Bonjour à vous qui, dans le maelström du net, êtes arrivés, par hasard? lassitude? erreur? sur ce blog. Vous êtes les bienvenus. Vous y lirez des extraits d'articles, de pensées, d'interviews, piochés ça et là, et illustrés de photos et dessins détournés, via un humour de bon aloi. Vous pouvez évidemment réagir avec le même humour, la même ironie que nous mettons, chaque jour, à tenter de respirer un peu plus librement dans une société qui se corsète chaque fois un peu plus.
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jeudi 22 janvier 2015

"La Terre était la Mère nourricière de nombreux cadavres". Jacques Damboise in "Pensées à contre-pet".

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Pensées pour nous-mêmes:

(DANS LE SOURIRE DU LOUP
ON NE VOIT QUE LES DENTS)

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"Bon, tu m'as bien compris, hein?
- Oui... Je fais semblant d'être touché et
je meurs en râlant...
- Voilà. Mon client sera content...
- Mais il tirera bien à blanc, n'est-ce pas?
- Cette question!"



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(Cet ami du capitalisme mondialisé
vous salue bien)



Leur « vivre ensemble » 
n’est qu’un attrape-couillons.
On nous aurait trompés ?

Jean ORTIZ

   (...) Ils nous ont trompés (ou essayé) en pleurant avec le peuple sur les terribles conséquences de la fracture de notre « contrat » social, républicain, laïque, international ... Monstruosité il y a eu, et une émotion, un élan populaire, comme rarement, et réconfortants. Ce jaillissement, même s’il n’a pas charrié que de bons sentiments, devrait marquer un avant et un après « Charlie », une meilleure compréhension du monde impitoyable dans lequel nous vivons.

   Les « monstres » poussent sur cet ordre mondial cannibale comme les champignons sur le fumier. « Ils n’ont rien compris, en haut » me dit-on. Bien au contraire ! Ils ont parfaitement compris qu’ils pouvaient profiter du traumatisme national pour accélérer leur politique « de classe », reléguer la question des questions : la « question sociale », les réponses progressistes à la crise du système ; profiter du climat fallacieux « d’unité nationale » pour nous faire avaler l’une des plus importantes régressions sociales : le plan du multimillionnaire Macron ; une machine de guerre contre le droit du travail, la protection des salariés... une arme mortelle pour réduire jusqu’à l’insupportable le « coût du travail », marchandiser tout ce qui peut l’être.

   Ceux-là même qui versent des larmes de crocodile, enfoncent chaque jour davantage notre pays dans une terrible loi de la jungle, celle-là même qui produit des « monstres ». Les millions de « perdants », les jeunes, n’ont qu’à « devenir milliardaires », éructe de Las Vegas le ministre de l’économie. S’il était de gauche, il devrait encourager les jeunes à devenir solidaires, partageux, humanistes, altruistes... 

   Et ils osent se lamenter sur « la crise des valeurs », le « choc des civilisations », eux qui sont les fossoyeurs des valeurs de la République, les saigneurs de peuples, en France, en Lybie, en Syrie, en Irak, au Mali... partout où les bombardements des « Rafales » sentent le pétrole et le vieil ordre néocolonial. Alors, qu’ils remballent leur trompeuse « unité nationale » prétendument « apolitique » ! Comment peut-il y avoir égalité, liberté et fraternité sans justice sociale ? Leur « vivre ensemble » n’est qu’un attrape-couillons. 

   Ne nous taisons donc pas. Politisons les enjeux, les débats, les alternatives, les causes profondes du terrorisme. Revenons aux fondamentaux. Sociaux et néolibéraux instrumentalisent une « guerre contre le terrorisme global », le désarroi populaire, la désespérance, le climat d’insécurité, surtout sociale. Ils brisent ainsi les derniers liens de solidarité et d’entraide. Ils tentent de marginaliser définitivement leur véritable cible : la gauche de transformation sociale. Au passage, ils assoient l’école, qu’ils ont méthodiquement déstructurée et vidée de sa véritable fonction, au banc des accusés. Cela revient à alimenter le terreau de la haine. 

   A force de mettre l’Education Nationale au pain sec et d’y instiller des concepts délétères, de faire la guerre aux pauvres, ils ont détruit le « socle commun » et « l’ascenseur social », multiplié l’échec des enfants des familles les plus défavorisées, décuplé l’exclusion. Ils ne s’intéressent qu’au tri et à la promotion d’une élite « de classe », qui s’auto-reproduit.

   Quant à la liberté d’information, TF1, BFMTV, et tutti quanti continuent à mentir, à désinformer de plus belle, à censurer les communistes, les révolutionnaires, à conditionner, à lobotomiser... Un minimum de décence imposerait aux pleureuses d’aider notamment les derniers survivants de la presse d’opinion à continuer à paraître tous les matins. Que nenni ! Si « L’Humanité » disparaissait, ils n’en pleureraient pas. Alors, assez de travestissements ! 

