Bonjour à vous qui, dans le maelström du net, êtes arrivés, par hasard? lassitude? erreur? sur ce blog. Vous êtes les bienvenus. Vous y lirez des extraits d'articles, de pensées, d'interviews, piochés ça et là, et illustrés de photos et dessins détournés, via un humour de bon aloi. Vous pouvez évidemment réagir avec le même humour, la même ironie que nous mettons, chaque jour, à tenter de respirer un peu plus librement dans une société qui se corsète chaque fois un peu plus.
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mercredi 20 novembre 2013

"Serrant la main de son adversaire, il lui déboîta l'épaule". Jacques Damboise in "Pensées inconvénientes".

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Pensées pour nous-mêmes:

(TON VISAGE EST LE TOI DU MONDE)
PCC Jacou Damboise

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Nouveau court récit au long cours (19)


LE LIBÉRÉ
DU
CLUB MAD


Peu à peu Rachel, qui est venue pour se ressourcer, retrouve un semblant de calme, s'approche de la béatitude.

CHAPITRE 5
   « Notre besoin de consolation est impossible à rassasier. » Stig Dagerman


   Après la balade, ils sont allés se baigner au ponton, à l’heure où le stand de voile ferme. Il n’y avait plus que trois personnes. Rachel a essayé de lier conversation mais en pure perte. Elle n’a reçu en retour que de vagues onomatopées vides de significations qui en disaient cependant long sur l’état de réflexion de ces jeunes vacanciers. Fort heureusement, ces derniers sont partis « se faire beaux » pour la soirée. Du moins est-ce ce qu’elle a cru comprendre.

   Et pourtant, ces trois jeunes viennent juste d’achever leurs études en dentaire. Ils font partie de cette jeunesse dont les facultés mentales auraient dû s’épanouir harmonieusement, à l’instar de leurs corps qui ont eu la jouissance de piscines, tennis privés, et autres fitnesseries. Et statistiquement parlant, comme pourrait le confirmer Jean-Michel, il en va de même pour la majeure partie de ceux qui fréquentent actuellement le Club de Corfou. Les Blasés ont pris la relève des Bronzés.

   Daniel l’a soudain sortie de ses amères réflexions, en lui racontant ce qui pour elle constitue la deuxième version de la journée, à savoir la légende de la falaise qui se dresse là devant leurs yeux :

   - Car si on observe bien la configuration de la presqu’île, on réalise que celle-ci a tendance à être grignotée par la mer, phénomène somme toute normal. Par contre, les vieux pêcheurs grecs s’accordent pour dire que la falaise a une âme et que, si elle est dérangée un tant soit peu dans sa tranquillité minérale, elle s’ébroue de façon à essayer de se débarrasser de ce qui l’importune. 

   C’est pour cela que du côté du ponton de ski nautique, où toute la saison viennent cogner les vagues dues aux sillages des hors-bord, tout un pan de rochers s’est effondré dernièrement. Ce qui prouve que la légende peut rejoindre la réalité.

   Rachel a dit à Daniel que ce matin même un vieux Grec lui avait conté à peu près la même chose mais sous un jour un peu plus effrayant et paradoxalement plus crédible. Elle a rajouté, songeuse, qu’elle devrait imiter la falaise ou plutôt les Dieux et Déesses qui veillent là-dessous et ruer un peu plus dans les brancards.

   - Quand tu tiens à quelque chose ou à quelqu’un, et que tu risques de les perdre, voire que tu les as perdus, alors seulement, tu réagis. A moins d’être totalement détaché, on n’a pas d’autre alternative.

   - Je me découvre tiède, ayant peu d’enthousiasme, déçue, vidée.

   - Cela peut s’arranger. Je vais te faire un massage énergétique et du magnétisme. Tu vas voir, c’est très efficace

   - Vous avez appris tout ça où ?

   - Avec des amis qui avaient suivi la formation à l’Ecole du Toucher. J’avoue que je n’aurais pas pu me payer trois ans de stages. Je venais juste de donner ma démission. J'ai appris en un mois ce que le prof’ leur distillait au compte-gouttes moyennant grosses finances. Je me suis concocté une technique que tous apprécient bien et que je pratique souvent entre amis. On perd trop le sens du contact.

(A Suivre)

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(Ce miroir magique était d'humeur facétieuse)


(via zbags)

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"Et les serpents junkies, tu connais?
- Ben... Nooonnn... Mais c'est booonnn..."



