Bonjour à vous qui, dans le maelström du net, êtes arrivés, par hasard? lassitude? erreur? sur ce blog. Vous êtes les bienvenus. Vous y lirez des extraits d'articles, de pensées, d'interviews, piochés ça et là, et illustrés de photos et dessins détournés, via un humour de bon aloi. Vous pouvez évidemment réagir avec le même humour, la même ironie que nous mettons, chaque jour, à tenter de respirer un peu plus librement dans une société qui se corsète chaque fois un peu plus.
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lundi 16 février 2015

"Il vendait du charbon de bois en plastique". Jacques Damboise in "Pensées inconvénientes".

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Pensées pour nous-mêmes:

(QUI Y A-T-IL DERRIÈRE
LE CIEL?)

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(Les chapeaux de l'archiduc
 sont-ils checs, arsi-checs?)



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humourama.fr

Philippe Légé :
« L’égalité est souhaitable,
y compris pour des raisons d’efficacité économique »

   Philippe Légé, maître de conférences en économie à l’Université de Picardie, membre de l’association des Economistes Atterrés est l’un des co-auteurs du nouveau manifeste que ce collectif d’économistes critiques vient de publier.

   En quinze chantiers et 200 pages, le Nouveau Manifeste des Économistes atterrés, livre pédagogique d’économie politique, dessine la possibilité d’une autre économie.

   / Regards. Pourquoi un nouveau manifeste quatre ans et demi après le précédent ?

   - Philippe Légé. Malheureusement, nous avons été contraints de publier un second Manifeste, car ce que nous avions prévu dans le premier s’est réalisé. En 2010, nous avions mis en garde contre les effets économiques et sociaux des politiques d’austérités. Le chômage et la précarité se sont aggravés. Nous avions aussi indiqué que les objectifs budgétaires n’allaient pas être atteints du fait des effets récessifs des plans de restrictions budgétaires. Aujourd’hui, force est de constater que loin de tirer les leçons de la crise, les décideurs politiques et économiques ont renforcé ce qui avait échoué. Même s’il contenait des propositions, le premier Manifeste était davantage orienté vers la critique d’idées reçues, tandis que celui-ci est structuré par des propositions, autour de ce que nous avons appelé quinze chantiers.

   / Pourquoi quinze chantiers ?

   - Le terme de chantier signifie que nous ne proposons ni programme clé en main, ni solutions miracles, mais que nous voulons indiquer quinze tâches auxquelles les citoyens, la société devraient, selon nous, s’atteler prioritairement. Si nos propositions précises devaient être reprises et appliquées, nous serions très heureux. Mais l’essentiel n’est pas là. L’essentiel est qu’il y ait une prise de conscience politique et l’ouverture d’un débat sur de nécessaires alternatives. Dans la période la plus récente, en particulier en France depuis la constitution du gouvernement Valls, une nouvelle radicalisation des recettes néolibérales est entreprise. Selon la doctrine désormais prédominante, si l’économie et la société française sont en échec, la cause en serait que l’on n’en fait pas assez et qu’il faut renforcer ce qui a échoué. D’un simple point de vue logique et fonctionnel, il y a là quelque chose de profondément absurde. (...)

   / Comment avez-vous travaillé ?

   - Le manifeste est l’œuvre du groupe d’une vingtaine d’économistes qui font vivre l’association des Economistes atterrés, association regroupant un nombre beaucoup plus important d’adhérents. Mais nous n’avons pas fait figurer la liste des auteurs dans le livre, car nous voulions bien marquer le caractère collectif de ce manifeste. Nous avons d’abord travaillé ensemble au choix des chantiers, sans nous priver de faire en cours de route certains réajustements. Chaque chapitre a fait l’objet d’un premier jet réalisé par l’un d’entre nous, sur lequel tous les autres ont pu réagir et faire des remarques. Une relecture d’ensemble a permis d’homogénéiser le style, de s’assurer de la cohérence entre les chapitres et de bien maintenir la dimension politique et pédagogique, indispensable pour un "manifeste".

   / Dans l’introduction du Manifeste, vous affirmez que la cohérence de vos propositions est fondée sur un certain nombre de convictions qui vous sont communes. Quelles sont-elles ?

   - Nous avons beaucoup travaillé le fait de ne pas seulement mettre en avant l’écologie en la plaçant en chantier numéro 1, mais en retrouvant aussi cette question dans chacun des chapitres et en tissant les articulations entre l’écologie et les autres thèmes. Une conviction structurante porte sur l’égalité que nous voulons mettre au cœur des politiques publiques. L’égalité nous apparaît souhaitable, y compris pour des raisons d’efficacité économique. Un des chantiers porte ainsi sur l’entreprise. La plupart de nos collègues économistes disent peu de choses sur la gestion actuelle des entreprises, alors que nous pensons qu’il est au contraire nécessaire de la repenser et de la transformer. 

   Une autre conviction concerne l’importance des choix démocratiques et l’idée que les économistes ne sont pas de purs techniciens. Les économistes ont une certaine expertise, mais ils expriment aussi des visions du monde qui peuvent être très différentes. C’est pourquoi le débat sur les questions économiques est indispensable, alors que dans la recherche, l’enseignement et les medias il tend à être de plus en plus restreint et appauvri. Les débats en notre sein sont parfois plus réels et plus féconds que ceux que nous pouvons avoir avec nos collègues orthodoxes.



   / À lire ce nouveau Manifeste, il semble que vous réévaluez encore l’importance de l’écologie. Est-ce exact ?

   - Les Atterrés constituent depuis le départ un groupe hétérogène qui s’est rassemblé autour de l’idée selon laquelle la crise était instrumentalisée pour renforcer les politiques qui y avaient conduit. Ce qui est proprement atterrant. Mais au-delà de ce constat critique commun et de l’opposition unanimement partagée aux politiques néolibérales, il y a entre nous un grand pluralisme. Nous sommes une association marquée à gauche couvrant toutefois un large spectre de positions. Ce pluralisme demeure effectif, mais nous convergeons pour donner une plus grande importance à la thématique écologique. Ainsi sur la croissance, les divergences initiales de position entre nous se sont atténuées.

