Bonjour à vous qui, dans le maelström du net, êtes arrivés, par hasard? lassitude? erreur? sur ce blog. Vous êtes les bienvenus. Vous y lirez des extraits d'articles, de pensées, d'interviews, piochés ça et là, et illustrés de photos et dessins détournés, via un humour de bon aloi. Vous pouvez évidemment réagir avec le même humour, la même ironie que nous mettons, chaque jour, à tenter de respirer un peu plus librement dans une société qui se corsète chaque fois un peu plus.

samedi 31 janvier 2015

"Le Grand Méchant Loup aimait manger sur le pouce, ou des pouces, je ne me souviens plus bien". Jacques Damboise in "Pensées à conséquences indirectes".

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Pensées pour nous-mêmes:

(CES BRINS DE PAILLE PEUVENT
ALLUMER UN GRAND INCENDIE)

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(La colombe de la Paix faisait du surplace)



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"La réouverture des mines? On est pour,
évidemment... Travailler dans un endroit
sain pour des entrepreneurs sains, on ne
demande pas mieux!"



« On spécule autant sur les sites miniers 
que sur les annonces politiques »

   Universitaire en Equateur et doctorant en économie du développement, le chercheur français William Sacher a publié en 2012, avec le Québécois Alain Deneault, Paradis sous terre (Rue de l’Echiquier, 2012), un livre qui critique férocement le modèle minier canadien. Leur ouvrage précédent, Noir Canada : pillage, corruption et criminalité en Afrique (Ecosociété, 2008), a été retiré de la vente en 2011 sur la pression de l’industrie minière.

   / Terra eco : A votre avis, pourquoi la France se tourne-t-elle à nouveau vers la mine ?

   - William Sacher : Il y a bien sûr cette volonté de « nationalisme des ressources », produire davantage en Europe et s’assurer le contrôle sur certains producteurs dans les pays du Sud. Mais pour l’or, la crise économique globalisée que nous vivons depuis 2008, avec un retour vers des valeurs refuges, joue aussi un rôle. Depuis 2000, on est sur une pente ascendante des activités spéculatives. Des projets d’exploration, il y en a donc pléthore. Mais un sur 500 seulement va aboutir à une extraction effective. Cet emballement spéculatif sur le simple fait de posséder des droits via une concession minière suffit à engranger des bénéfices sur les bourses de Sydney ou de Toronto. On va spéculer autant sur les sites miniers que sur les annonces politiques, et l’annonce d’un nouveau code minier français, plus attractif, fait partie de ce processus.

   / Comment se structure le marché aujourd’hui ?

   - Il y a une division du travail assez nette. L’exploration des nouveaux territoires et des nouveaux gisements est une tâche réservée aux entreprises « juniors », de petite taille, qui ne génèrent des bénéfices que grâce à la spéculation boursière sur leurs résultats. Ce sont les conquistadors modernes, ceux qui vont défricher le terrain, qu’il soit minier, politique ou réglementaire. Ils ont donc un savoir-faire dans leur capacité à imposer un projet minier et à faire taire la résistance des communautés. Ils livrent ainsi des projets clés en main aux « majors » quand il y a une disponibilité technique, mais aussi sociale et politique.

   / Quelle est l’influence des cours des matières minérales sur l’activité ?

   - Les gisements sont généralement considérés comme « a-historiques » : en gros, ils n’attendraient que nous pour être exploités. Mais ce n’est pas ça du tout. C’est une conjonction de facteurs où l’anomalie géologique est importante, mais également les facteurs financier, culturel, social, politique, structurel. Tout ceci va conditionner un territoire à devenir un gisement. Du coup, si les cours se cassent la figure, ce que l’on considère aujourd’hui comme un gisement ne le sera plus demain.

   / Le Canada a une forte activité minière à l’intérieur de ses frontières, mais surtout dans le reste du monde. Vous êtes très critique sur ce modèle…

   - On parle bien souvent de « double standard » à propos du Canada minier. En gros, ce pays pratiquerait, via des compagnies privées dans le Sud, ce qu’il n’autorise pas chez lui. Mais l’examen en détail montre que ces différences sont en fait minimes. Aujourd’hui, au Canada aussi, les pouvoirs publics se retrouvent aux prises avec des mines fermées et leurs déchets abandonnés par les industriels, ce qui coûte des milliards de dollars en nettoyage. L’industrie minière canadienne a généré des catastrophes environnementales et humaines : ruptures de barrages, déplacements forcés de populations, fuites radioactives… L’implantation au Sud, ce n’est pas la recherche de standards plus faibles, c’est la généralisation du modèle canadien. Et ce modèle est bien sûr plébiscité par l’industrie. Les législations de certaines provinces canadiennes sont régulièrement citées comme étant les plus attractives au monde. Et il y a une volonté de généraliser ce cadre légal au reste de la planète. C’est ce qui a été fait en Afrique, en Asie, en Amérique latine.

   / En France aussi ?

