Bonjour à vous qui, dans le maelström du net, êtes arrivés, par hasard? lassitude? erreur? sur ce blog. Vous êtes les bienvenus. Vous y lirez des extraits d'articles, de pensées, d'interviews, piochés ça et là, et illustrés de photos et dessins détournés, via un humour de bon aloi. Vous pouvez évidemment réagir avec le même humour, la même ironie que nous mettons, chaque jour, à tenter de respirer un peu plus librement dans une société qui se corsète chaque fois un peu plus.
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mercredi 19 septembre 2012

"Par dérision, Dracula, complètement pété, exigeait qu'on l'appelle le Roi des Pieux". Jacques Damboise in "Pensées contrites"

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Pensées pour nous-mêmes:

(SOIS LE DRAPEAU DE LA PAIX
QUI CLAQUE AU VENT)

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COURTS RÉCITS AU LONG COURS(43)
pcc Benoît Barvin



http://lalarveoregime.unblog.fr/

Flaque

   C'était une mauvaise période. J'avais perdu mon boulot, mon épouse était partie, mes enfants avaient déménagé dans une autre ville, ils travaillaient tous deux et n'étaient pas vraiment décidés à m'épauler. Je ne pouvais leur en vouloir, je n'avais pas été un père très aimant, bouffé par le boulot et par quelques maîtresses, ce qui les avait profondément blessés. J'avais, certes, fait amende honorable mais ils m'en gardaient toujours rancune et...

   Je cessai de ressasser tous ces problèmes. Décidément, la vieillesse est un naufrage pendant laquelle le capitaine regarde son bateau couler en additionnant, avec amertume, toutes les erreurs commises et en pleurant sur son sort. Je me trouvais devant la banque de cette pharmacie et la préparatrice examinait l'ordonnance que mon docteur m'avait prescrite. Toujours les mêmes drogues destinées à me faire voir la vie en rose, à calmer les palpitations de mon coeur, à être, un peu, dans le droit courant d'une vie soi-disant normale.

   Cela faisait maintenant six mois que je venais, toutes les trois semaines à peu près, dans ce lieu de gavage pour oie humaine décentrée. Je prenais des anxiolytiques comme un gamin se gave de bonbon acidulés. Parfois cela marchait et je souriais comme une buse à tout bout de champ. D'autres fois cela me mettait dans l'état d'un étron qui prend conscience réellement de ce qu'il est. Pas folichon, n'est-ce pas?

   La préparatrice était une blonde entre deux âges. Elle avait dû être mignonne et il lui restait encore quelques traces de cette beauté: sa peau était aussi douce que celle d'un bébé; j'aimais ses mains un peu grasses que j'imaginais volontiers sur mon ventre; sa poitrine se contenait difficilement dans un soutien-gorge ample et elle était boudinée dans sa tenue blanche. Mais elle savait encore bouger avec grâce et, surtout, elle avait un capital sourire qui aurait fait fondre un directeur financier.

   Cependant, depuis deux mois à peu près, je m'étais rendu compte d'un étrange phénomène. J'avais l'impression que "Magda", puisque c'était ainsi qu'elle se prénommait, enflait comme un bibendum. Au début, je mis ça sur le compte de la ménopause puis le phénomène prit un tour inquiétant. Chaque semaine Magda prenait quelques rondeurs supplémentaires. J'avais en effet pris l'habitude de l'observer, de loin, et même de la suivre, en prenant les précautions nécessaires pour ne pas être confondu avec un banal voyeur. 

   Ce matin, la jeune femme avait de nouveau forci. Son visage était maintenant suave, d'une rondeur avenante; sa poitrine semblait sur le point de faire craquer un soutien-gorge qui, à présent, atteignait les limites autorisées; jusqu'à ses doigts qui me firent penser à de jolies saucisses dans lesquelles j'aurais aimé mordre... Le plus impressionnant, c'était que ses collègues semblaient trouver cette métamorphose normale et qu'ils continuaient à vendre, sans sourciller, des méthodes "infaillibles" pour maigrir.