   Nous considérons tous qu’une transition écologique est indispensable et qu’elle va nécessiter des investissements importants, ce qui veut dire plus de croissance à court terme. Mais pas sur le moyen terme. Des secteurs d’activité doivent décroître. De même, nous partageons l’idée que le PIB (Produit intérieur brut) est un indicateur de croissance à la fois utile et insuffisant. Nous consacrons du reste un des chantiers de notre manifeste aux indicateurs trimestriels qui devraient, selon nous, le compléter. L’écologie est à la fois une contrainte et une opportunité. Une contrainte et même une urgence, en raison de la réduction de la biodiversité et des enjeux climatiques ou sanitaires. Une opportunité car la transition sociale et écologique peut permettre de sortir de l’impasse économique et sociale actuelle. Elle peut être le moyen de reconquérir la maîtrise des modes de production et contribuer à résoudre le problème du chômage. (...) 

   / Quelles articulations faites-vous entre le chantier de l’écologie et d’autres comme celui de la fiscalité ou celui du financement ?

   - Nous insistons sur le fait que la fiscalité écologique est absolument nécessaire, alors qu’elle est très faible en France, mais qu’elle ne doit pas être punitive. Lorsqu’il n’existe pas d’alternative en termes d’infrastructures et de consommation, en particulier pour les consommateurs à faible pouvoir d’achat, une fiscalité verte est contre-productive. Cela nous a conduits à proposer de coupler la fiscalité verte avec une politique redistributive et des investissements publics permettant de réelles alternatives. Des dépenses publiques importantes, prioritairement dans la rénovation thermique des bâtiments et les transports collectifs, devront être engagées, ce qui nécessite le développement de crédits des banques publiques d’investissement avec la garantie de la banque centrale.

   / N’est-ce pas la politique du gouvernement ?

   - Le gouvernement tient, il est vrai, un discours écologique, malgré la sortie d’Europe-Écologie. La tenue de la prochaine conférence sur le climat, à Paris en décembre 2015, va sans doute le conduire à renforcer cette tonalité. Mais sa politique concrète va en sens inverse, qu’il s’agisse de l’augmentation du taux intermédiaire de TVA qui a renchérit le prix du train, ou de la loi Macron qui inscrit dans ses propositions la libéralisation du transport par autocar qui aura un effet négatif sur l’environnement. Et quel aveu d’impuissance que de voir, en 2015, un ministre de l’Économie se résigner à ce que la France ne soit pas capable d’offrir un service public ferroviaire attractif parce que pas trop cher. N’oublions pas, non plus, l’abandon de l’écotaxe, dont le principe était pourtant excellent. On pouvait discuter des modalités, modifier certaines choses, mais son abandon en rase campagne à l’automne 2014 et le démontage des portiques – qui constituaient des investissements importants et utiles – sont désastreux.



   / Parmi les convictions qui fondent la cohérence de vos propositions, vous insistez sur le besoin de l’intervention publique, mais aussi sur l’importance de ce qu’on appelle "les communs", à côté des biens privés et des biens publics. De quelle façon cela se manifeste-t-il dans vos propositions ?

   - La thématique des communs et celle de l’économie sociale et solidaire apparaissent effectivement dans différents chantiers du Manifeste, notamment dans ceux concernant l’entreprise et l’emploi. Mais il s’agit d’une thématique qui pourra sans doute être encore développée. Nous plaçons l’objectif d’un plein emploi de qualité au cœur des politiques économiques, contrairement à certains qui, y compris à gauche, semblent y avoir renoncé. Nous ne reprenons pas à notre compte la proposition d’un revenu minimum d’existence. 

   Par contre, nous mettons en avant de multiples moyens pour obtenir un plein emploi, tels que la poursuite de la réduction du temps de travail ou l’idée que les pouvoirs publics puissent être employeurs en dernier ressort. Cela concerne en partie l’État, des ministères comme ceux de l’Éducation et de la Santé. Mais une bonne partie des emplois devant être créés résulteront d’un processus à un niveau beaucoup plus local. Les collectivités locales, l’économie sociale et solidaire auront un rôle important à y jouer. L’argent public peut être dépensé de façon plus efficace qu’en multipliant de coûteuses exonérations de cotisations sociales.(...)

   / Dans le chantier concernant l’euro, vous faites part des divergences qui existent entre vous sur ce sujet et plus globalement sur l’Europe. Ce n’est tout de même pas une question d’importance mineure…

   - Les divergences qui existent entre nous sur la question de l’euro ne sont pas nouvelles, comme l’attestait notre ouvrage Changer l’Europe publié fin 2013. Mais il ne faut pas, je crois, en sur-interpréter les conséquences. Dans le nouveau Manifeste, nous exposons deux scénarios : celui de la transformation de l’euro et celui de la sortie. On peut alors se poser deux types de questions. Celle du pronostic (Quel est le scénario le plus probable ?), et la question normative (Quel est le scénario le plus souhaitable ?). Ces questions se trouvent posées de façon pressante dans le contexte de la victoire de Syriza. Dans le communiqué que nous avons publié sur ce sujet, dans lequel nous affirmons notre solidarité avec le peuple grec, il n’y a pas de trace d’une proposition de sortie de l’euro. Du reste, ceux qui, parmi nous, considèrent qu’une sortie de l’euro pourrait être une bonne chose reconnaissent que cette question se pose essentiellement pour les pays du Sud comme la Grèce ou l’Espagne, et que les forces de gauche de ces pays ne le veulent pas.

