Badiou, davantage Jacques Rancière. Selon ce dernier, la disparition du prolétaire est remplacée par l’immigré, et a fortiori le sanspapiers. C’est pourquoi les gouvernements tapent particulièrement sur cette population : c’est elle qui pourrait avoir le plus de force insurrectionnelle. Lorsque le champ politique sacrifie des individus, ceux-là ont la possibilité de construire une contre-société, un contre-monde. C’est la société des « sans » : sans-papiers, sans-abri, san semploi. 

   Dans "Les Renards pâles", il n’y a pas de substrat théorique. À travers la déambulation dans Paris, se joue un réveil des mémoires, de la Révolution française, de la Commune. J’ai plus lu Frantz Fanon qu’Alain Badiou. La population masquée que je décris ne se rallie pas autour d’une idéologie mais à partir de gestes simples quotidiens. Ces personnages n’ont pas le temps de lire des livres entiers mais en attrapent des bouts par un nom de rue, des inscriptions sur les murs, des discussions. En 2005, au moment des émeutes en banlieue, événement politique majeur présent dans mon livre, ce sont des bribes qui ont mis le feu aux poudres et non un apprentissage d’école militante.

   / Vous sentez aujourd’hui un climat pré-révolutionnaire ?

   - Toutes les conditions sont là. Mais je suis incapable de dire si la révolution est sur le point d’advenir. Il y a un climat, des bribes. Après… (...)



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"Si la Révolution est proche?
..."


Hertha von Walther in Wilhelm Pabst’s Die freudlose Gasse
 (The street of sorrow), 1925

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Benoît Barvin

mardi 6 novembre 2012

"Il était auto-suffisant, ce type prétentieux". Benoît Barvin in "Pensées pensées".

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Pensées pour nous-mêmes:

(DONNE-TOI DU TEMPS)

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"Le plagiat de Monsieur est avancé...
Il est encore tout chaud..."



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"Alors le loup se met à souffler sur 
la maison en paille et...
- C'est du banal copier-coller...
Mais, bon, comme t'es vieux,
je te pardonne. Continue..."

Les-Invasions-barbares

Un universitaire français 
abuse du copier-coller
Sciences et Avenir

   (...) Jean-Noël Darde est maître de conférences en sciences de l’information et de la communication à l’Université Paris 8. Il est l'auteur du blog : Archéologie du copier-coller.

   SeA : Nous vous avons soumis deux courts extraits du livre de Bernard Andrieu dans lequel nous avons découvert plusieurs plagiats. Quel est votre avis sur ces textes ?

   JND : Ces extraits sont en effet très brefs, mais il n’en reste pas moins que les lecteurs qui ont ces textes sous les yeux sont conduits à penser qu’ils ont été rédigés par l’auteur de l’ouvrage. Ceci, alors que ces phrases paraissent bien empruntées à des textes mis en ligne sur Internet à des dates antérieures à l’édition du livre. On peut donc parler de plagiats, et de plagiats presque au mot pour mot, c’est-à-dire de plagiats serviles. S’ils restent seuls, on parlera de plagiat à dose homéopathique. Mais ils peuvent être aussi des indices qui conduisent à la découverte d’autres cas analogues.

   Même à dose homéopathique, le plagiat reste choquant (nous avons un terme moins élégant...) de la part d’un Professeur d’université. Je note que dès que le plagiat est évoqué à l’Université, il s’agit toujours des « copier-coller » des étudiants. Mais les enseignants-chercheurs sont tout autant concernés. C’est par exemple le cas dans ma propre université, comme je l’explique sur mon blog (Paris 8, Procès et Plagiats).

   SeA : Comment les universités réagissent à ce phénomène ?

   JND : De manière générale, elles réagissent très mal. Elles condamnent unanimement le plagiat mais presque exclusivement celui des étudiants et font généralement mine d’ignorer celui de leurs enseignants-chercheurs. À quelques exceptions près toutefois. Par exemple, l’université de Nantes, qui a été touchée par le plagiat, a pris l’initiative de rédiger un document mettant en garde aussi bien les étudiants que les enseignants-chercheurs. En France, une minorité d’universités ont cette démarche. Maintenant, des déclarations de principe affichées aux actes… Il faut voir cas par cas comment les déclarations, aussi pieuses soient-elles, se traduisent dans les faits concrets de plagiat.

   SeA : Ce qui n’est pas le cas d’Angers en la matière ?

