Bonjour à vous qui, dans le maelström du net, êtes arrivés, par hasard? lassitude? erreur? sur ce blog. Vous êtes les bienvenus. Vous y lirez des extraits d'articles, de pensées, d'interviews, piochés ça et là, et illustrés de photos et dessins détournés, via un humour de bon aloi. Vous pouvez évidemment réagir avec le même humour, la même ironie que nous mettons, chaque jour, à tenter de respirer un peu plus librement dans une société qui se corsète chaque fois un peu plus.
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vendredi 3 octobre 2014

"Au Pôle Nord, cette pole danceuse était chaudement habillée". Jacques Damboise in "Pensées inconsistantes".

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Pensées pour nous-mêmes:

(PEUX-TU RIRE DE RIEN
AVEC TOUT LE MONDE?)

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"Tu me lis les aventures de Ouah-Ouah,
le gentil petit chiot?
- Encore!
- S'y te plaît..."


Afternoon Reading / Tarde de lectura (ilustración de Marcos Somà)

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"C'est pour qui, la jolie petite tomate?"


(Ce corrupteur n'avait pas bien compris
la règle du jeu)

Yu Dori

UKRAINE

Des tomates contre la corruption


   (...) Si l'Accord d'association avec l'Union Européenne a été le déclencheur des événements en Ukraine à partir du mois de novembre 2013, c'est en réalité contre la corruption endémique de l'exécutif et du législatif que se sont révoltés les gens. La suite est malheureusement connue. 

   Le président Viktor Ianoukovitch a fini par perdre son sang-froid et fait tirer dans la foule, avant de prendre la fuite (le 22 février 2014). Affirmant que Kiev était victime d'un coup d'Etat, Moscou a alors annexé la Crimée peu après. Puis les insurrections séparatistes pro-russes ont commencé dans le Donbass, où la guerre se poursuit, malgré la trêve officielle. 

   Mais la raison première de la révolution n'a pas disparu, et les anciens activistes de Maïdan ne baissent pas les bras, surtout à l'approche des législatives (le 26 octobre). Pour preuve, cette nouvelle initiative que relaie Golos Oukraïny, le quotidien du Parlement : "Sur la place de l'Indépendance, [ils] ont décidé de lutter contre la corruption d'une façon originale. Ils ont érigé un panneau de la honte, orné des photos de tous les députés qui ont refusé de voter en faveur de la création d'un bureau national de lutte contre la corruption. Ils ont apporté avec eux des seaux de tomates pourries, et quiconque le souhaite peut s'en servir pour bombarder les portraits des élus." L'esprit frondeur de Maïdan n'a pas dit son dernier mot.


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"Voyons, Mesdemoiselles...
Ce n'est pas gentil...
Ni très poli..."


(Source: nickdrake)

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Benoît Barvin

vendredi 12 septembre 2014

"Il vendait des Bibles et des Corans pour caler les meubles". Benoît Barvin in "Pensées pensées".

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Pensées pour nous-mêmes:

(AS-TU L'AMOUR DE LA VIE?)

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(Je rangeais ma Maîtresse dans un réduit
des plus confortable)



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(L'Otan tentait de présenter
une apparence plus avenante)



Loin de la préserver,
l’Otan constitue une menace pour la paix. 

(The Guardian)
Seumas MILNE

Traduction : 
Micheline Borceux

  (...)  Pour les maîtres de la guerre occidentaux, c’est un bon moment pour être au Pays de Galles. Une alliance militaire qui se démène depuis des années pour expliquer pourquoi elle existe encore a un ordre du jour chargé pour son sommet de Newport. L’OTAN n’est peut-être pas au centre des plans de Barack Obama et de David Cameron pour lancer une intervention au Moyen-Orient pour rayer de la carte le dit Etat islamique. Mais après 13 ans d’une occupation sanglante de l’Afghanistan et une intervention désastreuse en Libye, l’alliance occidentale a maintenant un ennemi qui semble enfin faire son affaire. Au cours de sa visite éclair dans l’ancienne république soviétique de l’Estonie aujourd’hui, le président américain a déclaré que l’OTAN était prête à défendre l’Europe contre "l’agression russe".

   Le secrétaire général de l’OTAN, Anders Fogh Rasmussen - qui en tant que premier ministre danois en 2003 affirmait catégoriquement que « l’Irak possède des armes de destruction massive ... nous le savons" - a fait publier des images satellites censées démontrer que la Russie a envahi l’Ukraine. Pour ne pas être en reste, le Premier ministre britannique a comparé Vladimir Poutine à Hitler.

   Le sommet prévoit le déploiement d’une force de réaction rapide à travers l’Europe de l’Est pour dissuader Moscou. La Grande-Bretagne envoie des troupes en Ukraine pour des entraînements. A Washington, les faucons du Congrès poussent des cris d’apaisement tout en exigeant des mesures pour donner à l’Ukraine "une force de combat plus capable de résister" à la Russie.