   Que nous soyons en faveur d’une transformation ou d’une sortie de l’euro, nous considérons tous qu’il existe un problème majeur lié à la construction même de la zone euro, problème qui ne sera pas résolu par la seule remise en cause de la politique d’austérité budgétaire et salariale (au demeurant indispensable). Ces problèmes ne peuvent non plus être résolus par les innovations institutionnelles introduites depuis cinq ans dans la zone euro, par la politique monétaire de Mario Draghi ou par la création de l’Union bancaire. La zone euro telle qu’elle est constituée a produit et continue de produire des divergences productives et commerciales entre les États. 

   Si Syriza arrive à mettre fin à l’austérité budgétaire et salariale, le redémarrage de la demande en Grèce va générer un nouveau déficit extérieur. L’austérité a seulement masqué le problème en faisant chuter les importations. L’économie et l’industrie grecque sont aujourd’hui réduites à peu de choses. Nous reconnaissons tous l’existence de ce problème, et ceux qui parmi nous ne sont pas favorables au scénario de la sortie de l’euro savent qu’une transformation profonde de la zone euro et de ses institutions est indispensable pour le traiter. (...)


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Luc Desle

jeudi 29 janvier 2015

"Cette vieille idylle sentait l'antique naphtaline". Jacques Damboise in "Pensées à contre-pet".

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Pensées pour nous-mêmes:

(NE SOIS PAS DE LA HAINE
EN CONSERVE)

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(Image de Madame Cruche
faisant un beau gâteau)




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(L'Ombre du Kaiser planait
sur l'Allemagne)



Les libéraux occidentaux doivent applaudir les Russes

Entretien dans Rossiïskaïa gazeta.


   /Le monde occidental est parti en guerre contre la Russie, l’accusant de tous les péchés capitaux et de mauvaises intentions. Qu’en pensez-vous?

   Emmanuel Todd: Avant les événements ukrainiens déjà, j’avais attiré l’attention sur cette tendance antirusse, manifestement planifiée, dans les médias occidentaux. Les premières attaques régulières contre Moscou ont porté sur le « rejet » des minorités sexuelles. Ensuite, de nombreux articles ont avancé que la politique de Poutine était « impossible à comprendre » et qu’il était « imprévisible ». Pour être franc, cela m’a beaucoup amusé. Car à mon avis, la ligne politique du gouvernement russe est au contraire très rationnelle et réfléchie. Les Russes sont fiers d’être Russes et s’ils disposent des moyens nécessaires, ils font tout pour éviter la cabale. Ainsi, le soutien affiché à la population russophone dans le sud-est de l’Ukraine s’inscrit parfaitement dans cette logique.

   En ce qui concerne les préoccupations des Baltes ou des Polonais, persuadés que demain Moscou compte les engloutir, elles sont complètement infondées. Cela n’a absolument aucun sens. La Russie a déjà suffisamment de soucis pour aménager son vaste territoire.

   / Cela fait longtemps que vous vous intéressez à la Russie – essentiellement comme anthropologue et sociologue. En 1976 déjà, à l’âge de 25 ans, vous avez écrit un livre intitulé La Chute finale où vous évoquiez les causes susceptibles de désintégrer l’URSS. Ce livre, qui a fait beaucoup de bruit, n’a pas été pris au sérieux à l’époque. Quelle est votre vision de la Russie contemporaine?

   Emmanuel Todd: Si vous vous penchez sur l’histoire de la Russie, vous comprenez que son rôle dans les affaires mondiales – et en particulier européennes – a toujours été positif. La Russie a subi une humiliation dans les années 1990, juste après l’effondrement de l’URSS. L’attitude de l’Ouest fut alors insupportable et injuste mais en dépit de cela, la transition a pu se faire dans une certaine dignité. Aujourd’hui, ce pays a retrouvé sa place dans les affaires mondiales et a atteint un équilibre interne. Il a atteint une stabilité démographique et enregistre même une croissance de sa population plus élevée que dans le reste de l’Europe. L’espérance de vie augmente. A terme, le taux de mortalité infantile sera inférieur à celui des États-Unis selon les statistiques. Le fait que la Russie attire un flux d’immigrés en provenance des pays voisins montre qu’elle revêt pour eux un intérêt économique.

   À mon avis, la Russie joue un rôle particulier dans les affaires internationales, dont elle a hérité de la Guerre froide, qui est d’assurer l’équilibre mondial. Grâce à son arsenal nucléaire, la Russie est aujourd’hui le seul pays capable de contenir les Américains. Sans elle, le monde aurait connu un sort catastrophique. Tous les libéraux occidentaux devraient l’applaudir: contrairement aux démocraties européennes, elle a accordé l’asile à Edward Snowden. Quel symbole explicite: la Russie, bastion des libertés dont les pays européens se veulent les porte-drapeaux.

   / En 2002 sortait votre livre Après l’Empire, où vous évoquez les causes de l’affaiblissement, lent mais sûr, des USA. Qu’en est-il aujourd’hui?

   Emmanuel Todd: En effet, j’ai écrit à l’époque que l’agressivité de l’Amérique n’était absolument pas une manifestation de sa puissance. Au contraire, elle cachait la faiblesse et la perte de son statut dans le monde. Ce qui s’est passé depuis a confirmé mes conclusions de l’époque. Et cela reste exact aujourd’hui également. Ne croyez pas que j’ai été motivé par un anti-américanisme quelconque. Pas du tout. Néanmoins, je constate que l' »empire » américain est en phase de déclin. Et cela peut être vu particulièrement dans la manière dont les États-Unis, à chaque fois qu’ils perdent l’un de leurs alliés, prétendent que rien de significatif ne s’est produit. Prenez l’exemple de l’évolution des relations de Washington avec l’Arabie saoudite. 

