Bonjour à vous qui, dans le maelström du net, êtes arrivés, par hasard? lassitude? erreur? sur ce blog. Vous êtes les bienvenus. Vous y lirez des extraits d'articles, de pensées, d'interviews, piochés ça et là, et illustrés de photos et dessins détournés, via un humour de bon aloi. Vous pouvez évidemment réagir avec le même humour, la même ironie que nous mettons, chaque jour, à tenter de respirer un peu plus librement dans une société qui se corsète chaque fois un peu plus.
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lundi 19 mai 2014

"Je jetai à mon vieux chien mes rêves de gloire enfuis". Jacques Damboise in "Pensées à l'ombrelle".

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Pensées pour nous-mêmes:

(SOIS LE PETIT ENFANT QUI NAGE)

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"Je te slurp,
tu me slurp,
il ou elle se slurp..."



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(Ce politicien mettait les points sur les I
de rugueuse façon)



Le délabrement du débat politique


   (...) L'état actuel du débat politique est régi par la dictature des agences de communication. Les éléments de langage sont dictés à l'avance, soufflés aux oreilles des politiciens, qui s'appliquent à les répéter lors des conférences de presse et autres rassemblements publics.

   Une bonne formule de comm' rime souvent avec vulgarisation. « Il faut que les gens te comprennent », « sois accessible dans ton discours ». Ces rappels sont souvent les maîtres mots des conseillers. On laisse de moins en moins de place à l'improvisation, le discours doit être cadré de A à Z, en étant focalisé sur des thèmes clés. Le travail consiste à apprendre par cœur une partition, pour jouer sur les cordes sensibles de l'audimat. La complexité des dossiers n'a pas à être mise en avant, tant elle risquerait, selon les communicants, d'avoir un effet pesant. Cette norme contribue à aseptiser le débat politique national, au profit de discours prémâchés. Ces moments de préparation, toujours loin des caméras, sont parfois filmés, comme ce fut le cas avec le film « Le président », qui retrace une élection menée par Georges Frêche.

   Le président de région savait manier la langue et les artifices sémantiques mieux que personne, sa nature authentique et son franc parlé lui ont valu maintes réélections. Malgré ses dérapages, et son exclusion du parti socialiste, sa cote de popularité n'a jamais baissé. Aujourd'hui il est presque impossible de trouver un homme politique libéré à ce point des astreintes policées du verbiage issu d'écoles de marketing. Il s'agit de vendre. Se vendre soi-même pour commencer, et ensuite vendre ses idées. Notez que la première catégorie supplante toujours la deuxième. Ce sera à qui apparaîtra le plus télégénique, le plus esthétique. Les caméras font triompher les hommes politiques depuis le premier débat télévisé. 

   Un soir de septembre 1960, Kennedy alors opposé à Nixon, sut tirer avantage des conditions du plateau télévisé. Le candidat républicain était mal habitué aux caméras, et sa barbe légère faisait apparaître une fine zone sombre sur son visage à cause du contraste. Ayant refusé tout maquillage, sa transpiration et donc son anxiété, se fit très présent, et cette accumulation de détails a eu une grande influence sur le résultat final. Cet exemple utile pour révéler les critères inconscients de sélection n'en est qu'un parmi tant d'autres. Un exemple qui doit nous interroger sur l'importance des idées par rapport à l'importance du paraître.

   Guy Debord a très vite compris et commenté la situation, en indiquant que l'individualité et les traits de caractère seraient effacés au profit des normes spectaculaires. Plus qu'un effacement, il s'agit d'un processus de reniement. La télévision opère comme un philtre magique. Passer à la télévision, c'est presque un argument qualitatif, du moment que la célébrité est au rendez-vous, et que vous vous faites remarquer. Certains élus sont issus d'un autre monde, qui n'a rien à voir avec les spécificités du clivage politique. Que ce soit Robert Ménard, David Douillet, Bernard Laporte, tous ont su profiter de ce tremplin qu'était la télévision, pour se faire connaître par les électeurs, et ainsi migrer d'une discipline à une autre. 