   Que vive la lutte ! La gauche a l’obligation de mener la lutte des classes pour affronter des sociaux néo libéraux, qui eux, n’ont jamais perdu leurs fondamentaux.


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Luc Desle

lundi 29 décembre 2014

"Ce mignon ustensile qu'utilisait avec maestria le Bourreau s'appelait un scalpel". Jacques Damboise in "Pensées coïncidentes".

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Pensées pour nous-mêmes:

(LA PAIX SÉPARE 
LE BON GRAIN DE L'IVRAIE)

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("Ceci est la Révolution au quotidien", 
pensa Martine avec fierté)



Leçon de stratégie politique 
à l’usage de ceux qui veulent changer le monde


   (...) Je sais pertinemment que la clé pour comprendre l’histoire des cinq siècles passés est l’émergence de catégories sociales spécifiques, appelées “classes”. Laissez-moi vous raconter une anecdote. Quand le mouvement des Indignés a commencé, sur la place de la Puerta del Sol, des étudiants de mon département, le département de sciences politiques de l’Université Complutense de Madrid, des étudiants très politisés (ils avaient lu Karl Marx et Lénine) se confrontaient pour la première fois de leur vie à des gens normaux.

   Ils étaient désespérés : “Ils ne comprennent rien ! On leur dit qu’ils font partie de la classe ouvrière, même s’ils ne le savent pas !” Les gens les regardaient comme s’ils venaient d’une autre planète. Et les étudiants rentraient à la maison, dépités, se lamentant : “ils ne comprennent rien”.

   [A eux je dis], “Ne voyez-vous pas que le problème, c’est vous? Que la politique n’a rien à voir avec le fait d’avoir raison ?” Vous pouvez avoir la meilleure analyse du monde, comprendre les processus politiques qui se sont déroulés depuis le seizième siècle, savoir que le matérialisme historique est la clé de la compréhension des mécanismes sociaux, et vous allez en faire quoi, le hurler aux gens ? “Vous faites partie de la classe ouvrière, et vous n’êtes même pas au courant !”

   L’ennemi ne cherche rien d’autre qu’à se moquer de vous. Vous pouvez porter un tee-shirt avec la faucille et le marteau. Vous pouvez même porter un grand drapeau, puis rentrer chez vous avec le drapeau, tout ça pendant que l’ennemi se rit de vous. Parce que les gens, les travailleurs, ils préfèrent l’ennemi plutôt que vous. Ils croient à ce qu’il dit. Ils le comprennent quand il parle. Ils ne vous comprennent pas, vous. Et peut-être que c’est vous qui avez raison ! Vous pourrez demander à vos enfants d’écrire ça sur votre tombe : “il a toujours eu raison – mais personne ne le sut jamais”.

   En étudiant les mouvements de transformation qui ont réussi par le passé, on se rend compte que la clé du succès est l’établissement d’une certaine identification entre votre analyse et ce que pense la majorité. Et c’est très dur. Cela implique de dépasser ses contradictions.

   Croyez-vous que j’aie un problème idéologique avec l’organisation d’une grève spontanée de 48 ou même de 72 heures ? Pas le moins du monde ! Le problème est que l’organisation d’une grève n’a rien à voir avec combien vous ou moi la voulons. Cela a à voir avec la force de l’union, et vous comme moi y sommes insignifiants.

   Vous et moi, on peut souhaiter que la terre soit un paradis pour l’humanité. On peut souhaiter tout ce qu’on veut, et l’écrire sur des tee-shirts. Mais la politique a à voir avec la force, pas avec nos souhaits ni avec ce qu’on dit en assemblées générales. Dans ce pays il n’y a que deux syndicats qui ont la possibilité d’organiser une grève générale : le CCOO et l’UGT. Est-ce que cette idée me plaît ? Non. Mais c’est la réalité, et organiser une grève générale, c’est dur.

   J’ai tenu des piquets de grève devant des stations d’autobus à Madrid. Les gens qui passaient là-bas, à l’aube, vous savez où ils allaient ? Au boulot. C’étaient pas des jaunes. Mais ils se seraient faits virer de leur travail, parce qu’à leur travail il n’y avait pas de syndicat pour les défendre. Parce que les travailleurs qui peuvent se défendre ont des syndicats puissants. Mais les jeunes qui travaillent dans des centres d’appel, ou comme livreurs de pizzas, ou dans la vente, eux ne peuvent pas se défendre.

   Ils vont se faire virer le jour qui suivra la fin de la grève, et ni vous ni moi ne serons là, et aucun syndicat ne pourra garantir qu’ils pourront parler en tête-à-tête avec le patron et dire : “vous feriez mieux de ne pas virer cet employé pour avoir exercé son droit de grève, parce que vous allez le payer”. Ce genre de choses n’existe pas, peu importe notre enthousiasme.

