Bonjour à vous qui, dans le maelström du net, êtes arrivés, par hasard? lassitude? erreur? sur ce blog. Vous êtes les bienvenus. Vous y lirez des extraits d'articles, de pensées, d'interviews, piochés ça et là, et illustrés de photos et dessins détournés, via un humour de bon aloi. Vous pouvez évidemment réagir avec le même humour, la même ironie que nous mettons, chaque jour, à tenter de respirer un peu plus librement dans une société qui se corsète chaque fois un peu plus.
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lundi 17 février 2014

"Sadique, le fourmilier faisait claquer sa langue sur la fourmilière". Jacques Damboise in "Pensées de vraiment peu".

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Pensées pour nous-mêmes:

(LE BONHEUR N'EST PAS
COTÉ EN BOURSE)

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(Intéressante paire de lunettes destinée
à se faire des bosses avec classe)



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(Banquier s'entraînant au Marathon 
de l'argent volé)



Qui sont les exclus bancaires,
cibles du « compte Nickel » ?

CÉCILE CAZENAVE

   (...) Votre banque ne veut plus de vous : qu’à cela ne tienne, le bureau de tabac vous tend les bras. L’équation semble étrange. C’est pourtant, en substance, le message des deux inventeurs d’un compte en banque sans banque. Mardi dernier, deux petits génies de la finance et de l’informatique, Hugues Le Bret, ex-banquier de la Société générale, et Ryad Boulanouar, un ingénieur qui a conçu, entre autres, le Pass Navigo de la RATP, lançaient le « compte Nickel ». Il s’agit d’un compte low cost, hébergé par un buraliste, dont l’ouverture prend quelques minutes, sans condition de dépôts ni de revenus. Le slogan, « une banque pour tous ceux qui ne comptent pas ou plus pour les banques » visent ceux que l’on nomme les « exclus bancaires ». Et l’on aurait tort de ne pas se sentir concernés. Car ces personnes en difficulté avec les institutions financières ne sont pas toujours celles que l’on imagine.

   D’après la Banque mondiale, 59% des adultes des pays en voie de développement ne possèdent pas de compte en banque. Dans les pays à revenus élevés, ils ne sont plus que 11%, ce qui rassemble tout de même beaucoup de monde. En mai dernier, la Commission européenne estimait que 58 millions de consommateurs de plus de 15 ans en étaient dépourvus. En France, ils représentent une minorité de personnes, probablement près de 500 000. Leurs profils sont variés. Des gens seuls à la rue, des migrants venus de divers horizons, aux prises avec des casse-tête administratifs multiples… Mais aussi des clients dont les établissements financiers ne veulent plus, tant l’historique de leur compte témoigne d’incidents à répétition. (...)

   (...) Un jour, votre banquier vous informe qu’il est au regret de fermer votre compte… « Si c’est préalablement motivé, c’est légal, explique Georges Gloukoviezoff, économiste et directeur du bureau d’études 2G Recherche. De même qu’une banque – l’un des seuls acteurs à avoir le droit de refuser une vente – peut refuser d’ouvrir un compte. » Pour tous ceux-là, la vie est un enfer. Ne serait-ce que pour percevoir un salaire, la loi exige d’être l’heureux détenteur d’un compte de dépôt. « C’est une population mal connue qui doit mettre en place des stratégies de survie », précise Georges Gloukoviezoff.

   Un système comme le compte Nickel, qui ouvre ses serrures au tout-venant, serait-il une oasis dans le désert bancaire ? « Si l’on était au Burkina Faso ou en Mongolie, pourquoi pas ? suggère Alain Bernard, responsable du département « Emploi et économie solidaire » du Secours Catholique. Mais dans un pays doté d’un important réseau d’agences, ce service payant me paraît surtout une excellente opération de communication. » Car, en réalité, nos législateurs ont déjà imaginé des bouées de sauvetage. Toute personne dépourvue peut saisir la Banque de France. Celle-ci inspire souvent la crainte. Elle se fera cette fois un devoir de vous ouvrir un compte de dépôt, avec des services bancaires de base, dont des moyens de paiements, gratuits. Mais, en 2010, une étude du Credoc (Centre de recherche pour l’étude et l’observation des conditions de vie) a montré que parmi les ménages concernés, seuls 5% avaient fait valoir ce droit au compte. C’est donc plutôt de conseils et d’assistance qu’ont besoin les invisibles de la vie bancaire. « En France, nous sommes bancarisés à 99%, il n’y a pas de réel problème d’accès aux comptes, souligne Alain Bernard. L’exclusion, c’est surtout de ne pas avoir accès à des services bancaires, et là, il y a de grande inégalités. »

