Bonjour à vous qui, dans le maelström du net, êtes arrivés, par hasard? lassitude? erreur? sur ce blog. Vous êtes les bienvenus. Vous y lirez des extraits d'articles, de pensées, d'interviews, piochés ça et là, et illustrés de photos et dessins détournés, via un humour de bon aloi. Vous pouvez évidemment réagir avec le même humour, la même ironie que nous mettons, chaque jour, à tenter de respirer un peu plus librement dans une société qui se corsète chaque fois un peu plus.
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lundi 15 décembre 2014

"Il avançait chacun de ses arguments emballé dans un billet de banque". Jacques Damboise in "Pensées de l'à peu près".

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Pensées pour nous-mêmes:

(L'OISEAU DE LA LIBERTÉ,
BEAUCOUP ADORERAIENT
DE NOUVEAU LE CADENASSER)

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"C'est toi, Anna, qui a utilisé la peinture rouge?
- Non, pourquoi?"



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"Je vous le demande une dernière fois:
qui a décidé de tuer ce train de nuit?
Je compte jusqu'à 3..."



Tristesse, l’Europe mène 
ses trains de nuit au terminus


   (...) Il était déjà bien difficile de ne pas passer pour un fieffé rétrograde quand on refuse des vacances en Europe au goût de kérosène. Heureusement, il restait un argument implacable : « C’est vrai, tu as trouvé un vol jusqu’à Madrid pour 30 euros et en à peine 2 heures ? Moi en prenant un train-couchette de nuit j’arriverai tôt et en pleine forme, je pourrai bien profiter de ma première journée. Et même si je paye trois fois plus cher que toi, j’évite de payer une nuit sur place. » Mais cette époque touche à sa fin. Si vous voulez éviter l’avion, attendez-vous à galérer et débourser beaucoup. En décembre dernier, Elipsos [1] a décidé de supprimer son offre entre la France et l’Espagne. Puis celle entre la Suisse, l’Espagne et l’Italie. Au début du mois d’octobre, l’International Railway Journal annonçait que la Deutsche Bahn supprimait elle aussi ses trains nocturnes entre la France et l’Allemagne et ceux entre la Suisse, l’Allemagne et le Danemark. Pour ces destinations, comme pour de nombreuses autres, ne restent que la voiture ou les trains à grande vitesse et aux multiples correspondances. Ou, bien sûr, l’avion et son énorme bilan carbone.

   Pour expliquer ces suppressions, la Deutsche Bahn avance que « l’activité n’était plus rentable ». Côté SNCF, le service de presse nous indique, sans pouvoir nous fournir de chiffres : « Nous proposons maintenant des Paris-Barcelone en TGV (qui roulent le jour, ndlr) qui sont beaucoup plus rapides. Nous avons tout simplement amélioré notre offre. D’ailleurs notre offre TGV a un gros succès alors que la demande sur les trains de nuit diminuait ces dernières années. » (...)

   (...) Sauf que, même en prenant ce train rapide et même en m’y prenant un mois à l’avance, le trajet Paris-Madrid dure en journée entre 10h et 16h pour un coût d’au moins 200 euros. Auparavant, le trajet coûtait trois fois moins cher et était certes long (15 heures) mais, nuance de taille, il se faisait sur le dos et les yeux fermés. Qu’importe d’aller moins vite si l’on dort, et que l’on arrive plus reposé ?

Capture d’écran de facture pour un aller-retour Paris-Madrid 
réalisé en mars 2013


Capture d’écran d’une simulation de trajets Paris-Madrid réalisée 
en novembre 2014


   Faut-il donc me résigner à voir ces trains disparaître ? Beaucoup d’observateurs s’y refusent. D’abord, parce que les adeptes du train de nuit sont nombreux, comme le confirme Mark Smith, globetrotteur ferroviaire et auteur du blog de référence L’homme du siège 61 : « Ces trains étaient très très appréciés. » « Si ces lignes n’étaient plus rentables c’est parce qu’elles étaient exploitées de manière très coûteuses ! Ces trains sont utiles à tout un tas de gens, depuis le businessman en déplacement qui veut payer cher une couchette individuelle avec douche à l’étudiant qui voudra un siège basculable à bas prix. Il faut s’y adapter », dénonce de son côté Jean Sivardière, qui préside la Fédération nationale des associations d’usagers de transports (Fnaut). (...)

