Bonjour à vous qui, dans le maelström du net, êtes arrivés, par hasard? lassitude? erreur? sur ce blog. Vous êtes les bienvenus. Vous y lirez des extraits d'articles, de pensées, d'interviews, piochés ça et là, et illustrés de photos et dessins détournés, via un humour de bon aloi. Vous pouvez évidemment réagir avec le même humour, la même ironie que nous mettons, chaque jour, à tenter de respirer un peu plus librement dans une société qui se corsète chaque fois un peu plus.
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lundi 26 mai 2014

"La Bête sentait le fauve, ce qui n'était pas pour déplaire à la Belle, parfois". Benoît Barvin in "Pensées circonstancielles".

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Pensées pour nous-mêmes:

(N'ATTENDS RIEN DE PARTICULIER
DE TA MAIN GAUCHE)

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(Devenu invisible, le Chat botté
faisait des trucs un rien bizarres)



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(Bugs Bunny après avoir
mangé dans une célèbre chaîne
de restauration rapide)



Les nutritionnistes
complices de l’agro-industrie

KIERA BUTLER
MOTHER JONES

   (...) Dans une salle de conférences d’un grand hôtel de Pomona, en Californie, deux femmes examinent d’un air sceptique leur déjeuner, fourni par McDonald’s. Pour l'une, une salade composée de laitue, de bacon, de poulet, de fromage, accompagnée d’une sauce ranch ; pour l'autre, deux cookies aux pépites de chocolat et un yaourt à la gelée de fruits.

   Quand je leur demande si cela leur plaît, elles font la grimace et me répondent qu’elles ne vont “jamais” chez McDo. Pourquoi, alors, déroger à cette règle ? En fait, elles n’ont pas vraiment le choix. Ces diététiciennes participent à la conférence annuelle de la California Dietetic Association [CDA, association des diététiciens de Californie]. Elles espèrent obtenir des crédits de formation continue afin de conserver leur certification. Et McDonald’s, principal sponsor de la conférence, est également l'unique restaurateur présent. “Il est bon de savoir que certains de leurs plats sont plus sains qu’avant, j’imagine”, concède la femme qui a choisi la salade.

   En me promenant dans la salle, je constate que McDo n’est pas la seule entreprise à proposer des produits gratuits. Hershey's distribue sur son stand des briquettes de lait aromatisé au chocolat ou à la fraise. Butter Buds offre des sachets de granulés de substitut du beurre. Le California Beef Council [conseil californien de la viande de bœuf] me donne une brochure qui explique comment perdre du poids en mangeant du steak. Amy’s Natural propose des brownies prêts à cuire au micro-ondes.  (...)

   (...) Et ce n’est pas tout. Les séminaires sont eux aussi sponsorisés par des industriels de l’agroalimentaire. Dans une présentation, le Conseil du blé explique que l’intolérance au gluten n’est qu’une mode et non un véritable problème médical. Dans un débat parrainé par l’International Food Information Council [Conseil international d’information sur l’alimentation], qui compte parmi ses sponsors Coca-Cola, Hershey's, Yum!, Kraft et McDonald’s, les intervenants assurent que les aliments génétiquement modifiés sont sans danger pour la santé et l’environnement. Au cours de la conférence intitulée “Proposer des aliments bon marché et plus sains”, les porte-parole de Walmart chantent les louanges de… Walmart.

   L’après-midi, j’assiste au séminaire “Edulcorants à l’école : un sujet controversé. Faire prévaloir la science”. Sponsorisé par la Corn Refiners Association (CRA), dont les membres produisent et vendent du sirop de maïs à haute teneur en fructose (ou isoglucose), ce débat réunit trois représentants de cette association. Ils regrettent que certaines écoles aient retiré le lait chocolaté des menus à la cantine, et une intervenante déplore que des écoles aient interdit les en-cas sucrés lors des fêtes de la Saint-Valentin organisées dans les classes, alors que cela fournit pourtant une “bonne occasion d’apprendre la modération aux enfants”. L'animateur acquiesce avant d’ajouter : “Tous les sucres contiennent la même quantité de calories. On ne peut donc pas prétendre qu’un seul ingrédient est à l’origine de la crise de l’obésité.” Cette opinion est présentée comme un fait, alors que des preuves scientifiques démontrent que l’isoglucose provoque une prise de poids plus importante que les autres sucres. (...)