   Les échecs permanents des Etats-Unis au Moyen-Orient sont flagrants pour tout le monde, notamment à travers les derniers conflits en Irak et en Syrie. Et Riyad, qui était autrefois leur plus proche allié dans la région, est en fait sorti du contrôle américain, même si bien sûr personne ne l’admet. Même chose pour la Corée du Sud, qui s’éloigne des États-Unis pour coopérer de plus en plus activement avec la Chine. Le seul véritable allié loyal des Américains en Asie reste le Japon. Mais à cause de sa confrontation avec Pékin, ce pays ne sait plus où se mettre.

   / Et l’Europe?

   Emmanuel Todd: Le processus est similaire en Europe. La principale évolution que le Vieux continent ait connue ces dernières années est la montée en puissance de l’Allemagne. Avant, je pensais que l’Europe allait continuer à se développer, tirée par la locomotive d’intégration Berlin-Paris. Mais les choses se sont passées autrement. Tout d’abord, l’Union européenne ne s’est pas transformée en union des nations « libres et égales », comme le rêvaient ses fondateurs. Elle a pris la forme d’une structure hiérarchique sous l’égide de l’Allemagne, qui a largement dépassé sur le plan économique tous les autres pays de l’UE. Par nature, les Allemands ne peuvent pas percevoir le monde autrement qu’à travers un prisme hiérarchique. 

   Cette ascension de Berlin s’est accélérée notamment après la crise financière de 2008. Aujourd’hui, l’Europe est contrôlée par l’Allemagne. Les premiers signes d’une perte de contrôle sur Berlin par les Américains sont apparus au début de la guerre en Irak quand Paris, Moscou et Berlin, qui marchaient jusque-là dans le sillage des USA, s’y sont opposés. Ce fut une étape fondamentale.

   Depuis, dans un domaine aussi crucial que l’économie internationale, l’Allemagne mène sa propre ligne pour défendre ses intérêts nationaux. Elle ne cède pas à la pression des Américains, qui croient que tout le monde devrait jouer selon leurs règles et insistent pour que les Allemands renoncent, par exemple, à leur politique d’austérité budgétaire. Cette ligne est imposée sous la pression de Berlin à l’ensemble de l’Union européenne, et les Etats-Unis ne peuvent rien y faire. Dans ce domaine, les Allemands n’accordent pas d’importance à l’avis des Américains. 

   Nous pouvons aussi rappeler les récents scandales impliquant les écoutes téléphoniques, quand les Allemands – un cas sans précédent – ont expulsé le chef de la CIA à Berlin. Mais l’économie reste le plus important. Les Américains n’adoptent pas, dans ces circonstances, une attitude menaçante. Pas parce qu’ils ne veulent pas, mais parce qu’ils ne peuvent pas. En l’admettant tacitement, ils reconnaissent en quelque sorte que leur pouvoir touche à sa fin. Cela ne saute probablement pas aux yeux, mais c’est la réalité.

   / Néanmoins, certains pensent que les USA restent une puissance dirigeant les affaires mondiales, notamment européennes.

   Emmanuel Todd: Il y a l’ancien monde et le nouveau monde. L’ancien monde, c’est la vision héritée de l’époque de la Guerre froide. Elle reste bien ancrée dans la conscience des faucons américains, dans les pays baltes et en Pologne. Il est clair que l’expansion de l’OTAN vers l’Est après la chute du mur de Berlin est un exemple typique de l’inertie de la pensée dans l’esprit de la Guerre froide, peu importe les termes employés. Dans l’ancien monde, l’Allemagne jouait plutôt un rôle de modérateur, d’élément rationnel préconisant une solution pacifique aux problèmes et favorable au partenariat économique. Mais un nouveau monde est apparu et il n’est plus contrôlé par les Américains.

   L’Europe a aujourd’hui sa propre dynamique. Elle n’a pas d’armée, mais elle est dirigée par l’Allemagne. Et tout se complique, car cette dernière est forte, mais elle est instable dans ses concepts géopolitiques. A travers l’histoire, le pendule géopolitique allemand a oscillé entre une approche raisonnable et des élans mégalomanes qui ont conduit, rappelons-le, à la Première Guerre mondiale. C’est la «dualité» de l’Allemagne. Par exemple, Bismarck cherchait la paix universelle et l’harmonie avec la Russie, alors que Guillaume II, dans l’esprit « l’Allemagne est au-dessus de tous », s’est brouillé avec tout le monde, à commencer par la Russie. Je crains que nous retrouvions aujourd’hui cette dualité. D’une part, l’ancien chancelier Schröder a prôné l’expansion des relations avec Moscou et il a maintenant beaucoup de partisans. D’autre part, on constate une position étonnamment ferme de Merkel dans les affaires ukrainiennes. L’agressivité du monde occidental envers la Russie ne s’explique donc pas uniquement par la pression des Etats-Unis.

   / En effet, tout le monde s’attendait à une médiation active de Berlin dans la crise ukrainienne, mais ce n’a pas été le cas.

   Emmanuel Todd: Il me semble que l’Allemagne s’engage de plus en plus dans une politique de force et d’expansion voilée. La réalité de l’Allemagne après la réunification est qu’elle a miné les structures étatiques fragiles en Europe. Rappelez-vous la défunte Yougoslavie, la Tchécoslovaquie, et aujourd’hui il semble que ce soit le tour de l’Ukraine. Pour la plupart des Européens, l’Ukraine n’aucun intérêt particulier. Pas pour les Allemands. Depuis l’époque de la réunification, l’Allemagne a mis la main sur la quasi-totalité de l’ancien espace de domination soviétique et l’utilise à ses propres fins économiques et industrielles. En c’est, je pense, l’un des secrets de la réussite de l’économie allemande. 

   Face à un grave problème démographique et un taux de fécondité faible, elle a besoin d’une main-d’œuvre qualifiée et bon marché. Donc, si vous restez dans cette logique, obtenir par exemple les deux tiers des travailleurs ukrainiens est une opération très bénéfique pour Berlin.