   Le soir me trouva dissimulé derrière la pharmacie. Qu'espérais-je? Je n'en sais rien. Peut-être avais-je envie de lui adresser la parole, afin de lui avouer que sa présence, depuis que ma garce d'ex-femme m'avait quitté, me faisait du bien. Que nous pourrions faire un peu de chemin ensemble? A moins que ce ne soit sa transformation physique qui m'attirât, tel un aimant, modification que j'étais certain de stopper, puis de faire régresser. Une illumination me vint: Magda m'avait été envoyé par un Esprit supérieur qui voulait qu'à travers elle je me sauve.

   La lune était ronde, aussi ronde que la préparatrice qui quittait toujours la dernière la pharmacie. Elle me parut encore plus large que le matin. Elle "roula" vers sa voiture, éclairée par la lumière froide de la lune qui me révéla un semblant de femme, une caricature humaine qui, au fur et à mesure de sa marche, se déformait pour ressembler à une ébauche de glaise qu'un sculpteur invisible  transformerait. 

   La forme devint une grande flaque dans laquelle se reflétait la lune. Elle me fit penser à un immense protoplasme qui palpitait, empli de couleurs chatoyantes et, au "milieu" de cette "chose", je crus distinguer comme deux pupilles d'or qui m'observaient.

   Je fis un demi-tour affolé et m'enfuis, le coeur au bord des lèvres et, après avoir balancé alentour les médicaments pelliculés que je trimbalais comme des gri-gri, je me jurai que plus jamais - ah ça non, plus jamais - je ne tomberais amoureux d'une préparatrice en pharmacie.

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"Comment ça la grille est ouverte?
Mais tu ne sais pas que je suis une vraie blonde, non?
Quelle cruche, celle-là!"


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"Ah vos rangs... Fixes!"


(Cette bande de manchots faisait régner 
la terreur dans le camp de vacances)

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"Youpie! J'ai perdu ma virginité!
J'ai perdu ma vir-gi-ni-té!!!"


(Cette idiote de Dorothée avait juste embrassé son boy-friend
sur le bout du nez. Les années 60 étaient un rien naïves...)

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"Non mais... T'as vu la tête des lecteurs?
- Et celle des lectrices, alors...
- Hihihi..."


(Ces deux starlettes étaient insupportablement  moqueuses)

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"Alors? Tu en penses quoi, de mon cadeau?
- Ben..."


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Jacques Damboise (maître es humoriste)

mercredi 12 septembre 2012

"Elle tendit l'oreille et on la lui vola". Jacques Damboise in "Pensées à contre-pet".

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Pensées pour nous-mêmes:

(SANS RIME NI RAISON TA VIE A UN SENS.
A TOI DE LE TROUVER)

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COURTS RÉCITS AU LONG COURS(42)
pcc Benoît Barvin

Gil Elvgren
zazzle.com 

Temps



   Je la rencontrai au détour d'une ruelle, un matin, alors que le soleil hésitait à percer les nuages. Magda, belle fausse rousse aux formes rotondes, visage avenant, lèvres pulpeuses et chevelure à crins de jument. Elle portait un jean qui mettait ses hanches en valeur, galbait ses cuisses, entrait dans de mignonnes bottines qui élançait sa silhouette. Sa poitrine paraissait sur le point d'exploser un T-shirt de couleur rouge, collé-serré, avec un col en V, de manière à exhiber le début de ses seins, toujours aussi débordants d'optimisme.

   Magda, j'avais été son amant; nous avions vécu ensemble quelques mois à l'intensité exceptionnelle; j'avais perdu le peu de latin que je savais, sur les femmes, à son contact. Rigolote, entreprenante - dans tous les sens du terme -, extrêmement vivante, elle avait chamboulé mes jours et mes nuits, dérangeant l'ordonnancement pointu de ma vie de célibataire. Nous nous étions quittés sur un dernier coup de gueule, en apothéose, un matin, et j'avais alors éprouvé le sentiment d'un désastre évité de justesse. 

Et voilà que je "tombais" à nouveau sur elle, par hasard - mais les hasards existent-ils vraiment? Ne sont-ils pas fabriqués par un Destin ricaneur qui s'amuse à nos dépends? 

