Bonjour à vous qui, dans le maelström du net, êtes arrivés, par hasard? lassitude? erreur? sur ce blog. Vous êtes les bienvenus. Vous y lirez des extraits d'articles, de pensées, d'interviews, piochés ça et là, et illustrés de photos et dessins détournés, via un humour de bon aloi. Vous pouvez évidemment réagir avec le même humour, la même ironie que nous mettons, chaque jour, à tenter de respirer un peu plus librement dans une société qui se corsète chaque fois un peu plus.

jeudi 31 janvier 2013

"Face à face Orgueil et Prétention faisaient assauts de rodomontades". Jacques Damboise in "Pensées à contre-pet".

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Pensées pour nous-mêmes:

(LE MAÎTRE EST LE MAÎTRE:
TU N'AS PAS A LE SUIVRE)

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Lettres d'inconnus (16)
pcc Benoît Barvin


Monsieur,

   Mon mari m'a poussée dans vos bras. Je savais qu'il avait une nouvelle maîtresse, que cela lui posait ses problèmes déontologiques habituels et que s'il pouvait rattraper cette "faute", il le ferait de curieuse façon. La sienne a été de se faire tromper par vous, son plus vieil ami, revenu d'Afghanistan, après une Guerre qui n'a jamais dit son nom. 

   Vous étiez... Comment dirais-je? Pas vraiment beau, non, et j'espère que vous me pardonnerez cette franchise. Mais ce manque de beauté était compensé par une intelligence vive, un regard mâle, des mains qui, lorsqu'elles ont effleuré les miennes, m'ont fait l'effet d'un coup de foudre me traversant de part en part.

   Je suis tombée amoureuse de vos mains d'artistes, de vos doigts élancés, de vos ongles impeccablement dessinés... Cet attrait s'est doublé de celui que j'éprouvais en entendant votre voix, chaude, caressante, trop sensuelle pour être honnête, c'est vrai, mais j'étais déjà conquise et prête à m'engloutir dans l'enfer du stupre. J'ai pourtant énormément résisté, vous pourriez en porter témoignage. Je m'arrangeais toujours pour que nous ne nous trouvions jamais seuls et, lorsque mes amies me faisaient faux bond, il y avait toujours un serviteur quelconque - ou ma camériste - qui se tenait dans la pièce où nous conversations, en apparence innocemment.

   Vous savez - puisque je vous l'ai avoué - combien ces petits goûters étaient pour moi une oasis dans le désert qu'étaient devenues mes journées. Mon mari - votre ami - ne rentrait que rarement tôt. Il ne venait plus me "border", comme il le disait auparavant, me laissant seule, abandonnée, dans le grand lit conjugal où, quelques années plus tôt... Pardonnez-moi, Monsieur, d'oser vous avouer de tels secrets abominables, car affreusement intimes. J'étais en manque de tendresse... et vous êtes arrivé.

   Je n'ai pas cédé à cet attrait presque morbide. C'est vous qui m'avez pliée à votre joug, qui avez joué de votre sex-appeal, ainsi que le nomment nos amis d'Outre-Manche, pour vous saisir de ma bouche, pour m'engloutir tout entière dans vos rets. J'ai lutté, Monsieur, oh combien ai-je lutté pour ne pas succomber aux effluves de l'Amour! Mais ce dernier était trop puissant, les fragrances en étaient trop entêtantes. Votre main, Monsieur, qui descendit de ma poitrine, haletante, vers mon ventre qui n'était plus qu'un maelström de sensations à la fois exaltantes et équivoques...

   Et puis vous avez glissé vos doigts vers mon bas-ventre, cherchant à crocheter ma féminité que vous désiriez, à toute force, investir, ainsi que vous me l'avez chuchoté à l'oreille. Jusqu'à ce que... Je vous revois encore, en cet instant, le visage soudain exsangue, les yeux dilatés par l'horreur, la bouche balbutiante, les hoquets que vous exhaliez, exprimant votre brutale détresse et votre angoisse sans nom.

   Vous avez fui, Monsieur, en hurlant. Et en m'injuriant. Injures que mon époux a très mal pris, une fois revenu dans notre demeure, lorsque j'ai retracé le déroulé de cette soirée. Il s'est emparé de son fusil de chasse, s'est fait accompagner de ses serviteurs les plus fidèles - et qui sont comme des chiens fidèles -, bien décidé à laver notre honneur, entaché par votre dégoût.

   La transexualité, Monsieur, n'est qu'une des innombrables créations de Dieu qui sait, mieux que quiconque, que Ses créatures sont des êtres fragiles à qui, dans Sa Grande Bonté, il a permis de connaître toutes sortes d'extases. La vôtre, Monsieur, sera des plus fugaces et douloureuses, mon époux me l'a promis.

   Je ne vous salue pas et ne pense déjà plus à vous.

Comtesse de la Molinière.

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"Tu m'aimes?
- Ben...
- Fais attention à ta réponse. 
C'est moi qui tiens le parapluie..."

Jerry Schatzberg

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"Oh non, des journalistes...
Cachons-nous derrière ce chapeau..."