   - La législation doit être attractive du point de vue de l’industrie minière, sinon celle-ci n’y viendra pas ! On ne parle pas seulement de la question des redevances, de l’imposition, mais aussi du cadre légal de la gestion de la protestation sociale. Comme, par exemple, ces mécanismes pseudo-juridiques d’audiences publiques où sont conviées les sociétés minières et la société civile. C’est démocratique, mais à l’avantage de la société minière, car elle est toujours ultrapréparée. Les citoyens doivent, eux, se préparer en quatrième vitesse. Et ceux qui tranchent – les instances gouvernementales – sont en général acquis au projet. C’est un mécanisme biaisé, basé sur le modèle de la « bonne gouvernance ». On désamorce en provoquant le débat, mais tout le monde n’a pas les mêmes armes.


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Luc Desle

vendredi 30 janvier 2015

"Très timide, Dieu se cachait de ses adorateurs". Jacques Damboise in "Pensées à contre-pet".

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Pensées pour nous-mêmes:

(LA BEAUTÉ NE SE RÉVÈLE
QU'A CELUI QUI VEUT LA VOIR)

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(Cet acteur boxait les maux avec fougue)



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AUSCHWITZ

Quand le "Telegraph" révélait dès 1942
le massacre des Juifs par les nazis



L'article paru dans The Telegraph le 25 juin 1942.

   Alors que le monde commémore les soixante-dix ans de la libération du camp d'Auschwitz le 27 janvier, le quotidien britannique The Daily Telegraph publie un article qui annonçait dès 1942 l'existence des chambres à gaz et le massacre perpétré contre les Juifs par les nazis.

   Sous le titre "Les Allemands tuent 700 000 Juifs en Pologne : voyage dans les chambres à gaz", l'article parlait trois ans avant la fin de la Seconde Guerre mondiale du "plus grand massacre de l'Histoire". "Les hommes âgés de 14 à 80 ans sont conduits dans un même endroit, souvent un square ou un cimetière, et sont tués avec un couteau, une arme à feu ou des grenades. Ils ont dû creuser leur propre tombe en amont", pouvait-on lire à l'époque.

   C'est par le biais de Szmul Zygielbojm, un membre du gouvernement polonais alors en exil à Londres, que le journal avait pu obtenir ces informations. "Après son arrivée à Londres en 1942, Zygielbojm a utilisé un réseau de contacts clandestins en Pologne occupée pour rassembler des témoignages sur le sort des Juifs. L'information a été envoyée illégalement à Londres sur un microfilm caché dans une clé", explique The Telegraph

   Mais, comme l'explique le quotidien, l'article n'a eu à l'époque que peu d'écho auprès des politiques et du public, et Zygielbojm "a dû faire face à l'indifférence, aux doutes et même aux suspicions" autour de lui.


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Benoît Barvin

jeudi 29 janvier 2015

"Cette vieille idylle sentait l'antique naphtaline". Jacques Damboise in "Pensées à contre-pet".

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Pensées pour nous-mêmes:

(NE SOIS PAS DE LA HAINE
EN CONSERVE)

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(Image de Madame Cruche
faisant un beau gâteau)




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(L'Ombre du Kaiser planait
sur l'Allemagne)



Les libéraux occidentaux doivent applaudir les Russes

Entretien dans Rossiïskaïa gazeta.


   /Le monde occidental est parti en guerre contre la Russie, l’accusant de tous les péchés capitaux et de mauvaises intentions. Qu’en pensez-vous?

   Emmanuel Todd: Avant les événements ukrainiens déjà, j’avais attiré l’attention sur cette tendance antirusse, manifestement planifiée, dans les médias occidentaux. Les premières attaques régulières contre Moscou ont porté sur le « rejet » des minorités sexuelles. Ensuite, de nombreux articles ont avancé que la politique de Poutine était « impossible à comprendre » et qu’il était « imprévisible ». Pour être franc, cela m’a beaucoup amusé. Car à mon avis, la ligne politique du gouvernement russe est au contraire très rationnelle et réfléchie. Les Russes sont fiers d’être Russes et s’ils disposent des moyens nécessaires, ils font tout pour éviter la cabale. Ainsi, le soutien affiché à la population russophone dans le sud-est de l’Ukraine s’inscrit parfaitement dans cette logique.

   En ce qui concerne les préoccupations des Baltes ou des Polonais, persuadés que demain Moscou compte les engloutir, elles sont complètement infondées. Cela n’a absolument aucun sens. La Russie a déjà suffisamment de soucis pour aménager son vaste territoire.

   / Cela fait longtemps que vous vous intéressez à la Russie – essentiellement comme anthropologue et sociologue. En 1976 déjà, à l’âge de 25 ans, vous avez écrit un livre intitulé La Chute finale où vous évoquiez les causes susceptibles de désintégrer l’URSS. Ce livre, qui a fait beaucoup de bruit, n’a pas été pris au sérieux à l’époque. Quelle est votre vision de la Russie contemporaine?