   (...) Disposer d’une carte bleue pour payer au supermarché, d’un chéquier pour régler la cantine, les amendes, les traites de l’assurance, obtenir un crédit pour financer les études du cadet ou l’achat d’une voiture : un compte en banque n’y fait rien si vous n’avez pas à disposition les accessoires qui vont avec. Là encore le scénario se répète. Trop de découverts, trop de chèques en bois, des revenus trop faibles, trop irréguliers et vous voilà classé parmi les clients peu intéressants, pas solvables, pas rentables. Seulement, cette fois, les spécialistes estiment que c’est cinq à six millions de personnes, soit un Français sur dix, qui sont privés de l’un ou l’autre des outils bancaires indispensables à la vie quotidienne. Parmi eux, certains sont bien connus. Il y a 1,7 million de personnes « interdites bancaires », inscrites au fichier central des chèques, ou 200 000 personnes qui déposent chaque année un dossier de surendettement à la Banque de France, en hausse de 47% cette année.

    « Et, derrière, l’énorme masse qui n’a pas fait de dossier, qui continue à s’endetter, qui est au bord du no man’s land », souligne Maxime Pekkip, chargé de mission à l’association Cresus, un réseau national de prévention et d’accompagnement des ménages surendettés. Il les connaît bien, ces clients à qui bientôt on enlèvera le carnet de chèques, ou qui n’obtiendront jamais de quoi finir de rembourser la maison. Et ils n’ont rien d’une mère célibataire au RSA atteinte d’un syndrome d’achats compulsifs. Parmi les 3 444 personnes suivies par le réseau pour éviter qu’elles ne basculent, plus d’un tiers gagne entre le Smic et 2 000 euros par mois ; 43% sont salariés ; 31% propriétaires ; 51% sans enfant à charge ; et 47% ont entre 45 et 65 ans. Des profils archi-communs qui ressemblent au Français moyen. « Ce n’est pas un grand accident de la vie qui fait tomber ces gens, explique Maxime Pekkip. C’est une lente accumulation de dettes et le dysfonctionnement des organismes de contrôle et d’octroi (les banques, ndlr). Pire : les clients fragiles ont peur de leurs banques et vont les voir quand c’est déjà consommé. »(...)

   (...) C’est dans ce déficit de confiance que s’engouffre une innovation comme le compte Nickel. « C’est à la fois une réponse et un symptôme à l’échec de la bancarisation : cette création porte le fer là où les pratiques des banques se révèlent inadaptées », analyse Georges Gloukoviezoff. A peu près tous les acteurs spécialistes de l’exclusion bancaire s’accordent à dire qu’un tel système ne peut pas résoudre les situations difficiles. Mais certains imaginent que c’est un premier pas pour qui veut remonter la pente. « Un tel compte qui n’autorise pas le découvert peut fonctionner comme une tirelire, comme un outil d’autocontrôle, c’est une nouvelle entrée non stigmatisante dans le système financier », ajoute Maxime Pekkip. Pour d’autres, la fausse bonne idée à la mode du moment détourne les regards des vrais enjeux. « Ce qu’il faut aux clients, ce sont des conseils avisés, sur la gestion d’un compte, sur le prêt et l’épargne, martèle Alain Bernard. Et ce n’est pas le buraliste qui va en donner ! » A ses yeux, les banquiers doivent s’adapter, faire bouger leur perception du risque pris en évaluant la solvabilité de ses clients. Bref, donner du crédit et en récupérer.

http://www.terraeco.net/Les-exclus-bancaires-des-gens,53732.html


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(Adhérente d'un Parti Extrême avouant qu'elle n'est pas contre
le port du voile)




Liz Renay

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Benoît Barvin

vendredi 28 juin 2013

"Il attendait du futur de n'y être pas". Benoît Barvin in "Pensées pensées".