   La renommée des uns sert celle des autres. Ainsi, lors des grands meetings présidentiels, gauche et droite s'affrontent sur un domaine particulier, celui des stars. Ce sera à qui rassemble autour de lui le plus de personnalités. Yannick Noah contre Johnny Halliday, Gérard Depardieu contre Christian Lacroix. Autant de folklore et de faux semblants qui nuisent au débat politique. Les théories et les raisonnements sont éclipsés par l’industrie du divertissement.

   Les journalistes sont parmi les premiers responsables de ce délabrement. L'un des meilleurs représentants de cet état de fait est Éric Zemmour. Anonyme parmi tant d'autres, il se révèle lors d'une intervention chez Ardisson. Capable de soulever des questions sensibles et de leur donner un semblant de fond, Zemmour suscite l'intérêt des producteurs, doués pour déceler ce qui dopera l'audimat. Le critère central est bien le score médiamétrie, et non pas la cohérence et la finesse des analyses. Le duo mené avec Naulleau pendant des années a d'ailleurs servi à créer une arène aux allures de cirque. Mais un cirque rentable, qui sait habilement vendre les œuvres culturelles présentées par les auteurs. La rentabilité occupe également une place centrale. 

   Les débats sur les chaînes d'info en continu (I-télé & BFM) ne sont possibles que par le concours des annonceurs, et tant pis si chaque intervenant a 5 minutes pour exposer son point de vue. Les mêmes contraintes se retrouvent à la radio, où chaque commentaire est chronométré pour laisser vivre les spots publicitaires. Dans la presse écrite, les articles ne doivent pas dépasser une certaine taille, et sur internet, on doit souvent souffrir devant une pub avant d'avoir accès à une vidéo. Les émissions ayant essayé d'avoir une approche désintéressée, et plus cohérente, ont été freinées dans leur course. C'est le cas pour « arrêt sur images », qui a disparu des écrans du service public. « Ce soir ou jamais » est passé à un rythme beaucoup plus restreint. Aujourd'hui il faut bien admettre qu'il est de plus en plus rare de pouvoir suivre un débat entre deux intellectuels à la télévision.

   On laisse donc une grande partie de la réflexion aux politiques, c'est à travers leur discours que la majorité des téléspectateurs apprennent à jongler avec différents arguments, qu'ils soient économiques, sécuritaires, ou éthiques. Mais avec le constat que nous venons de faire, il apparaît difficile d'imaginer que quelque chose de foncièrement positif pourra ressortir de ces heures devant l'écran. Le débat politique lui-même est biaisé d'avance, chaque candidat doit suivre une ligne de route, qui correspond à une stratégie collective, instaurée par le parti. 

   Peu importe si l'idée du camp adverse est bonne, peu importe si la stratégie du parti ennemi est intelligente, tout ce qui compte, c'est de tirer la couverture sur soi, s'attirer les louanges, et accéder aux commandes du pouvoir. Avez-vous souvenir d'une collaboration réflective entre différents partis politiques ? Il y a certes quelques rapprochements entre différents partis centristes, et une union à l'extrême gauche, mais jamais deux antagonistes ne s’afficheront publiquement en train de réfléchir ensemble.

   Ils se serviront systématiquement de l'outil télévisuel pour rabaisser le bilan d'en face, et ils n'admettront jamais leurs erreurs. Les réformes affluent, mais elles ne sont jamais plébiscitées que par ceux qui les ont votées. Or on peut constater certains effets positifs qu'elles peuvent avoir, mais le même temps, rien n'est fait pour dire en quoi elles ont permis une avancée. Vous n'entendrez jamais un politicien dire à un autre « Vous avez eu raison de faire ça », ou « Il s'est avéré que nous avons fait fausse route ». 

   Les politiciens français n'assument que trop rarement leurs torts, et vivent dans la culture de l'excuse. Ce manque de remise en question peut être expliqué par un dogmatisme des théories politiques. Chacun croit avoir la bonne formule, et ne s'imagine pas que quelques ingrédients du camp d'en face pourraient être susceptibles d'apporter une harmonie ou un bénéfice à l'ensemble.