Photo by Horst P Horst
http://hoodoothatvoodoo.tumblr.com/

(Le gadin que prit cette starlette fit les délices
de la presse à scandales)

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"Oh le délicieux petit poisson..."

would love to know what this is from…
Source: weheartit.com

(Délicieux, dans le langage de 
cette jeune femme perturbée,
avait un sens très gustatif)

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"Heu... Mademoiselle?
- Oui, mon petit chéri?
- Heu... 
Vous avez des trucs, là, qui dépassent...
- Hihihi..."


Jean-Gabriel Domergue

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Jacques Damboise (et Blanche Baptiste)

mercredi 30 janvier 2013

"La Belle au Bois Dormant refusait d'être du bois dont on fait les flûtes". Jacques Damboise in "Pensées contrites".

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Pensées pour nous-mêmes:

(LE PAPILLON NE REDEVIENT
JAMAIS CHENILLE)

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"Heu... Enfoncer des aiguilles dans un crâne... 
Ca ne produit aucun effet secondaire?
- Non, pourquoi?"

Le château des morts vivants

Effet nocebo: 
la connaissance des effets secondaires 
d'un médicament augmente le risque de les subir

   (...) De la même façon que certains préfèrent s'abstenir de lire la rubrique «effets indésirables» sur la notice d'un médicament avant de l'avaler, mieux vaut ne pas poser trop de questions à son médecin sur les complications que peut éventuellement causer un traitement, et ne pas se faire trop de souci concernant sa santé.

   Car la probabilité d'avoir des effets secondaires en serait nettement augmentée rapporte l'hebdomadaire bavarois SZ Magazin. C'est ce que les médecins appellent «l'effet nocebo», ce qui en latin signifie «je vais nuire», soit l'exact contraire de l'effet placebo, qui lui signifie «je vais plaire»:

   «Des psychologues américains ont par exemple pu prouver que la probabilité de mourir d'une crise cardiaque est trois fois plus élevée chez les femmes quand elles croient qu'elles seraient particulièrement disposées à avoir un infarctus.» «Les sentiments négatifs augmentent chez tout le monde le danger d'avoir un infarctus, d'une façon aussi déterminante qu'une tension élevée, dit Karl-Heinz Ladwig, expert en cardiologie à la clinique psychosomatique de l'Université technique de Munich. Des symptômes tels qu'une grande fatigue ou une mélancolie dans les six mois qui précèdent un infarctus seraient si typiques que les médecins devraient prêter beaucoup plus d'attention aux troubles psychiques et aux dépressions, et pas uniquement observer les facteurs de risques classiques tels que la tension, le diabète et l'augmentation du taux de cholestérol.»

   L'hebdomadaire Der Spiegel reprend lui les résultats d'une expérience menée auprès de patients atteints de la maladie coronarienne, à qui a été administré un traitement dont un des effets secondaires pouvait être une baisse de la libido: seuls 3% des patients qui n'en avaient pas été informés ont témoigné de difficultés au lit, contre 31% de ceux qui avaient été informés au préalable de tous les effets secondaires possibles.

   Dans certains cas, l'effet nocebo peut même conduire à la mort, comme l'explique le SZ Magazin, qui cite le cas d'un Américain à qui les médecins avaient diagnostiqué un cancer du foie en phase terminale dans les années 1970, et qui pensaient qu'il ne lui restait plus que quelques mois à vivre:

   «Il mourut en fait quelques semaines plus tard. Quand son corps a été examiné, les médecins s'étonnèrent pourtant: la tumeur, d'un diamètre de 3 cm, était restée assez petite, ne s'était infiltrée dans aucun autre organe et n'avait pas formé de métastases, comme l'autopsie le montra. L'homme ne mourut pas d'un cancer mais parce qu'il croyait qu'il était en train de mourir d'un cancer”, explique Clifton Meador [chercheur à l'Université Vanderbilt, à Nashville].»

   L'auteur de l'article déplore que les médecins ignorent trop souvent l'effet nocebo et ne mesurent ainsi pas la portée de leurs paroles, qui peuvent s'avérer destructrices pour la santé de leurs patients. Un problème pris très au sérieux par la revue médicale professionnelle Ärzteblatt, qui a publié l'an dernier une liste des expressions à bannir à l'usage des professionnels de la santé, parce qu'elles provoquent une incertitude, telles que «Peut-être que ce médicament pourrait vous aider», qu'elles sont soit négatives - «Vous êtes un patient à risques» - ou rabaissantes - «Vous n'avez pas besoin d'avoir peur» - ou encore à double sens, comme le terrible «Maintenant nous allons vous endormir, tout va être fini dans un instant» avant une opération...




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"Han!
- Ouch!"

Le torero José Tomás blessé par le taureau ...

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« Pas de liberté pour les ennemis 
de la liberté. »
Louis Antoine de Saint-Just


Nîmes : 
les anti-corrida tenus à distance 
des arènes par Manuel Valls

   (...) Les manifestations anti-corrida seront interdites aux abords des arènes. C’est en tout cas ce qu’a annoncé l’Union des villes taurines de France qui l’avait demandé à Manuel Valls, ministre de l’Intérieur. Les préfectures doivent recevoir des directives en ce sens. "Cet été à Mont-de-Marsan, la haie de déshonneur des anti-corrida s’était transformée en insultes et crachats envers le public qui sortait des arènes. Cette mesure permettra de calmer la folie et la violence de quelques excités", confie le maire de Saint-Gilles, Alain Gaido. (...)