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Pensées pour nous-mêmes:

(TU ES JUSTE UN FÉTUS DE PAILLE 
DANS LE COURANT)

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LONG RÉCIT AU LONG COURS (1/51)
pcc Benoît Barvin et Blanche Baptiste


   Elaine Cantagril se retrouve face à Angélus Gabrielli, responsable de la mort de son fiancé...
ANGÉLUS
ou
LES SECRETS DE L’IMPALPABLE



Les-Comediens-italiens-Jean-Antoine-Watteau

   Le lendemain matin, il faisait encore un temps splendide. Sur la place du bourg, quelques baraques étaient en train de s’installer à la grande joie des enfants.

   Angélus sortit par la porte de derrière et coupa à travers champs jusqu’à la rivière. Il lui fallait prendre une décision quant à l’orientation à donner aux futurs événements. Somme toute, il avait atteint son but puisque les villageois en étaient maintenant réduits à l’état de dépendance. Par contre, lui, n’avait pas encore réussi à sauver sa main gauche, et il ne s’était toujours pas offert le plaisir suprême, eu égard à Camille, de leur révéler son identité. Alors que faire ? Partir sans mener sa vengeance à son terme, ou rester encore jusqu’au triomphe espéré ? C’était là un dilemme difficile à résoudre.

   Le soleil inondait les rochers plats. Angélus s’y allongea. La chaleur bienfaisante caressait son corps, comme nul être n’aurait pu le faire, il le savait. Dans ces longues et lointaines pérégrinations, jamais il n’avait rencontré de mains assez souples et chaleureuses capables de rivaliser avec les rayons du soleil. Certes, il en avait senti qui avaient du magnétisme, du savoir-faire dans l’art des massages, mais jamais cette vibration, cette énergie solaire que lui possédait au bout de ses doigts et dans le creux de sa main. 

   Il était tellement dans l’instant qu’il n’entendit pas arriver Sœur Adèle, ni plus tard Elaine. La première était venue sous le prétexte de ramasser des fleurs dont elle ferait des couronnes, pour la fête de la Saint Jean. Elle espérait bien revoir Monsieur Gabrielli qu’elle avait déjà aperçu, quelques jours avant, en train de se baigner là, près de la cascade. Le spectacle de cet homme resplendissant de beauté, se baignant nu comme aux temps bibliques, l’avait laissée dans une telle extase qu’elle n’eut de cesse de revoir encore celui qu’elle avait surnommé, dans son cœur, l’archange Gabriel. 

   Sa naïveté et sa candeur l’avaient jusque là protégée des vaines culpabilités. Pour elle, le mal ne pouvait pas habiter la perfection, et Angélus était parfait, hormis cette main que d’habitude il tenait gantée et qui, dénudée, semblait de loin malade.

   Sœur Adèle avait veillé à ne pas être suivie, mais Elaine avait remarqué chez sa compagne une telle effervescence qu’elle avait tenu à la suivre pour voir ce qui pouvait à ce point lui rendre le cœur léger. Elle la trouva donc debout derrière un saule, comme figée dans une admiration béate, littéralement transportée vers des espaces divins. Et, tout là-bas, sous les embruns de la cascade, un homme se laissait caresser par l’eau bouillonnante.

   Tout d’abord elle ne reconnut pas Angélus car l’eau estompait les traits de son visage, mais elle vit la main gauche de l’homme et comprit qu’il s’agissait de l’apothicaire. D’ailleurs, qui d’autre dans le bourg serait venu à cette heure se baigner seul ? Tous vaquaient à leurs affaires, ou étaient occupés aux premières moissons. 