   Nous nous observâmes quelques secondes. Elle tomba dans mes bras, me dit que je n'avais pas changé, que j'étais toujours aussi "mignon" et, sans façon, elle effleura mes lèvres des siennes, pleines, sensuelles, aphrodisiaques. Instantanément je perdis le cours de ma journée, me laissai entraîner vers la terrasse d'un café où, face à face, nous nous bûmes des yeux. Elle se parfumait toujours à l'Ylang-Ylang et cet effluve me rendit, une fois encore, fou. Je n'arrivais plus à penser correctement, j'étais subjugué par ses yeux verts, par sa bouche mangeuse d'hommes, par ses seins qui me faisaient la conversation, par ses genoux qui, collés aux miens, m'invitaient déjà à aller plus loin. Et aussi par cette voix qui glissait sur ma peau, m'annonçant de futures et fabuleuses étreintes...

   Les amours disparus peuvent-ils renaître? La cendre qu'on croyait éteinte l'est-elle vraiment jamais? Que faisais-je là, devant elle, dix-huit ans plus tard, à sentir tout mon corps se tendre dans sa direction, ma bouche sèche n'attendant qu'une seule chose: m'abreuver à la sienne, ou à toute autre partie de son corps? Le serveur interrompit un bref instant cette attraction fatale... ce qui me permit de recouvrir, une seconde, mes esprits.

   Se formula aussitôt, dans mon cerveau en ébullition, LA question qui aurait dû me tarauder, dès que je l'avais rencontrée: comment se faisait-il que, près d'une vingtaine d'années après notre séparation, Magda puisse paraître aussi jeune? Comme si le temps s'était arrêté pour elle; juste pour elle, le Temps, ensorcelé lui-aussi par sa personnalité à la fois fantasque et séduisante, Oh combien... 

   Quand le serveur s'éloigna, un zeste d'inquiétude brilla dans ses pupilles. Elle avait deviné mon interrogation. Elle posa ses paumes brûlantes sur les miennes, accentua un sourire de mante religieuse, mais j'étais déjà en retrait, de toute mon âme et c'est d'une voix, certes tremblante, mais néanmoins assez ferme que je lui demandai: "Dis-moi, Magda, par quelle sorcellerie es-tu aussi fraîche que dans mes souvenirs?"

   Elle sursauta, blêmit, ses mains tressaillirent et quittèrent les miennes. Une ombre passa sur son visage qui, maintenant, me semblait légèrement patiné par les années. Quelques rides se faisaient jour, au coin des yeux, aux commissures des lèvres, sur les joues même... Je remarquai quelques taches sombres sur le dos de ses mains, sa peau m'apparut tavelée, sous le soleil qui se montrait franchement. Elle repoussa la chaise. Sa silhouette semblait se transformer; ses hanches étaient rabotées par une gomme invisible; ses seins s'affaissaient lentement comme s'ils se dégonflaient; ses cuisses enflèrent lentement...

   Je ne vis pas le reste de la terrible métamorphose. J'avais tourné moi-même le dos et je m'enfuis, lâchement, j'en conviens, le coeur empli d'une tristesse infinie, me bouchant les oreilles pour ne pas entendre cette voix de presque vieille femme m'appeler, d'une voix dans laquelle le temps avait creusé de nombreuses fissures...


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"Ahaha... Mais, ma chérie, je suis ruiné, RUINE,
tu comprends ce que ça veut dire?
- Ahaha... Tu as toujours mal menti, mon amour..."

Sue Lyon and director Stanley Kubrick share a laugh during the filming of ‘Lolita’ (1962)

(Quand l'épouse comprit que son mari disait la vérité,
son rire s'étrangla alors qu'elle s'emparait du marteau
qui lui avait servi à planter un clou...)

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"Oulàlà, elle est froide!
- Hihihi..."

ahiddengardenofsecretsA new time has raised…
Gertrude Hubbell, Ruth Peters and Mildred Grimwood,
 hiking their skirts at the shoreline of the beach in Averne, Queens, New York, NY
photo by Wallace G. Levison, September 8, 1897 (via honey-rider)

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"Mais... Mais mon parapluie ne va pas 
me protéger beaucoup de la pluie!
- Pfff... Pourtant, elle est Brune..."