   (...) Mais n’est-ce pas une atteinte au droit de manifester ? Pourquoi n’étendrait-on pas le principe à d’autres lieux ? "Ça n’a rien à voir ! Tout le monde a le droit de manifester et il n’est pas question de toucher à ce principe. Mais les anti-corrida doivent respecter la loi et faire le ménage dans leurs rangs. Ce type de périmètre existe déjà autour des stades. C’est une question de protection des personnes. Afin d’éviter de nombreuses victimes car nous nous attendons à ce que les tensions montent d’un cran." (...)

   (...) "Si cette mesure a réellement été prise, c’est scandaleux", réplique Jean-Pierre Garrigues, vice-président du Comité radicalement anti-corrida d’Europe (Crac). "Nous avons écrit jeudi au ministère pour demander des éclaircissements. Manuel Valls confond sa passion coupable pour la tauromachie et sa fonction de ministre. Il est hors de question que nous soyons cantonnés à 500 m des arènes. Ce serait un point de rupture. Nous contenons nos troupes mais nous risquons de ne plus pouvoir y arriver si on pousse les gens à l’exaspération", prévient Jean-Pierre Garrigues. Renversant même la situation en estimant que la corrida devient "une source de trouble à l’ordre public".

   Au contraire, coupe court Jean-Paul Fournier, le maire de Nîmes, "on peut avoir tous des avis divergents mais il faut laisser vivre sa passion aux uns et aux autres (passion de tuer? drôle d'expression, non?). Et une chose est sûre, on ne veut plus revivre ce que l’on a vécu à Rodilhan il y a deux ans. Donc, je souscris à cette initiative de Manuel Valls".(...)



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Benoît Barvin

mardi 29 janvier 2013

"Cet homme, qui était un vendu, n'achetait rien". Jacques Damboise in "Pensées à contre-pet"

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Pensées pour nous-mêmes:

(LE CHEMIN DE LA SAGESSE
N'EST PAS UNE AUTOROUTE)

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"Allez, Empatman, sus aux tricheurs aux stéroïdes!
- Tu as raison, Tapetman, je dirais même plus...
Heu... T'as dit quoi, déjà, avant?
- Toi et tes boissons désénergisantes..."


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"Comment ça, je ne peux pas faire de cyclisme?"



Les médias complices 
de l'imposture Armstrong
Ed Smith 
New Statesman

   (...) Même si vous détestez le sport, que vous ne supportez pas les confessions intimes des vedettes et que vous n'appréciez guère Oprah Winfrey, ne passez pas à côté de l'histoire de Lance Amstrong. C'est une véritable fable qui en dit long sur le pouvoir de la célébrité et la complicité des médias. Une histoire certes déprimante mais d'utilité publique.

   Commençons par laisser de côté la complaisance, pour ne pas dire la complicité, des autorités du cyclisme. Et concentrons-nous sur le rôle joué par les médias dans la vaste supercherie Armstrong. La plupart des journalistes spécialisés dans le cyclisme savaient qu'il était impossible qu'Armstrong roule aussi vite. Mais non seulement la grande majorité des journalistes est restée silencieuse, mais elle a également contraint au silence les quelques valeureux journalistes comme David Walsh pour qui avaient suffisamment de courage pour dénoncer la conspiration Armstrong. [En 1999 Walsh, le chef de service sport du Sunday Times aurait accusé Armstrong d'usage de produits dopants. Le Sunday Times, visé par une plainte d'Armstrong pour diffamation, a dû verser plus de 360.000 euros au coureur].

   Les cyclistes n'ont pas non plus hésité à faire taire sans ménagement les voix qui s'élevaient au sein du peloton en les accusant de cracher dans la soupe. Les journalistes des grands médias ont utilisé les mêmes méthodes en ostracisant les quelques journalistes qui osaient remettre en question le statu quo.

   Et ces soi-disant experts méritent aujourd'hui un réquisitoire. Les journalistes qui étaient censés en savoir plus sur le cyclisme que quiconque se sont montrés incapables d'écrire la moindre ligne sur une vérité qu'ils ne pouvaient ignorer. Mais le dopage était-il vraiment une évidence à l'époque ? Oui indubitablement. Même si les journalistes choisissaient délibérément d'ignorer les rumeurs persistantes et de fermer les yeux sur le partenariat d'Armstrong avec le docteur Michele Ferrario, véritable maître ès dopage, un simple calcul aurait pu les dessiller. Le Tour de France de 1998 fut un véritable festival de dopage où l'équipe qui était en tête fut exclue pour abus épique de substances illégales. Le Tour de 1999, le premier Tour d'Amstrong fut baptisé le Tour du renouveau, avec la promesse d'une nouvelle saison sans dopage, un nouveau départ. Et pourtant, Armstrong a rapidement fait des prodiges en atteignant des vitesses inédites.(...)