Chiens junkies, chats dealers

CLAIRE MAUPAS

   (...) A Berlin, la consommation de drogue a des effets délétères... chez les chiens. Les vétérinaires soignent de plus en plus de quadrupèdes transformés en junkies, note Der Tagesspiegel. 

   Dans le Görlitzer Park et le parc de Treptow, lieux de deal et de consommation de stupéfiants, certains toxicomanes se soulagent dans les buissons. Or il arrive que les chiens mangent aussi les déjections humaines. Ces excréments, contaminés par des drogues comme l’héroïne, provoquent des intoxications. Tremblements, palpitations, pattes qui flanchent : les chiens empoisonnés doivent se voir administrer au plus vite un vomitif. La coprophagie est assez fréquente chez les chiens. Ceux-ci sont attirés par les acides gras présents dans les selles, précise le quotidien. 

   En Moldavie, un chat dealer est dans le collimateur de la justice. L’animal approvisionnait des détenus en cannabis. Le quadrupède, qui entrait et sortait régulièrement du pénitentier n° 9 de Pruncul, transportait l’herbe dans son collier, comme le montre la vidéo mise en ligne par l’admistration pénitentiaire. 


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"Vous voulez abuser de moi sexuellement...
- Meuh non... Simplement vous insérer un kit
pour vous commander à distance...
- Dans ce cas..."


Comme piloter un cafard à distance
 par téléphone portable

CLAIRE MAUPAS

   Contrôler un cafard à distance avec son smartphone ? Rien de tel pour intéresser les ados aux neurosciences, à en croire Backyard Brains. Cette société américaine lance une application et un kit permettant de piloter une blatte vivante par Bluetooth. Mais comment transformer un cafard en cyborg ? C’est ce que montre cette vidéo relayée par CBS News.

   1/ Plongez votre blatte dans de l’eau glacée pour l’anesthésier.
   2/ Poncez-lui la tête au papier de verre pour en enlever la couche cireuse.
   3/ Prenez de la Superglue. Collez-y un connecteur doté de trois fils sur la zone poncée. 
   4/ Perforez le thorax, insérez-y un des fils. Pas évident, le câble a tendance à se ratatiner. 
   5/ Replongez votre blatte dans l’eau glacée.
   6/Coupez les antennes au ciseau – elles sont creuses. Implantez un fil à droite, un fil à gauche. 
   7/ Encore un bon coup d’eau glacée. 
   8/ Appliquez une nouvelle couche de colle sur la tête. 
   9/ Dégelez votre cafard, c’est bon, il bat des ailes. 
   10/ Reliez votre connecteur à un circuit fixé au dos de la bestiole. 

   Votre blatte est prête, c’est parti ! (voir vidéo). Activez le "sac à dos" miniature avec votre smartphone pour envoyer des impulsions électriques à chaque antenne et stimuler le nerf qui conduit l’information au cerveau. Le RoboRoach croit qu’il va rentrer dans un mur, et il change de direction. Un coup à droite, un coup à gauche... Et voilà, vous avez appris "en temps réel comment le cerveau répond à des stimulus sensoriels". Car il ne s’agit pas là d’un jeu, mais d’un outil scientifique, précise Backyards Brains. 

   N’empêche, tout ceci énerve passablement People for the Ethical Treatment of Animals (Peta). Cette association de défense des animaux a porté plainte contre la start-up pour exercice illégal de la médecine vétérinaire, rapporte Slate. Pour Backyard Brains, les cobayes se portent à merveille. Une fois libéré de son appareillage, le cafard révolutionnaire peut retrouver les siens, manger et copuler, assure la société. Bon, dans ce cas...

   Comptez 99,99 dollars pour l’appli, le sac à dos, les batteries et trois connecteurs, et 24 dollars la boîte de douze blattes (vivantes bien sûr). Si votre cafard ne répond plus aux stimulations, pas de panique. Il s’est juste adapté. Remettez-le dans sa cage pendant vingt minutes, et c’est reparti pour un tour.


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Luc Desle

mardi 6 août 2013

"Il but tout son soûl pour l'être et il le fut". Jacques Damboise in "Pensées émollientes".