   / D’ailleurs, le 23 août, Angela Merkel a été la seule des chefs d’Etats de l’UE à se rendre en visite à Kiev à l’occasion de la célébration de l’indépendance de l’Ukraine.

   Emmanuel Todd: D’après moi, c’était un événement marquant. Et je pense que Moscou l’a également remarqué.

   / Pourquoi, d’après vous, les États-Unis montrent-ils un tel zèle dans les affaires ukrainiennes?

   Emmanuel Todd: Parce que leur stratégie vise à affaiblir la Russie. En l’occurrence par la crise ukrainienne. Mais n’oublions pas qui l’a provoquée. Après tout, le point de départ était la proposition de l’UE de conclure un accord d’association avec Kiev. Puis l’Union européenne a soutenu le Maïdan conduisant au coup d’Etat, qui s’est déroulé avec le consentement silencieux des capitales européennes. Quand les événements en Crimée se sont produits, les Américains ne pouvaient pas rester à l’écart, au risque de « perdre la face ». Les « faucons », partisans des idées de la Guerre froide, sont alors passés au premier plan pour définir la politique américaine vis-à-vis de la Russie. Je ne pense pas que les Américains souhaitent l’exacerbation de ces conflits, mais nous devons suivre de près jusqu’où pourrait aller leur désir de « sauver la face ».


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Luc Desle

samedi 17 janvier 2015

"Il avançait ses arguments à grands coups de fouet idéologique". Jacques Damboise in "Pensées à contre-pet".

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Pensées pour nous-mêmes:

(N’ESPÈRE PAS QUE LE MAÎTRE
TE RÉCOMPENSE JAMAIS)

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(Ces bobos et leur jardin personnel commençaient
à légèrement nous bassiner)


Laura O’Connor laura-oconnor


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Mafalda par Quino

unitedexplanations.org

INTERVIEW AVEC JEAN ZIEGLER

“La démocratie peut disparaître en Europe”

Propos recueillis pas Gian Paolo Accardo.
VoxEurop28 décembre 2014

   (...) Dans son dernier ouvrage, Retournez les fusils (éditions du Seuil), le sociologue suisse et vice-président du Comité des droits de l'homme de l'ONU dénonce à 80 ans les méfaits des “oligarchies financières globalisées” et accuse les élites européennes de ne pas réaliser la menace qu’elles font peser sur l’Etat de droit er sur et la cohésion nationale.

   / Votre livre est imprégné de références à Marx et aux philosophes et sociologues marxistes. Un quart de siècle après la chute du Mur et la disparition des régimes qui disaient s'inspirer au marxisme, est-ce que son analyse a encore sa place ?

   - Marx est toujours d'actualité, même s'il s'est trompé sur un point : jusqu'à son dernier souffle, il était persuadé que le manque objectif, les carences matérielles, allaient durer pour une période très longue — or on est capables aujourd'hui de nourrir 12 milliards d'êtres humains. A part cette erreur, Marx a crée la conscience analytique critique du mode de production capitaliste. Il a fourni les instruments d'analyse du capitalisme financier qui est toujours actuel et permet de mieux comprendre les mécanismes selon lesquels il agit.

   Mon livre est un ouvrage de combat. Il s'agit d'armer la nouvelle société civile planétaire. Celle-ci existe et est bien vivante. Prenez par exemple le Forum social mondial, dont le dernier sommet s'est tenu à Tunis en 2013 : plus de 15 000 personnes venues discuter des alternatives au capitalisme mondialisé. C'est une armée de l'ombre née de fronts de refus sectoriels : Via Campesina contre les expropriations des terres, Attac contre l'absence de régulation des marchés financiers, Greenpeace pour la protection de l'environnement, Amnesty International pour le respect des droits de l'homme. En Allemagne, IG Metall, le deuxième syndicat du pays, ainsi que les syndicats autrichiens, se battent contre le Partenariat translatlantique de commerce et d’investissement (TTIP).

   / Justement, le TTIP est présenté par ses partisans — Washington et la Commission européenne notamment — comme une révolution qui permettra de créer des centaines de milliers d'emplois au sein du marché unique transatlantique qu'il devrait créer.

   - Balivernes ! Si le TTIP voulu par les multinationales passe, toutes les normes et les acquis européens en matière de protection sociale, environnementale et sanitaire risquent de sauter. Les emplois dont il est question, à quelles conditions sont-ils créés ? Vu les prémices, il n'y a pas de quoi être optimiste.

   Le "trade dialogue" entamé en 2005 entre les 70 plus grandes multinationales et le département du Commerce américain a abouti dans le projet de TTIP qui est négocié depuis 2013 dans la plus totale opacité : il n'y a pas un député national ou européen des pays concernés en Europe qui sache quelle est exactement la portée du mandat des négociateurs du TTIP pour l'UE.

   Simplement, les multinationales veulent se débarrasser de toutes les contraintes normatives qui empêchent la maximisation du profit, comme la durée des brevets, qu'elles veulent rallonger.

   Dans le domaine de la santé, de la protection de l'environnement, de l’alimentation, il s'agit de liquider les normes européennes. Car la clause centrale de cet accord, c'est celle qui prévoit que c'est une cour arbitrale — des juges désignés par les parties — qui devrait trancher en cas de différend, et sans appel possible devant le juge national ! Si jamais cet accord était signé, si le Parlement européen l'approuvait, si les 28 Parlements nationaux des Etats-membres devaient le ratifier et s'il entrait en vigueur, toute société multinationale privée pourrait porter plainte contre tout Etat souverain qui aurait pris une décision défavorable à ses intérêts ou sa volonté. Bref, si le TTIP aboutissait, il scellerait la mainmise définitive des multinationales sur les politiques économiques et financières des Etats.

   / Dans votre livre, vous parlez du risque que les nations disparaissent. Est-ce le cas en Europe également, où les Etats sont établis depuis très longtemps ?