   Et donc pour la presse le calcul fut simple : soit Armstrong était une force de la nature, le plus grand athlète qu'on ait jamais connu, ou alors c'était un tricheur. Ils ont choisi de s'accrocher à la première possibilité. Mais il y a pire encore. Tout le monde savait qu'Armstrong n'était pas un athlète hors pair. Avant son cancer, alors qu'il était au top de sa forme physique, il n'avait jamais fait de miracles au Tour de France. Et sa VO2 max n'avait rien d'exceptionnel, comparée à celle des plus grands grimpeurs de l'histoire du Tour. Dans certains sports, où les compétences et la technique peuvent primer sur les capacités physiques, il est possible de progresser alors que votre carrière est déjà bien avancée. Mais c'est infiniment plus difficile (du moins sans dopage) en cyclisme. C'est un peu comme la bosse des maths, certains ne l'auront jamais.

   Alors pourquoi la presse, à quelques exceptions notables, a montré si peu d'appétence pour la vérité ? Parce que la presse a besoin de vedettes, et surtout d'Armstrong. Il leur fallait des citations de Lance, un peu de matière inédite pour agrémenter leur copie et peut-être le privilège d'un tête à tête avec le grand homme.

   Et Armstrong, en grand gourou de la communication, était véritablement sans pitié dans sa division du monde en deux camps: on était avec lui ou contre lui, ami ou ennemi, bienveillant ou "fouille-merde" (pour reprendre son expression). Certains vieux amis journalistes de David Walsh avaient fini par refuser de partager une voiture avec lui parce qu'Armstrong faisait la liste de ceux qui voyageaient avec le "fouille-merde" et refusait ensuite de leur parler.

   A qui la faute alors? Les journalistes spécialisés ont à moitié raison d'accuser leurs patrons et les éditeurs qui exigeaient leur quota habituel de citations, d'interviews et de mini-scoops. Les journalistes peuvent arguer qu'ils ne faisaient que donner une interprétation réduite de leurs obligations professionnelles. (nouvelle définition du "je ne mens pas tout à fait par omission c'est ça y ressemble"?) (...)

Lire sur:


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"Le premier qui me touche...
Je le bute!"


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"Alors, Gomme Za, on bradique 
des z'attouchements suspectes?
- Mais... J'embrassais seulement mon épouse...
- On dit za, on dit za...
Mais ON MENT, Mein Freund!
ON MENT!"

"Ilsa la louve SS avec Dyanne Thorne


Allemagne: 
polémique après le dérapage sexiste 
du chef du parti libéral

   (...) Ces quelques minutes auraient pu rester «off», comme on dit dans le jargon journalistique. La journaliste allemande Laura Himmelreich, correspondante politique à Berlin de l'hebdomadaire hambourgeois Stern, a d'abord choisi de garder le silence. Un an après avoir dû repousser les avances de Rainer Brüderle, président du groupe FDP (libéraux) au Bundestag, lors d'une interview, elle a finalement décidé de raconter la façon dont le candidat du FDP aux élections fédérales de septembre prochain s'est comporté avec elle:

   «Le regard de Brüderle se pose sur mes seins. "Vous pouvez bien remplir une Dirndl [1]." Au cours de notre entretien, il attrape ma main et l'embrasse. "J'aimerais que vous m'inscriviez sur votre carnet de bal". "Monsieur Brüderle", dis-je, "vous êtes un homme politique, je suis journaliste." "Mais les hommes politiques font fondre toutes les journalistes", dit-il. Je dis: "Je trouve qu'il est mieux que nous nous comportions ici de façon professionnelle." "Au final nous ne sommes tous que des humains."»

   La publication de ce passage dans le portrait de Rainer Brüderle qu'a écrit Laura  Himmelreich a provoqué une vague de réactions à la fois dans la presse et au sein de la sphère politique, mais aussi sur Twitter, où des dizaines d'Allemandes s'expriment sur le sexisme au quotidien sous le hashtag (oups, mot-dièse!) #aufschrei (cri), rejointes ces dernières heures par des anglophones (#outcry en anglais) et même des francophones.

   Au-delà de l'attitude de Rainer Brüderle, c'est bien sûr la question du sexisme dans la sphère politique qui est posée. Comme l'explique la député au Bundestag Elke Ferner (SPD) – qui est également à la tête d'un groupe de travail qui veille au respect de l'égalité des sexes au sein du parti – dans une interview au quotidien de gauche Die Tageszeitung, cette affaire lève le voile sur un milieu toujours empreint de machisme:

   «C'était vraiment pire il y a 20 ans. Le dénigrement fonctionne aujourd'hui d'une façon plus subtile. Comme quand le niveau sonore augmente lors d'une session plénière quand c'est une femme qui monte à la tribune ou quand des députés font des apartés qui n'ont rien à voir avec la situation. Le sexisme ne s'exprime plus d'une manière si ouverte au Parlement, car chacun sait que ce n'est pas politiquement correct.»