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Pensées pour nous-mêmes:

(L'OISEAU DANS SON NID
NE VOIT PAS LA CAGE)

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"Grrr... Maîtresse... Je me ferais bien
un bon guerrier bien musclé...
- Moi aussi, Panthera"



Frazetta
http://olderoticart.tumblr.com/image/55860605662

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"Ton cerveau entièrement soumis 
à la gourmandise sera...
- Merci.. chomp, chomp...
 Maître Yoda"



La Fabrique du Consentement : 
Plaidoyer pour une décroissance de l’éphémère
Chems Eddine CHITOUR
Deshazkundea - Flickr

   « Pour qu’un message publicitaire soit perçu, il faut que le cerveau du téléspectateur soit disponible. Nos émissions ont pour vocation de le rendre disponible : c’est-à-dire de le divertir, de le détendre pour le préparer entre deux messages. Ce que nous vendons à Coca-Cola, c’est du temps de cerveau humain disponible. » - Patrick Le Lay, Directeur de TF1

   Il est devenu d’usage d’admettre dans la plus pure tradition de la fatalité, que la civilisation est ce qu’elle est et qu’il faut s’adapter ou périr. Il en va ainsi de tous les ismes qui ont malmené la condition humaine à travers le siècle, notamment précédent et l’espace. En son temps, Jean-François Léotard avait fait l’inventaire de tous les récits de légitimité (communisme, stalinisme, nazisme... libéralisme) et comme épouvantail islamisme imposés par les puissants aux peuples. Parmi tous ces «ismes » le capitalisme triomphant après la chute du communisme pensait pouvoir formater la planète pour mille ans. Souvenons-nous de « La fin de l’histoire » de Francis Fukuyama pour qui le modèle américain de néolibéralisme devait amener la prospérité et la démocratie « aéroporté e » et les lumières droits de l’homme au reste du monde au besoin éclairée par le napalm... On le sait, le Programme américain pour un nouveau siècle (Pnac) théorisé par les néoconservateurs avait justement, pour objectif de réaffirmer le leadership définitif de l’hyperpuissance américaine d’un Satan de rechange. 

   Ce sera l’Islam(isme) et à bien des égards, l’attaque des tours jumelles, symbole du capitalisme triomphant, fut du pain bénit. Rien ne s’opposera ni à l’intérieur ni à l’extérieur à la tentation d’Empire et à la nouvelle religion le money-theïsme. Le capitalisme le néolibéralisme, la mondialisation ont besoin de mécanismes pour formater durablement le monde. Des institutions seront mises en place pour gouverner le monde, à la place des anciennes. D’abord, ce seront les deux grandes banques, celle qui « ajuste, structurellement les économies vulnérables le FMI, et la Banque mondiale ». C’est ensuite le commerce confié à l’OMC. Il faut aussi mettre au pas les récalcitrants, soit par le soft power de la Cour pénale internationales pour juger les faibles, ou la force brutale avec l’Otan et enfin la surveillance le formatage des esprits, qui est confié à Internet, et à l’addiction volontaire aux nouveaux médias. Nous allons justement traiter dans ce qui suit de la fabrique du consentement par les médias et la publicité sur tous les supports au premier rang desquels la télévision joue un rôle capital dans la « panurgisation » du monde. (...)

   (...) Dans les pays dits développés, le marché, dans l’euphorie des « trente glorieuses » en Europe a permis le développement spectaculaire de la consommation débridée sous toutes ses formes. A titre d’exemple, l’installation des grandes surfaces qui a laminé définitivement les petits commerces s’est imposée au début des années 1960 et en mutant chaque fois pour serrer au plus près le consommateur. On apprend qu’en France : « Le premier hyper est né le 15 juin 1963 en région parisienne sous la bannière Carrefour.. Dans les années 1970, les nouvelles technologies changent les modalités d’achat. L’apparition du code-barre, puis la naissance de la carte à puces et des cartes bancaires modifient. En 1976, Carrefour lance les « produits libres ». En 2012, Carrefour teste un magasin virtuel à Lyon et à Paris. Il permet au consommateur de commander ses produits via son smartphone depuis un lieu de passage, une gare par exemple, et de se faire livrer à son domicile ou au point « drive » de son choix. » (1) (...) 