   (...) Plus tard, je demande à Pat Smith, porte-parole du symposium, si elle juge équitable d’organiser des débats sans contradicteurs. D’après elle, les sponsors n’influencent aucunement le contenu du programme. “Nous préférons penser que nos diététiciens savent raisonner, explique-t-elle. Ils doivent tirer leurs propres conclusions de ce qu’ils ont entendu ici, puis les appliquer à leur clientèle.” 

   Je lui fais remarquer qu’il est tout de même difficile de prendre une décision éclairée lorsqu’un seul point de vue est présenté. Elle ignorait, dit-elle, que le panel serait exclusivement composé de membres de la CRA. Elle me confirme par ailleurs que la CRA a payé pour l’organisation de ce débat, sans toutefois me dire combien. (Elle avait précédemment refusé de m’accréditer pour cette conférence, sous prétexte que la CDA disposait d’une équipe de journalistes chargée de couvrir l’événement.)

   L’organisation à laquelle est affiliée la CDA, l’Academy of Nutrition and Dietetics [académie de nutrition et de diététique, AND], compte 75 000 membres. C’est la plus importante association professionnelle du secteur dans le monde. Elle certifie des programmes d’études supérieures de premier et deuxième cycle dans le domaine des sciences nutritionnelles et accorde un diplôme de diététicien aux candidats qui réussissent son examen. A Washington, sa branche chargée du lobbying est très active sur les questions liées à l’obésité des enfants, l’assurance maladie Medicare [destinée aux plus de 65 ans] et la politique agricole.

   L’AND entretient par ailleurs des liens étroits avec l’industrie agroalimentaire. Michele Simon, avocate spécialiste de la santé publique qui tient un blog sur les politiques alimentaires, a mené une enquête en 2013 sur les pratiques de l’AND en matière de sponsorisation. Elle a découvert que le soutien financier des entreprises avait fortement augmenté ces dix dernières années. En 2001, l’AND ne comptait que 10 sponsors. En 2011, elle en avait 38, dont Coca-Cola, PepsiCo, Nestlé, Mars et la National Cattlemen’s Beef Association [association nationale des éleveurs bovins]. Les contributions de ces entreprises sont la principale source de revenus de l’organisation. (...)

   (...) Michele Simon a également appris qu’en 2012 Nestlé avait payé 47 200 dollars [34 500 euros] pour avoir un stand de 200 mètres carrés dans le hall d’exposition de la conférence de l’AND, tandis que PepsiCo avait déboursé 38 000 dollars [27 800 euros] pour une surface de 150 mètres carrés. Dans ses exposés de position, l’organisation précise que les sponsors n’influencent pas ses prises de position sur les sujets controversés. Néanmoins, l’AND prend souvent le parti de l’industrie agroalimentaire. Par exemple, lorsque la ville de New York a envisagé d’interdire la vente de sodas de plus de 47 centilitres, l’Académie de nutrition s’y est opposée.

   La plupart des diététiciens avec qui j’ai discuté lors du symposium m’ont avoué qu’ils n’avaient pas réalisé que les débats étaient sponsorisés par des entreprises. “J’espère qu’on nous présente vraiment des faits scientifiques”, commente un étudiant en master.

   A la fin de la journée, une diététicienne à la retraite m'a raconté qu’elle assistait à cette conférence annuelle depuis trente ans et qu’elle désapprouvait la présence des professionnels de la malbouffe. “La CDA a sans doute besoin de leur argent, mais c’est pathétique”, a-t-elle poursuivi en levant les yeux au ciel. Elle trouvait particulièrement lamentable d’avoir confié la restauration à McDonald’s. “On attend d’un diététicien qu’il ait des principes, mais ici, j’ai l’impression que nous sommes passés à l’ennemi.”