   Puis Angélus sortit de l’eau. Elaine étouffa un cri. Adèle n’avait pas bougé. Elle continuait à regarder son archange dans sa splendide nudité. Et on pouvait lire dans son attitude toute la dévotion muette qu’elle lui vouait. Nulle trace de sentiments troubles. Une totale contemplation.

   Elaine, comme médusée par l’atmosphère recueillie de la scène, se risqua à contempler Angélus qui s’était de nouveau étendu sur les rochers. Son regard glissa sur ce corps d’ange qui gisait là dans toute son innocence. Puis l’évidence s’imposa à elle : ce corps n’avait pas de sexe. Du moins le lui sembla-t-il tant elle mit de la hâte à risquer sa vue sur cette masculinité, son éducation lui interdisant de se livrer à un tel voyeurisme. Succédant à la mollesse et à la confusion qui s’étaient emparées d’elle, la détermination prit le pas. Il fallait au plus vite se débarrasser de cet étrange meurtrier qui risquait, si on le laissait faire, de contaminer les plus pures.

   Adèle s’était, elle aussi, arrachée à sa contemplation. Elle ramassait à présent des brassées de fleurs, tout enivrée par le spectacle auquel elle avait assisté.

***
(A Suivre)

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"Aïe nide you for
bouter l'Anglois out aware frontier"


Les Femens ne portent pas 
de tee-shirts (dicton franglais)
Théophraste R. 

   (...) Les Français, réputés allergiques aux langues étrangères, sont-ils subrepticement devenus anglophones ? Oui, prétendent les enseignes, les pubs, et jusqu’aux noms d’entreprises : épiceries Carrefour City, France Telecom (sans accents aigus), téléphonie Free, Photo-shop…

   Les pires sont les tee-shirts. Il suffit de changer la lettre « j » par « i » et le « J’aime » français devient « I love ». Pour quel bénéfice, ô pédants prétentieux, fats et ignares à la fois?

   Le nec plus ultra est de supprimer aussi l’article : « I love télévision ». Et non pas « la » télévision. Et notez bien la présence des accents qui, là, ne devraient pas y être, puisqu’on prétend parler anglais.

   C’est le déferlement d’un franglais pathétique. Ah ces complexés recalés au bac qui arborent des tee-shirts de l’université de Los Angeles (UCLA) ou de la poulaillerie New-yorkaise (NYPD), à commencer par l’ex-président de la France, qui parle anglais comme moi, quand je fais le pitre : hi vrite tout te blaque bohardd visse ha pisse of chalque ! (Dedaj et Gensane, anglicistes pointus corrigeront cette phrase).

   (Qui sur la photo ? J’hésite entre Marine et Marion. En tout cas, ce n’est pas Marianne).

   PS. « I love télévision » ! Je ne vous dis pas le niveau de bêtise inconsciente et satisfaite nécessaire pour se transformer fièrement en femme-sandwich qui proclame en subliminal :« I am une abrutie de première et je veux que vous le sachiez ». (...)


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(Cette blonde cherchait ses lunettes)



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"Je dois garder ce chapeau encore un peu...
Ensuite, m'a dit ma Belle-Mère, ce sera
LA surprise... J'ai hâte!"


Les exclus du mariage pour tous
Wojtel Zralek-Kossakowski 

   (...) Et dire que ça devait être si beau… De la liberté, de l'égalité, de la fraternité. La loi sur le mariage homosexuel était présentée sous le joli intitulé de "mariage pour tous".

   On a dit que l'Etat français faisait un pas de plus pour accorder à des exclus le droit de décider de leur destin. Désormais, de nombreux homosexuels pouvaient ne plus se considérer comme des citoyens de seconde zone. C'était l'accomplissement de Révolution française. Vive la France ! Allez les Bleus !

   Cependant, les médias français ont découvert l'existence d'une circulaire ministérielle relative à la loi sur le mariage homosexuel, selon laquelle un(e) citoyen(ne) français(e) peut se marier avec un(e) ressortissant(e) étranger(ère), sauf si celui-ci ou celle-là sont citoyens algériens, bosniens, monténégrins, cambodgiens, laotiens, serbes, kosovars, marocains, slovènes, tunisiens ou... polonais. Tout cela à cause d'accords bilatéraux datant pour certains des années 1950 et 1960.