   Soucieuse de ne pas attiser les tensions au sein de sa coalition noire-jaune (CDU/CSU-FDP) à l'approche des élections fédérales, Angela Merkel ne s'est pas exprimée directement sur ce sujet mais par l'intermédiaire d'un de ses porte-paroles, comme le rapporte Der Spiegel: «La chancelière défend évidemment un contact humain professionnel et respectueux en politique, tout comme entre politiciens et représentants des médias. (ouah, la phrase qui tue...) »

1] Comme nous vous l'expliquions récemment sur Slate.fr, la Dirndl est cette robe folklorique très décolletée que portent les Bavaroises.
Lire sur: 


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Luc Desle

lundi 28 janvier 2013

"L'heure tournait, le derviche aussi". Benoît Barvin in "Pensées pensées".

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Pensées pour nous-mêmes:

(LE BONHEUR EST UNE ILLUSION.
L'ILLUSION EST UNE ILLUSION)

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"Nous sommes tous des Grecs dépouillés 
par les vils spéculateurs!
- Hihihi..."



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"Je vais leur faire croire que ma cuirasse en or massif
a été payée par l'Etat Grec, afin que ça creuse le déficit"


La Grèce aurait gonflé son déficit public 
sous l'oeil de Bruxelles 
pour justifier l'austérité
Romain Renier 

   (...) La Grèce, son port du Pirée, ses îles... et ses scandales politico-financiers. En tête mardi, l'ouverture de poursuites par la justice grecque contre trois cadres de l'office national des statistiques (Elstat) de la péninsule. Les trois sont soupçonnés d'avoir manipulé le déficit public du pays pour l'année 2009. Ni plus ni moins. (...)

   Les faits reprochés sont graves. A l'origine du scandale, une ancienne cadre démissionnaire d'Elstat avait accusé l'office d'avoir artificiellement gonflé le déficit public de l'État grec en 2011 afin d'en faire un record en zone euro. La supercherie, si elle est avérée, aurait eu pour but de choquer l'opinion afin qu'elle accepte mieux la cure d'austérité imposée par l'Union européenne et le Fonds monétaire international en échange de leur aide financière.

   Dans le viseur de Zoe Georganta, qui porte ces accusations, son patron à Elstat et ancien statisticien au FMI, Andréas Georgious, qu'elle accuse d'avoir insisté pour faire entrer dans le déficit public de l'État les dettes des entreprises publiques de la péninsule hellénique. Une pratique à laquelle elle s'était opposée. Selon elle, sans cette manipulation, le déficit public pour l'année 2009 ne dépassait pas 12,5%, au lieu des 15,4% annoncés, et aurait pu être aisément ramené en dessous des 10% à l'aide de mesures immédiates.(...)

   Suite à ces accusations, Grigoris Peponis, le procureur d'Athènes, avait réclamé la mise en place d'une commission parlementaire chargée d'étudier le niveau réel du déficit public en 2009. La Vouli, le parlement grec, a finalement accédé à cette demande en février dernier, mais l'enquête n'a pas abouti.

   Devant cette commission, Zoe Georganta s'était montrée peu diserte sur la question de savoir si le gouvernement de l'époque, celui du socialiste Georges Papandréou, pouvait être derrière cet acte de tromperie présumé. Tout juste s'était elle contentée d'avancer une hypothèse selon laquelle le gouvernement pouvait avoir fait preuve "d'inexpérience ou de maladresse", concédant à peine que certains de ses membres pouvaient "peut-être en avoir profité".

   Interrogée mardi sur une radio athénienne, Zoe Georganta s'est cette fois montrée plus catégorique, affirmant que Georges Papandréou et le ministre des Finances de l'époque, Georges Papaconstantinou, avaient approuvé le maquillage, sans pour autant être capable de dire qu'ils y avaient participé.(...)

Lire sur:


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"Psstt... May I Comme In?
- Who are you?
- An English Gentleman...
- With this hideous hat? Impossible!"


Eric Sykes stars as the secretary of the Prince's Hill Golf Club 
in the television series 'The Nineteenth Hole', 1989

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"Horseflesh is bullshit, isn't?
- Yes, it is, indeed..."




ROYAUME-UNI 
La viande de cheval, 
une horreur juste bonne à exporter
Susanna Forrest
The Daily Telegraph 

   (...) Notre industrie agroalimentaire nous réserve parfois quelques surprises : vaches folles, œufs mortels, corn flakes qui ressemblent à Jésus. Alors à quoi bon s'inquiéter si quelques bouts d'ADN provenant d'un animal d'abattoir se retrouvent parmi les ingrédients entrant dans la composition d'aliments transformés bon marché. Mais quand, à la mi-janvier, a éclaté la nouvelle selon laquelle de la viande hachée de "bœuf" vendue dans plusieurs enseignes de grandes surfaces contenait de l'ADN chevalin, le Royaume-Uni et l'Irlande sont montés sur leurs grands chevaux.