   Tout espoir que l’annonce aujourd’hui d’un accord de cessez- le-feu par le président ukrainien puisse signifier la fin du conflit fut anéanti lorsque son premier ministre, Arseny Yatseniuk - favori américain à Kiev – qualifia la Russie "d’état terroriste", et encouragé par Rasmussen, exigea que l’Ukraine soit autorisée à adhérer à l’Otan. C’est précisément la menace que l’Ukraine soit entraînée dans une alliance militaire hostile à la Russie, malgré l’opposition de la plupart des Ukrainiens et de son gouvernement élu de l’époque, qui fut à l’origine de cette crise. Au lieu de maintenir la paix, l’Otan est la cause de l’escalade des tensions et de la guerre.

   C’est ainsi depuis la création de l’Otan en 1949, à l’apogée de la Guerre Froide, six ans avant le Pacte de Varsovie, traité prétendument défensif contre toute menace soviétique. Il est souvent affirmé que l’alliance a maintenu la paix pendant quarante ans, alors qu’en fait il n’existe pas la moindre preuve que l’Union Soviétique ait jamais eu l’intention d’attaquer.

   Après l’effondrement de l’Union Soviétique, le Pacte de Varsovie fut comme dûment dissout. Mais pas l’Otan, bien que la raison apparente de son existence ait disparu. Si la paix avait véritablement été son objectif, elle aurait pu être utilement transformée en un dispositif de sécurité collective incluant la Russie, sous les auspices des Nations Unies.

   Au lieu de cela, elle s’est accordé un nouveau mandat "hors-zone" pour faire la guerre unilatéralement, de la Yougoslavie à l’Afghanistan et la Lybie, comme la garde avancée d’un nouvel ordre mondial dominé par les Etats-Unis. En Europe, elle a jeté les bases de la guerre en Ukraine en rompant un engagement pris par les Etats-Unis envers Moscou et en accroissant inexorablement son influence vers l’est : d’abord dans les états de l’ex-Pacte de Varsovie, puis au sein de l’ancienne Union Soviétique elle-même.

   Mais le "plus gros lot", comme l’a dit l’an dernier le chef du National Endowment for Democracy (Fondation nationale pour la démocratie) financé par les Etats-Unis, c’était l’Ukraine ethniquement divisée. Après que l’Union Européenne a conclu son accord d’association aux implications militaires avec l’Ukraine, excluant tout accord avec la Russie – et que le président ukrainien corrompu mais élu, qui refusa de le signer, fut renversé par un coup d’état soutenu par les Etats-Unis, on ne peut appeler cela autrement – la Russie ne peut guère être accusée de paranoïa de considérer la main mise sur l’état voisin comme une menace pour ses intérêts fondamentaux.

   Six mois plus tard, soutenue par Moscou la résistance de l’Ukraine orientale aux nationalistes de Kiev soutenus par l’Otan s’est développée en guerre à part entière. Des milliers de personnes sont mortes, et des violations des droits de l’homme se sont multipliées des deux côtés, tandis que des troupes gouvernementales et leurs auxiliaires irréguliers bombardent des zones civiles et enlèvent, détiennent et torturent de présumés séparatistes sur une échelle gigantesque.

   Les forces ukrainiennes soutenues par les gouvernements occidentaux incluent des groupes comme le bataillon néo-nazi Azov, dont l’insigne est le crochet de loup des troupes d’assaut nazies pendant la guerre. Le régime de Kiev de plus en plus répressif tente maintenant d’interdire le parti communiste, qui a remporté 13% des suffrages aux dernières élections législatives.

   Mais l’Otan, dont les membres ont souvent compté des gouvernements fascistes dans le passé, n’a jamais été très pointilleuse en matière de démocratie. Les preuves de ses allégations selon lesquelles des troupes russes ont envahi l’est de l’Ukraine sont également très minces sur le terrain. La fourniture d’armes et une intervention secrète en soutien aux rebelles du Donbass – comprenant des forces spéciales et des irréguliers soutenus par l’état – sont une autre affaire.

   Mais c’est exactement ce que les puissances de l’Otan, telles que les Etats-Unis, la Grande Bretagne et la France font depuis des années partout dans le monde, du Nicaragua à la Syrie et la Somalie. L’idée que la Russie a inventé une nouvelle forme de "guerre hybride" en Ukraine est étrange.

   Ce qui ne veut pas dire que la guerre par procuration entre l’Otan et la Russie en Ukraine ne soit pas horrible et dangereuse. Mais il n’est pas nécessaire d’éprouver une quelconque sympathie pour l’autoritarisme oligarchique de Poutine pour reconnaître que ce sont l’Otan et l’Union Européenne, et non la Russie, qui ont déclenché cette crise – et que ce sont les puissances occidentales qui opposent une résistance à un règlement négocié de peur d’apparaître faibles.

   Ce règlement devra inclure au minimum l’autonomie fédérale, des droits égaux pour les minorités et la neutralité militaire – en d’autres termes, pas d’Otan. Etant donné l’ampleur de l’effusion de sang et le fait que le centre de gravité politique à Kiev se déplace vers la droite, tandis que l’économie ukrainienne implose, seuls ses sponsors occidentaux peuvent faire qu’un tel accord puisse être appliqué. L’autre choix, après la Crimée, c’est l’escalade et la désintégration.