   Algérie, Cambodge, Laos, Maroc, Tunisie... Difficile d'oublier l'épisode colonial. Justement, la moitié de ces pays ont eu un "partenariat" difficile et douloureux avec la France. Les médias français évoquent cette question et ce n'est guère étonnant : comment marier la réalité avec les beaux slogans sur le mariage pour tous ? Le gouvernement français n'a pas encore pris position et l'on assiste à une sorte de bras de fer entre le ministère de la Justice et le ministère des Affaires étrangères.

   La Pologne et la France ont signé un accord bilatéral en 1967 selon lequel, en matière de mariage, les citoyens polonais dépendent de la législation polonaise. Il est étonnant qu'aucun des fonctionnaires polonais (et pourtant, la chaîne de télévision TVN24 en a interrogé plusieurs) qui se sont prononcés au sujet du mariage entre Joanna Duda et Anu Czerwinski [les autorités polonaises ont refusé de fournir une attestation à Joanna sous prétexte que le mariage était contracté selon la Constitution polonaise entre un homme et une femme, le nom du futur époux figurant sur le document] n'ait été au courant de l'existence de cette circulaire.

   Cette triste affaire nous montre non seulement que l'exclusion est réelle, mais aussi qu'elle est politique. Plus encore, elle est supranationale. Pourquoi un(e) citoyen(ne) tchèque peut-il (-elle) se marier avec son (sa) partenaire français(se) pendant qu'un(e) Polonais(e) ne le peut pas ? Pourquoi une femme domiciliée en Algérie peut-elle se marier avec un homme vivant en France alors qu'une femme originaire d'Algérie ne peut pas se marier avec une femme installée en France ? Le mariage n'est-il pas pour tous ? (...)

Note :*en français dans le texte


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Benoît Barvin

jeudi 9 mai 2013

"La Mort ne dédaignait pas, en plat principal, de s'envoyer derrière la cravate un bon gros charnier". Benoît Barvin in "Pensées pensées".

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Pensées pour nous-mêmes:

(SI TES LAURIERS SONT FANÉS
CHANGES-EN)

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LONG RÉCIT AU LONG COURS (1/4)
pcc Benoît Barvin et Blanche Baptiste

   On suit les efforts de Camille pour s'occuper du petit Angélus, alors que le père, le rendant responsable de la mort de son épouse, lui bat froid...

ANGÉLUS 
ou 
LES SECRETS DE L’IMPALPABLE 

"VIERGE" PEINTURE A L HUILE 18e SUR ...

CARNET DE SOEUR CAMILLE DE L’INCARNATION 

(juin 1879) 

   « Dieu m’a-t-il abandonnée ? Suis-je à tout jamais (jusqu’à la fin des temps ?) condamnée à errer dans cet enfer sordide qu’est la vie ? Angélus, mon frère si tendrement aimé, es-tu la cause de ma perte ou celui qui me sauvera d’une mort dont je ne sais si elle est méritée, mais que je pressens tragique ? Je ne le sais pas encore… 

   Je ne suis qu’une pauvre pécheresse, une ancienne élue d’un Dieu qui, sur mon chemin, a dressé de nombreux obstacles que je n’ai, hélas, pas su escalader comme Il l’exigeait. 

   On dit de moi que je suis un être dans lequel la sainteté, l’humilité et le don de soi s’imbriquent étroitement... S’ils savaient... Que penseraient mes chères moniales si un extrait de ce cahier venait à tomber entre leurs mains ? 

   J’ai souvent demandé à Notre Guide Suprême de m’éclairer, mais les réponses que j’ai obtenues étaient si difficiles à décrypter que j’ai dû m’en remettre à ma clarté intérieure, si tant est qu’elle existe encore. 

Je jure pourtant devant Notre Seigneur que les feuilles que j’ai écrites l’ont été avec foi et que j’ai retracé, le plus fidèlement possible, la vie de mon cher frère Angélus, cet ange descendu du Ciel pour m’aider à entrevoir un peu du mystère de la Création... 