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(La femme à barbe, qui se voilait,
constituait un spectacle des plus étrange)



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Luc Desle

vendredi 9 mai 2014

"L'escargot à réaction, hé bien... Ça n'est pas encore ça". Jacques Damboise in "Ça n'est pas encore ça".

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Pensées pour nous-mêmes:

(PEUT-ON MANGER LA VIE?)

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(La femme et le fils du pétomane
supportaient mal son étonnant talent)



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"Bien, vénéré Maître lobbyiste...
Il sera fait selon votre bon plaisir"



LES CONFLITS D’INTÉRÊTS 
DES DÉPUTÉS EUROPÉENS 
SUR LA SELLETTE

Thibault Lescuyer
© 2014 Novethic - Tous droits réservé

   (...) Députée européenne et avocate en activité, Rachida Dati est-elle en position de conflit d'intérêt ? C'est la question que pose Friends of the Earth Europe dans uncourrier envoyé ce lundi 3 février à Martin Schulz, le président du Parlement européen. L'ONG y demande officiellement que soit ouverte une enquête pour permettre de faire la lumière sur le sujet. Car depuis juin 2013, les prises de positions de la députée sur l'énergie posent question. (...)

   (...) En juin 2013, un article des Echos affirme que l'élue était consultante pour GDF Suez. A l'époque, aucun démenti. Quatre mois plus tard Rachida Dati relaie dans le même journal l'appel fait par des grands énergéticiens européens dont GDF Suez, pour un changement de politique énergétique en Europe, des expérimentations sur le gaz de schiste et la fin des subventions aux « énergies renouvelables matures ». Dans la foulée, plusieurs médias mettent à jour que celle qui est aussi membre suppléante de la commission de l'Industrie, de la Recherche et de l'Energie, a proposé en 2012 plusieurs amendements à des textes qui vont dans le sens du soutien aux grands énergéticiens.

    De fait, si la députée Rachida Dati a effectivement travaillé pour des grands énergéticiens, au vu de ses prises de positions à Strasbourg sur l'énergie, il y a longtemps qu'elle aurait dû le préciser, souligne Paul de Clerck, de l'ONG Friends of the Earth (FoE) Europe. Car « d'après l'article 3 du code de conduite des Parlementaires, dans les cas où un élu participe à l'élaboration d'une loi spécifique, par exemple dans une commission parlementaire, tout en étant payé comme avocat par une entreprise qui est directement concernée par cette loi, il doit le préciser, soit par écrit dans sa déclaration d'intérêts, soit lors de ses interventions au Parlement ».

    Mais la députée nie catégoriquement un tel lien : « Je gagne de l'argent dans mon activité d'avocat, c'est totalement déclaré au parlement européen. (..) Il n'y a aucun conflit d'intérêt. D'annoncer comme ça des clients qui ne sont pas mes clients, (...) tout cela est faux », déclare-t-elle en décembre (émission Décideurs politiques du JDD, 13 décembre). Sur les détails de son activité d'avocate (plaidoirie, conseil, aux particuliers ou aux professionnels ?), Rachida Dati reste cependant muette. La députée n'a d'ailleurs répondu ni aux sollicitations de FoE Europe ni à celle de Novethic. 

   En revanche, elle pointe du doigt une autre députée, qu'elle estime être dans un cas similaire : Corinne Lepage. « En 2013, j'ai plaidé une fois devant un tribunal. C'était sur le dossier Fessenheim. En tant qu'avocate, j'ai exclusivement travaillé pour des associations locales de défense de l'environnement, une quinzaine en France. Absolument pas pour des grosses ONG présentes à Bruxelles », rétorque l'avocate spécialiste en droit public et en droit de l'environnement au sein du cabinet Huglo Lepage. (...)

   (...) Au-delà du cas Dati, l'affaire révèle un certain malaise dans la pratique du lobbying à Bruxelles. Pour assurer la transparence des décisions, les députés européens doivent en effet obligatoirement remplir une déclaration d'intérêt, avec leurs sources de revenus extra-parlementaires (en plus de respecter le code de conduite qui traite notamment des conflits d'intérêt). Pourtant, les parlementaires assurent souvent le minimum syndical. C'est particulièrement vrai pour ceux - au moins une douzaine (sur les 790 députés européens), d'après l'organisation Corporate Europe Observatory - qui sont avocats en exercice. Rachida Dati et Corinne Lepage, par exemple, précisent l'ordre de grandeur de leurs revenus dans leur déclaration, mais pas le nom de leurs clients même si la seconde accepte, on l'a vu, de donner plus de détails.