   La politique, ça n’est pas ce que vous ou moi voudrions qu’elle soit. Elle est ce qu’elle est, terrible. Terrible. Et c’est pourquoi nous devons parler d’unité populaire, et faire preuve d’humilité. Parfois il faut parler à des gens qui n’aiment pas notre façon de parler, chez qui les concepts qu’on utilise d’habitude ne résonnent pas. Qu’est-ce que cela nous apprend ? Que nous nous faisons avoir depuis des années. Le fait qu’on perde, à chaque fois, implique une seule chose : que le “sens commun” des gens est différent de ce que nous pensons être juste. Mais ça n’est pas nouveau. Les révolutionnaires l’ont toujours su. La clé est de réussir à faire aller le “sens commun” vers le changement.

   César Rendueles, un mec très intelligent, dit que la plupart des gens sont contre le capitalisme, mais ne le savent pas. La plupart des gens sont féministes et n’ont pas lu Judith Butler ni Simone de Beauvoir. Il y a plus de potentiel de transformation sociale chez un papa qui fait la vaisselle ou qui joue avec sa fille, ou chez un grand-père qui explique à son petit-fils qu’il faut partager les jouets, que dans tous les drapeaux rouges que vous pouvez apporter à une manif. Et si nous ne parvenons pas à comprendre que toutes ces choses peuvent servir de trait d’union, l’ennemi continuera à se moquer de nous.

   C’est comme ça que l’ennemi nous veut : petits, parlant une langue que personne ne comprend, minoritaires, cachés derrière nos symboles habituels. Ca lui fait plaisir, à l’ennemi, car il sait qu’aussi longtemps que nous ressemblerons à cela, nous ne représenterons aucun danger.

   Nous pouvons avoir un discours très radical, dire que nous voulons faire une grève générale spontanée, parler de prendre les armes, brandir des symboles, tenir haut des portraits de grands révolutionnaires à nos manifestations – ça fait plaisir à l’ennemi ! Il se moque de nous ! Mais quand on commence à rassembler des centaines, des milliers de personnes, quand on commence à convaincre la majorité, même ceux qui ont voté pour l’ennemi avant, c’est là qu’ils commencent à avoir peur. Et c’est ça qu’on appelle la politique. C’est ce que nous devons apprendre.

   Il y avait un gars qui parlait de Soviets en 1905. Il y avait ce chauve, là. Un génie. Il comprit l’analyse concrète de la situation. En temps de guerre, en 1917, en Russie, quand le régime s’effondra, il dit une chose très simple aux Russes, qu’ils soient soldats, paysans ou travailleurs. Il leur dit “pain et paix”.

   Et quand il dit ces mots, “pain et paix”, qui était ce que tout le monde voulait (la fin de la guerre et de quoi manger), de nombreux Russes qui ne savaient plus s’ils étaient “de gauche” ou “de droite”, mais qui savaient qu’ils avaient faim, dirent : “le chauve a raison”. Et le chauve fit très bien. Il ne parla pas au peuple de “matérialisme dialectique”, il leur parla de “pain et de paix”. Voilà l’une des principales leçons du XXe siècle.

   Il est ridicule de vouloir transformer la société en imitant l’histoire, en imitant des symboles. Les expériences d’autres pays, les événements qui appartiennent à l’histoire ne se répètent pas. La clé c’est d’analyser les processus, de tirer les leçons de l’histoire. Et de comprendre qu’à chaque moment de l’histoire, si le “pain et paix” que l’on prononce n’est pas connecté avec les sentiments et les pensées des gens, on ne fera que répéter, comme une farce, une tragique victoire du passé.

L’intervention (traduite ci-dessus) est disponible en version originale ici :https://www.youtube.com/watch?v=6-T5ye_z5i0&feature=youtu.be

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(Les portes du Futur mettaient du temps à s'ouvrir)



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Luc Desle

samedi 10 mai 2014

"Ce chevalier servant rêvait de monter en grade". Benoît Barvin in "Pensées inconséquentes"

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Pensées pour nous-mêmes:

(LA PENSÉE DU MAÎTRE
N'EST QU'UNE PENSÉE)

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(L'Homme Invisible était
propre comme un sou neuf)



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(Disparition de la Main Gauche
sur la surface de nos certitudes)



Éric Fassin : 
« Il faut peser plus que notre poids, 
devenir des minorités agissantes »

Entretien, par Clémentine Autain

   (...) Le titre donne le ton : "Gauche : l’avenir d’une désillusion…" Paru chez Textuel, l’ouvrage d’Éric Fassin, notamment connu pour son engagement en faveur de l’égalité entre les sexes et les sexualités et plus récemment sur les Roms, aborde la lutte à mener par les mots et par de nouvelles formes de mobilisations.