   J’ai aimé notre mère avec passion. Mes deux petits frères et ma petite soeur étaient l’objet de tous mes soins. Jamais je n’aurais cru que l’annonce d’une nouvelle naissance soit l’occasion d’un tel bouleversement dans ma vie. Et pourtant, lorsque notre père nous a parlé de ce dixième enfant à venir, j’eus une brève seconde un pincement au coeur. J’étais en train de laver à grande eau notre pauvre cuisine et je m’arrêtai, interdite, une soudaine sueur perlant à mes tempes. Ce bref malaise me laissa inquiète et je l’étais, terriblement, ce jour fatal où Mère mourut en couches. 

   Elle ne m’avait jamais vraiment aimée, préférant Thérèse qui, robuste, ne se plaignant jamais, abattait une masse considérable de travail. Moi, j’étais plus portée à l’étude et, jusqu’à sa mort, personne n’osa trouver à redire à ce penchant, car en arrivant à la maison je faisais ma part de la besogne sans rechigner. Il m’arrivait même de manquer la classe, mais je n’avais aucun mal à rattraper mes camarades qui étaient assez lentes et paresseuses. 

   Mes parents étaient somme toute très fiers de pouvoir envoyer au moins un de leurs enfants dans une institution privée et, bien que cela fût pour eux un grand sacrifice, ils avaient tenu, vu mes dispositions, à ce que j’aille chez les Religieuses. Mes frères et soeurs, eux, n’avaient connu ou ne connaissaient que la classe communale tenue par Mademoiselle Pons. 

   Je souffrais à cette époque d’un impétigo chronique, ce qui n’empêchait pas mon père de me considérer comme la plus jolie de ses filles. Il me passait souvent la main dans les cheveux ou, brièvement, me serrait contre lui, marque d’affection qui rendait ma mère jalouse. 

   Après sa disparition, notre père se rembrunit. Plus jamais il ne s’intéressa à moi, pas plus d’ailleurs qu’au reste de la famille. Il se mit à boire mais, heureusement, jamais au point de devenir violent. 

   Chaque fois qu’il voyait Angélus, son visage s’empourprait et il se détournait, prêt à cracher à ses pieds, comme le faisaient les autres gars du bourg. Mais il se retenait toujours. Il semblait haïr mon frère, son propre fils, et en même temps paraissait en avoir très peur. 

   Je me souviens qu’une nuit, alors qu’il rentrait très tard de la taverne, il me trouva dans la cuisine en train de bercer Angélus qui avait fait un cauchemar. La lueur de la lune tombait en oblique sur le visage de mon petit frère. Quand la porte s’ouvrit brutalement, mon père apparut, titubant et Angélus poussa un cri très bref. Père s’avança vers nous avec un air si terrible que j’eus peur, une seconde, qu’il veuille mettre à mal celui qui m’avait été confié. 

   - Non, Papa ! lançai-je d’une voix tremblante, en tentant de soustraire à la fureur paternelle le pauvre chérubin. 

   Mon père s’arrêta à deux mètres de nous. Le visage si lisse d’Angélus, nimbé par la clarté lunaire, parut se transformer sous mes yeux. Son regard se mit à briller d’étrange façon. Mon père, le bras levé dans un geste menaçant, s’arrêta net. Son bras retomba avec lourdeur, comme celui d’une marionnette dont le fil vient de casser. 

   Il resta quelques secondes figé, une expression de terreur peinte sur ses traits, les déformant tout entier. Puis il tourna subitement les talons et, en gémissant, s’enfuit dans la nuit et ne revint que le lendemain. 

   Après son départ, je regardai attentivement la face ronde d’Angélus. Ses yeux avaient perdu leur étrange clarté, sa bouche s’étira en un petit sourire satisfait, un souffle tranquille s’échappa de sa douce poitrine et il s’endormit. 