   L’Otan aime à se voir comme l’incarnation de la communauté internationale. En réalité c’est un club interventionniste et expansionniste d’états du monde riche et de leurs satellites, utilisé pour mettre en œuvre leurs intérêts économiques et stratégiques. Comme l’Ukraine le démontre, loin de la préserver, l’Otan constitue une menace pour la paix.


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(L'Ogre gardait quelques petits bras
 d'enfants dodus pour le goûter)



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Luc Desle

mercredi 3 septembre 2014

"Ali Bébé était le petit-fils de son illustre grand-père". Benoît Barvin in "Pensées des tout petits".

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Pensées pour nous-mêmes:

(LES PAROLES DU SAGE
NE SONT PAS UN NECTAR)

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"Qu'ess-t'as, toi?
Tu veux ma photo?"



baroque woman by Ray Donley


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La crise ukrainienne expliquée 
aux militants du Mouvement 
des Jeunes Socialistes (MJS)

Vincent MORET

   (...) Il était une fois un pays paisible, uni et frontalier de la Russie nommé l’Ukraine. L’Ukraine a envisagé d’intégrer l’Union européenne. Mais les conditions étaient si léonines que le président élu, Viktor Ianoukovitch (1), a regimbé.

   En réplique, un mouvement de protestation soutenu (organisé) par les USA et l’UE et animé par des groupes néo-nazis (« Nous allons débarrasser l’Ukraine des Russes, des Juifs et des homosexuels ») a provoqué un coup d’Etat avec mise en place d’un gouvernement comptant six ministres néo-nazis, dont une des premières mesures a été d’interdire la langue russe. Des millions de civils russophones on dit niet sous prétexte qu’ils étaient Russes naguère (avant la création de l’URSS et même après). Ils se sont insurgés et l’armée les a bombardés partout où elle pouvait. Du coup, ces ex-paisibles Ukrainiens sont devenus des« séparatistes pro-russes ».

   Les politiciens européens et états-uniens, des hauts responsables de la CIA se sont succédé à Kiev pour aider les fascistes (désormais dirigés par un milliardaire « roi du chocolat ») à anéantir les insurgés. Les éléphants solfériniens exigent que soit respectée la volonté des dirigeants ukrainiens, marionnettes des USA subventionnées par le FMI. Ils somment Poutine (pas sympa, ancien du KGB) d’accepter que l’étau des bases militaires états-uniennes se resserre autour de son pays, en vue de faciliter le déclenchement d’une nouvelle guerre sur le sol européen. Loin des USA, donc. Car sur leur sol, le moindre saignement leur arrache des hurlements décennaux (cf. Les tours jumelles).

   D’après Bernard Guetta, (porte-parole) des observateurs sérieux, si les USA sont omniprésents dans ce conflit, c’est pour que l’Ukraine, débarrassée des communistes qui sont désormais hors la loi (2) des russophones, des homos et des juifs, entre dans l’OTAN, cette organisation militaire sous commandement US qui s’est spécialisée dans l’art de faire le bonheur des peuples en détruisant leur pays.

   La Russie, si elle n’est plus communiste, reste une grande puissance et Obama n’en veut qu’une sur la planète. C’est pourquoi (attention, ça se complique !) François Hollande, big chief des socialistes français, homme de gauche, adversaire de la finance, héritier du pacifiste Jean Jaurès, garant de l’indépendance de la France, fait patrouiller des avions de chasse aux alentours des lieux du conflit, y fait voguer des navires de guerre et menace la Russie de sanctions sans cesse aggravées.

   Dans la gauche hors PS, certains parlent de « Hollande l’Américain » et les dessinateurs le représentent en gilet rayé avec un plumeau.


(1) Un pas gentil, il faut le reconnaître. Pareillement, les opposants aux fascistes de Kiev ne sont pas forcément des enfants de chœur. Mais ça, les médias vous l’ont déjà bien expliqué.

(2) Voir : www.pcf.fr/57331


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"Non, ma Cherrrie... Tou né dois pas
garder ta coulotte... Ça n'est pas esthétik..."



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Luc Desle

samedi 21 juin 2014

"Il décrocha son diplôme au bout du mât de cocagne". Jacques Damboise in "Pensées à contre-pet".