   / Regards. Le 6 mai, nous (avons fêté)  les deux ans de la victoire de François Hollande. À vous lire, ce n’est pas un anniversaire, mais un enterrement de la gauche et de la social-démocratie…

   - Éric Fassin. Le moment où le président s’assume social-démocrate signe celui où il renonce à l’être. Mais il le fait sur le mode de la dénégation. Car c’est aussi le moment où il offre au MEDEF son "Pacte de responsabilité". En réalité, il n’est plus question de compromis entre des intérêts contradictoires, entre syndicats et patronats. Il n’est plus question de réduire les inégalités. La social-démocratie, aujourd’hui, ce n’est pas le Parti socialiste, c’est plutôt le Parti communiste ! Certes, Hollande ne dit pas : « l’État ne peut rien ». Il revendique au contraire : « l’État prend l’initiative ». Mais dans le néolibéralisme qu’il promeut, l’interventionnisme d’État est au service des marchés. Dès lors, quelle différence avec la politique de Nicolas Sarkozy ? Restera le mariage pour tous – mais c’est tout : désormais, avec l’enterrement de la PMA, le progrès des mœurs, c’est fini.

   / Où réside la capitulation ?

   - Si le PS mène une politique de droite, c’est qu’il accepte les termes de la droite. Comme l’adversaire définit les questions, opposition ou majorité, les réponses sont les mêmes. Les mots sont la clé de la bataille idéologique. Le discours politique façonne le débat public. L’enjeu central est de reconquérir l’hégémonie culturelle. Par exemple, l’idée que l’immigration est un problème fait partie du langage du PS. Or, un discours de gauche devrait affirmer la distinction entre être et avoir. Pour la droite, l’immigration est un problème ; en revanche, la gauche devrait dire qu’il y a des problèmes avec l’immigration. Un autre terme marque pareillement l’effacement de la distinction entre droite et gauche : tout le monde parle d’intégration. Pour la droite, il s’agit de s’intégrer ; mais la gauche devrait parler d’intégrer. Passer du verbe pronominal au verbe transitif, ça change tout ! Car dans le premier cas, c’est la responsabilité des immigrés ; dans le second, c’est celle de la société. Bref, la gauche emprunte les mots de la droite.

   / Quelles sont les conséquences de cet effacement ?

   - C’est cela qui affaiblit la démocratie : tout le monde finit par dire la même chose. La démocratie suppose pourtant que s’affrontent des visions du monde différentes. Le consensus, c’est donc la négation du débat démocratique. Conséquence : c’est le triomphe de l’abstention et du vote Front national ! Car, même si la majorité et l’opposition disent la même chose, le résultat n’est pas symétrique. On assiste en effet à une droitisation généralisée de l’échiquier politique.

   / Dans votre livre, vous défendez l’idée que cette droitisation de l’échiquier politique ne signifie pas une droitisation de la société…

   - Ce que disent les politiques, d’ordinaire, c’est qu’ils ne font que répondre à la demande des "vraies gens". Or, cette vision est proprement populiste. Le sens que je donne au mot n’a rien à voir avec le peuple ; il a tout à voir avec les politiques. En effet, il s’agit de la représentation politique du peuple. Il y a deux manières opposées de concevoir le travail politique : d’un côté, le populisme prétend seulement refléter ce que pense le peuple ; de l’autre, la politique contribue à produire des représentations qu’elle soumet au vote du peuple. Ce populisme revient à nier la politique. Quand on dit : « Je fais ce que les gens demandent », on finit par refléter, non pas le peuple, mais les sondages d’opinion. Le populisme revient à dire au peuple : « Voilà ce que vous pensez ». En revanche, la politique démocratique consiste à lui dire : « Voilà ce que je vous propose. » En démocratie, les représentants du peuple proposent au peuple des représentations du monde – de la société, et du peuple lui-même. Ainsi, le peuple n’est pas une donnée brute : il se constitue en peuple dans le jeu politique.

   / Peut-on parler de "démagogie" ?

   - Le populisme s’imagine, et nous fait imaginer, un peuple nécessairement raciste, sexiste, homophobe : c’est une version très condescendante d’un peuple de "beaufs", en miroir des "bobos". C’est la raison pour laquelle je me méfie du mot "démagogie" : on nous dit que les démagogues flattent les viles passions du peuple. Mais pourquoi supposer que le peuple est bas ?

   / Vous récusez l’opposition classique entre social et sociétal. Pour quelles raisons ?