   (...) Mais alors que les trains de nuit rentrent en gare, une entreprise a fait le pari inverse. Thello [2] tente depuis 2011 de relancer des lignes nocturnes entre la France et l’Italie. Et, selon son directeur général Albert Alday, ça marche. « Le Paris-Milan-Venise (exploité jusqu’en 2010 par Artesia [3], ndlr) accueillait 200 000 passagers par an avant notre arrivée. Dès 2012, nous sommes passés à 300 000. En 2014 nous allons atteindre au moins les 340 000 passagers », se félicite-t-il. Alors pourquoi les opérateurs historiques se détournent-ils de ces voies ?

   « Le matériel roulant est assez vieux, il faudrait investir beaucoup pour relancer ces trains alors que leur rentabilité n’est pas évidente. La SNCF, qui en plus ne veut pas concurrencer son offre de TGV, organise donc la fin progressive de ces trains », diagnostique l’économiste des transports Yves Crozet. Mark Smith nuance : « Beaucoup de wagons-lits sont assez récents, ceux utilisés par la Deutsche Bahn ont même été construits en 2007 par Siemens, et les wagons-couchettes sont d’âges divers et en bon état général. »

   Albert Alday – dont la compagnie utilise le matériel roulant de ses prédécesseurs – opine et avance une autre explication : « Le train de nuit est un créneau compliqué, qui implique beaucoup de personnels et de métiers différents, il y a aussi des problèmes d’interopérabilité quand on passe d’un pays à l’autre. Tout ça fait que quand on est un grand opérateur, on se dit qu’on n’a pas envie de s’ennuyer avec ça. Ce qui se dit dans la profession c’est que, quand ces dernières années le rythme des travaux sur le réseau ferré a augmenté on a choisi de faire les travaux plutôt pendant la nuit et plutôt sur les lignes de nuit qu’on ne voulait plus exploiter. Ça a contribué à déstabiliser certaines lignes, d’autant plus qu’il y a un manque de coopération entre les pays sur l’anticipation et la gestion de ces travaux. » (...)

   (...) De même, certaines solutions, comme faire rouler de jour le matériel de nuit pour le rentabiliser, n’ont pas été poursuivies. Malgré un échec sur le Paris-Rome « où la concurrence des vols low cost est trop forte » et quelques controverses sur la qualité du service sur ces lignes – « quand on n’a pas de visibilité il est difficile d’investir mais je soutiens qu’on n’a fait mieux que nos prédécesseurs » – Albert Alday « mourrait d’envie » de « lancer d’autres lignes de nuit ».

    Ce qui n’empêche pas l’économiste Yves Crozet – qui rappelle que la ligne de nuit relancée par Thello entre Paris-Venise est bien particulière, romantisme oblige – de prédire que ces trains vont devenir un produit de niche ou de luxe. « Ils appartiennent au passé, comme les bateaux qui traversaient l’Atlantique. » A moins que la raréfaction des énergies fossiles ne rende l’avion de moins en moins accessible et/ou qu’une taxe sur le carburant ou les émissions de CO2 ne change l’aiguillage du transport européen ? « Pour moi, la dernière goutte de pétrole sera utilisée pour faire décoller un avion », rétorque Yves Crozet. Terminus, tout le monde descend.

[1] (entreprise possédée à 50% par la SNCF et à 50% par la Renfe, le Réseau national des chemins de fer espagnols)

[2] (qui appartient à Trenitalia et Transdev)

[3] détenue par la SNCF et Trenitalia


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"Alors je lui ai dit... Psstttt...
Et elle m'a répondu... Pssttt...
- Non?
- Si!"


(Cette pipelette d'oiseau bleu 
se méfiait des oreilles ennemies)


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Benoît Barvin

mardi 4 mai 2010

Franz von Stuck

“En opposant la haine à la haine, on ne fait que la répandre, en surface comme en profondeur” a dit le Mahatma Gandhi.
   Et pourtant, parfois, la mise en scène de la guerre, de la violence, du désastre, sont capables de produire de grandes œuvres.