   Pour trouver l'origine de cette viande, il a fallu remonter jusqu'à Silvercrest Foods, un transformateur agroalimentaire situé dans le comté de Monaghan, en pleine Irlande équestre. Le PDG de la maison mère de Silvercrest, le groupe ABP Food, s'est empressé de souligner que la substance inattendue provenait d'un fournisseur européen et a été ajoutée accidentellement aux steaks hachés. Ironie du sort, le nombre des chevaux abattus en Irlande est passé de 822 en 2006 à 7 000 en 2010-11, à cause de la récession, et quatre nouveaux abattoirs chevalins y ont été construits au cours de la même période. La plupart des carcasses qui en sortaient ont été exportées vers l'Europe. Dans le circuit mondial tortueux de l'industrie agroalimentaire moderne, les chevaux arrivés dans le comté de Monaghan sous la forme d'un prétendu "produit bovin" retournaient peut-être au bercail. (...) 

   Une indigne hypocrisie va de pair avec le dégoût que nous inspire, à nous les Anglo-Saxons, la consommation de la viande chevaline. A l'heure actuelle, 1 milliard de personnes en mangent. Elle est servie couramment à table dans de nombreuses contrées (Chine, Russie, Asie centrale, Mexique, Pays-Bas, Suisse, Italie, Japon, Belgique, Argentine). La consommation mondiale est en hausse de 27,6 % depuis 1990. De leur côté, le Royaume-Uni, l'Australie, l'Irlande et l'Amérique expriment ostensiblement leur répulsion à l'égard de leurs cousins hippophages, tout en expédiant allègrement leurs chevaux indésirables à l'étranger pour qu'ils y soient transformés en bresaola et autres Sauerbraten [un plat allemand, comparable au bœuf bourguignon].

   La viande chevaline a une histoire aussi vieille et contradictoire que celle de l'humanité. Des centaines de milliers d'années durant, l'homme a mangé du cheval, et ce n'est que depuis cinq mille ans qu'il a fait de l'animal son ami. Ce n'est qu'en 732 que le pape Grégoire III a qualifié l'hippophagie de pratique païenne ignoble en usage chez les barbares germaniques. Cette distinction entre "eux" et "nous" était une façon commode de définir la civilisation chrétienne par opposition aux hordes barbares qui la menaçaient, envahissant les villes un arc dans une main et une brochette de cheval dans l'autre.(...)
Lire sur:


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Luc Desle

dimanche 27 janvier 2013

"Ses seins en forme de poire, elle me les offrit pour le dessert". Benoît Barvin in "Pensées pensées".

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Pensées pour nous-mêmes:

(SI TU PEUX PEU
TU PEUX QUAND MEME)
pcc Jacques Damboise

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COURTS RÉCITS AU LONG COURS (69)
pcc Benoît Barvin


Eau

   C'était une maison d'un étage, édifiée à l'orée d'un petit bois. Je l'avais achetée pour une bouchée de pain, après un divorce douloureux qui me poussait à rechercher la solitude. Pour me ressourcer. Le village n'était distant que de deux kilomètres mais c'était suffisant pour que je me sente à mon aise. L'agent immobilier, un jeune de la Ville voisine, m'avait fait du gringue et j'avais trouvé cela réconfortant. Pour une fois... J'avais même répondu, juste ce qu'il fallait pour me sentir revivre - hum, ce bref baiser sur la bouche... - et je me disais, en emménageant moi et mes maigres affaires, que le Renouveau était en marche.

   Le bâtiment était une vieille demeure campagnarde rénovée, disposant de tout le confort nécessaire. Je pouvais envoyer courriel sur courriel, converser sans problème avec la Capitale pour mon travail de maquettiste. De plus, m'avait dit le beau jeune homme, je disposais d'un puits, un vrai, avec de l'eau potable venant d'une source dont l'existence se  perdait dans les tréfonds de l'Histoire. La maison, je l'appris bien vite en faisant mes courses dans le village, avait une "histoire". Ses différents occupants se succédaient sur un rythme rapide car ils - ou elles - n'étaient que des gens de la Ville qui étouffaient bien vite dans cette ruralité rêvée mais durement vécue.

   J'eus fort à faire pour rassurer les villageois. "Moi, je suis ici jusqu'à mon dernier soupir," avais-je prétendu, lors d'une soirée, provoquant un moment de gêne car je l'appris bien vite, les gens de la campagne sont superstitieux. "On ne plaisante pas avec ces Choses", me dit la buraliste, une grosse femme soudain sérieuse. Salomon, l'agent immobilier, me prit par le bras, le visage blême et, cette nuit-là, nous fîmes pour la première fois l'amour. C'était assez brutal, mais cela me donna du courage...

   Deux mois plus tard, je croulais sous les commandes, Salomon venait régulièrement me voir, j'avais été adoptée par les villageois qui, régulièrement, m'offraient des "cadeaux" que je ne pouvais refuser. La buraliste, par exemple, m'avait tendu une immonde faïence représentant une espèce de biche agonisante, car percée par les flèches de plusieurs chasseurs qui ressemblaient à des gnomes. L'exécution était malhabile et, pour la première fois, je regrettai que le rituel "Made in China" ne fut pas inscrit sur le socle de... hem... l'oeuvre.