   Si la bêtise politique ne s’exprimait qu’à la télévision, ce serait peut-être tolérable. Influencés par le modèle télévisuel , la perception du politique par les citoyen change. Impossible aujourd’hui de maintenir un débat tourné vers les idées si l’on prononce le mot ‘politique’, celui-ci est automatiquement associé aux notions de conflits, partis, personnalités et élections ; on invente des expressions pour se ne pas avoir à employer ce mot. Il est très commun d’assister à un plébiscite de la “démocratie directe” accompagné d’un commentaire tel que “Moi je ne fais pas de politique.” 

   Pourtant, c’est bien d’affaire publique de la cité dont on parle ici. La confusion est totale, si vous dites que vous êtes démocrate, vous aurez à répondre des faibles scores que font les partis affiliés, vous annoncez être socialiste là on vous prend pour un bobo caviar, libéral alors ? affairiste qui vend des armes en Afrique. Ecolo ? décroissant illuminé qui vit dans les arbres. Communiste ?coopérativiste envoyé du Kremlin. Frontiste ? patriote isolationniste complotiste et raciste. L'étiquette fait tout et l’idée est absente partout.

   On a tendance à reproduire ce que l'ont voit, depuis le clientélisme des journaux jusqu’à l’électoralisme des candidats. Banalité qu'on retrouve jusque dans les discours précuits en famille, entre le dessert et le fromage. Le sketch de l’année c’est “quand madame michu s'essaie à la comm’ de masse” on en rit, et ça ne coûte pas un rond, mais ça occupe l’esprit. On se répond du tac au tac, ça donne l’air de savoir de quoi on parle. personne ne s’écoute, tout le monde parle en même temps comme à un auditoire invisible pour lequel on se bat. Proposez une idée hors des clous on vous rétorque “mais pourquoi tu te présentes pas aux élections si t’es si malin” ? L’élection est bien perçue comme une sacralisation d’une intelligence supérieure. 

   La mauvaise foi en religion d’État ça n’est pas sans conséquence sur le français moyen qui aurait bien besoin d’espaces et d’échanges libres, mais protégés contre la médiocratie. Une conscience citoyenne ça ne se construit pas avec le débat d’entre deux tours, ça se construit individuellement, bien avant, en confrontant ses idées propres à celles des autres dans un contexte posé et respectueux de chacun. Le débat citoyen est aujourd’hui complètement étouffé, et devrait être renouveler. Trouvons des consensus, pas des compromis, fabriquons du sens ensemble plutôt que de laisser le monopole de la parole à celui qui manie le mieux les faux-semblants. (...)


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"Mais, Professeur, vous êtes sûr 
que c'est ainsi qu'on s'allonge sur le divan?"



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Benoît Barvin

samedi 16 mars 2013

"Tu aimes ma petite fourrure? demandait la Belle à la Bête, dans les moments très chauds". Jacques Damboise in "Pensées à contre-pet".

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Pensées pour nous-mêmes:

(LE PAUVRE ET LE SAINT
NE SONT PAS FORCEMENT
INCLUS DANS LA MÊME PERSONNE)

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"Si je préfère la pauvreté de gauche
à celle de droite? C'est bien ça
vot' question?"

L'Utopie a-t-elle changé de camp ? : 
entretien avec Jacques Julliard (1/3)
Frédéric MARTEL Et Benjamin CARACO
(bref extrait)


   BC : Dans votre livre, vous présentez la gauche comme le parti de l'utopie. Ne pourrait-on pas dire qu'aujourd'hui il y a eu un renversement avec un certain nombre de valeurs de gauche qui sont attaquées par l'idéologie néolibérale ? 

   Si on lit un auteur comme Karl Polanyi, pour lui, le libéralisme est l'utopie suprême. Comme il l'explique, le libéralisme était planifié, il faut une grande intervention des pouvoirs publics pour le mettre en place, c'est une utopie qui se transforme en enfer terrestre... Est-ce qu'on ne retrouve pas des positions plus conservatrices à gauche ? 

   Par exemple, l'oeuvre d'un historien comme Tony Judt empreinte de nostalgie avec Contre le vide moral, restaurons la social-démocratie , pour qui, quand on est de gauche aujourd'hui, il faut être conservateur pour préserver les acquis des Trente Glorieuses. N'assistons-nous pas à un renversement aujourd'hui ?