   Cet épisode reste à jamais gravé dans ma mémoire car, durant toute la nuit, je ne pus fermer l’oeil. On fêtait, ce soir-là, la résurrection de Notre Seigneur Jésus-Christ. J’eus longtemps la pensée qu’Angélus était un des envoyés de Celui que nous chérissons tous et, parfois, car j’étais encore jeune et impressionnable, j’en venais à penser qu’il s’agissait tout simplement de son envoyé particulier. 

   Lorsque j’étais par trop exaltée, je me prenais en sus à rêver d’une nouvelle incarnation de ce Seigneur pour lequel, aujourd’hui, je n’épargne ni ma peine ni mes prières. Pourra-t-il jamais me pardonner d’avoir eu de telles pensées impies, pensées qui m’ont, hélas, entraînée sur une route sulfureuse que je n’aurais jamais dû emprunter ? Saura-t-il comprendre combien la présence d’Angélus, dans cette vie tissée de malignités constantes, me devenait peu à peu nécessaire ? Oui, je le crois, car Lui seul sait lire dans les coeurs et le mien, bien qu’imparfait, lui est totalement dévoué... 

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(A Suivre)

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(Sous le voile, il y avait belle et bien une femme...)


Une fatwa contre une déclaration 
de l’ONU trop favorable aux femmes
Pierre Haski

   Une fatwa contre une déclaration des Nations unies ? C’est sans doute une première et on a la doit au Grand Mufti de Libye, cheikh Sadek Al-Ghariani. L’objet de la colère du plus haut dignitaire musulman libyen : les femmes, évidemment.

   Le Grand Mufti s’insurge contre un projet de déclaration en discussion à une réunion de la commission de la Condition de la femme qui se tient actuellement au siège de l’ONU, à New York, et à l’issue de laquelle les représentants de 190 gouvernements doivent en principe adopter vendredi une déclaration sur « l’élimination et la prévention de toutes les formes de violence faites aux femmes et aux filles ».

   Cheikh Sadek appelle les musulmans du monde entier à protester vendredi  (3 mai 2013) contre cette déclaration qui prône, selon lui, « l’immoralité et l’indécence », et serait contradictoire avec certaines dispositions de la charia.

   Le Mufti libyen a été rejoint dans ses critiques par les Frères Musulmans, le parti au pouvoir en Egypte, qui a lui aussi dénoncé les aspects de cette Déclaration onusienne contraires selon lui à la Charia.(...)

   Il n’est pas le seul à s’opposer à l’adoption de ce texte. Le New York Times a dénoncé mercredi, dans un éditorial, l’« unholy alliance », l’alliance « peu sainte » et même carrément contre nature entre l’Iran, la Russie et... le Vatican (oui, le Vatican est un Etat non-membre observateur à l’ONU et à ce titre participe aux débats), pour bloquer ou atténuer cette déclaration vendredi.

   On assiste donc à une nouvelle offensive des forces les plus conservatrices (la Russie de Poutine et de l’Eglise orthodoxe est à ranger dans cette catégorie) pour bloquer une déclaration dont on sait le peu de cas qu’en feront de toutes les manières les Etats hostiles.
Qu’y a-t-il d’hérétique dans ce texte ?

   Ces conservateurs, religieux et étatiques, s’opposent au langage contenu et aux idées défendues dans cette déclaration, de crainte qu’elle ne serve de référence et d’encouragement aux groupes de la société civile qui se battent sous toutes les latitudes.

   VOIR LE DOCUMENT (Fichier PDF)

   Qu’y a-t-il d’hérétique dans ce texte (disponible en téléchargement ci-contre dans sa version originale en anglais) ? Les objections portent sur plusieurs points :

   /la négation de la primauté de la religion sur le droit (sur des questions comme le divorce, l’héritage, le mariage) ;
   /la dénonciation de la structure patriarcale des sociétés et des inégalités qu’elle génère dans le statut des femmes ;
   /la reconnaissance en creux du droit des femmes à choisir leur sexualité (l’homosexualité, donc) et les questions liées à la procréation (contraception et avortement).