   Le printemps se finissait. Salomon était absent pour quinze jours en raison de son boulot. Cela me convenait, car je voulais réfléchir plus avant sur la profondeur de notre relation. Je dormais en laissant, la nuit, la fenêtre de l'étage ouverte. Les mille parfums de la nature me parvenaient, entêtants... et aussi le coassement d'un crapaud. Ce dernier était si bruyant que je finis, sur un coup de tête, par sortir dans la nuit éclairée par une Lune pleine pour chasser l'importun.

   Il s'était placé sur la margelle du puits. Quand il m'aperçut, il détala vite fait. J'étais bien, dans cette fraîcheur nocturne, et je m'avisai que je n'avais jamais goûté à "ma" source naturelle. J'allai chercher le seau attaché à une corde rangé dans la remise, et je prélevai un peu de cette eau qui, sous ma langue, avait un goût délicat. Aussitôt, j'eus envie de chanter. Ce que je fis et, bientôt, des trilles absolument divines s'échappèrent de mon ventre, faisant vibrer mes cordes vocales. C'était d'autant plus surprenant que je n'avais jamais eu l'oreille musicale...

   Plusieurs essais, et plusieurs semaines après, j'en étais convaincue: l'eau du puis était miraculeuse. Elle agissait sur mon larynx, le transformant en celui d'une cantatrice hors pair. Bien entendu, je ne chantais que le soir, quand personne ne pouvait me voir et encore moins m'entendre. Des airs d'opéra venaient naturellement à ma mémoire et je compris que ce nouveau don pouvait m'ouvrir de nouveaux horizons. Le seul problème, c'était que les effets de l'eau ingérée ne duraient qu'une journée... et encore. Je devais donc boire exclusivement cette potion magique pour que ma voix reste de pur cristal.

   Ce n'est qu'au bout de quelques mois que je réalisai le contre-coup induit par l'ingestion du liquide merveilleux. Il me transformait, lentement mais sûrement, en un être étrange, couvert d'un léger duvet vaguement roussâtre et qui avait le plus grand mal à se tenir debout. Je compris vite que la source me métamorphosait en biche.

   J'aurais pu accepter cette modification temporelle, si la saison de la chasse ne s'était pas ouverte et si, un soir, Salomon n'avait pas frappé à ma porte, armé d'un fusil semi automatique Escort Camo. J'entendis au loin l'aboiement de chiens du village et j'aperçus des torches qui zébraient une nuit aussi sombre que l'intérieur d'une tombe.

   Je sautai prestement par la fenêtre du premier étage, m'attendant à tout instant à recevoir une décharge dans les flancs. Je m'éloignai en quelques bonds de ma demeure, m'enfonçai dans le bois, espérant que Salomon soit mon exécuteur.

   Je savais qu'il ne me ferait pas souffrir.


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(La chauve-souris n'était pas chauve)

Daredevil #7 cover by Alex Maleev.

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(L'arme n'était pas parfaite)

Uncanny X-Men #4 cover by Chris Bachalo.

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(La libellule qui volait peu)

Pixie by Phil Noto.

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(Le Batman ne voulait pas)


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(Le vrai Superman était...
Hem... Super Ridicule?)



'50s Adventures of Superman - Intro



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Blanche Baptiste

samedi 26 janvier 2013

"Il mangea ses économies qui lui restèrent sur l'estomac". Jacques Damboise in "Pensées à contre-pet".

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Pensées pour nous-mêmes:

(LA PENSÉE N’EMPÊCHE PAS L'ACTION
PAS PLUS QUE L'ACTION NE BRIDE
LA PENSÉE)

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(Modernes marchands d'esclaves discutant du prix de la marchandise)


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"Je vais démontrer qu'en tant que blonde,
tu es stupide... forcément stupide...
Même si tu sors des Arts et Métiers"


Le Petit Journal 
ou le vide journalistique
Médias

   (...) L’émission du « journaliste » en vogue Yann Barthès n’en finit plus de battre des records d’audience notamment chez les jeunes comme l’atteste l’allongement du format de l’émission depuis septembre. Son impertinence et son côté satirique se veulent au service de la transparence en décryptant les rouages de communication du paysage politique français. « Le Petit Journal » permettrait de dévoiler des images non diffusées dans les émissions plus traditionnelles, qui placent les hommes politiques face à leurs incohérences et à leurs contradictions. Et pourtant cette émission constitue une caricature de l’infotainment. Ce support télévisuel qui utilise l’information à des fins exclusivement divertissantes.

   Chaque soir est l’occasion de vérifier le mimétisme des méthodes utilisées par l’équipe du Petit Journal. Les moindres faits et gestes des hommes politiques sont scrutés minutieusement et passés au peigne fin. Alors on se gausse des répétitions de Sarkozy, du « jeu de séduction » d’Hollande ou des maladresses de Bayrou. Tout le paradoxe est là. Les hommes politiques se succèdent à l’écran. L’impression est donnée que l’on parle de politique alors que cette dernière est la grande perdante de l’émission. Quelle importance pour l’avenir de notre pays que Nicolas Sarkozy répète à l’ensemble de ses déplacements : « Quand je pense que Carla croit que je travaille » ? Cela démontre-t-il qu’il n’est pas un bon Président ?