   - Ah oui, la jungle avance aussi en Europe et elle menace les Etats de droit et les acquis sociaux. Et c'est ce qui fait que la réponse à l'agression du capitalisme financier globalisé arrive plus vite que prévu. En Espagne, 18,2 % des enfants de moins de dix ans sont en permanence gravement sous-alimentés. En Angleterre, à Berlin, il y a des exemples où des syndicats d'enseignants organisent des collectes parce que les enfants ont faim. La démocratie peut disparaître en Europe. C'est Armageddon, si les démocrates ne se réveillent pas !

   / Et qui devrait sonner le réveil ?

   - C’est le rôle traditionnel de la gauche, mais la gauche européenne est en panne d'idées : ce ne sont plus les mouvements socialistes et leurs intellectuels qui livrent aux travailleurs les codes nécessaires pour analyser, penser, percevoir et comprendre le monde. L'intégration des travailleurs européens à la stratégie du projet impérialiste a fait mourir toute théorie et toute pratique de solidarité avec les classes subalternes du tiers-monde. Ainsi, la violence faite aux asservis et aux travailleurs est aujourd'hui perçue comme "normale", "inévitable" car intrinsèque au capital.

   Et les conséquences sont là : en Suisse, les derniers scrutins populaires confirment cela. Ces dernières années, les Suisses ont voté librement et souvent à une très forte majorité contre toute une série d'avancées sociales qui allaient dans le sens de leurs intérêts, comme l'augmentation de la durée des vacances légale des travailleurs, la caisse d'assurance maladie unique, l'augmentation du minimum vieillesse, la limitation des salaires des patrons et même l'instauration d'un salaire minimum.

   En Europe, on assiste depuis une génération à une résurgence des idées d'extrême droite, à une banalisation du racisme et de la xénophobie. Au point que, pour une majorité des personnes il s'agit là d'"opinions" aussi légitimes que les autres. Et, partout sur le continent, les partis politiques et les mouvements xénophobes obtiennent un nombre de voix toujours croissant : en France, le Front national est en passe de devenir le premier parti ; en Italie, la Ligue du Nord domine dans trois régions ; la N-Va flamande domine Anvers et le Nord de la Belgique ; en Suisse, l'Union démocratique du centre domine le Parlement fédéral et a fait voter, en février, une initiative contre la libre circulation entre la Suisse et l'UE. Aux Pays-Bas, en Slovaquie, en Bulgarie, au Danemark, en Angleterre, les mouvements d'extrême droite prospèrent et en Hongrie ils sont carrément au pouvoir.

   / Y a-t-il une solution contre cette résurgence ?

   - La conscience nationale : la nation appartient à tous ceux qui adhèrent au contrat social et respectent les lois de la République. Ils ne peuvent en être exclus, d'où qu'ils viennent. Le cumul des appartenances culturelles singulières dans une société, de même que les appartenances multiples de chaque individu en son sein, constituent la richesse des nations européennes, la marque de ces grandes civilisations.


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Luc Desle

lundi 15 décembre 2014

"Il avançait chacun de ses arguments emballé dans un billet de banque". Jacques Damboise in "Pensées de l'à peu près".

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Pensées pour nous-mêmes:

(L'OISEAU DE LA LIBERTÉ,
BEAUCOUP ADORERAIENT
DE NOUVEAU LE CADENASSER)

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"C'est toi, Anna, qui a utilisé la peinture rouge?
- Non, pourquoi?"



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"Je vous le demande une dernière fois:
qui a décidé de tuer ce train de nuit?
Je compte jusqu'à 3..."



Tristesse, l’Europe mène 
ses trains de nuit au terminus


   (...) Il était déjà bien difficile de ne pas passer pour un fieffé rétrograde quand on refuse des vacances en Europe au goût de kérosène. Heureusement, il restait un argument implacable : « C’est vrai, tu as trouvé un vol jusqu’à Madrid pour 30 euros et en à peine 2 heures ? Moi en prenant un train-couchette de nuit j’arriverai tôt et en pleine forme, je pourrai bien profiter de ma première journée. Et même si je paye trois fois plus cher que toi, j’évite de payer une nuit sur place. » Mais cette époque touche à sa fin. Si vous voulez éviter l’avion, attendez-vous à galérer et débourser beaucoup. En décembre dernier, Elipsos [1] a décidé de supprimer son offre entre la France et l’Espagne. Puis celle entre la Suisse, l’Espagne et l’Italie. Au début du mois d’octobre, l’International Railway Journal annonçait que la Deutsche Bahn supprimait elle aussi ses trains nocturnes entre la France et l’Allemagne et ceux entre la Suisse, l’Allemagne et le Danemark. Pour ces destinations, comme pour de nombreuses autres, ne restent que la voiture ou les trains à grande vitesse et aux multiples correspondances. Ou, bien sûr, l’avion et son énorme bilan carbone.

   Pour expliquer ces suppressions, la Deutsche Bahn avance que « l’activité n’était plus rentable ». Côté SNCF, le service de presse nous indique, sans pouvoir nous fournir de chiffres : « Nous proposons maintenant des Paris-Barcelone en TGV (qui roulent le jour, ndlr) qui sont beaucoup plus rapides. Nous avons tout simplement amélioré notre offre. D’ailleurs notre offre TGV a un gros succès alors que la demande sur les trains de nuit diminuait ces dernières années. » (...)

   (...) Sauf que, même en prenant ce train rapide et même en m’y prenant un mois à l’avance, le trajet Paris-Madrid dure en journée entre 10h et 16h pour un coût d’au moins 200 euros. Auparavant, le trajet coûtait trois fois moins cher et était certes long (15 heures) mais, nuance de taille, il se faisait sur le dos et les yeux fermés. Qu’importe d’aller moins vite si l’on dort, et que l’on arrive plus reposé ?