Luna Moth Girl with parasol - 1920s
(via mudwerks)
Source: sisterwolf

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(Le numéro des chapeaux tournoyants comme des soucoupes
de cette artiste chinoise avait beaucoup de succès...)

Chinese acrobat, 1950s

(... jusqu'à ce que l'un d'entre-eux lui tranche la tête...)

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Jacques Damboise

mercredi 8 août 2012

"Il consommait l'abus d'alcool avec modération". Benoît Barvin in "Pensées pensées"

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Pensées pour nous-mêmes:

(MÊME EN TE PENCHANT
TU NE VERRAS PAS L'ENVERS DU MONDE)
pcc Jacques Damboise

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COURTS RÉCITS AU LONG COURS(37)
pcc Benoît Barvin

©2012Haller-Buchanan_EveningOfATornadoWarning_100


   Je suis seule, abandonnée... 
   Seule... 
   ABANDONNÉE... 

   Qui peut, qui voudrait me sauver? Je n'aime pas cette cellule, je déteste ce capitonnage qui transforme chacun de mes mouvements en ceux, malhabiles, ridicules, de nouveau-né... Pourquoi m'a-t-on enfermée? Qu'ai-je fait de mal? Je ne me souviens de rien. J'ai beau chercher... Mon Dieu, comme je déteste ne plus avoir la liberté de mes mouvements moi qui ai toujours été un tourbillon de vie... 
    Oui... Oui, je commence à avoir quelques flashs... Une rivière toute droite, peut-être... Quelle image idiote!  Plutôt un quelconque revêtement qui brille sous la pluie... Tout est si flou.
   De nouveau l'obscurité profonde, l'odeur de renfermé, presque de putréfaction... ces liens qui m'enserrent, qui m'étouffent, qui font de moi un paquet à peine humain... Si je pouvais agir comme dans mes textes d'enfance, ceux où le héros, avant de s'être fait ligoter, a pris la précaution d'enfler ses poumons, de sorte que lorsque les tortionnaires referment la porte, le voilà qui expire longuement. Et, miraculeusement, les liens glissent sur son corps, le délivrant de la maudite étreinte serpentine...
   Mais je ne suis pas dans un conte, pas dans un rêve, même pas dans LA réalité. Où suis-je? Pourquoi suis-je emprisonnée?

   N'as-tu pas encore compris?

   Une voix... Elle vient de résonner quelque part... Dans ma tête? Alors c'est que je deviens folle... Non... plutôt par l'intermédiaire d'un haut-parleur dissimulé quelque part dans la cellule que j'entrevois, car mes yeux s'habituant peu à peu à l'obscurité, discernent quelques formes et...
   Je sursaute. Là-bas, face à moi, près d'un vague rectangle qui doit être l'ouverture de cette prison, je viens de distinguer une forme. Quelqu'un... Un gardien?

   Non. Un ami...

   La voix est douce, celle d'un enfant tout juste grandi. Si j'osais m'approcher... Je fais un bond grotesque, je m'effondre sur le sol matelassé; mais soudain, mue par l'énergie du désespoir, je réitère mon geste, je me tortille, je deviens un ver gigantesque qui glisse, qui ondule maintenant, moins fébrile car j'ai compris que l'inconnu ne me veut pas de mal.

   Doucement, me conseille-t-il, je ne vais pas m'en aller, n'aie crainte. Je suis là pour toi.

   Nous voilà face à face, si j'ose dire, vu que je suis à plat ventre, bras collés au corps, jambes battant l'air moite, hérissée de contradiction, d'impuissance, des larmes commençant à noyer ma vision. A travers ce rideau opalescent, je distingue un visage amical, des yeux qui pétillent de bonté, un sourire qui étire une bouche gourmande, un minuscule filet de barbe... 
   - Qui es-tu? Comment es-tu arrivé dans cette cellule? Que me veux-tu?
   Il a un petit rire qui ressemble à un gentil gloussement. Il remue la tête, sa queue de cheval balaie l'espace derrière lui.

   Trop de questions tuent les éventuelles réponses... Je suis une part de Toi, tout simplement.