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Pensées pour nous-mêmes:

(QUI CHERCHE TROUVE
MAIS PAS FORCEMENT 
CE QU'IL CHERCHE)

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(Cet inventeur trouva un moyen original
de se débarrasser de sa femme)




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(Le président russe répliqua vertement
à ses contradicteur ukrainiens)





UKRAINE 
Un nom d'oiseau qui coûte cher 

COURRIER INTERNATIONAL


   (...) Il s'appelle Andriy Dechtchytsia et il est aujourd'hui, selon le quotidien de Lviv Vissoki Zamok, "l'Ukrainien le plus populaire au monde". Il était aussi ministre des Affaires étrangères, et il vient d'être limogé. Pourquoi ? Pour un seul mot : "khouïlo". Dont la traduction diverge selon les sources, la plus courante étant, en français, "tête de nœud", mais on trouvera également "connard" ou encore "couille molle"

   Cette épithète fleurie était jusque-là citée dans un chant de stade, celui des supporters du Metallist, l'équipe de foot de la ville de Kharkiv, à destination de qui avait l'heur de leur déplaire. Puis, au lendemain de l'annexion de la Crimée [mars 2014] et avec le début des tensions dans le Donbass [territoire qui regroupe les régions administratives de Donetsk et Lougansk, dans l'est du pays], on a vu ces mêmes supporters défiler dans les rues de Kharkiv en scandant : "Poutine, khouïlo !

   Un "slogan" désormais repris avec ferveur par les anti-Russes en Ukraine. Le 14 juin, venu calmer des manifestants qui lançaient des pierres sur l'ambassade de Russie à Kiev, Dechtchytsia s'est mis à entonner avec eux ce chant viril. "La scène, filmée, a été aussitôt diffusée sur Internet, ce qui a déclenché un énorme scandale diplomatique, rappelle Vissoli Zamok. La Russie a émis une note de protestation soulignant que l'attitude du ministre était 'inappropriée'." Le principal intéressé, lui, prétend que, "souhaitant empêcher les manifestants de prendre d'assaut l'ambassade", il leur aurait dit : "Oui, c'est vrai, Poutine est une tête de nœud."

   Quoi qu'il en soit, cette mésaventure lui aura coûté son poste. Il devrait être remplacé par Pavlo Klimkine, "né à Koursk, en Russie, ancien ambassadeur en Allemagne". Un personnage plus policé que Dechtchytsia. Pour conclure, le quotidien de Lviv assure qu'une nouvelle plaisanterie court les rues du pays : "A Moscou, il a été décrété que l'expression 'tête de nœud' s'écrirait dorénavant avec une majuscule. C'est quand même du chef de l'Etat qu'il s'agit."


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(Cette plante carnivore savait y faire avec les femmes)



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Luc Desle

mardi 6 mai 2014

"A chaque point de croix, elle se signait". Jacques Damboise in "Pensées à contre-pet".

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Pensées pour nous-mêmes:

(LA SAGESSE NE SE SÉPARE
JAMAIS DE SA BOITE A OUTILS)

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(Entre cette Belle-Fille et sa
Belle-Mère, les relations
n'étaient pas au beau fixe)




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(Empire  américain galopant
vers l'Eurasie pour la piller)


(Source: jasper-Elings , via hummungus )

La crise ukrainienne à travers 
le prisme stratégique américain

Gabriel Galice
Président du GIPRI* (Genève).

   (...) La vérité occidentale martelée veut que le président russe Vladimir Poutine entende reconstituer à la fois l’empire russe et l’Union soviétique. Commis voyageur zélé, le président américain Barack Obama vint à Bruxelles proposer aux Européens de remplacer du gaz russe par du gaz états-unien, à l’heure où se prépare la grande affaire du Partenariat transatlantique sur le commerce et l’investissement entre l’Union européenne et les Etats-Unis d’Amérique (TTIP).

   Tout cela n’est ni soudain, ni inattendu pour qui prend la peine de relire les meilleurs stratèges des Etats-Unis. Dès 1997, Zbigniew Brzezinski explique dans son maître livre, «Le grand échiquier – l’Amérique et le reste du monde» (actualisé dans « Le vrai choix » en 2004), pourquoi et comment contrôler l’Eurasie. « L’Eurasie reste l’échiquier sur lequel se déroule la lutte pour la primauté mondiale. » Né Polonais, successivement conseiller des présidents Carter et Obama, Brzezinski annonce que « le but de ce livre est de formuler une politique géostratégique cohérente pour l’Amérique sur le continent eurasien ». Hypothèses et raisonnements sont d’une grande rigueur intellectuelle. 

   L’Eurasie est centrale, l’Amérique doit y être présente pour dominer la planète, l’Europe est la tête de pont de la démocratie en Eurasie, l’OTAN et l’Union européenne doivent, de concert, étendre leur influence en Eurasie, les Etats-Unis doivent jouer simultanément l’Allemagne et la France (carte des zones d’influences respectives de ces deux pays à l’appui), alliées fidèles mais, de façon différente, remuantes et capricieuses. Cela sera laborieux : « Quoi que l’avenir nous réserve, on peut raisonnablement conclure que la primauté américaine sur le continent eurasien sera soumise à de fortes turbulences et même confrontée à des épisodes de violence. »

   L’auteur repère cinq « acteurs géostratégiques » : la France, l’Allemagne, la Russie, la Chine et l’Inde, et cinq « pivots géopolitiques » : l’Ukraine, l’Azerbaïdjan, la Corée, la Turquie et l’Iran. Russie et Chine sont les deux limites à l’expansion projetée. « Exclure la Russie (de l’UE ou de l’OTAN) pourrait être lourd de conséquences – cela validerait les plus sombres prédictions russes –, mais la dilution de l’Union européenne ou de l’OTAN aurait des effets fortement déstabilisateurs. » « Le dilemme se résume à un choix entre équilibre tactique et dessein stratégique », estime l’Américain. Le « pivot géopolitique » ukrainien fait l’objet de longs développements : « Au cours de la période 2005–2010, l’Ukraine pourrait à son tour être en situation d’entamer des négociations en vue de rejoindre l’UE et l’OTAN. » 