   Quant aux agences de lobbying, elles sont invitées à inscrire le nom de leurs clients et l'ordre de grandeur des budgets concernés sur le registre européen de la transparence. Environ 75% des agences de lobbying l'auraient fait, d'après un bilan récent établi par l'UE. Mais seuls certains jouent le jeu de la transparence complètement : chez les cabinets d'avocat qui font du lobbying, une quarantaine de petits acteurs seulement se sont inscrits dans le registre, et aucune des grosses « law firms » américaines. De l'autre côté, les grosses agences de relations publiques qui fournissent le gros des lobbyistes d'entreprise à Bruxelles, comme Burson Marsteller, choisissent d'inscrire la liste de leurs clients (et de leurs employés lobbyistes) sur le registre. 

   Car, pour ces dernières, il est tout à fait possible de travailler tout en dévoilant le nom de sa clientèle. Ainsi, pour Karl Isaksson, président de l'EPACA, une des principales fédérations de lobbyistes à Bruxelles, « la confidentialité est certes essentielle pour le travail d'avocat devant les tribunaux, mais est-elle vraiment indispensable pour l'activité de conseil et de relations politiques ? Il ne serait pas très difficile de séparer l'activité légale des law firms de l'activité de conseil ». Fait nouveau, l'EPACA demande désormais, comme le Parlement européen, que la mention des clients dans le registre des lobbyistes soit obligatoire pour tous. (...)


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"Ahah, tu es faite Athosse!
- Que nenni, d'Artagnanne!"



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Luc Desle

mercredi 26 février 2014

"Comme le Temps passait, je lui fis un bras d'honneur". Jacques Damboise in "Pensées à contre-pet".

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Pensées pour nous-mêmes:

(L'AMOUR EST TOUJOURS EN DEVENIR)

Chaval

   (...) Né dans une famille bourgeoise et conventionnelle de Bordeaux, il fait des études à l’École des beaux-arts de Bordeaux, puis à l'École des beaux-arts de Paris. Un oncle bohème et fantaisiste, peintre et décorateur, toujours habillé en clochard, ami d’Alphonse Mucha, l’initie aux œuvres des humoristes, Mark Twain, Alphonse Allais, Jerome K. Jerome. Il pratique la gravure et c’est à la demande d’un éditeur d’illustrer des livres qu’il s’est installé à Paris. Il exerce ensuite divers métiers, et travaille pour la publicité, illustrant notamment une longue campagne pour les produits en tube, tout en publiant ses dessins d’humour.

   Pendant la Seconde Guerre mondiale, il réalise plusieurs caricatures antisémites pour le journal collaborationniste bordelais Le Progrès. Dans les Entretiens avec Chaval de Pierre Ajame, il dit avoir eu « mentalement un côté collabo , ajoutant : « la chose publique ne m'intéresse pas, je n'ai jamais milité. Je suis toujours resté seul ». C'est seulement dans les années 1950 que Chaval connaît la notoriété. Il dessine alors dans de nombreux journaux à grand tirage où son humour décalé est diversement apprécié. Il obtient en 1953 la Coupe Internationale du Meilleur Dessinateur. Utilisant jeux de mots et calembours, ses dessins sont remplis de dérision.

   Son pseudonyme est choisi en hommage au facteur Cheval, qui fut transformé en Chaval après une erreur de transcription.

   Cinéaste amateur, il réalise lui-même plusieurs courts métrages à partir de ses dessins, notamment Conte médiocre et Les oiseaux sont des cons. Son ami Mario Ruspoli réalisera deux courts métrages sur lui après son décès : Chaval et Le Chavalanthrope.