   L’une des phrases contestées, qui fait bondir imams et cardinaux (quand ils ne sont pas en conclave) car elle fait de la religion un alibi des violences faites aux femmes :

   « La commission appelle les Etats à condamner avec fermeté toutes les formes de violence envers les femmes et les filles, en se gardant d’invoquer toute habitude, tradition ou considération religieuse pour échapper à leurs obligations telles qu’elles sont définies dans la déclaration sur l’élimination de la violence envers les femmes. » (...)

Lire la suite sur:

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(Cette femme espagnole n'avait plus rien à se mettre)


Mariano Fortuny y Marsal (1838-1874) - Nu sur la plage

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(Quand?)


Pourquoi les Espagnols ne se révoltent pas
Ignacio Sánchez-Cuenca

   (...) Nous sommes aujourd'hui dans la cinquième année de crise. Le chômage augmente, tout comme la pauvreté et l'exclusion sociale ; des cas de malnutrition infantile commencent à apparaître ; des dizaines de milliers de familles ont été expulsées de leur domicile. Et les salaires continuent de baisser, ce qui n'est en revanche pas le cas du prix des biens et des services.

   La population a, par ailleurs, compris qu'il ne s'agit pas d'une situation temporaire, et qu'elle peut perdurer encore de longues années. Dans ces conditions, comment se fait-il qu'il n'y ait pas d'explosion sociale ? Pourquoi le système ne vole-t-il pas en éclats ? Jusqu'où peut aller la tolérance de la société espagnole sans qu'un soulèvement n'éclate ?(...) 

   Difficile, en effet, d'imaginer conjonction de conditions plus favorables à une explosion. Primo, les effets de la crise sont terribles. Comment une population comptant six millions de chômeurs parvient-elle à survivre ? Le pire étant que le chômage va continuer d'augmenter, puisque la demande intérieure est atone. Les économies et les aides qui, jusqu'à présent, permettaient à beaucoup de s'en tirer tant que bien que mal, arrivent aujourd'hui à épuisement. Ceux qui travaillent le font souvent dans l'économie souterraine, et en échange d'un salaire de survie.

   Secundo, les politiques barbares d'austérité que mènent l'Espagne et l'Union européenne ne font que démolir le pays et repousser un peu plus l'heure de la reprise. Au lieu de faire en sorte que la consommation et les investissements publics viennent pallier la chute de la consommation des ménages, le gouvernement coupe dans tous les postes de dépenses de l'Etat.

   Ainsi, non seulement la crise s'aggrave, mais la couverture sociale offerte à la population touchée par le chômage et la pauvreté diminue. Cela peut paraître brutal, mais l'UE et le gouvernement espagnol ont estimé que la sortie de crise passait par l'appauvrissement général de la majorité des Espagnols – car c'est cela, et rien d'autre, que veulent dire les mots “dévaluation interne” [dévaluation, non de la monnaie, mais des salaires et des prix dans un seul pays de la zone euro].

   Tertio, les Espagnols sont de plus en plus nombreux à penser que la répartition des sacrifices est d'une injustice flagrante. Le cas le plus sanglant, mais loin d'être isolé, est celui des expulsions. L'Etat débourse des aides généreuses et s'endette dangereusement pour assainir les banques, mais il n'offre aucune solution à la situation de tous ceux que la crise a étouffés sous les hypothèques. L'insensibilité des pouvoirs publics et des deux grands partis face à cette détresse a contribué à aiguiser l'indignation d'une bonne partie de la société.

   Quatrième point : en de pareils moments, il n'y a pas d'espoir. Le gouvernement a beau diffuser sa propagande sur l'imminence de la reprise, les Espagnols ont compris que nous sommes dans un processus de stagnation à long terme et que des années très dures nous attendent.

   Enfin, nous souffrons par-dessus le marché d'un parti au gouvernement corrompu et d'une inefficacité époustouflante. On a peine à croire que dans un moment aussi grave qu'aujourd'hui, le chef du gouvernement fasse l'objet d'un chantage en raison du financement illégal du parti qu'il dirige. (...)

Suite sur:
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Luc Desle