   Emmanuel Todd: Si vous vous penchez sur l’histoire de la Russie, vous comprenez que son rôle dans les affaires mondiales – et en particulier européennes – a toujours été positif. La Russie a subi une humiliation dans les années 1990, juste après l’effondrement de l’URSS. L’attitude de l’Ouest fut alors insupportable et injuste mais en dépit de cela, la transition a pu se faire dans une certaine dignité. Aujourd’hui, ce pays a retrouvé sa place dans les affaires mondiales et a atteint un équilibre interne. Il a atteint une stabilité démographique et enregistre même une croissance de sa population plus élevée que dans le reste de l’Europe. L’espérance de vie augmente. A terme, le taux de mortalité infantile sera inférieur à celui des États-Unis selon les statistiques. Le fait que la Russie attire un flux d’immigrés en provenance des pays voisins montre qu’elle revêt pour eux un intérêt économique.

   À mon avis, la Russie joue un rôle particulier dans les affaires internationales, dont elle a hérité de la Guerre froide, qui est d’assurer l’équilibre mondial. Grâce à son arsenal nucléaire, la Russie est aujourd’hui le seul pays capable de contenir les Américains. Sans elle, le monde aurait connu un sort catastrophique. Tous les libéraux occidentaux devraient l’applaudir: contrairement aux démocraties européennes, elle a accordé l’asile à Edward Snowden. Quel symbole explicite: la Russie, bastion des libertés dont les pays européens se veulent les porte-drapeaux.

   / En 2002 sortait votre livre Après l’Empire, où vous évoquez les causes de l’affaiblissement, lent mais sûr, des USA. Qu’en est-il aujourd’hui?

   Emmanuel Todd: En effet, j’ai écrit à l’époque que l’agressivité de l’Amérique n’était absolument pas une manifestation de sa puissance. Au contraire, elle cachait la faiblesse et la perte de son statut dans le monde. Ce qui s’est passé depuis a confirmé mes conclusions de l’époque. Et cela reste exact aujourd’hui également. Ne croyez pas que j’ai été motivé par un anti-américanisme quelconque. Pas du tout. Néanmoins, je constate que l' »empire » américain est en phase de déclin. Et cela peut être vu particulièrement dans la manière dont les États-Unis, à chaque fois qu’ils perdent l’un de leurs alliés, prétendent que rien de significatif ne s’est produit. Prenez l’exemple de l’évolution des relations de Washington avec l’Arabie saoudite. 

   Les échecs permanents des Etats-Unis au Moyen-Orient sont flagrants pour tout le monde, notamment à travers les derniers conflits en Irak et en Syrie. Et Riyad, qui était autrefois leur plus proche allié dans la région, est en fait sorti du contrôle américain, même si bien sûr personne ne l’admet. Même chose pour la Corée du Sud, qui s’éloigne des États-Unis pour coopérer de plus en plus activement avec la Chine. Le seul véritable allié loyal des Américains en Asie reste le Japon. Mais à cause de sa confrontation avec Pékin, ce pays ne sait plus où se mettre.

   / Et l’Europe?

   Emmanuel Todd: Le processus est similaire en Europe. La principale évolution que le Vieux continent ait connue ces dernières années est la montée en puissance de l’Allemagne. Avant, je pensais que l’Europe allait continuer à se développer, tirée par la locomotive d’intégration Berlin-Paris. Mais les choses se sont passées autrement. Tout d’abord, l’Union européenne ne s’est pas transformée en union des nations « libres et égales », comme le rêvaient ses fondateurs. Elle a pris la forme d’une structure hiérarchique sous l’égide de l’Allemagne, qui a largement dépassé sur le plan économique tous les autres pays de l’UE. Par nature, les Allemands ne peuvent pas percevoir le monde autrement qu’à travers un prisme hiérarchique. 

   Cette ascension de Berlin s’est accélérée notamment après la crise financière de 2008. Aujourd’hui, l’Europe est contrôlée par l’Allemagne. Les premiers signes d’une perte de contrôle sur Berlin par les Américains sont apparus au début de la guerre en Irak quand Paris, Moscou et Berlin, qui marchaient jusque-là dans le sillage des USA, s’y sont opposés. Ce fut une étape fondamentale.

   Depuis, dans un domaine aussi crucial que l’économie internationale, l’Allemagne mène sa propre ligne pour défendre ses intérêts nationaux. Elle ne cède pas à la pression des Américains, qui croient que tout le monde devrait jouer selon leurs règles et insistent pour que les Allemands renoncent, par exemple, à leur politique d’austérité budgétaire. Cette ligne est imposée sous la pression de Berlin à l’ensemble de l’Union européenne, et les Etats-Unis ne peuvent rien y faire. Dans ce domaine, les Allemands n’accordent pas d’importance à l’avis des Américains. 

   Nous pouvons aussi rappeler les récents scandales impliquant les écoutes téléphoniques, quand les Allemands – un cas sans précédent – ont expulsé le chef de la CIA à Berlin. Mais l’économie reste le plus important. Les Américains n’adoptent pas, dans ces circonstances, une attitude menaçante. Pas parce qu’ils ne veulent pas, mais parce qu’ils ne peuvent pas. En l’admettant tacitement, ils reconnaissent en quelque sorte que leur pouvoir touche à sa fin. Cela ne saute probablement pas aux yeux, mais c’est la réalité.

   / Néanmoins, certains pensent que les USA restent une puissance dirigeant les affaires mondiales, notamment européennes.