   Je ne comprends pas vraiment le sens de sa réponse. Moi qui, avant cet enfermement - mais quelles en sont les raisons? - détestait les rébus, me voilà servie. Je n'ose redemander quoi que ce soit, me contentant de cette présence apaisante, après la solitude qui me taraudait l'âme.

   Je suis le Yang créé pour t'accompagner.

   - Vers où?

   Tu t'en doutes, toutes tes fibres le savent. Pour l'instant, ce n'est qu'une intuition. Quand tu la formaliseras, ce sera en quelque sorte gagné...

  Les propos sont toujours aussi hermétiques, mais cette voix, si apaisante, me va comme un gant, si j'ose dire. J'entends l'Inconnu pouffer.

   Excellente celle-là. J'aurais aimé m'en resservir. Mais c'est un peu tard.

   Des flashs... La pluie... Des masses éléphantesques qui grondent en me dépassant... Le ciel bas... Quelque chose qui a à voir avec la fin du Monde...

   Je ne l'aurai pas appelé ainsi... Ce n'est rien d'autre qu' un commencement.

   Le sens de ces mots fait mouche... Mes liens se distendent, se dissolvent, les larmes reviennent noyer mon regard, mon coeur bat la chamade, les flashs sont devenus des instantanés de clichés de faits divers... Tôles froissées, pluie incessante, temps suspendu, casques rutilants de pompiers désossant la  carcasse encore fumante d'un véhicule accidenté...

   - Comment aurais-tu appelé cette fin de Mon Monde?

   Psychosphère, je pense, ce lieu où les rêves, les idées, l'imaginaire collectif vient s'agréger en un maelström enchanteur dans lequel tout un chacun vient puiser un peu de forces pour continuer...

   - Même si on se situe dans un autre univers, inaccessible à celles et ceux que nous aimions? 

   C'est le prix à payer, depuis des millénaires.

  Je me suis levée sans problème, libre instantanément de toute entrave. Les murs de la prison s'évanouissent comme un mauvais rêve. Une clarté singulière nous environne, fraternelle. Autant que l'homme jeune, au sourire d'enfant, aux yeux plein d'étoiles qui me tend la main en me disant:

   Viens avec moi. Tu as tout un nouveau Monde à découvrir...



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"Ne t'inquiète pas, ce ne sont pas des Chinois,
ils ne vont pas nous manger!
- Toi et ton racisme primaire! Non,
si j'ai peur, c'est parce que j'aime pas 
qu'on sache... pour nous, tu comprends?"


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"Bien sûr, Kierkegaard a bien dit ce qu'il a dit,
mais Moi, je pense, en toute humilité
évidemment, qu'il s'est trompé!
- Non?!
- Si."

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"Bon, va falloir être courageux, mon vieux...
Dès qu'il fait mine de te l'enfoncer, tu mords pas,
hein, tu mords surtout pas!
Allez... Répète après moi:
JE-MORDS-PAS"

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"Mais il est mort, fiston...
- Sache, Dad, que le capitalisme ne meurt jamais"

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(La manche vivante - et courtoise - faisait toujours son petit effet)

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Jacques Damboise

dimanche 22 juillet 2012

"L'omelette qui fait la fête sans casser des oeufs, ça n'existe pas". Benoît Barvin in "Comptines à tantine".

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Pensées pour nous-mêmes:

(LA MORT DE TON EGO 
EST TA PREMIÈRE NAISSANCE)

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COURTS RÉCITS AU LONG COURS(35)
pcc Benoît Barvin

Charles Theodore Frere "Caravane au Coucher du Soleil" 