   - Tout est social ! Il faut partir de cette proposition tautologique : la société est sociale! Opposer classe et race ou classe et genre n’a pas de sens. Les retraites ? C’est social, nous dit-on. Mais les femmes sont les premières victimes des réformes des régimes de retraite. Les discriminations ? C’est sociétal, paraît-il. Pourtant, elles touchent d’abord des minorités visibles qui appartiennent aux classes populaires. Je récuse cette opposition, non seulement parce qu’elle est empiriquement fausse, mais aussi parce que, politiquement, c’est dangereux. 

   Il y aurait des sujets sérieux, d’autres futiles ; des questions majeures, d’autres mineures. Mais une politique qui privilégie la classe au détriment du sexe et de la race, en pratique, c’est une politique de l’homme blanc. Il ne faut pas accepter l’alternative entre la vision de Terra Nova et celle de la Gauche populaire. Les deux s’opposent en apparence, mais se rejoignent sur un même partage du monde : d’un côté, le peuple, de l’autre, les minorités. Il faut proposer une image du peuple qui inclue les minorités, et non opposer une partie du peuple à une autre.

   / Dans Gauche : l’avenir d’une désillusion, comment se fait-il que vous ne parliez quasiment pas de la gauche d’alternative ?

   - La gauche de gauche n’a pas tiré les bénéfices électoraux de la droitisation du Parti socialiste. Celle-ci semble avoir fermé l’espace à gauche, et l’espace médiatique est clos : c’est en ce sens qu’on peut parler d’une hégémonie de la droite. L’enjeu, c’est d’arriver à faire entendre ce qui reste inaudible aujourd’hui.

   / Comment faire ?

   - On l’a vu, reprendre la main, c’est parler une langue de gauche, choisir son lexique au lieu de le subir ; et changer le peuple, c’est passer du reflet à la proposition. Mais il faut aussi changer de peuple. Je m’explique. Il n’y a pas que la politique gouvernementale, qui se joue dans les élections. Il existe une politique non gouvernementale – nous qui ne sommes pas élus, nous qui ne nous résignons pas. Comment nous faire entendre, alors que nous ne sommes pas majoritaires ? Car dans les élections, c’est la majorité qui compte ! Il faut essayer de peser plus que notre poids. Il faut devenir des minorités agissantes.

   / Quelles formes pourrait prendre cette mobilisation ?

   - Prenons exemple sur la droite religieuse aux États-Unis, sur les tenants du mariage pour tous en France, ou encore sur Farida Belghoul dans son combat contre la prétendue "théorie du genre" avec Égalité et Réconciliation. Bref, il faut constituer ce que j’appelle des « publics ». Un public, ce sont des gens mobilisés pour une cause. Si nous sommes très déterminés, nous pouvons faire avancer une cause minoritaire. 

   Il faut des causes, mais aussi des méthodes de mobilisation, tel le crowdfunding, ou financement participatif. Mettons des intérêts privés au service du public! Je pense par exemple à Mediapart : des gens s’y abonnent même sans le lire, juste parce que ce média est un contre-pouvoir et qu’il est important qu’il existe. On ne peut pas compter seulement sur l’État pour faire vivre l’espace public. Nous avons besoin aussi d’une politique non gouvernementale. Il faut trouver les moyens de n’être pas démobilisés par des rapports de force défavorables ! Aucune partie n’est perdue d’avance. (...)


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(Femmes exécutant le cercle de la tendresse)



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Benoît Barvin

samedi 18 janvier 2014

"Il sucrait les fraises mais pas les myrtilles". Jacques Damboise in "Pensées à contre-pet".

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Pensées pour nous-mêmes:

(LE RESSENTIMENT CONDUIT
AU RESSENTIMENT)

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(Le chemin vers le Socialisme était de plus
en plus étroit)


Balanced - 1930s - (Via)

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"Je t'aime!
- Moi? La France? 
Tes deux précédents amours?
Tes chaussettes? 
Ton miroir magique 
qui te dit que tu es le plus beau?"



Hollande vire à droite : œillères et calculettes
Daniel Schneidermann 
Fondateur d'@rrêt sur images

   (...) Il faut saluer l’aveu, même tardif : « Notre profession relève souvent de l’imposture : il s’agit d’expliquer des choses qu’on ne comprend pas soi-même ! » De qui, cet aveu quasi socratique ? De Franz-Olivier Giesbert, bien sûr, l’inénarrable, l’irremplaçable FOG, orfèvre du cynisme médiatique français, qui quitte (presque) la direction du Point à la fin de la semaine, admettant benoîtement qu’il ne comprend rien au numérique et à tous ces bidules, et qui confie donc à Télérama qu’il n’est donc plus « l’homme de la situation ».

   Il faudrait d’ailleurs le compléter, cet aveu. Il n’y a pas seulement « ce que l’on ne comprend pas ». Il y a tout ce que l’on ne sait pas. Sans parler de tout ce que l’on ne veut pas savoir, ce qu’on refuse de voir, ou ce que l’on ne perçoit qu’à moitié, de l’œil droit, ou de l’œil gauche.(...)