   JND : En termes de déontologie et d’éthique, on peut dire que l’Université d’Angers est à réaction lente. C’est même un cas singulier puisqu’elle se refuse depuis plus de dix ans à annuler une thèse d’un plagiaire qui a pourtant été lourdement condamné en première instance et en appel, condamnation confirmée en 2010 par la Cour de cassation. Le même plagiaire avait soutenu une thèse plagiaire de Santé publique à la faculté de médecine d’Angers et une autre thèse plagiaire à l’Institut d’Éthique (sic) de l’Université Lille 2.

   Plus de deux-cent pages d’une thèse plagiée avait été servilement pillées. Après avoir fait l’autruche plus de dix ans, Lille 2 a annulé « sa » thèse-plagiat en 2012. Mais à Angers, toujours rien ! Le dossier est pourtant depuis plus d’un an entre les mains de la Section disciplinaire, émanation du Conseil d’administration présidé par le Président de l’université. Les membres de la Section disciplinaire se sont profondément endormis sur ce dossier, malgré les interventions de Daniel Tricot, Président de l’association française des docteurs en droit et président honoraire d’une chambre de la Cour de cassation, soucieux de la qualité des thèses soutenues en Droit… Le plus cocasse, est que cette thèse litigieuse avait pour sujet… l’éthique !

   On en apprendra un peu plus sur ce cas de plagiat angevin dans les deux articles Trop d’éthique tue l’éthique [1] et [2].



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"Hummm... Toute cette chair virile...
- Ne pas me laisser distraire...
Rester concentré..."



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"Moi, pour devenir champion,
je me vide... de mes vêtements.
J'irai plus vite comme ça"

Champion-Studios-vintage-beefcake-

Devenir champion, 
c’est dans la tête
Nick Bascom 

   (...) Généralement, les grands athlètes sont vénérés pour leurs prouesses physiques, pas pour leur intelligence. Pourtant, de récentes recherches montrent que le cerveau joue un rôle fondamental dans le sport de haut niveau. Que ce soit sur un court de tennis, un terrain de foot ou une piste d’athlétisme, le corps dépend du cerveau pour se diriger. Mais, comme cet organe très complexe a aussi d’autres fonctions, il a des difficultés à se concentrer sur cette tâche en particulier. 

   Selon John Milton, neuroscientifique aux Claremont Colleges, en Californie, à l’instar des champions d’échecs ou des musiciens virtuoses, les grands athlètes savent activer uniquement la partie du cerveau dont ils ont besoin. “Chez les professionnels, le cerveau est dans son ensemble nettement moins activé, explique-t-il, par contre, certaines connexions sont renforcées.” Autrement dit, les spécialistes n’utilisent que les régions précises du cerveau qui les aident à améliorer leurs performances, sans se laisser submerger par des informations superflues. 

   En analysant les mécanismes du cerveau qui permettent d’exceller en sport, les scientifiques pensent pouvoir améliorer les techniques d’entraînement et les performances des athlètes. En utilisant l’imagerie par résonance magnétique (IRM) fonctionnelle pour observer le flux sanguin cérébral, John Milton et ses collègues ont identifié les zones liées aux capacités motrices de certains sportifs de haut niveau : le lobule pariétal supérieur et les aires prémotrices. Ces régions, deux des centres moteurs du cerveau, dirigent le corps vers un point précis et contrôlent les mouvements complexes. 

   En 2007, Milton et ses collègues publient dans la revue spécialisée NeuroImage les scanners des cerveaux de joueurs de golf professionnels sur le point de frapper la balle : ces deux régions apparaissent très actives. A contrario, l’étude révèle que l’activité du cerveau d’un golfeur débutant qui se prépare pour un swing se disperse davantage. De telles différences d’activité du cerveau montrent que tous les joueurs n’ont pas les mêmes préoccupations. “Les novices pensent à toutes sortes de choses : le vent, la pluie, le sable, explique Milton, alors que le golfeur professionnel frappe juste la balle.

   Quelques chanceux sont dotés génétiquement de cet avantage, mais n’importe qui peut s’entraîner pour l’obtenir. S’entraîner, ce n’est pas seulement façonner sa musculature pour dominer son adversaire, c’est aussi apprendre à faire travailler ses fibres nerveuses et musculaires ensemble pour perfectionner ses mouvements. Selon les scientifiques, les cellules du cerveau appelées neurones miroirs pourraient être ici d’une grande aide.Quand un être humain regarde un autre être humain faire quelque chose, les neurones qui seraient stimulés s’il effectuait lui-même ces gestes sont activés. (...)
Lire sur:

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Luc Desle