Tableau

   Ce tableau m'obsédait. Il représentait une scène de fuite dans ce qui ressemblait à un désert, ou apparenté. Deux silhouettes - dans lesquelles je voyais un couple - fuyaient, à ce qu'il semblait, une troupe de cavaliers. Il y avait là sept hommes, des brutes si l'on en croyait les armes qu'ils brandissaient, les longs cheveux retenus en catogan, les barbes longues et sales, les frusques, en peau de bête, qui recouvraient, en partie, leurs corps musculeux.
   Dans l'exécution de ce tableau, on sentait comme un impérieux besoin de détailler les poursuivants, dans une esthétique de peintre pompier, alors que le couple, lui, était exécuté hâtivement. Un peu comme si l'artiste avait voulu représenter l'urgence de cette fuite, la fragilité des pourchassés, leur incapacité à échapper au sort funeste que leur réservait la troupe de brigands.
   Le peintre utilisait de l'huile, il avait brossé à grands traits le paysage qui, selon la lumière, paraissait changeant. Parfois on avait effectivement l'impression de se trouver dans un simili désert, d'autres fois cela ressemblait plus à une lande couverte de plantes rases et jaunies par le soleil. Les hardes que portaient les routiers, elles-mêmes, ne me semblaient pas définies, selon l'heure où j'observais cette peinture, trouvée quelques jours plus tôt dans un vide-grenier du coin. Quelquefois je surprenais la lueur méchante de la lame d'une lance ou d'un large coutelas, une minute après, c'était la forme reconnaissable d'un fusil-mitrailleur...
   Plus que la manière de peindre - à grands traits, avec de sombres couleurs, en dépit du fait que la scène se déroulait en pleine journée -, c'était cette incertitude dans mon observation qui me troublait. J'en vins rapidement à l'idée que le tableau "vivait". C'était absurde, bien évidemment. Comme si la matière peinture pouvait avoir d'autre existence que celle d'être posée sur une toile et de sécher, gentiment, sous une pellicule de vernis...
   Je n'étais pas particulièrement impressionnable. Mon imagination n'épousait pas celle de mon frère - décédé maintenant - qui, lui, aurait vu dans ce tableau un clin d'oeil de l'Autre Monde, là où je ne voyais qu'une fatigue oculaire et une calembredaine, indigne du banquier que j'étais.
   Un matin, je jetai un oeil en direction de l'oeuvre et laissai tomber la tasse de café, ainsi que la sous-tasse, qui se brisèrent sur le sol en marbre de ma demeure. Quelque chose avait effectivement changé dans l'agencement de la composition. J'avais mesuré, soigneusement, la distance séparant les deux groupes. Je dus me rendre à l'évidence: les poursuivants se rapprochaient du couple. J'apercevais distinctement l'éclat cruel dans leur regard, les sourires de prédateurs qui s'ouvraient sur des dents aiguisés par le futur carnage.
   Ce jour-là, je pus mieux détailler le couple. Jusqu'à présent, les silhouettes me paraissaient fantomatiques. A présent, elles s'étaient comme extraites en partie de la gangue de vernis et, dans l'homme et dans sa compagne, je reconnus mon frère et son épouse. Epouse que j'avais violentée et étranglée, profitant de l'absence de son mari. Frère que j'avais exécuté, d'une balle dans la tempe, arrangeant le "tableau" afin de faire croire à une violente dispute qui avait viré au drame: mon frère avait tué son épouse et, pris d'un violent désespoir, il s'était suicidé.
   Tout le monde avait gobé l'histoire. J'avais été inconsolable, avant de reprendre les affaires de mon frérot, patron de la banque familiale, dont j'étais devenu le mentor - et qui me servait d'inépuisable réserve de fonds. "Oh la jolie  mauvaise conscience qui fait sa belle", ricanai-je en m'approchant de la peinture, pour la retirer du mur avec l'intention de la détruire. Ce n'étaient pas les visages accusateurs du couple qui m'en empêcheraient.
   J'arrachai le tableau du clou qui le maintenait, remarquant à peine la troupe qui avait pivoté dans ma direction. Je laissai tomber le cadre sur le sol, où il se cassa en deux. Sur le mur, comme une reproduction parfaite, la scène était peinte, décalquant les expressions de mon frère et de sa stupide bonne femme: ils semblaient satisfaits, déjà vengés, m'apparut-il. Quant à la troupe de malfrats, elle se dirigeait maintenant droit sur moi, en brandissant leurs armes disparates mais, j'en étais convaincu, bien réelles. 
   D'autant plus que, maintenant, la peinture se transmuait une nouvelle fois, devenant une scène en trois dimensions... 