   (...) L’aspect économique de la conférence de presse de François Hollande offre un exemple de choix de ces perceptions hémiplégiques. Si tous les observateurs-commentateurs « de gauche » déplorent son « virage à droite », ses adieux à la gauche, son ralliement avec armes et bagages à la social-démocratie traîtresse, leur homologues libéraux n’en sont pas plus joyeux pour autant, redoutant le piège.

   Il n’est qu’à voir notre libéral préféré, Stéphane Soumier (BFM Business), ounotre confrère Nicolas Beytout (L’Opinion) triturant leurs calculettes dans tous les sens à propos des baisses de cotisations sociales des entreprises, en se demandant où est l’embrouille. Mais l’actu n’attend pas. Cet objet brumeux, dont les contours ne se dégageront (s’ils se dégagent) que tardivement, il faut pourtant l’expliquer, en débattre, s’engueuler à son sujet, comme si l’on avait tout compris.(...) 

   « Expliquer des choses qu’on ne comprend pas soi-même » : on ne peut pas s’empêcher d’avoir cette phrase en tête, en assistant comme à Roland Garros aux joutes théologiques, depuis deux jours, à propos de la politique de l’offre et de la politique de la demande.

   La relance par l’offre est-elle forcément de droite ? La relance par la demande est-elle forcément de gauche ? Peut-il exister une politique de l’offre de gauche ? Une politique de la demande de droite ? Le summum est atteint par ces émouvants souvenirs de ses cours de sciences éco, qu’exhume du fond de sa mémoire mon excellent confrère Pascal Riché, de Rue89. On comprend que nombre de ses confrères préfèrent le feuilleton de la rue du Cirque, où l’on n’en sait pas davantage, mais dans lequel il est si délicieux de ne pas savoir. (...)


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"Comment ça, je ne sais que
tourner la tête dans un sens?
Vilaine remarque, Môssieur
l'ironiste"



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Benoît Barvin

jeudi 7 novembre 2013

"Chaque fois qu'il prononçait le mot Capitalisme, sa bouche se remplissait d'aphtes". Benoît Barvin in "Pensées pensées".

°°°
Pensées pour nous-mêmes:

(DANS L'EAU DU MIROIR
TU NE VOIS QUE TON OMBRE)


°°°
Nouveau court récit au long cours (6)



LE LIBÉRÉ 
DU 
CLUB MAD

   Daniel, l'observateur, s'est fait une amie, Rachel, à qui il va expliquer en quoi le changement du Club est à l'image même du monde...


CHAPITRE 2

« Je n’en finis pas de m’émerveiller que la nature
soit si vulnérable et l’antinature si résistante. »

Tony Duvert

   Belle terre de nos ancêtres, berceau de toutes nos illusions, qu’ont-ils fait de toi ? A qui ont-ils oser te vendre, perdant à la fois leur âme et leurs racines ?

   C’est donc cela que Daniel est venu vérifier, c’est donc cela sa mission ? Faire un constat d’échec.

   Déjà il y a trente ans, il aurait pu le faire ce constat. Les prémisses étaient là. Et il ne pensait qu’à ses vacances, qu’à son bien-être immédiat. Il consommait du loisir sans se poser trop de questions, ne voyant que les reflets paradisiaques que l’on voulait bien leur donner en pâture, les derniers vestiges d’une nature en voie de décomposition.

   Pourtant, là, assis sur ce ponton, abrité du tohu-bohu par la falaise, ne pourrait-il pas croire qu’il flotte sur une mer féconde, qu’il médite sous un ciel seulement peuplé d’étoiles et d’esprits tutélaires, où le silence aux mille et un clapotis ne peut engendrer que la paix et la contemplation ?

   Son âme vogue à présent hors de son habitacle et les images de la journée écoulée défilent dans sa tête. Raphaël, Gabriel, faites-en ce que vous voudrez. Il n’y aura pas d’autre compte-rendu concernant ce premier jour.

(A Suivre)

°°°

(Les clochards de l'Imaginaire
étaient de plus en plus nombreux)

Bobba Fett Busker


°°°
(Le droit du sol et du sang primait-il sur celui de la langue?)




DROIT DU SOL ET MONDIALISME :
 L’IMPOSSIBLE COHABITATION 
Une réforme indispensable 
au-delà des fantasmes et de l’exploitation

Raoul Fougax 

   (...) L’affaire Léonarda aura été un déclencheur. Nous avions raison. La remise en cause du droit du sol par l’Ump, Jean-François Copé en est une conséquence. Il faut cependant se méfier des fantasmes. Bien des français pensent qu’il suffit de naître en France pour devenir français. Ce n’est pas tout à fait exact. La plupart des législations en Europe combinent d’ailleurs, comme en France, des éléments de droit du sang (jus sanguinis) et de droit du sol (jus soli). L’Italie, elle, applique intégralement le droit du sang.