   Brzezinski suggère d’étendre à l’Ukraine le « triangle de Weimar », constitué en 1991 par la France, l’Allemagne et la Pologne pour en faire « la colonne vertébrale de la sécurité européenne ». « Une question essentielle se pose, poursuit Brzezinski : ce scénario se déroulera-t-il dans un environnement apaisé ou dans un contexte de tension avec la Russie ? »


   Nous avons la réponse. Mais le défi lancé aux Russes s’encombre peu de subtilités : « Pour que le choix de l’Europe – et, en conséquence, de l’Amérique – se révèle fructueux, la Russie doit satisfaire à deux exigences : tout d’abord, rompre sans ambiguïté avec son passé impérial ; ensuite, cesser ses tergiversations à propos de l’élargissement des liens politiques et militaires entre l’Europe et l’Amérique. » Bref, un désarmement unilatéral.

   Benjamin Barber, ancien conseiller du président Clinton, complète utilement la vision états-unienne, dans une version plus modérée. Adversaire résolu du président George W. Bush et des néo-conservateurs, il oppose, dans son ouvrage « L’Empire de la peur » (2003), les « aigles », schématiques et brutaux, aux « chouettes », subtiles dans leur chasse entre chien et loup. Reste que les chouettes sont aussi des prédateurs. A la « guerre préventive », Barber préfère la « démocratie préventive », sans s’illusionner sur la « démocratie de marché » chère à certains démocrates : 

   « Le désir de favoriser l’expansion de la démocratie forme une composante déterminante de la démocratie préventive comprise comme politique nationale de sécurité, mais on confond souvent ce soutien avec le désir tout aussi intense d’exporter le capitalisme et de cultiver les marchés mondiaux. [...] Dans le secteur international, l’âge des « robber barons » (barons voleurs) – appelons-les les banques prédatrices ou les spéculateurs hors-la-loi – est de retour. »

   La teneur de l’accord d’association entre l’Ukraine et l’UE illustre largement la volonté prédatrice de s’emparer des richesses de l’Ukraine, moyennant quelques corruptions des nouvelles élites, au nom de « la concurrence libre et non faussée », de la « mobilité des travailleurs », de la « récupération ou du rapatriement des capitaux investis, de même qu’aux profits qui en découlent. » Le volet militaire n’est pas oublié : « Promouvoir une convergence graduelle en matière de politique étrangère et de défense. »

   Serait-ce l’empire euro-américain ?

   * GIPRI : L’« Institut international de recherches pour la paix à Genève » (en anglais « Geneva International Peace Research Institute », GIPRI) est une organisation non gouvernementale basée à Genève.


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(Dans l'espace,
personne ne vous voit faire le guignol)



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Luc Desle

mercredi 26 février 2014

"Comme le Temps passait, je lui fis un bras d'honneur". Jacques Damboise in "Pensées à contre-pet".

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Pensées pour nous-mêmes:

(L'AMOUR EST TOUJOURS EN DEVENIR)

Chaval

   (...) Né dans une famille bourgeoise et conventionnelle de Bordeaux, il fait des études à l’École des beaux-arts de Bordeaux, puis à l'École des beaux-arts de Paris. Un oncle bohème et fantaisiste, peintre et décorateur, toujours habillé en clochard, ami d’Alphonse Mucha, l’initie aux œuvres des humoristes, Mark Twain, Alphonse Allais, Jerome K. Jerome. Il pratique la gravure et c’est à la demande d’un éditeur d’illustrer des livres qu’il s’est installé à Paris. Il exerce ensuite divers métiers, et travaille pour la publicité, illustrant notamment une longue campagne pour les produits en tube, tout en publiant ses dessins d’humour.

   Pendant la Seconde Guerre mondiale, il réalise plusieurs caricatures antisémites pour le journal collaborationniste bordelais Le Progrès. Dans les Entretiens avec Chaval de Pierre Ajame, il dit avoir eu « mentalement un côté collabo , ajoutant : « la chose publique ne m'intéresse pas, je n'ai jamais milité. Je suis toujours resté seul ». C'est seulement dans les années 1950 que Chaval connaît la notoriété. Il dessine alors dans de nombreux journaux à grand tirage où son humour décalé est diversement apprécié. Il obtient en 1953 la Coupe Internationale du Meilleur Dessinateur. Utilisant jeux de mots et calembours, ses dessins sont remplis de dérision.

   Son pseudonyme est choisi en hommage au facteur Cheval, qui fut transformé en Chaval après une erreur de transcription.