°°°

(La guerrière à la poitrine arrogante portait bien son nom)



Jeffrey Catherine Jones 

°°°
"Chérie? Mais... Mais tu me trompes avec un dragon!
Qu'est-ce qu'il a de plus que moi?
- Deux cornes, peut-être?
- Sale gourgandine!"




°°°
(Halaf-le-prudent attendait toujours un mammouth
vieux, solitaire et un rien malade à attaquer...
Au fond, Halaf-le-prudent devait le reconnaître:
entre la viande sur pattes et lui, 

ce n'était pas le grand amour)



°°°
"Oh, Monde cruel, pourquoi m'as-tu abandonné?"
déclama cet astronaute, atteint par le mal de l'espace
et qui, quelques minutes plus tard, allait ôter
son casque...


°°°
Blanche Baptiste

mercredi 18 juillet 2012

"Bien que né d'un père inconnu, Jésus Christ était le chouchou de ses parents". Jacques Damboise in "Mi Name is Jiçé"

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Pensées pour nous-mêmes:


(VA AU PLUS SIMPLE
MAIS PRENDS TON TEMPS)

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COURTS RÉCITS AU LONG COURS(34)
pcc Benoît Barvin



Frontière

   Je n'étais plus très loin de la frontière, un kilomètre peut-être, voire un kilomètre et demi. J'étais épuisé, le souffle court, mon corps n'avait plus une goutte d'eau à exsuder; je ne sentais pas plus mes jambes que mes pieds qui n'étaient, à présent, que des "godillots" encombrants et pesaient des tonnes. A chaque pas je manquais tomber, et tomber sur ce terrain rocailleux, plein de bosses, de creux, de cavités  dangereuses car susceptibles de receler un serpent venimeux, ç'aurait été une catastrophe. Jamais je n'aurais pu me relever. Je pense que si j'avais chu sur le sol, je serais mort dans la seconde, soulagé peut-être de pouvoir abandonner cette fuite éperdue et mortelle qui semblait ne pas avoir de fin. 