   (...) Dans cette lutte féroce pour vendre à tout prix, les firmes multinationales ne manquent pas d’imagination. Elles faisaient appel aux techniques antédiluviennes de la réclame puis de la publicité classique. Elles s’attaquent maintenant au cerveau et créent un besoin. Pierre Barthélemy rapporte l’expérience singulière - pour nous, mais rentrée dans les moeurs ailleurs - de mainmise sur le cerveau. Expérience qui montre que rien n’est définitivement acquis et qu’on peut être trompé tout le temps. Nous le suivons : « Comment les grandes marques influent sur nos cerveaux. Tellement brutale mais tellement vraie, la sortie de Patrick Le Lay, alors P-DG de TF1, avait fait grand bruit : il n’imaginait sûrement pas, c’est à quel point ce rapprochement entre cerveau et grandes enseignes commerciales était pertinent et profond. 

   Une étude remontant au début des années 1980 a ainsi montré que des femmes souffrant de maux de tête se sentaient plus soulagées en prenant le cachet d’aspirine d’un groupe pharmaceutique très connu plutôt que celui d’une société moins célèbre, ce alors que la formulation et la présentation du médicament étaient exactement les mêmes. » (2)

   Pierre Barthélémy cite une étude singulière : « Dans un article publié il y a quelques semaines par PLoS ONE, deux psychologues allemands se sont demandé si cet effet « grande marque » pouvait être transposé dans l’univers de l’alimentation et influencer une dégustation. Pour le déterminer, ils ont mis au point l’expérience suivante : des volontaires, allongés dans un appareil à IRM (imagerie par résonance magnétique) allaient goûter quatre sodas gazeux et les noter pendant qu’on observerait les zones de leur cerveau excitées par cette dégustation. (...) Les deux premières se passent de présentation. River Cola est la marque générique d’une chaîne de supermarchés allemands tandis que le T-Cola avait été présenté aux participants comme une boisson tout juste mise au point et pas encore sur le marché. » (2)

   En fait, T-Cola n’était qu’une invention : l’idée consistait à proposer une boisson totalement inconnue, d’une marque non identifiable. Les quatre échantillons servis étaient en réalité rigoureusement identiques, un cocktail de Coca, de Pepsi et de River Cola. Un tiers de chaque. Pour rendre le scénario encore plus crédible, les expérimentateurs montraient avant le test quatre récipients dont le contenu était soigneusement étiqueté. Les quinze participants ont tous eu l’impression qu’il s’agissait de quatre sodas différents (avant qu’on leur dévoile le pot aux roses). 

   Les échantillons estampillés Coca et Pepsi, les deux grandes marques, ont obtenu des notes significativement meilleures à celles des deux autres, un résultat pas très surprenant. Le plus intrigant n’est, en effet, pas là. Il réside dans ce qui est apparu à l’IRM. La dégustation de ce qui était présenté comme des marques peu ou pas connues a donné lieu à plus d’activité dans le cortex orbitofrontal, montrant que le sujet cherchait davantage à assigner une valeur au produit qu’il était en train de goûter, à décider s’il le trouvait bon ou pas, ce qui était moins le cas avec les pseudo-Coca et Pepsi. Comme si, dans le cas du River Cola et du T-Cola, la marque n’était pas un indicateur suffisant pour déterminer si la boisson plaisait ou ne plaisait pas. Pour les boissons connues, cette zone se révélait moins active, sans doute parce que, pour les avoir déjà goûtées auparavant ou en avoir vu les sujets savaient déjà plus ou moins à quoi s’en tenir. (...) 

   Croyez-le ou pas, mais elles suivent de près la science du cerveau, au point qu’elles utilisent, elles aussi, l’IRM ou l’électroencéphalogramme pour... tester les réactions de consommateurs à de nouveaux produits ou comprendre comment ils prennent une décision d’achat. Cela s’appelle le neuromarketing. » (2) (...)

1. Du chariot à la caisse automatique, un demi-siècle d’hypermarchés Le Monde 14.06.2013

Lire la suite sur:


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"Sylvia, tu m'avais dit qu'on ne resterait qu'une demi-heure..."


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Luc Desle (et Jacques Damboise)

vendredi 2 août 2013

"Il embarquait dans ses voyages quelques mots-valises indispensables". Benoît Barvin in "Pensées pensées".

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Pensées pour nous-mêmes:

(UNE BONNE PAROLE
EST DITE AVEC LE COEUR)

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(Ce message secret, tatoué à même la peau,
ça allait être coton pour le récupérer...)


Yasmina Alaoui,Marco Guerra, from photographic series 1001 dreams

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"Tout ça... glouglouglou...
c'est charlatanerie et compagnie...
glouglouglou..."