Capture d’écran de facture pour un aller-retour Paris-Madrid 
réalisé en mars 2013


Capture d’écran d’une simulation de trajets Paris-Madrid réalisée 
en novembre 2014


   Faut-il donc me résigner à voir ces trains disparaître ? Beaucoup d’observateurs s’y refusent. D’abord, parce que les adeptes du train de nuit sont nombreux, comme le confirme Mark Smith, globetrotteur ferroviaire et auteur du blog de référence L’homme du siège 61 : « Ces trains étaient très très appréciés. » « Si ces lignes n’étaient plus rentables c’est parce qu’elles étaient exploitées de manière très coûteuses ! Ces trains sont utiles à tout un tas de gens, depuis le businessman en déplacement qui veut payer cher une couchette individuelle avec douche à l’étudiant qui voudra un siège basculable à bas prix. Il faut s’y adapter », dénonce de son côté Jean Sivardière, qui préside la Fédération nationale des associations d’usagers de transports (Fnaut). (...)

   (...) Mais alors que les trains de nuit rentrent en gare, une entreprise a fait le pari inverse. Thello [2] tente depuis 2011 de relancer des lignes nocturnes entre la France et l’Italie. Et, selon son directeur général Albert Alday, ça marche. « Le Paris-Milan-Venise (exploité jusqu’en 2010 par Artesia [3], ndlr) accueillait 200 000 passagers par an avant notre arrivée. Dès 2012, nous sommes passés à 300 000. En 2014 nous allons atteindre au moins les 340 000 passagers », se félicite-t-il. Alors pourquoi les opérateurs historiques se détournent-ils de ces voies ?

   « Le matériel roulant est assez vieux, il faudrait investir beaucoup pour relancer ces trains alors que leur rentabilité n’est pas évidente. La SNCF, qui en plus ne veut pas concurrencer son offre de TGV, organise donc la fin progressive de ces trains », diagnostique l’économiste des transports Yves Crozet. Mark Smith nuance : « Beaucoup de wagons-lits sont assez récents, ceux utilisés par la Deutsche Bahn ont même été construits en 2007 par Siemens, et les wagons-couchettes sont d’âges divers et en bon état général. »

   Albert Alday – dont la compagnie utilise le matériel roulant de ses prédécesseurs – opine et avance une autre explication : « Le train de nuit est un créneau compliqué, qui implique beaucoup de personnels et de métiers différents, il y a aussi des problèmes d’interopérabilité quand on passe d’un pays à l’autre. Tout ça fait que quand on est un grand opérateur, on se dit qu’on n’a pas envie de s’ennuyer avec ça. Ce qui se dit dans la profession c’est que, quand ces dernières années le rythme des travaux sur le réseau ferré a augmenté on a choisi de faire les travaux plutôt pendant la nuit et plutôt sur les lignes de nuit qu’on ne voulait plus exploiter. Ça a contribué à déstabiliser certaines lignes, d’autant plus qu’il y a un manque de coopération entre les pays sur l’anticipation et la gestion de ces travaux. » (...)

   (...) De même, certaines solutions, comme faire rouler de jour le matériel de nuit pour le rentabiliser, n’ont pas été poursuivies. Malgré un échec sur le Paris-Rome « où la concurrence des vols low cost est trop forte » et quelques controverses sur la qualité du service sur ces lignes – « quand on n’a pas de visibilité il est difficile d’investir mais je soutiens qu’on n’a fait mieux que nos prédécesseurs » – Albert Alday « mourrait d’envie » de « lancer d’autres lignes de nuit ».

    Ce qui n’empêche pas l’économiste Yves Crozet – qui rappelle que la ligne de nuit relancée par Thello entre Paris-Venise est bien particulière, romantisme oblige – de prédire que ces trains vont devenir un produit de niche ou de luxe. « Ils appartiennent au passé, comme les bateaux qui traversaient l’Atlantique. » A moins que la raréfaction des énergies fossiles ne rende l’avion de moins en moins accessible et/ou qu’une taxe sur le carburant ou les émissions de CO2 ne change l’aiguillage du transport européen ? « Pour moi, la dernière goutte de pétrole sera utilisée pour faire décoller un avion », rétorque Yves Crozet. Terminus, tout le monde descend.

[1] (entreprise possédée à 50% par la SNCF et à 50% par la Renfe, le Réseau national des chemins de fer espagnols)

[2] (qui appartient à Trenitalia et Transdev)

[3] détenue par la SNCF et Trenitalia


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"Alors je lui ai dit... Psstttt...
Et elle m'a répondu... Pssttt...
- Non?
- Si!"


(Cette pipelette d'oiseau bleu 
se méfiait des oreilles ennemies)


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Benoît Barvin

samedi 25 octobre 2014

"Comme il chantait le bonheur de vivre, l'assemblée de Morts-Vivants se mit à pleurer". Jacques Damboise in "Pensées de l'à-peu près".

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Pensées pour nous-mêmes:

(LA FEMME ET L'HOMME
SONT LA MESURE L'UN DE L'AUTRE)
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(La contorsionniste s'entraînait toujours
très sérieusement)



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"Si ça va mal, zou! Je me fais
engager au parc Astérix!"



Euro Disney: 
pourquoi la maison-mère ne laissera
jamais tomber son parc d'attraction


Le HuffPost 

   (...) Pour la troisième fois en 22 ans, la maison-mère américaine du parc d'attraction va remettre la main à la poche pour sauver Disneyland Paris. The Walt Disney Company (TWDC) devrait mener un plan de recapitalisation d'un milliard d'euros, censé lui donner de l'air frais pour les années à venir. Euro Disney (l'exploitant du parc dont TWDC dispose de 40% du capital) souffre depuis ses origines d'un problème de dette abyssale et fait les frais de la conjoncture morose des dernières années. Mais l'oncle d'Amérique n'est pas près de laisser tomber sa vitrine européenne.