   Cela faisait des mois que je me préparais, moi et les trois autres membres de ma famille. Nous avions tout fait pour détourner les soupçons de notre entourage immédiat qui, chacun, avait depuis longtemps lâché prise et s'accommodait  d'une situation infâme... Mais tant qu'il y a de la vie, n'est-ce pas? semblait-on nous dire, avec un geste fataliste. Tout en nous surveillant, au cas où.
   Père et Mère, eux, n'étaient heureusement pas de ce bois dont on faisait les lâches. Ils cachaient bien leur jeu, poursuivant leur labeur quotidien, exténuant - lui en travaillant dans l'usine de jeans, plus particulièrement dans le "département"où l'on trempait les tissus dans des solutions qui, lentement, s'infiltraient sous la peau, provoquant de terribles cancers. 
   Quant à Mère, elle cousait, à l'aide d'une  dangereuse machine antédiluvienne, des poupées aussi mignonnes que vaines, destinées aux enfants des ex-Pays Émergents, comme on les appelait, trente ans plus tôt. Moi et ma Soeur, nous livrions toutes sortes d'objets d'art aux Classes Premières, celles qui avaient ruiné notre Etat, ainsi qu'une bonne partie de la Planète. Bien entendu, nous étions reçus moins bien que des chiens par les factotums de ces immondes satrapes. Ma soeur avait été violentée, mais ces choses-là étaient tellement courantes qu'on n'y avait presque pas fait attention.
   "Ce sera pour la fin de semaine" avait dit Père, tout bas,  sa main rugueuse dissimulant ses lèvres, en raison des nombreux drones qui écumaient l'immense réfectoire, l'oeil électronique toujours aux aguets. Dans notre minuscule deux-pièces, il nous avait fait passer des bouts de papiers sur lesquels étaient notées ses instructions, en pictogrammes Olmèques, afin de déjouer les experts en déchiffrage. Puis on les avait avalés...
   Nous étions partis le samedi suivant, nous faufilant par l'étroit boyau que nous avions creusé, chacun à notre tour, depuis près de douze mois, longs, interminables, mais pleins d'espoir. La nuit était sombre, brouillée par les orages magnétiques qui, au loin, grondaient. Dans ces conditions, impossible que les drones puissent prendre leur envol pour surveiller les environs. Mère nous indiquait le chemin grâce à un antique GPS, volé pièce après pièce dans une des salles de proto-histoire. Heureusement, cette période historique intéressait peu les Autorités, de sorte que personne ne s'était aperçu de la disparition de ces composants organiques. 
   A présent, c'est avec une réelle dextérité qu'elle nous conduisait vers la frontière, celle des Estados-Unidos de la Patria. Là, nous ne trouverions pas le Bonheur, mais une vie simple, sans mouchards, sans harcèlement moral, car la région était censée confier à chacun un bout de terrain, à charge au "propriétaire" de le cultiver et d'en tirer le meilleur parti. Cela semblait tellement idyllique que, parfois, je me mettais à douter de ce futur possible qui avait des allures de conte de fée...
   C'est Père qui, le premier, tomba dans un piège, dissimulé sous un bosquet d'épineux. Bien qu'éclairant le chemin avec une lampe-torche antique, il se fit surprendre et fut comme effacé de l'espace. Nous nous précipitâmes, nous penchâmes et vîmes son corps, percé de part en part par les pointes acérées de pieux de bois. Heureusement, avant de plonger, il avait eu la présence d'esprit de jeter la lampe-torche dans notre direction. Mère s'en empara, nous fit signe de la suivre et nous filâmes, le coeur prêt à se briser, laissant le corps de Père derrière nous,  bientôt dévoré, certainement, par des bêtes immondes.
   Ma Soeur et Mère, peut-être un peu trop pressées - ou alors bouleversées par cette mort brutale - ne purent éviter cette portion de sables mouvants qui, pourtant, quelques secondes avant, avaient scintillé sous l'éclat brutal de la lampe. Mère plongea jusqu'à la taille, réussit à pivoter dans notre direction, balança le GPS et la lampe, avant que son corps ne s'enfonce avec une lenteur tragique dans un bruit écoeurant de succion.
   "Non! "hurla ma Soeur. Elle s'élança, avant que j'aie pu la retenir et fut elle aussi avalée par cette viscosité goulue. Je m'emparai des deux objets jetés par Mère et me mis à courir, conscient que le hurlement de ma Soeur était une catastrophe. Les drones et les embûches de la Nature n'étaient pas les seuls pièges que j'aurais à affronter si je voulais m'en sortir...

   Plus que cinq cent mètres, si j'en croyais le GPS. Il me fallait franchir un petit monticule et, derrière, se trouvait un simple muret que je n'aurais plus qu'à grimper, pour me retrouver de l'autre côté de la frontière. Père et Mère avaient étudié avec soin la topographie des lieux et en avaient conclu que, dans cette portion abandonnée du territoire, aucune barrière électronique ne viendrait empêcher notre évasion.
   Je franchis la moitié de la colline. Je tenais la lampe-torche devant moi, comme une arme. Dans l'éclaboussement du rayon de lumière surgit la haute silhouette métallique d'une Cybernétique de Type E, un garde-frontière qui s'orientait via les sons émis par les Humains. Des humains qu'il était chargé de traquer et d’annihiler, surtout si ces derniers se baladaient, la nuit, en plein couvre-feu.
   Je l'avoue, je maudis le hurlement de ma Soeur... tout en fonçant, plein de rage, en direction du Cybernétique. Je le heurtai si violemment que nous roulâmes de l'autre côté de la colline, dans une étreinte insolite au bout de laquelle j'espérais bien toucher du doigt la Liberté...
   
***

(Soeur Cornette attendait qu'IL vienne la visiter,
ainsi qu'il l'avait fait pour la Sainte Vierge,

avec l'Archange Gabriel)
(c) Michel Desimont

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"Je vois... Je vois une palpitation soudaine...
Quelque chose de légèrement obscène qui...
- Bon, OK, j'ai compris: c'est combien?"


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(AXE-GIRL n'était pas contente et le faisait savoir.
MALE-ROBOT allait l'apprendre à ses dépens)


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"On attend quoi, là?
- Le bus, peut-être?
- Tu dis ça parce que je suis Blonde?
- Non, tu crois..."


***
Blanche Baptiste