L’eau rend votre cerveau plus rapide
 Antoinemoulin

   (...) Si vous êtes long à la détente, prendre un verre d’eau pourrait vous être utile. En effet, selon les dernières recherches, boire de l’eau rendrait votre esprit plus vif et plus réactif. Par ailleurs, ce phénomène serait particulièrement plus marqué chez les personnes qui ont soif.

   Ce sont des scientifiques de l’Université de East London qui sont arrivés à cette conclusion. Selon ces derniers, une fois que la sensation de soif est apaisée, le cerveau est plus enclin à se concentrer sur les tâches les plus importantes. Les résultats de cette enquête ont été publiés dans la revue spécialisée Frontiers in Human Neuroscience.

   Pour mener à bien ces travaux, les chercheurs ont étudié le comportement d’une trentaine d’hommes et de femmes qui devaient répondre à une série de tests mentaux deux fois. La première fois après un petit déjeuner et la seconde fois après avoir bu un verre d’eau.

   Les auteurs de l’étude ont également répertorié les personnes qui avaient soif et celles qui ne l’étaient pas. Ils ont alors constaté que les individus qui avaient bu un verre d’eau et qui éprouvaient une sensation de soif voyaient leur activité cérébrale s’accélérer de 14%.

   Ainsi, lorsqu’une personne a soif, certaines parties de son cerveau sont occupées par cette situation. Mais, lorsque ce problème est résolu, sa vitesse d’exécution peut alors augmenter.

   Les auteurs de l’étude concluent ainsi : “Ces résultats sont cohérents et mettent en exergue la consommation d’eau qui libère des ressources attentionnelles qui étaient occupés ailleurs à traiter les sensations de soif". (...)


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(L'ex Président Reagan se présentait, au-delà de la mort,
pour un ixième mandat. Il fut réélu triomphalement)


They Live by Jason Edmiston

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Benoît Barvin

samedi 29 juin 2013

"Il était gai de ne pas l'être et on le lui reprocha". Jacques Damboise in "Pensées inconvénientes".

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Pensées pour nous-mêmes:

(LE TEMPS N'APPARTIENT A PERSONNE)

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LONG RÉCIT AU LONG COURS (1/52)
pcc Benoît Barvin et Blanche Baptiste



   Soeur Adèle et Elaine jouent, malgré elles, les voyeuses en apercevant Angélus Gabrielli qui se baigne nu dans la rivière...

ANGÉLUS
ou
LES SECRETS DE L’IMPALPABLE




Jeune homme nu assis au bord de la mer, 1836,...
bonjourtableau.fr



   Elaine courut jusqu’au couvent. Elle alla dans sa cellule, sortit de son sac le pot d’onguent d’Adrien et, alors que la cloche du repas sonnait, elle se glissa dans la chambre de Sœur Camille, subtilisa l’onguent que cette dernière utilisait et posa à la place celui d’Adrien sur la commode. Elle savait que chaque après-midi, à l’heure de la sieste, la Mère Supérieure ne manquait pas de s’en oindre le corps.

   Le reste de la journée, elle le passa à tresser des couronnes avec Sœur Adèle et ses compagnes. Ces dernières se réjouissaient comme des enfants de la fête du lendemain. On irait jusqu’à la chapelle Saint Jean, avec tous les habitants du bourg, à pied, en une longue procession, puis on ferait un repas champêtre et le soir, on chanterait autour du feu de l’été. 

   Adèle ne disait rien, les yeux perdus dans le vague, se contentant de sourire. Elaine aussi se taisait, savourant à l’avance une vengeance dont elle ignorait encore le tour tragique qu’elle allait prendre.

CHAPITRE 21

   Angélus, dissimulé derrière les vitres de sa boutique, regarda la procession traverser la place. En tête venait le père Grangeais, flanqué de deux enfants de choeur portant ciboire et oriflamme, puis suivaient le sacristain et toute la congrégation entourant la statue de Saint Jean. Derrière piétinait la populace avec en premier le Maire, suivi des notables au milieu desquels se trouvait le docteur Gleize qui cultivait ainsi son image de marque. 

   Que ferait ce dernier lorsque toutes les crèmes qu’il commercialisait à Paris « tourneraient », comme avaient fait celles de Monsieur Fumel ? Ce serait une bien désagréable surprise pour lui ! Mais Angélus pensait que ce serait un juste retour des choses et il se félicitait d’avoir glissé dans les formules données à Gleize des composants qui, associés, ne manqueraient pas de faire naître ce fameux virus destructeur. Il aurait alors tout intérêt à ne plus être dans les parages. De toute façon, au mois d’août, il aurait quitté le bourg...