   Emmanuel Todd: Il y a l’ancien monde et le nouveau monde. L’ancien monde, c’est la vision héritée de l’époque de la Guerre froide. Elle reste bien ancrée dans la conscience des faucons américains, dans les pays baltes et en Pologne. Il est clair que l’expansion de l’OTAN vers l’Est après la chute du mur de Berlin est un exemple typique de l’inertie de la pensée dans l’esprit de la Guerre froide, peu importe les termes employés. Dans l’ancien monde, l’Allemagne jouait plutôt un rôle de modérateur, d’élément rationnel préconisant une solution pacifique aux problèmes et favorable au partenariat économique. Mais un nouveau monde est apparu et il n’est plus contrôlé par les Américains.

   L’Europe a aujourd’hui sa propre dynamique. Elle n’a pas d’armée, mais elle est dirigée par l’Allemagne. Et tout se complique, car cette dernière est forte, mais elle est instable dans ses concepts géopolitiques. A travers l’histoire, le pendule géopolitique allemand a oscillé entre une approche raisonnable et des élans mégalomanes qui ont conduit, rappelons-le, à la Première Guerre mondiale. C’est la «dualité» de l’Allemagne. Par exemple, Bismarck cherchait la paix universelle et l’harmonie avec la Russie, alors que Guillaume II, dans l’esprit « l’Allemagne est au-dessus de tous », s’est brouillé avec tout le monde, à commencer par la Russie. Je crains que nous retrouvions aujourd’hui cette dualité. D’une part, l’ancien chancelier Schröder a prôné l’expansion des relations avec Moscou et il a maintenant beaucoup de partisans. D’autre part, on constate une position étonnamment ferme de Merkel dans les affaires ukrainiennes. L’agressivité du monde occidental envers la Russie ne s’explique donc pas uniquement par la pression des Etats-Unis.

   / En effet, tout le monde s’attendait à une médiation active de Berlin dans la crise ukrainienne, mais ce n’a pas été le cas.

   Emmanuel Todd: Il me semble que l’Allemagne s’engage de plus en plus dans une politique de force et d’expansion voilée. La réalité de l’Allemagne après la réunification est qu’elle a miné les structures étatiques fragiles en Europe. Rappelez-vous la défunte Yougoslavie, la Tchécoslovaquie, et aujourd’hui il semble que ce soit le tour de l’Ukraine. Pour la plupart des Européens, l’Ukraine n’aucun intérêt particulier. Pas pour les Allemands. Depuis l’époque de la réunification, l’Allemagne a mis la main sur la quasi-totalité de l’ancien espace de domination soviétique et l’utilise à ses propres fins économiques et industrielles. En c’est, je pense, l’un des secrets de la réussite de l’économie allemande. 

   Face à un grave problème démographique et un taux de fécondité faible, elle a besoin d’une main-d’œuvre qualifiée et bon marché. Donc, si vous restez dans cette logique, obtenir par exemple les deux tiers des travailleurs ukrainiens est une opération très bénéfique pour Berlin.

   / D’ailleurs, le 23 août, Angela Merkel a été la seule des chefs d’Etats de l’UE à se rendre en visite à Kiev à l’occasion de la célébration de l’indépendance de l’Ukraine.

   Emmanuel Todd: D’après moi, c’était un événement marquant. Et je pense que Moscou l’a également remarqué.

   / Pourquoi, d’après vous, les États-Unis montrent-ils un tel zèle dans les affaires ukrainiennes?

   Emmanuel Todd: Parce que leur stratégie vise à affaiblir la Russie. En l’occurrence par la crise ukrainienne. Mais n’oublions pas qui l’a provoquée. Après tout, le point de départ était la proposition de l’UE de conclure un accord d’association avec Kiev. Puis l’Union européenne a soutenu le Maïdan conduisant au coup d’Etat, qui s’est déroulé avec le consentement silencieux des capitales européennes. Quand les événements en Crimée se sont produits, les Américains ne pouvaient pas rester à l’écart, au risque de « perdre la face ». Les « faucons », partisans des idées de la Guerre froide, sont alors passés au premier plan pour définir la politique américaine vis-à-vis de la Russie. Je ne pense pas que les Américains souhaitent l’exacerbation de ces conflits, mais nous devons suivre de près jusqu’où pourrait aller leur désir de « sauver la face ».


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Luc Desle

mercredi 28 janvier 2015

"Elles se crêpèrent le chignon avec de la pâte légèrement brûlante". Jacques Damboise in "Pensées concomitantes".

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Pensées pour nous-mêmes:

(LE SILENCE ADORE
CELUI QUI S'Y ADONNE)

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(La Femme trompée réfléchissait à la manière
de se venger)



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(La fille de la couturière me fit
soudain froid dans le dos)



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(Ce champignon hallucinogène prenait
des cours d'hypnotisme dans l'espace)



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(La technique de mon voisin pour échapper à
sa Belle-Mère était originale)


generic-art Source: nipawomsett

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Blanche Baptiste

mardi 27 janvier 2015

"Cet ancien Résident avait mis des talonnettes à ses hauts talons". Jacques Damboise in "Pensées à contre-pet".