   Cinéaste amateur, il réalise lui-même plusieurs courts métrages à partir de ses dessins, notamment Conte médiocre et Les oiseaux sont des cons. Son ami Mario Ruspoli réalisera deux courts métrages sur lui après son décès : Chaval et Le Chavalanthrope.

   Il devient neurasthénique après la mort de sa femme, qui s'est suicidée après qu'il lui a avoué qu'il la trompait régulièrement depuis plusieurs années; il finit par se suicider chez lui le 22 janvier 1968 à Paris, au gaz après avoir calfeutré la porte et affiché cet avis « Attention, Danger d'Explosion ».


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(De l'utilité des cornettes de Bonnes Soeurs)



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(Magnat de l'acier américanophile 
tendant la main au peuple ukrainien)

La Clinton-Pinchuk Connection (Il Manifesto)

Manlio DINUCCI
Traduit de l’italien par Marie-Ange Patrizio

   (...)  A la table de Kiev où a été négocié l’accord formel entre gouvernement, opposition, UE et Russie ne siégeait officiellement aucun représentant de la puissante oligarchie interne qui, plus liée à Washington et à l’OTAN qu’à Bruxelles et à l’Ue, pousse l’Ukraine vers l’Occident. Emblématique est le cas de Victor Pinchuk, magnat de l’acier, 54 ans, classé par la revue Forbes parmi les hommes les plus riches du monde.

   La fortune de Pinchuk commence quand en 2002 il épouse Olena, fille de Leonid Kuchma, second président de l’Ukraine (1994-2005). En 2004 l’illustre beau-père privatise le plus grand complexe sidérurgique ukrainien, celui de Kryvorizhstal, en le vendant à la société Interpipe, dont son gendre est co-propriétaire, pour 800 millions de dollars, un sixième environ de sa valeur réelle. Interpipe monopolise ainsi la fabrication des canalisations en acier. En 2007 Pinchuk constitue l’EastOne Group, société de consultance pour investissements internationaux, qui fournit aux multinationales tous les outils pour pénétrer dans les économies de l’Est. 

   Il devient en même temps propriétaire de quatre chaînes de télévision et d’un tabloïd populaire (Faits et commentaires) avec une diffusion de plus d’un million d’exemplaires. Sans négliger cependant les œuvres de bienfaisance : il crée la Victor Pinchuk Foundation, considérée comme la plus grande « fondation philanthropique » ukrainienne.

   C’est à travers cette fondation que Pinchuk se lie avec les Clinton, en soutenant la Clinton Global Initiativeétablie par Bill et Hillary en 2005, dont la mission est de « réunir les leaders mondiaux pour créer des solutions innovatrices aux défis mondiaux les plus urgents ». Derrière ce slogan rutilant se trouve l’objectif réel : créer un réseau international de puissants appuis à Hillary Clinton, l’ex first lady qui, après avoir été sénatrice de New York en 2001-2009 et secrétaire d’Etat de 2009 à 2013, tente à nouveau l’ascension à la présidence. La fructueuse collaboration commence en 2007 quand Bill Clinton remercie « Victor et Olena Pinchuk pour leur vigoureuse activité sociale et l’appui fourni à notre programme international ». 

   Appui que Pinchuk concrétise par une première contribution de 5 millions de dollars, auxquels en succèdent d’autres, à la Clinton Global Initiative. Ceci ouvre à Pinchuk les portes de Washington : il embauche pour 40 000 dollars mensuels le lobbyiste Schoen, qui lui organise une série de contacts avec d’influents personnages, y compris une douzaine de rencontres en une an, entre 2011 et 2012, avec de hauts fonctionnaires du Département d’Etat. Ceci favorise aussi les affaires, en permettant à Pinchuk d’augmenter ses exportations aux Etats-Unis, même si maintenant les métallurgistes de Pennsylvanie et d’Ohio l’accusent de vendre les tubes d’acier aux USA au-dessous du prix.

   Pour renforcer ultérieurement ses liens avec les Etats-Unis et l’Occident, Pinchuk lance la Yalta European Strategy (Yes), « la plus grande institution sociale de diplomatie publique en Europe orientale », dont le but officiel est d’ « aider l’Ukraine à se développer en un pays moderne, démocratique et économiquement puissant ». Grâce à la grosse disponibilité financière de Pinchuk (qui rien que pour fêter son 50ème anniversaire a dépensé plus de 5 millions de dollars dans une station de ski française), la Yes est en mesure de tisser un vaste réseau de contacts internationaux, qui devient visible lors du meeting annuel organisé à Yalta. Y participent « plus de 200 politiciens, diplomates, hommes d’Etat, journalistes, analystes et dirigeants du monde des affaires provenant de plus de 20 pays ». 

   Parmi ceux-ci émergent les noms de Hillary et Bill Clinton, Condoleezza Rice, Tony Blair, George Soros, José Manuel Barroso et Mario Monti (qui a participé au meeting de septembre dernier), aux côtés desquels on trouve des personnages moins connus, mais non pour autant moins influents, dont des dirigeants du Fonds monétaire international (comme Dominique Strauss-Khan, voir NdT).