   Il devient neurasthénique après la mort de sa femme, qui s'est suicidée après qu'il lui a avoué qu'il la trompait régulièrement depuis plusieurs années; il finit par se suicider chez lui le 22 janvier 1968 à Paris, au gaz après avoir calfeutré la porte et affiché cet avis « Attention, Danger d'Explosion ».


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(De l'utilité des cornettes de Bonnes Soeurs)



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(Magnat de l'acier américanophile 
tendant la main au peuple ukrainien)

La Clinton-Pinchuk Connection (Il Manifesto)

Manlio DINUCCI
Traduit de l’italien par Marie-Ange Patrizio

   (...)  A la table de Kiev où a été négocié l’accord formel entre gouvernement, opposition, UE et Russie ne siégeait officiellement aucun représentant de la puissante oligarchie interne qui, plus liée à Washington et à l’OTAN qu’à Bruxelles et à l’Ue, pousse l’Ukraine vers l’Occident. Emblématique est le cas de Victor Pinchuk, magnat de l’acier, 54 ans, classé par la revue Forbes parmi les hommes les plus riches du monde.

   La fortune de Pinchuk commence quand en 2002 il épouse Olena, fille de Leonid Kuchma, second président de l’Ukraine (1994-2005). En 2004 l’illustre beau-père privatise le plus grand complexe sidérurgique ukrainien, celui de Kryvorizhstal, en le vendant à la société Interpipe, dont son gendre est co-propriétaire, pour 800 millions de dollars, un sixième environ de sa valeur réelle. Interpipe monopolise ainsi la fabrication des canalisations en acier. En 2007 Pinchuk constitue l’EastOne Group, société de consultance pour investissements internationaux, qui fournit aux multinationales tous les outils pour pénétrer dans les économies de l’Est. 

   Il devient en même temps propriétaire de quatre chaînes de télévision et d’un tabloïd populaire (Faits et commentaires) avec une diffusion de plus d’un million d’exemplaires. Sans négliger cependant les œuvres de bienfaisance : il crée la Victor Pinchuk Foundation, considérée comme la plus grande « fondation philanthropique » ukrainienne.

   C’est à travers cette fondation que Pinchuk se lie avec les Clinton, en soutenant la Clinton Global Initiativeétablie par Bill et Hillary en 2005, dont la mission est de « réunir les leaders mondiaux pour créer des solutions innovatrices aux défis mondiaux les plus urgents ». Derrière ce slogan rutilant se trouve l’objectif réel : créer un réseau international de puissants appuis à Hillary Clinton, l’ex first lady qui, après avoir été sénatrice de New York en 2001-2009 et secrétaire d’Etat de 2009 à 2013, tente à nouveau l’ascension à la présidence. La fructueuse collaboration commence en 2007 quand Bill Clinton remercie « Victor et Olena Pinchuk pour leur vigoureuse activité sociale et l’appui fourni à notre programme international ». 

   Appui que Pinchuk concrétise par une première contribution de 5 millions de dollars, auxquels en succèdent d’autres, à la Clinton Global Initiative. Ceci ouvre à Pinchuk les portes de Washington : il embauche pour 40 000 dollars mensuels le lobbyiste Schoen, qui lui organise une série de contacts avec d’influents personnages, y compris une douzaine de rencontres en une an, entre 2011 et 2012, avec de hauts fonctionnaires du Département d’Etat. Ceci favorise aussi les affaires, en permettant à Pinchuk d’augmenter ses exportations aux Etats-Unis, même si maintenant les métallurgistes de Pennsylvanie et d’Ohio l’accusent de vendre les tubes d’acier aux USA au-dessous du prix.

   Pour renforcer ultérieurement ses liens avec les Etats-Unis et l’Occident, Pinchuk lance la Yalta European Strategy (Yes), « la plus grande institution sociale de diplomatie publique en Europe orientale », dont le but officiel est d’ « aider l’Ukraine à se développer en un pays moderne, démocratique et économiquement puissant ». Grâce à la grosse disponibilité financière de Pinchuk (qui rien que pour fêter son 50ème anniversaire a dépensé plus de 5 millions de dollars dans une station de ski française), la Yes est en mesure de tisser un vaste réseau de contacts internationaux, qui devient visible lors du meeting annuel organisé à Yalta. Y participent « plus de 200 politiciens, diplomates, hommes d’Etat, journalistes, analystes et dirigeants du monde des affaires provenant de plus de 20 pays ». 