Franz von Stuck en est un exemple parfait.

"Mort d'une Amazone" (1905) par le peintre allemand Franz von Stuck (1863-1928).

   Il s'agit d'un bel exemple d'Art Nouveau, avec de la couleur franche, une mise en scène grandiose et un curieux nu qui, tout en se protégeant des dards ennemis, se soutient un sein, pour on ne sait trop quelle obscure raison. L'érotisme de la guerre est ici un des soutènements philosophiques de l'artiste dont on peut discuter la pertinence. Mais quelle force et quelle sensualité! Les centaures et les guerriers se lardent de flèches alors que le bouclier, qui occupe pratiquement tout l'espace, par son rouge flamboyant, décrit un monde de violence et de rut.


   Franz von Stuck  (1863/1928)  est un peintre allemand symboliste et expressionniste. Il a également été sculpteur, graveur et architecte.
   Il est né à Tettenweis, en Bavière,  et a suivi des cours à l'académie de Munich.

   .Il a commencé à se faire un nom avec des illustrations pour le Fliegende Blätter et la création de vignettes pour la décoration des livres. Il ne se consacra à la peinture qu'à partir de 1889, où il obtint un succès avec son premier tableau "The Warder of Paradise" (voir ci-dessous).


    Son style en peinture est basé sur une grande maitrise de la composition et serait plutôt sculptural que pictural. C'est particulièrement vrai de "La mort d'une amazone", mais dans le tableau ci-dessus, on voit que le peintre fait surgir le visage et les mains de son modèle comme s'il s'agissait d'un bas-relief. Les couleurs sont particulièrement bien choisies, avec toujours ce rouge carmin pour les lèvres et cette beauté hellénique dont les artistes de l'époque étaient friands. 

   Les sujets favoris de Franz von Stuck sont de nature mythologique et allégorique. Mais son traitement de sujets classiques est généralement peu conventionnel. La statuette d'une athlète, dont des exemplaires en bronze se trouvent à Berlin, Budapest et Hambourg, montre son talent plastique.

    Parmi ses tableaux les plus connus, on peut citer "Le péché et Guerre", à la Pinakothek de Munich, "Le Sphinx", "La Crucifixion", "Les Rivaux," "Paradis perdu," "Oedipe," "Tentation", et "Lucifer".

    Bien qu'il fut un des acteurs majeurs de la "Sezession de Munich," - un courant munichois de l'Art Nouveau - il fut aussi professeur à l'Académie. En 1914, il fut hélas un des signataires du "Manifeste des 93". 
 

   Ce qui allait être la Première Guerre Mondiale  venait de commencer. Le premier choc fut l'offensive allemande lors de la première bataille de la Marne  en septembre 1914.  Elle se voulait courte, conquérante et victorieuse mais se solda par une défaite et la communauté internationale s'était émue des  atrocités allemandes en Belgique lors de l'invasion de ce pays. Ce manifeste fut destiné à montrer au monde entier le soutien sans équivoque des intellectuels allemands au kaiser Guillaume II, à la cause de l'Empire allemand et à l'armée allemande. Elle niait, bien évidemment, les dites atrocités.




   Mais laissons la polémique de côté pour admirer le tableau suivant, "Judith et Holopherne", dans lequel l'épée à double tranchant de la jeune femme semble plus grande qu'elle. Regardez l'air à la fois triomphant, cruel et presque sadique avec lequel cette jeune fille nue s'apprête à trancher la tête du terrible guerrier endormi. Son sommeil est-il celui des amants repus ou celui d'un mâle, sûr de sa force, qui va payer ainsi sa méprisable assurance?

   Du rouge, encore, discret, mais qui enserre les protagonistes, comme la préfiguration de la mort sanglante... La nudité de Judith est ici presque innocente, en tout cas peu érotique, vue l'expression terrible peinte sur son visage. Quant au soldat couvert d'une soie violette, signe d'une puissance indestructible, le voilà à la merci de son "amante", bras ouverts, ce qui préfigurerait peut-être sa mort prochaine...

Blanche Baptiste.