   Les reproches effectués à l’encontre du Petit Journal sur la superficialité et la futilité des séquences sont largement fondées. Mais il est encore plus frappant de s’apercevoir que les comportements que l’émission s’évertue à dénoncer et à décrypter chez les hommes politiques sont reproduits par les journalistes du programme.

   Ainsi à l’occasion d’un déplacement à Amiens de Jean-Luc Mélenchon et d’Eva Joly, Yann Barthès et ses acolytes se sont mis en tête de démontrer que les deux candidats à l’élection présidentielle cherchaient à s’éviter à tout prix. Pour illustrer leur idée, ils ont filmé différentes séquences donnant l’impression que les deux protagonistes se fuyaient. En réalité, ils s’étaient salués au préalable en dehors du champ des micros et des caméras. Le sujet est loin d’être essentiel mais il démontre la volonté de créer l’évènement quitte à déformer la réalité des faits.

   A la suite de cette affaire, le candidat à la présidentielle du Front de Gauche a décrété l’équipe du Petit Journal persona non grata à l’occasion de ses principaux meetings. Ces derniers n’ont pas manqué de se poser en victime de la censure. En adoptant une telle posture, ils ont inversé le lien de cause à effet matérialisant ainsi la remise en question de l’indépendance de la presse. ( Depuis Mars 2011, date de parution de l'article, l'équipe de Yann Barthès n'a pas changé de méthode...) (...)

Lire sur:

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"Un beau bijou pour une sublime Princesse qui...
- Bijou? Princesse? De quoi tu parles?
- D'une bagounette pour un joli Rossignol qui...
- Finalement, Monsieur, je ne suis pas sûre 
que ces fiançailles soient une bonne idée..."

Vintage 1946 Community Silverplate print 
ad bride bridal coronation Lady Hamilton milady 
pattern silverware


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"Alors, qu'est-ce que tu lui as dit?
- Je lui ai dit qu'il exagérait et que...
- Comment il était habillé?
- Hé bien, il portait ses dessous habituels qui...
- Dis donc, tu as dû te rincer l'oeil..."
(etc)


Two Women Black Suits & Hats Talking 
1916 Gossip Conversation"


Les langages sont le propre de l'homme 
Rbranche

   (...) Selon Rabelais, le rire est le propre de l’homme. Il est vrai que j’ai rarement vu des fourmis rire, mais comment être certain qu’elles ne vivent pas à leur échelle une forme d’humour ? Mais les singes semblent bien capables de se jouer des tours, et de s’en amuser. Donc il semble bien que le rire ne soit pas vraiment le propre de l’homme. 

   Par contre, je n’ai jamais entendu parler d’un animal qui ferait un numéro de chansonnier ou un stand-up, avec tous ses congénères assis et s’esclaffant de ses jeux de mots. Car, oui, le langage, avec toutes ses subtilités, tous les sens et les contresens qu’il véhicule, nous est bien spécifique : si les animaux communiquent entre eux, et sont capables à partir de cela de déclencher des comportements collectifs, ils n’emploient pas à proprement parler de langage, c’est-à-dire qu’ils ne sont pas capables de manipuler des symboles porteurs de sens et qui se substituent aux objets même, et les représentent.

   Nous, humains, au fil de notre évolution, nous avons multiplié nos langages. Bien sûr d’abord ceux au travers desquels nous nous exprimons et lisons. Mais aussi une multitude de langages spécialisés, soit pour le jeu (comme les échecs, le bridge ou le go), soit pour les sciences ou la technique (les mathématiques, la physique, la chimie, l’architecture…), soit au sein de structures locales (les langues internes aux entreprises par exemple avec leur floraison d’acronymes).

   D’ailleurs, sauf à nous isoler sur une île déserte, nous ne pouvons pas ne pas communiquer. En effet comme chacun de nos comportements a valeur de message, volontairement ou involontairement, nous nous exprimons sans cesse, et symétriquement nous sommes soumis au flux des autres : « On ne peut pas ne pas avoir de comportement. Or, si l’on admet que, dans une interaction, tout comportement a la valeur d’un message, c’est-à-dire qu’il est une communication, il suit qu’on ne peut pas ne pas communiquer, qu’on le veuille ou non. Activité ou inactivité, parole ou silence, tout a valeur de message. De tels comportements influencent les autres, et les autres, en retour, ne peuvent pas ne pas réagir à ces communications, et de ce fait eux-mêmes communiquer. » (1)

   Bref, même si sous le coup d’une colère, nous pouvons nous écrier : « L’enfer, c’est les autres » (2), sans eux, nous sommes impuissants. Aussi les mots, c’est du sérieux, on ne doit laisser aux seuls humoristes l’art de jouer avec, et « lire après tout, est une façon de vivre à l’intérieur des mots d’autrui. » (3)

   (1) P. Watzlawick, J. Helmick Beavin et Don D Jackson, "Une logique de communication"
   (2) Jean-Paul Sartre, "Huit Clos"
   (3) Siri Hustvedt, "La femme qui tremble"


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Luc Desle