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Pensées pour nous-mêmes:

(SI TU VEUX ETRE LE MONDE,
SOIS-LE)

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(On ne savait jamais quand - ni où - le tireur
de langue allait surgir)



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1,6 million d’euros remboursés par l'Etat 
à Nicolas Sarkozy


   (...) Médiapart révèle que l'État a remboursé 1,6 million d'euros de frais de personnel et 196.000 euros de loyer mensuel à Nicolas Sarkozy en tant qu’ancien président de la République. L'élu écologiste Raymond Avrillier, qui s'est procuré ces documents, dénonce un mélange des genres.

   Deux coffres forts, une armoire blindée, une Citroën C6V6 HDI Exclusive, un parc informatique tout neuf, du mobilier de prestige, 16.000 euros de loyer par mois : les privilèges accordés par l'État à Nicolas Sarkozy ont été dévoilés par Mediapart, qui a pu se procurer le détail des frais remboursés à l'ancien président de la République. (...)

   (...) Coût total de la facture : plus de 570.000 euros, sans compter les 660.000 euros net par an alloués aux sept collaborateurs de Nicolas Sarkozy dans ses bureaux de la rue de Mirosmenil à Paris... Ni les 215.392 euros qui comprennent les frais d'entretien, de nettoyage, de la facture d'électricité, des téléphones fixes et mobiles et du consommables de bureau.

   Des révélations rendues possibles grâce à Raymond Avrillier, un élu écologiste de Grenoble qui s'était fait connaitre pour avoir dévoilé les sondages commandés par l'Elysée sous la présidence de Nicolas Sarkozy. Ce militant a demandé ces documents à Matignon et les a reçus en fin d'année dernière... après quatre mois d'attente.(...)

   (...) Outre la question de l’opportunité de telles dépenses en périodes de crise, ces documents posent, selon Raymond Avrillier, un certain nombre de questions. Et d’abord celle du mélange des genres : Nicolas Sarkozy, contrairement à ses prédécesseurs, n’est pas à la retraite. Et dans le contexte d’avantages versés à un ancien président de la République et nouvellement réelu président de l’UMP, la question du financement des partis par une personne morale affleure. "Une personne morale ne peut financer un parti politique. La personne morale en l’occurrence, c’est l’Etat, qui, par le biais de ces avantages alloués à monsieur Sarkozy, finance donc un parti politique...", souligne ainsi Raymond Avrillier. (...)


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"Travailler? Pour quoi faire?"


http://slimgrape.tumblr.com/image/108941800737

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Benoît Barvin

lundi 26 janvier 2015

"Au niveau des principes l'Homme élastique était rigide". Jacques Damboise in "Pensées à contre-pet".

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Pensées pour nous-mêmes:

(L'ARBRE PEUT-IL PLOYER
SOUS LE POIDS DE LA BRANCHE?)

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"Bisous, bisous...
- Enfin, Chérie, pas devant tout le monde!"



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(Les indics français disposent de radars naturels
pour voir à travers les murs)



ÉTATS-UNIS

La police américaine dispose 
de radars pour voir à travers les murs


   (...) Le quotidien américain USA Today a dévoilé le 20 janvier que plusieurs agences de sécurité américaines, comme le FBI et le US Marshals Service, utiliseraient depuis deux ans déjà un dispositif de radar leur permettant de voir efficacement dans les maisons à plus de 15 mètres. C'est le témoignage d’un agent fédéral américain devant un tribunal à Denver qui a révélé leur emploi, en décembre. 

   Selon l'article, les radars fonctionnent en utilisant les ondes hertziennes "pour détecter des mouvements aussi légers que la respiration humaine". Ces appareils, "initialement élaborés pour servir en Irak et en Afghanistan", permettent de repérer la présence d’un individu dans une maison, sa position et ses déplacements. (...)

   Cette technologie, largement inconnue du grand public, soulève naturellement des questions juridiques relatives à la vie privée. "La Cour suprême des Etats-Unis a indiqué que les officiers de police ne pouvaient généralement pas utiliser de détecteurs de haute technologie pour révéler l’intérieur d’une maison à moins d’obtenir auparavant un mandat de perquisition", ce qui n’était pas le cas ici, explique le journal. 

   Les agents fédéraux américains contactés par USA Today prétendent que "l’information recueillie par ces détecteurs est essentielle dans certaines situations", comme les prises d’otages. Reste que plusieurs questions se posent. "Comment les juges peuvent-ils être surpris par une technologie que la police a entre les mains depuis au moins deux ans ?" s'interrogent les avocats spécialisés dans les questions de vie privée.


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(La fraise qui refusait d'être croquée
énervait beaucoup Gloria)



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Benoît Barvin

dimanche 25 janvier 2015

"Il avançait toujours pour ne pas reculer". Benoît Barvin in "Pensées pensées".