   Dans le cas français, la nationalité s'acquiert par le droit du sang et celui du sol. La première disposition prévoit que tout enfant est français si, au moins, l'un de ses deux parents l'est également. Le droit du sol est un peu limité: la nationalité française est acquise automatiquement et de plein droit à 18 ans pour tout enfant né en France à condition de résider en France à sa majorité et d'avoir habité sur le territoire pendant une période continue ou discontinue d'au moins cinq ans depuis l'âge de 11 ans. Le discontinue ouvre la porte à tous les abus et en fait annule la limitation dans de nombreux cas. On voit que l’on peut durcir les conditions de ce droit sans l’annuler totalement.

   Ce qui rend le droit du sol insupportable, c’est bien sûr à l’origine cette aberration « Giscard-Chirac » du regroupement familial qui a transformé une immigration économique en immigration de peuplement. Ce n’est pas parce que vous êtes employé un jour par une entreprise française que votre travail y est garanti à vie. Les travailleurs d’aujourd’hui en savent d’ailleurs quelque chose. Et puis la libre circulation des personnes dans la globalisation mondiale a fait du droit du sol une opportunité pour ceux qui veulent des « papiers français » par intérêt économique et social. Cela devient intenable sauf à changer de civilisation et de culture, les français l’ont bien compris.

   Sept français sur dix (72 %) sont pour une réforme du droit du sol, mais ils voient aussi une manœuvre électoraliste de Copé dans sa proposition, selon un sondage BVA publié samedi par Le Parisien/Aujourd'hui en France. Comme quoi l’électeur n’est pas dupe. Encore faut-il l’informer sur les réalités.

   Jusqu'en 1789, dans le monde de la monarchie, être français, c'est tout simplement être un sujet du roi de France. Il est vrai que l'on peut devenir un de ces sujets par le simple fait de résider dans le royaume.Toutes les constitutions qui se succèdent durant la période révolutionnaire prévoient qu'on peut être français dès lors que l'on réside en France depuis un certain temps. Le droit du sang arrive avec le code civil de Napoléon. Lui-même, rappelle Patrick Weil, le grand spécialiste de ces questions, était favorable à l'accès le plus large à la nationalité, pour recruter dans l’armée mais ses législateurs pensent autrement. On sera Français si ses parents le sont. Le droit du sol est à l’origine un droit pour la guerre en améliorant la démographie des soldats potentiels.

   La grande loi qui le consacre arrive en 1889. La France veut fabriquer des Français. Ceux qui sont nés et éduqués en France doivent le devenir. Le contexte est à la « revanche » après la défaite de 1870. Il faut se repeupler pour faire face au péril allemand. Les immigrés sont nombreux en France, en cette fin du XIXème siècle, des Belges dans le Nord, des Italiens dans le sud, des Espagnols au nord des Pyrénées. On en fait des citoyens pour en faire des soldats… et tout ça, ça fait d’ excellent français, chante Maurice Chevalier.

   Cette francisation s’étend à l’Algérie. La loi de 1889 intègre les milliers d'Européens, Italiens, Espagnols, Maltais, Allemands, qui se sont installés en Algérie et dont les descendants forment la majorité du million de pieds noirs de 1962. Mais les musulmans contrairement aux juifs n'y ont pas droit. Ils sont toujours des indigènes, soumis à un statut de seconde zone qui sera le détonateur de la « guerre d’Algérie ».

   L’affaire Dreyfus verra la victoire idéologique des partisans d’une conception non nationale de la nationalité française. La domination intellectuelle de la gauche et sa vanité de croire détenir toujours la vérité date de Dreyfus.

   Finalement, être français n'est pas un héritage. La vraie droite pense le contraire, c'est une adhésion à un projet commun, l'idée que tous ensemble, à un moment donné, quelle que soit notre origine, notre naissance, nos parents, nous décidions de notre avenir commun. Le problème c’est que l’immigration non européenne est devenue massive et de peuplement. L’adhésion à la valeur commune est remise en cause par le communautarisme qui parfois prend des aspects de revanche religieuse et coloniale. C’est pourquoi le droit du sol doit être absolument réformé.

   Les français le savent et Copé s’en sert. Que ne l’a-t-il demandé quand l’Ump était au pouvoir. Sans doute a-t-il suivi Sarkozy pour qui « le droit du sol, c’est la France, une tradition de notre pays ». Mais Copé comme Sarkozy sont un point de détail de l’indispensable débat sur le droit du sol dans un monde où il n’y a plus de frontières ou presque. (...)