   JJ : Vous allez jusqu'à dire ou du moins poser la question : est-ce que l'utopie, enfin une certaine utopie, n'est pas passée à droite alors qu'une certaine gauche est devenue conservatrice ? C'est certainement vrai. J'ai répondu en partie en disant qu'il y avait un noyau utopique qui était resté. Simplement, le fait nouveau c'est la rupture entre la gauche que vous appelez conservatrice, en tout cas modérée, et puis la gauche utopique. 

   C'est la première fois qu'un gouvernement de gauche en France, sauf les derniers mois de Mendès France, a une opposition de gauche ! Cela n'existait pas auparavant. Prenez les grandes expériences sous la Troisième République, il y a bien sûr des éléments un peu plus radicaux. Ils ne votent pas contre le gouvernement sauf quelques fois et encore... le plus souvent, ils s'abstiennent. Jusqu'en 1914, "pas d'ennemis à gauche !". C'est la grande devise des républicains, elle est à peu près tenue. Pour le Front Populaire, la rupture intervient tout à fait à la fin, c'est classique. 1945, Mitterrand, Jospin : chaque fois les communistes, ou la gauche radicale, que j'appelle utopique, elle est ou bien dans l'abstention, ou bien carrément dans le soutien, même la participation. 

   Pour la première fois aujourd'hui, il y a coupure entre les deux. C'est ça qui conduit peut-être chacune des deux parties à se caricaturer. Mélenchon n'a plus le poids du réel. Après tout, quand il était ministre, c'était un ministre très réaliste, un des plus modérés du gouvernement Jospin. Il ne faut pas oublier cela ! On a le droit de changer, mais je veux dire qu'à l'époque, sur l'école, il professait des opinions plus proches du SNALC [Syndicat national des lycées et collèges] que de la gauche enseignante. Inversement, il est certain que l'absence de cette pression utopique à l'intérieur du gouvernement amène les réalistes à avoir le pouvoir, encore que d'une certaine manière, il y a une espèce de réinvention, pas utopique mais en tout cas d'une certaine radicalité, au sein même du gouvernement, on l'a vu avec l'affaire de Florange ou avec les nationalisations. 

   Il est vrai que pour l'essentiel, la gauche est devenue conservatrice, ce qui n'est pas nécessairement péjoratif. Après tout, on conserve les livres, les hypothèques, on peut aussi conserver les valeurs ! On voit très bien que dans le débat actuel à propos de l'accord passé avec le patronat par la CFDT, les gens les plus critiques disent : on est en train de détruire et notre rôle c'est de conserver. Conserver quoi ? Un code du travail qui est très rigide, qui est très protecteur des travailleurs, des salariés... pas des chômeurs.

   Je fais remarquer aussi que les écolos, qui sont par définition un parti conservateur puisqu'ils veulent conserver la nature, sont admis au sein de la gauche. Il y a cinquante ans, ils n'auraient certainement pas été admis. D'abord, parce que le problème de l'environnement ne se posait pas dans les mêmes termes mais ce fut-il posé que... j'ai trouvé des textes de Jaurès qui sont puissamment industrialistes ! 

   Le syndicalisme révolutionnaire est industrialiste. Griffuelhes dit : "Nous avons des intérêts communs avec le grand capital contre le petit." Un anarcho-syndicaliste dit ça ! Il parle même du capitalisme à l'américaine ou américain en disant c'est bien. Par rapport à cela, effectivement, on a une gauche qui s'efforce de conserver. C'est un peu inquiétant parce que ça veut dire qu'elle a en quelque sorte enterriné l'idée que le futur est nécessairement récessif, régressif. Si on se méfie à ce point là du futur, c'est quand même un petit peu préoccupant. Si vous regardez simplement au niveau du vocabulaire, celui du Front Populaire, ses chansons : "Ma blonde, entends-tu dans la ville siffler les fabriques et les trains ?" C'est très industrialiste : "Allons au devant de la vie, allons au devant du matin." On ne chanterait plus cela aujourd'hui. Les discours du Front Populaire, ils sont industrialistes, ils sont pour le progrès, c'est complètement différent.