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Pensées pour nous-mêmes:

(NE T’ÉLOIGNE JAMAIS DE TOI)

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(Cette curieuse fille avait des étoiles
autour de la tête)



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(Mal à l'aise avant l'interview, John Doe 
n'arrêtait pas de se tortiller sur son fauteuil)



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(Cette nouvelle coiffure tendance ne plaisait pas
vraiment à cette nouille de Samantha)



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(Cette obscure starlette tentait, mais en vain, d'avoir
l'air moins cruche)



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Jacques Damboise et Blanche Baptiste

samedi 24 janvier 2015

"Petit, il était tellement affamé qu'il suçait ses dents de lait". Jacques Damboise in "Pensées de peu".

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Pensées pour nous-mêmes:

(TU AS TOUJOURS LE TEMPS
POUR MAL FAIRE)

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(Après avoir limé ses dents, le grand méchant loup
ne m'inspirait toujours pas confiance)


Iberian wolf (Canis lupus signatus) by fegari

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Houellebecq : 
notre libraire-blogueur a lu « Soumission »

Chroniqueur libraire - libraire chronique

   La parution d’un roman de Michel Houellebecq est toujours un événement conséquent. Si bien qu’on en viendrait à craindre qu’il éclipse le reste de l’actualité littéraire (la rentrée littéraire d’hiver compte pourtant 548 autres ouvrages).

   La dernière fois, le tout s’est terminé dans la joie et l’allégresse pour l’écrivain puisqu’il fut, avec « La carte et le territoire », couronné du Goncourt qui lui échappait depuis si longtemps. Cette année, l’ambiance n’est pas tout à fait la même. A peine en librairie, « Soumission » fait déjà polémique.

   A travers ce roman, Houellebecq relate les pérégrinations de François, professeur de lettres en faculté spécialiste de Huysmans dans une France de 2022. Ce pays est aux abois, en pleine crise politique et sociale, qui voit le Front national plébiscité par près d’un tiers des Français. Une conséquence directe du délitement effectif de la politique française basée sur le clivage droite-gauche.

   Après avoir échoué face à Hollande en 2017, Marine Le Pen se retrouve au second tour de la présidentielle en 2022 face à Mohammed Ben Abbes, candidat de la Fraternité musulmane. Les autres grands partis se rangent derrière lui et il devient logiquement président de la République.(...) 

   (...) Cette arrivée au pouvoir implique de profondes modifications dans le pays. Pour Ben Abbes, le cheval de bataille de sa campagne avait reposé sur la refondation de la cellule familiale. La religion et l’éducation étaient logiquement mises en avant comme étant deux fers de lance pour le renouvellement de la vie en société :

   « Mais les temps, il fallait en convenir […] avaient changé. De plus en plus souvent, les familles – qu’elles soient juives, chrétiennes ou musulmanes – souhaitaient pour leurs enfants une éducation qui ne se limite pas à la transmission des connaissances, mais intègre une formation spirituelle correspondant à leur tradition. Ce retour du religieux était une tendance profonde qui traversait nos sociétés, et l’Education nationale ne pouvait pas ne pas en tenir compte »

   Pour Tanneur, ami de François et sorte de Monsieur X de circonstance, l’accession de Ben Abbes tient en grande partie à son ouverture : « C’est un musulman modéré, voilà le point central : il l’affirme constamment, et c’est la vérité. Il ne faut pas le représenter comme un taliban ni comme un terroriste, ce serait une grossière erreur ; il n’a jamais eu que mépris pour ces gens. »

   François assiste à ces bouleversements qui, à l’origine, avaient suscité des rixes et un climat délétère fait de violence. Une fois Ben Abbes au pouvoir, les mutations de la société se font sourdement, dans un calme relatif. A cela s’ajoute un état de grâce auquel goûte le nouveau président :

   « La conséquence la plus immédiate de son élection est que la délinquance avait baissé, et dans des proportions énormes : dans les quartiers les plus difficiles, elle avait carrément été divisée par dix. Un autre succès immédiat était le chômage, dont les courbes étaient en chute libre. C’était dû sans nul doute à la sortie massive des femmes du marché du travail – elle-même liée à la revalorisation considérable des allocations familiales, la première mesure présentée, symboliquement, par le nouveau gouvernement. »(...)

   (...) Si les modifications de cette société ne le laissent pas indifférents, François n’en demeure pas moins un personnage indolent. Il se laisse bercer dans la douce dysharmonie qu’il entretient avec le reste du monde, en témoigne la distance qu’il a avec ses congénères et les portraits peu amènes qu’il en dresse.

   C’est un personnage neurasthénique qui écoute Nick Drake en assistant au délitement de ses désirs quadragénaires. Il faut dire qu’il est inapte à conserver une femme plus d’un an. Sa dernière compagne Myriam, capable de « contracter sa chatte à volonté » et dont « chacune [des] fellations aurait suffit à justifier la vie d’un homme », d’obédience juive, a vu dans l’accession au pouvoir de Ben Abbes de terribles risques d’un climat antisémite et a choisi de fuir en Israël.