   Comme a expliqué Condoleezza Rice au meeting Yes 2012, « les transformations démocratiques requièrent du temps et de la patience, requièrent un appui de l’extérieur comme de l’intérieur ». Excellente synthèse de la stratégie que l’Occident adopte sous le manteau de l’ « appui de l’extérieur » pour favoriser les « transformations démocratiques ». Une stratégie désormais consolidée, de la Yougoslavie à la Libye, de la Syrie à l’Ukraine : ficher des coins dans les failles qu’a tout Etat, pour en dégonder les bases en soutenant ou fomentant des rébellions anti-gouvernementales (type celles de Kiev, trop ponctuelles et organisées pour être considérées comme simplement spontanées), tandis qu’on déchaîne une trépidante campagne médiatique contre le gouvernement qu’on veut abattre. 

   Pour ce qui concerne l’Ukraine, l’objectif est de faire crouler l’Etat ou de le casser en deux : une partie qui entrerait dans l’OTAN et dans l’Ue, une autre qui resterait majoritairement reliée à la Russie. Dans ce cadre s’insère la Yalta European Strategy de l’oligarque ami des Clinton.

Edition de samedi 22 février 2014 de il manifesto



Et quelques aspects de la Pinchuk-French Connection (NdT)

   « Mercredi 27 mars [2013], la Ministre de la Culture et de la Communication, Mme Aurélie Filippetti, a remis les insignes de chevalier de l’ordre des Arts et des Lettres à Victor Pinchuk. Elle a salué en lui « le visage européen du mécénat » et le « mariage heureux entre l’industrie et la culture, à l’image de l’installation monumentale d’Olafur Eliasson qui, comme le fer y subit de constants changements d’état, métamorphose votre nouvelle aciérie »


   « Mon professeur en art contemporain est français, Nicolas Bourriaud (critique d’art, il a dirigé le Palais de Tokyo avec Jérôme Sans de 2002 à 2006 et il est l’actuel directeur des Beaux-Arts de Paris depuis octobre 2011). Je l’appelle même mon gourou ! Je l’ai rencontré en 2002 par l’intermédiaire de mon ami Marcel Gross, directeur associé d’Euro RSCG ».


   "Comment exister socialement dans son pays tout en ne faisant pas de politique ?" C’est Euro RSCG, en la personne du Français Stéphane Fouks, qui va lui fournir une réponse en trois points : 1. Créer un musée d’art contemporain qui valorise l’art ukrainien. 2. Mettre en place un think tank pour le rayonnement de l’Ukraine et son entrée dans l’Europe. 3. Créer une fondation anti-sida dont s’occupera sa femme.
L’oligarque s’investit dans la philanthropie.

   [...] « À une certaine période de la vie, il est temps de rendre un peu de ce qu’on a reçu, en étant guidé par une vision", dit-il. Pour autant, l’Ukrainien ne perd pas le nord : sa frénésie d’artistes n’est qu’une étape dans sa stratégie de conquête. Chaque automne, à Yalta, son think tank baptisé YES (pour Yalta European Strategy) travaille à faire rayonner l’Ukraine avec des invités comme Tony Blair ou Dominique Strauss-Kahn. À Davos, en marge du sommet, il imprime aussi sa marque : le 27 janvier, il organise une table ronde avec la jeune Cheikha Mayassa, princesse du Qatar très investie dans l’art, et Paulo Coelho (!) ».


Source : Marie-Ange Patrizio


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(Élève d'un Maître de Sagesse
intervenant pour apaiser les conflits)


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Benoît Barvin

mardi 11 février 2014

"Le Maître des Vents s'en prenait toujours plusieurs de la part de ses conquêtes". Jacques Damboise in "Pensées à contre-pet".

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Pensées pour nous-mêmes:

(LA DESTINÉE N'A AUCUNE VOLONTÉ)

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(Blonde attendant que sa chaîne Hifi fasse des grillades)


Full image link → 1969


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(Européenne répondant finement aux grossièretés américaines)


funnyjunk.com

Les cinq leçons du « fuck the EU ! »
d'une diplomate américaine

Sylvie Kauffmann
Journaliste au Monde

   (...) On savait que les défunts présidents Johnson et Nixon parlaient comme des charretiers dans l'intimité du Bureau ovale ; on ignorait que certains responsables de la diplomatie américaine perpétuaient cette tradition encore aujourd'hui. Grâce aux Russes, on sait depuis jeudi 6 février que Victoria Nuland, chargée de l'Europe au département d'Etat, est une digne héritière du parler cru de la Maison Blanche, surtout lorsqu'elle évoque ses amis de l'Union européenne : « Qu'ils aillent se faire foutre ! »

   Le plus intéressant pourtant, dans cette conversation téléphonique entre MmeNuland et son ambassadeur à Kiev, Geoffrey Pyatt, délicatement enregistrée à leur insu par – présume-t-on – les services secrets russes, n'est pas le « And, you know… fuck the EU ! » qui ponctue la description par la responsable américaine de sa stratégie sur la crise ukrainienne. L'expression gagne en clarté ce qu'elle perd en élégance, et après tout, Dominique de Villepin au Quai d'Orsay ne faisait pas non plus dans la nuance en fustigeant les « connards » de tous bords. Le plus intéressant, en réalité, c'est tout ce qu'il y a autour de l'interjection. Cinq leçons peuvent en être tirées :