   Parmi ceux-ci émergent les noms de Hillary et Bill Clinton, Condoleezza Rice, Tony Blair, George Soros, José Manuel Barroso et Mario Monti (qui a participé au meeting de septembre dernier), aux côtés desquels on trouve des personnages moins connus, mais non pour autant moins influents, dont des dirigeants du Fonds monétaire international (comme Dominique Strauss-Khan, voir NdT).

   Comme a expliqué Condoleezza Rice au meeting Yes 2012, « les transformations démocratiques requièrent du temps et de la patience, requièrent un appui de l’extérieur comme de l’intérieur ». Excellente synthèse de la stratégie que l’Occident adopte sous le manteau de l’ « appui de l’extérieur » pour favoriser les « transformations démocratiques ». Une stratégie désormais consolidée, de la Yougoslavie à la Libye, de la Syrie à l’Ukraine : ficher des coins dans les failles qu’a tout Etat, pour en dégonder les bases en soutenant ou fomentant des rébellions anti-gouvernementales (type celles de Kiev, trop ponctuelles et organisées pour être considérées comme simplement spontanées), tandis qu’on déchaîne une trépidante campagne médiatique contre le gouvernement qu’on veut abattre. 

   Pour ce qui concerne l’Ukraine, l’objectif est de faire crouler l’Etat ou de le casser en deux : une partie qui entrerait dans l’OTAN et dans l’Ue, une autre qui resterait majoritairement reliée à la Russie. Dans ce cadre s’insère la Yalta European Strategy de l’oligarque ami des Clinton.

Edition de samedi 22 février 2014 de il manifesto



Et quelques aspects de la Pinchuk-French Connection (NdT)

   « Mercredi 27 mars [2013], la Ministre de la Culture et de la Communication, Mme Aurélie Filippetti, a remis les insignes de chevalier de l’ordre des Arts et des Lettres à Victor Pinchuk. Elle a salué en lui « le visage européen du mécénat » et le « mariage heureux entre l’industrie et la culture, à l’image de l’installation monumentale d’Olafur Eliasson qui, comme le fer y subit de constants changements d’état, métamorphose votre nouvelle aciérie »


   « Mon professeur en art contemporain est français, Nicolas Bourriaud (critique d’art, il a dirigé le Palais de Tokyo avec Jérôme Sans de 2002 à 2006 et il est l’actuel directeur des Beaux-Arts de Paris depuis octobre 2011). Je l’appelle même mon gourou ! Je l’ai rencontré en 2002 par l’intermédiaire de mon ami Marcel Gross, directeur associé d’Euro RSCG ».


   "Comment exister socialement dans son pays tout en ne faisant pas de politique ?" C’est Euro RSCG, en la personne du Français Stéphane Fouks, qui va lui fournir une réponse en trois points : 1. Créer un musée d’art contemporain qui valorise l’art ukrainien. 2. Mettre en place un think tank pour le rayonnement de l’Ukraine et son entrée dans l’Europe. 3. Créer une fondation anti-sida dont s’occupera sa femme.
L’oligarque s’investit dans la philanthropie.

   [...] « À une certaine période de la vie, il est temps de rendre un peu de ce qu’on a reçu, en étant guidé par une vision", dit-il. Pour autant, l’Ukrainien ne perd pas le nord : sa frénésie d’artistes n’est qu’une étape dans sa stratégie de conquête. Chaque automne, à Yalta, son think tank baptisé YES (pour Yalta European Strategy) travaille à faire rayonner l’Ukraine avec des invités comme Tony Blair ou Dominique Strauss-Kahn. À Davos, en marge du sommet, il imprime aussi sa marque : le 27 janvier, il organise une table ronde avec la jeune Cheikha Mayassa, princesse du Qatar très investie dans l’art, et Paulo Coelho (!) ».


Source : Marie-Ange Patrizio


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(Élève d'un Maître de Sagesse
intervenant pour apaiser les conflits)


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Benoît Barvin