   On assiste ici à la déglingue paroxystique d’un auteur qui n’a jamais caché le peu d’épanouissement que lui conférait la vie (c’est rien de le dire). Ce texte respire l’autodénigrement, et une certaine forme d’autodérision. Sa fréquentation des escorts est assez éloquente en ce sens : « En somme, deux escortes étaient bien. Pas suffisamment quand même pour me donner envie de les revoir, ni d’engager avec elles des relations suivies ; ni pour me donner envie de vivre. Devais-je, alors, mourir ? Cela me paraissait une décision prématurée. »

   Une phrase qui fait étrangement écho à celle-ci, trouvée dans « Plateforme » : « L’absence d’envie de vivre, hélas, ne suffit pas pour avoir envie de mourir. »

   Dans son apathie, François va s’épancher sur la question de la conversion, et lorsqu’il constate le confort dans lequel se trouve son ami Rediger, désormais polygame, il est un peu envieux. « Et je ne pouvais pas m’empêcher de songer à son mode de vie : une épouse de quarante ans pour la cuisine, une de quinze ans pour d’autres choses… sans doute avait-il une ou deux épouses d’âge intermédiaire, mais je me voyais mal lui poser la question. »

   Une situation qui, éventuellement, pourrait être pour lui une bouée de sauvetage : « Les femmes musulmanes étaient dévouées et soumises, je pouvais compter là-dessus, elles étaient élevées dans ce sens, et pour donner du plaisir au fond cela suffit ; quant à la cuisine je m’en foutais un peu. »(...)

   (...) « Soumission » est un roman sympathique, une lecture distrayante à la pérennité précaire qui le fera vite glisser du côté de l’uchronie. Reste qu’il importe peu de se questionner sur la plausibilité de ce futur à la décadence discutable, dans la mesure où l’on a ici affaire à une œuvre de fiction. Le reste appartient au terreau idéologique.

   En évoquant une islamisation de la société tout en se gardant de verser dans sa radicalité, Houellebecq a l’opportunisme de surfer sur une actualité brûlante. C’est d’ailleurs en cela qu’il a autant ému avant même sa parution et que l’on a rapidement évoqué un brûlot islamophobe.

   On peut y voir un certain cynisme, voire une forme de racolage, mais il s’agit ici d’une œuvre de fiction, une fantaisie politique, une satire sociale. Difficile en ce qui me concerne d’y voir un livre à thèse, une fable à hypothèses tout au plus, et encore, qui ne va pas bien loin. Mais la dérision n’a peut-être plus sa place concernant certains sujets. (...) 

   (...) Cependant comment ne pas voir cette dérision dans « Soumission » ? Peut-on réellement ne pas en relever la satire ? Et que dire de la provocation de l’auteur, même si lui s’en défend – car finalement, est-ce que feindre l’absence de provocation ne fait pas aussi partie du jeu provocateur ?

   Reste qu’au regard des nombreuses critiques lapidaires n’ayant relevé que les fantasmes idéologiques (islamophobie, grand remplacement, etc.) dans ce qui demeure une œuvre de fiction, se pose la question des limites du roman. La liberté créatrice dans le domaine romanesque est finalement peut-être plus restreinte que l’on ne croyait. Le débat mérite d’être ouvert.(...)

   (...) Ce phénomène semble révéler une fois encore le peu de respect qu’ont certains médias pour la littérature. On préfère nourrir un buzz. Autrement, comment expliquer un tel glissement du romanesque au livre à thèse ? Comment justifier de telles (sur)interprétations en faisant abstraction des autres thèmes de fond abordés ?

   Dans cette affaire, c’est encore la littérature qui risque d’en pâtir.



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Luc Desle

vendredi 23 janvier 2015

"Il avait l’intelligence branchée sur courant discontinu". Jacques Damboise in "Pensées pensées".

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Pensées pour nous-mêmes:

(L'INCENDIE DE L'AME
LA CONSUME-T-ELLE?)

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(Indubitablement, le discours du Résident
agissait comme un excellent soporifique)


gif from “Metropolis”
starring Brigitte helm
by fritz Lang, 1927

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"Indubitablement, oups! 
Les pommes d'hier
sont plus lourdes gasp! 
que celles d'aujourd"hui!"



Pourquoi une pomme des années 1950 
équivaut à 100 pommes d’aujourd’hui

AMÉLIE MOUGEY

   (...) Mordre à pleines dents dans une pêche et avaler… de l’eau sucrée. Manger toujours plus, pour se nourrir de moins en moins. Tandis que, dans les pays développés, nos apports en calories augmentent, la plupart des aliments non transformés que nous consommons – fruits, légumes et céréales – deviennent des coquilles vides sur le plan nutritionnel. Une dizaine d’études d’universités canadiennes, américaines et britanniques, publiées entre 1997 et aujourd’hui, font état d’une dégringolade de la concentration en nutriments dans nos aliments. 

   Ces travaux résumés dans l’étude « Still no free lunch » de Brian Halweil, chercheur au Worldwatch Institute confirment l’essor de la « calorie vide » : grasse, sucrée, mais inutile pour la santé. Même dans les aliments réputés sains, vitamines A et C, protéines, phosphore, calcium, fer et autres minéraux ou oligo-éléments ont été divisés par deux, par vingt-cinq, voire par cent, en un demi-siècle. Pour retrouver les qualités nutritionnelles d’un fruit ou d’un légume des années 1950, il faudrait aujourd’hui en manger une demi-cagette ! (...)