   "C'est le premier parc d'Europe et la première destination touristique française", explique au HuffPost Jean-Pierre Nadir, fondateur du portail Easyvoyage. "Avec 14 millions de visiteurs par an, on ne peut pas dire que c'est un échec". Il faut dire que malgré ses résultats en dents de scie, le parc reste le plus gros succès touristique des 25 dernières années. À titre d'indication, le parc Astérix, le Futuroscope et le Puy-du-Fou sont tous en-dessous des 2 millions.

   Le groupe croit dur comme fer dans la réussite du parc, dans lequel il a inauguré une nouvelle attraction en juillet dernier. Basée sur l'univers du film Ratatouille, elle est l'aboutissement d'un programme industriel d'ampleur dans sa conception et sa réalisation. C'est comparable au lancement du second parc Walt Disney Studios en 2002 ou la nouvelle version de Space Mountain en 2005. Montant de l'opération: 200 millions d'euros, soit le double de la "Tour de la terreur", dernière grande attraction du parc. (...)

   (...) "Disneyland Paris est la première destination touristique en Europe, mais la dégradation de l'environnement économique et le poids de la dette du groupe ont fortement impacté ses recettes et sa liquidité", a justifié Tom Wolber, le nouveau président d'Euro Disney, qui a pris ses fonctions mi-septembre. "Cette proposition de recapitalisation d'Euro Disney est essentielle pour renforcer sa solidité financière et permettre au groupe de continuer à investir dans le parc afin d'améliorer l'expérience visiteur", a-t-il dit.

   Il faut dire que malgré les résultats financiers, la réussite commerciale est incontestable. Le parc a accueilli 14,1 millions de personnes sur l'exercice 2014 (clos au 30 septembre). Il approche désormais la barre des 300 millions de visiteurs en cumul depuis son ouverture le 12 avril 1992 (avec un pic annuel de 16 millions en 2012). Mais en dépit de son impressionnant succès d'affluence, il continue d'accumuler les déficits depuis 2001.

   De fait, son exploitant n’a gagné de l’argent qu’entre 1995 et 2001. Euro Disney accusait encore une perte nette de 64,4 millions d’euros au titre de son exercice 2013, pour un chiffre d’affaires de 1,3 milliard d'euros. Avant la recapitalisation, la dette s'élevait à 1,7 milliard d'euros et devrait prochainement fondre à 750 millions d'euros. Alors, Disneyland Paris, une si mauvaise affaire que ça?

   "C'est la structure du financement qui pose un problème", explique Jean-Pierre Nadir d'Easyvoyage. "Euro Disney a été élaboré sans fonds propres, c'est normal que l'actionnaire remette la main à la poche régulièrement". En effet, le parc a toujours été condamné à s'endetter pour se développer et construire de nouvelles attractions. Mais la maison-mère n'est pas aussi perdante qu'on veut bien le croire.

   La Walt Disney Company profite d'un montage financier particulier. Le contrat prévoit qu'elle ne touche pas de dividendes (indexées sur les bénéfices), mais d'énormes royalties de la part de la société d'exploitation. Que le parc soit rentable ou pas, Disney s'assure une manne financière substantielle. Suspendus pendant cinq ans après la crise financière de 1994, ces royalties ont repris et représentent 57% des pertes nettes depuis dix ans. "Sans ces derniers, Euro Disney pourrait être très proche de la rentabilité", souligne Jean-Pierre Nadir.

   Depuis sa création, Euro Disney a reversé en moyenne 6% de son chiffre d'affaires à sa maison mère, sous forme de royalties. Le CFDT évoque une somme de 75 millions d'euros annuels. De plus, les prêts octroyés par la maison-mère ne sont pas sans intérêts. Sur les 1,3 milliard d'euros prêtés en 2012, le conseil de surveillance de Disney a fixé le taux de remboursement à 4%. (...)

   (...) Mais outre pour la maison-mère, la survie d'Euro Disney est un sujet primordial pour l'Etat français. Malgré un investissement public initial de 666 millions d'euros (interconnexions TGV, RER, échangeurs), la somme a été décuplée en 20 ans par l'investissement privé. Selon une étude de la délégation interministérielle au projet Euro Disney, 7 milliards d'euros d'investissements privés ont été réalisés depuis 1992. Toujours selon la même source, 2,5 milliards d'euros de valeur ajoutée sont produits chaque année, principalement au profit de l'Ile-de-France et de la Seine-et-Marne.

   Les visiteurs de Disneyland ont dépensé 59 milliards d'euros en 20 ans en France, ce qui représente 6,2% des recettes du tourisme en France sur la période. Un montant astronomique, auquel la France tient énormément. "La France s'est mise en quatre pour être choisie, au détriment de Barcelone également candidate", rajoute Jean-Pierre Nadir.

   Disneyland a aussi généré en 20 ans 5,33 milliards d'euros de recettes fiscales (impôts et taxes): 4,5 milliards d'euros de TVA pour les caisses de l'Etat, et 667 millions d'uros courants en impôts et taxes pour les collectivités territoriales. Sur le plan social, 55.000 emplois ont été créés en 20 ans (en moyenne annuelle), "directs, indirects ou induits", sachant qu'un emploi à Disneyland en a généré près de 3 ailleurs en France. Fin 2010, Disneyland comptait un peu moins de 15.000 salariés. Mais "c'est au total 20.000 emplois en Seine-et-Marne", rajoute l'étude. Difficile donc d'envisager Marne-la-vallée sans son parc.

   Enfin, "pour la Walt Disney Company cette présence en Europe est stratégique",expliquait pour les 20 ans Ignace Lahoud, directeur adjoint finances d'Euro Disney, "c'est sa plus belle vitrine". "Ils n'ont pas le choix", assure quant à lui Jean-Pierre Nadir: "C'est leur nom et leur marque, il est impossible d'imaginer Euro Disney sans Disney". (...)


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(La partie de cartes avait duré un peu trop longtemps)



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Luc Desle