   /Moscou n'hésite pas à recourir aux vieilles ficelles du KGB

   Selon l'agence Reuters citant une source diplomatique, l'enregistrement a été diffusé sur YouTube jeudi par Dmitri Loskoutov, un collaborateur du vice-premier ministre russe, Dmitri Rogozine, avec transcription de l'échange en russe, alors que Mme Nuland arrivait à Kiev. Une autre conversation téléphonique, moins toxique, entre une adjointe de Catherine Ashton, chef de la diplomatie européenne, Helga Schmidt, et l'ambassadeur de l'UE à Kiev, Jan Tombinski, a été postée sur YouTube au même moment. Message subliminal : les dirigeants occidentaux vont et viennent en Ukraine pour soutenir le mouvement de Maïdan, mais les services secrets russes sont chez eux.

   /Il n'y a plus de diplomatie secrète

   Les Américains sont pourtant bien placés pour le savoir, après la fuite géante des télégrammes diplomatiques de WikiLeaks en 2010 et l'affaire Snowden en 2013. La NSA écoute le monde entier, mais deux hauts responsables américains s'entretiennent d'une des crises mondiales les plus sensibles du moment sur leur téléphone portable sans se soucier d'être écoutés ? C'est l'arroseur arrosé. D'après la presse américaine, les diplomates américains de ce rang ne sont pas équipés de téléphones portables cryptés. Washington n'a pas confirmé l'authenticité de la bande audio, mais ne l'a pas démentie non plus, et Victoria Nuland s'est excusée auprès de l'UE.

   / Les propos de Victoria Nuland sont révélateurs des divergences profondes entre Américains et Européens sur l'Ukraine

   Les Etats-Unis traitent l'affaire ukrainienne comme une crise de la guerre froide : l'Occident contre la Russie. Ils veulent prendre des sanctions et ne comprennent pas que l'UE hésite. Les Européens, eux, voient dans l'Ukraine une crise qui concerne au premier chef l'UE et l'un de ses voisins, dont une partie de la population aspire à la rejoindre. En outre, les Etats-Unis sont un Etat fédéral, tandis qu'en Europe, les décisions se prennent à vingt-huit. C'est plus compliqué et ça exaspère Washington. Le mari de Victoria Nuland, Robert Kagan, est l'auteur d'un livre célèbre : La Puissance et la faiblesse (Plon, 2003), dans lequel il explique que « les Américains sont de Mars et les Européens de Vénus ». C'est, visiblement, une vision que partage Mme Nuland. Mais au-delà des sanctions, les Etats-Unis n'ont pas non plus de solution-clé en mains à proposer pour la crise ukrainienne.

  / La maladresse, voire l'arrogance, américaine

   La familiarité avec laquelle la vice-secrétaire d'Etat évoque les dirigeants de l'opposition ukrainienne (« Yats » pour Arseni Iatseniouk, « Klitsch » pour Vitali Klitschko) et les postes qu'elle leur attribue dans un éventuel gouvernement traduit une étonnante maladresse, voire arrogance, dans la méthode, compte tenu des échecs américains à installer des équipes au pouvoir dans des pays étrangers depuis dix ans. Elle-même et l'ambassadeur Pyatt parlent des protagonistes de la crise ukrainienne comme si leur sort dépendait d'eux, ce qui n'est pas le cas. Inévitablement, le titre de la bande audio sur YouTube, en russe, est : « Les marionnettes de Maïdan ».

   /L'exaspération allemande

   L'affaire enfonce un coin supplémentaire dans les relations entre l'Allemagne et les Etats-Unis, de plus en plus froides. Angela Merkel n'a toujours pas digéré d'avoir appris par Edward Snowden que la NSA écoutait son téléphone et le fait payer aux Américains depuis, en mettant en avant la fureur déclenchée dans l'opinion publique allemande par les révélations sur l'ampleur de la surveillance électronique. La chancelière a été la première à réagir, vendredi, en faisant savoir qu'elle considérait les propos tenus par Mme Nuland comme « absolument inacceptables », suivie samedi par Herman Von Rompuy, le président du Conseil européen, qui a utilisé le même terme : « inacceptable ». Les autres dirigeants européens préfèrent pour l'instant rire ou enrager sous cape, ou, comme l'ambassadeur de l'UE à Washington, Joao Vale de Almeida, riposter avec humour :

   Finalement, les dégâts pourraient être plus importants que ne le laissait penser au départ la dimension anecdotique de la gaffe Nuland. Encore un joli coup des Russes dans la partie d'échecs qui se joue depuis l'été dernier entre Moscou et les Occidentaux.


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(Y avait-il eu un accord secret 
entre le macaque et le pandore?
Certains en mettaient leur main à couper)



Illustration by Pem For "Le Sourire" September 1928

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Luc Desle