   Inversement, vous avez raison de dire qu'il y a une utopie de droite aujourd'hui. Et cette utopie de droite s'appelle le libéralisme, ou plus exactement - car je trouve toujours dommage car le libéralisme est un très beau mot - c'est la philosophie de la liberté. En tout cas, il y a une utopie néolibérale, qui est l'idéal d'une société automatique. D'une société qui fonctionne pratiquement sans intervention humaine, parce que les mécanismes du marché sont bons et conduisent au plus grand progrès possible à un moment donné. Ce qui n'est pas la doctrine du libéralisme classique, qui est fondé sur la loi, qui implique une série de contrôles, naturellement limités, mais enfin ce capitalisme classique se développe à l'intérieur du système parlementaire, du système de droit, alors que chez les libertariens américains, c'est la destruction de cet Etat de droit d'une certaine manière. 

   Quand on voit par exemple qu'on va privatiser les prisons parce qu'une entreprise privée pourrait faire du gardiennage de condamnés dans de meilleurs conditions avec peut-être plus de confort pour les détenus et en même temps moins de frais pour les contribuables, c'est à la fois une renonciation aux prérogatives de l'Etat, aux droits souverains de l'Etat, cette privatisation du droit et en même temps, il y a l'idée qu'une société – au fond c'est la doctrine de l'Ecole de Chicago mais poussée à ses dernières limites par les libertariens américains – moins elle est contrôlée, mieux elle fonctionne. C'est une utopie. C'est le contraire des utopies de gauche qui, il faut bien le dire, sont toutes contraignantes. Quand on voit Thomas More par exemple, quand on voit Campanella... (...)

L'entrevue est à lire sur:


°°°

(Bourgeoise libertaire attendant que son mari 
ait fini de convaincre les ouvriers de l'usine 
de son concurrent de se mettre en grève)


°°°
"C'est vrai qu'à force de leur agiter 
mon chiffon rouge devant les yeux..."


La rédaction de «L’Express» 
en colère contre son directeur, 
Christophe Barbier
Alice Coffin

   (...) La semaine dernière, la Société des Journalistes de L’Express a émis de lourdes réserves sur la Une de l’hebdomadaire et sur le contenu du magazine, en des termes particulièrement défiants envers le directeur de la rédaction. Christophe Barbier dans un communiqué interne auquel 20 Minutes à eu accès. Rédigé la semaine dernière il dénonçait «une interview de Bernard Tapie, réalisée par le directeur de la rédaction une semaine après la couverture publiée précisément sur Bernard Tapie et l’affaire de l’arbitrage, dans laquelle l’intéressé avait refusé la publication de ses réponses». Il jugeait aussi «la couverture avec Marcela Iacub» «surprenante» alors que Christophe Barbier avait «expliqué sur les plateaux de télévision que jamais L’Express n’aurait fait sa Une sur le livre». Un remous qui fait écho à un autre. Il y a quinze jours c’était la Société des rédacteurs duNouvel Observateur qui exprimait son désaccord face au traitement réservé à l’ouvrage de Marcela Iacub et à DSK. 

   La société des journalistes - qui contactée par 20 Minutes n’a pas souhaité en dire davantage - concluait dans le communiqué d’un: «Christophe Barbier aime à rappeler qu’un journal, c’est un directeur et une rédaction. Or cette rédaction a le sentiment, une fois de plus, de ne pas être entendue par son directeur.» En novembre dernier, déjà, elle avait réagi après une couverture sur le «vrai coût de l’immigration».(...) 

   A quelques mois des 60 ans de L’Express, d’une éventuelle nouvelle formule, et à l’heure d’une réorganisation de la rédaction, d’un plan social dans le groupe Express-Roularta, le climat est, comme dans de nombreuses rédactions de presse écrite, tendu. «Anxiogène et fin de règne» lancent certains membres de la rédaction. Sollicité pour commenter cet affrontement, Christophe Barbier n’a pas voulu répondre.


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Luc Desle