   (...) Hier, quand nos grand-parents croquaient dans une transparente de Croncel, ils avalaient 400 mg de vitamine C, indispensable à la fabrication et à la réparation de la peau et des os. Aujourd’hui, les supermarchés nous proposent des bacs de Golden standardisées, qui ne nous apportent que 4 mg de vitamine C chacune. Soit cent fois moins. « Après des décennies de croisements, l’industrie agroalimentaire a sélectionné les légumes les plus beaux et les plus résistants, mais rarement les plus riches sur le plan nutritif », déplore Philippe Desbrosses, docteur en sciences de l’environnement à l’université Paris-VII et militant pour la préservation des semences anciennes.(...)

   (...) Précieuse pour notre vue et nos défenses immunitaires, la vitamine A est en chute libre dans 17 des 25 fruits et légumes scrutés par des chercheurs canadiens dans une étude synthétisée pour CTV News. Le déclin est total pour la pomme de terre et l’oignon qui, aujourd’hui, n’en contiennent plus le moindre gramme. Il y a un demi-siècle, une seule orange couvrait la quasi-totalité de nos besoins quotidiens – les fameux AJR (apports journaliers recommandés) – en vitamine A. Aujourd’hui, il faudrait en manger 21 pour ingurgiter la même quantité de la précieuse vitamine. De même, une pêche des années 1950 équivaut à 26 pêches aujourd’hui. (...) 

   (...) Au début de la chaîne, il y a la céréale. Blé, maïs et soja sont aujourd’hui plus pauvres en zinc, en cuivre et en fer qu’il y a cinquante ans. Appauvries par des décennies d’agriculture intensive et de sélections variétales, ces céréales réapparaissent dans l’auge de nos bêtes, qui, par répercussion, se trouvent moins bien nourries que leurs ancêtres. En bout de chaîne, l’animal devenu steak apportera moins de micronutriments dans nos assiettes. Tel est l’effet domino identifié par le chercheur américain David Thomas. Dans son étude [1] publiée dans la revue Nutrition et Health, il constate qu’à poids égal un même morceau de viande apporte deux fois moins de fer qu’un demi-siècle auparavant. Or, celui-ci sert à l’élaboration. 

   Autre dommage collatéral : le lait « a perdu ces acides gras essentiels », déplore Philippe Desbrosses. Des acides essentiels à nos membranes cellulaires, notre système nerveux et notre cerveau. Naturellement présents dans l’organisme en très petite quantité, ils doivent nous être apportés par l’alimentation. (...) 

   (...) Mauvaise nouvelle. Si le brocoli figure sur la liste de ces légumes que vous ne consentez à avaler qu’en pensant à votre santé, vous n’avez pas fini de grimacer. Alors que ce chou venu du sud de l’Italie contenait 12,9 mg de calcium – allié de la construction osseuse et de la coagulation du sang – par gramme en 1950, ils n’en renfermait plus que 4,4 en 2003, selon une étude de l’université du Texas, soit quatre fois moins. Si vous comptiez sur lui pour compenser la carence en fer de votre steak, c’est également loupé. Il vous faudrait en mettre six fois plus dans la soupe pour obtenir les mêmes bienfaits que par le passé. Sur les 25 légumes étudiés par l’équipe de recherche canadienne, 80% ont vu leur teneur en calcium et en fer décliner. (...) 

   (...) Les facteurs de ce déclin sont multiples. Des sols plus pauvres, des végétaux cueillis trop tôt, des traitements de conservation plus fréquents, des croissances plus rapides dopées par les engrais et une réduction du nombre de variétés, sélectionnées pour leur résistance aux parasites et leur rapidité de croissance… Autant d’éléments imputables à une quête de meilleurs rendements. Résultat, « pour le maïs, le blé et le soja, plus le rendement est important, plus le contenu en protéines est faible », note Brian Halweil, dans son étude. Même schéma pour les concentrations de vitamine C, d’antioxydants et de bêtacarotène dans la tomate : plus les rendements augmentent, plus la concentration de nutriments diminue.

   A contrario, « l’agriculture biologique peut contribuer à inverser la tendance », indique Brian Halweil dans son étude. De fait, à conditions climatiques équivalentes « les aliments bios contiennent significativement plus de vitamine C, de fer, de magnésium et de phosphore que les autres ». Le chercheur met pourtant en garde : « Si les agriculteurs bios développent un système riche en intrants avec des rendements comparables aux exploitations conventionnelles, le bio verra son avantage nutritionnel s’éroder. » De même, si les produits bios sont cueillis avant maturité, ils sont finalement moins riches en nutriments que des produits mûrs de l’agriculture traditionnelle. Seule stratégie pour remettre de la vie dans son assiette : choisir des aliments mûrs, produits de manière non intensive et partir à la chasse aux variétés oubliées. Une épopée.

Retrouvez toutes les études ici : 


[1] David Thomas, « A Study of the Mineral Depletion of the Foods available to us as a nation over the period 1940 to 1991 », in press, Nutrition and Health ; Anne-Marie Mayer, op. cit. Note 32.


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Benoît Barvin