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(Main de Dieu ou du Diable
jouant avec une petite planète)



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Benoît Barvin

jeudi 17 octobre 2013

"Comme il marchait au pas de l'oie, il finit gavé par la propagande". benoît Barvin in "Pensées pensées".

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Pensées pour nous-mêmes:

(LA MORT EST UN TRÈS LONG ENTRACTE)

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"Oh, Mon Dieu, mais vous êtes tout nu!!!"



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"Mesdames et Messieurs les Français
qui allez vous révolter, je vous salue"


cortecs.org

LE SYSTÈME PEU INQUIET
 FACE A L’INSURRECTION DES URNES 
S’insurger vraiment ou périr :
 la preuve agricole

Raoul Fougax 

   (...) On entend de plus en plus évoquer des hypothèses de déroutes aux prochaines élections des partis du système. Cette perspective est possible, sinon probable. Elle ne serait que justice politique. Les français rendent assez justement co-responsables d’une situation qu’ils ne supportent plus les deux partis aux affaires depuis plusieurs décennies. Et certains politologues de nous annoncer insurrections et tempêtes.

   On ne sait jamais bien sûr, mais le peuple qui a coupé tant de têtes et dressés tant de barricades pourrait un jour renouer avec ce comportement dont on nous dit qu’il nous a permis d’apporter la liberté au pays puis au monde. Cependant depuis que la gauche succède à la droite et vice-versa, aucun vote n’est allé au bout du rejet, aucun vote déterminant pour l’exercice du pouvoir au sommet de l’état. Ni le présidentiel, ni le législatif.

   Les français ont peur de faire un saut dans l’inconnu et de perdre ce qu’ils ont encore. Tant qu’il y aura quelque chose à perdre de matériel, car pour le reste c’est fait, le système peut dormir sur ses deux oreilles ou presque. Il y a dans notre pays, une prudence électorale qui frise la lâcheté et qui sert le système. Les élections dont on nous parle tous les jours ne changeront que quelques maires et enverront à Bruxelles et Strasbourg des élus qui ne servent pas à grand-chose. Si c’est une insurrection, ce sera encore une insurrection à blanc, un tir d’avertissement. Le système s’y prépare et va tenter d’ailleurs de retourner la situation à son avantage.

   Le jeudi 10 au matin sur BFM TV était présenté un sondage du Nouvel observateur donnant pour les européennes à 24 % le Fn comme premier parti de France. Et le sous-titre du journal était parlant « le sondage qui fait peur ». Peur mais à qui ? Certainement pas aux 24% de français votant mal d’après l’hebdo. Et devant cette Une, le présentateur, l’amalgamant à quelques autres, dénonçait un climat lourd… malsain. (...)

   (...) Ces insurrections votives et marginales, sorte de défouloirs ne suffiront pas à changer les choses même si cela va conforter le front du refus et lui donner de l’espoir et même du poids. Mais peut-on se contenter de changer le maire d’une commune urbaine ou rurale quand nos agriculteurs se donnent la mort par désespérance économique et civilisationnelle. Selon l'Institut de veille sanitaire, près de 500 agriculteurs se sont suicidés de 2007 à 2009. Après les cancers et les maladies cardiovasculaires, le suicide est la troisième cause de décès dans le monde agricole, précise l'INVS.

   Au total, 417 hommes et 68 femmes sont passés à l'acte au cours de la période, avec une surmortalité particulièrement marquée chez les éleveurs (bovins-lait et bovins-viande) âgés de 45 à 64 ans. "Ces observations coïncident avec la temporalité des problèmes financiers rencontrés dans ces secteurs sur la période d'étude", précise l'INVS qui établit ainsi une corrélation directe entre suicide et difficultés économiques. L'étude "s'inscrit dans le plan de prévention du suicide dans le monde agricole annoncé par le ministère de l'Agriculture en mars 2011", rappelle l'INVS. Elle était très attendue par le secteur et constitue le premier état des lieux officiel sur ce sujet sensible.

   Notre monde rural, notre race paysanne brisée par le suicide européen de 14-18, termine sa terrible agonie liée à celle de nos villages et de nos clochers. C’est une France abandonnée qui se suicide par un désespoir qui n’est pas qu’économique. Comme l’oracle de Delphes la vielle terre semble ne plus rien avoir à dire. Les immigrés urbains victimes de l’exclusion dans des prisons de béton se suicident moins que nos agriculteurs abandonnés et oubliés dans leurs si belles campagnes. Qui ne comprend l’importance de ce phénomène ?

   Face a cette évidence, un bulletin aux municipales et aux européennes, cela fera du bien, ce sera toujours ça de pris, mais cela ne changera rien. L’insurrection qu’ils méritent est bien entendu d’une autre nature.





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"Oh oui, Chéri, avec tes grosses papattes,
fais-moi mal!"


Cynthia Patrick


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Luc Desle