   Il apercevait dans le cortège ses soeurs aînées, Thérèse, Mariette et Germaine, accompagnées de leur progéniture que les costumes endimanchés ne parvenaient pas à embellir. Quant à ses frères, Michel, Joseph et Pierre, on eût dit des monstres : son œuvre souterraine avait fait des dégâts. Tous ceux qu’il avait connus ou fréquentés de près ou de loin semblaient désormais faire partie de la Cour des Miracles.

***

   Il faisait encore plus chaud que la veille, une chaleur lourde annonciatrice d’orage. D’ailleurs, vers l’est, d’énormes nuages s’amoncelaient et, poussés par un vent fort, commençaient à envahir le ciel entier. Sous cette canicule, tous allaient légèrement vêtus. Les Sœurs étaient en sandales de cuir et portaient leurs robes blanches réservées aux jours de fête dont l’étoffe était plus légère que celle de leurs tenues ordinaires. Elles chantaient des cantiques. Au milieu d’elles, Camille avait l’air fatigué.

   Pauvre Camille ! Angélus se demanda s’il parviendrait jamais à l’extraire de sa condition. Tout en elle sentait la spontanéité réprimée, l’angoisse face à l’idée qu’elle se faisait de Dieu, les formules toutes faites, la contrition permanente. Cela nuisait même à l’éclat de son teint. Les meilleurs onguents pourraient-ils lutter contre cette grisaille et ces remords qui la rongeaient de l’intérieur ? Ne devrait-il pas abandonner cette idée de l’emmener avec lui ? Ces questions le taraudaient et il comprit que ses jours à Fontseranne étaient comptés. Une fois encore, il devrait partir à l’aventure

***
(A Suivre)

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"Je prédis que cet extrait d'article va être boycotté
par 69% de lecteurs et lectrices..."

Daniel Kahneman. 
«Les gens sont infiniment compliqués»
Propos recueillis par PHILIPPE NASSIF

   (...) / Venons-en donc à votre théorie principale sur laquelle s’étayent toutes vos observations : notre cerveau est régi par deux personnages conceptuels que sont le« Système 1 » et le « Système 2 ». Comment les présenteriez-vous ?

   Le Système 1 régit notre intuition : il est automatique, procède par associations, cherche les relations de cause à effet et ne s’appuie que sur le particulier. Il n’a aucun atome crochu avec les statistiques ou les grands ensembles. Ce qu’il veut, ce sont des histoires, il cherche la cohérence. Or la cohérence ne dépend pas de la quantité de connaissances et de preuves qu’on a sur un sujet : nous pouvons tirer des conclusions fortes à partir de très peu. C’est ce que j’appelle « Covera » : c’est « Ce qu’On Voit Et Rien d’Autre » qui gouverne la plupart de nos impressions. 

   Prenez par exemple « l’effet de halo » qui nous pousse à parer de toutes les qualités (intelligence, fiabilité, compétence) une personne qu’on a trouvée simplement sympathique lors d’une soirée. Dernier point : le sentiment d’aisance avec lequel le Système 1 trouve une réponse renforce sa confiance dans son jugement…

   / Et en face, le Système 2 est paresseux…

   Le Système 2 a la capacité de raisonner, de résister aux suggestions du Système 1, de ralentir les choses, de faire preuve d’analyse logique et de livrer nos illusions de validité à une autocritique. Mais il n’intervient que contraint et forcé. Lorsque notre Système 2 entre en action, nos pupilles se dilatent, notre rythme cardiaque s’accélère, notre cerveau dépense une dose de glucose. Cela demande effort et concentration de pouvoir soutenir deux scénarios contradictoires. C’est pourquoi, la plupart du temps, le Système 2 se contente de valider les scénarios d’explication qui viennent du Système 1 : il est plus facile de glisser vers la certitude que de rester campé sur le doute.

   / D’où, souvent, de fausses justifications à partir de faits lacunaires ?

   Revenons à notre étanchéité à l’égard de la logique statistique. Une enquête sur les 3 141 comtés américains nous apprend que le taux de cancer du rein le plus bas se rencontre dans des comtés ruraux, peu peuplés et situés dans des États votant traditionnellement pour les républicains. Vous réfléchissez quelques secondes, écartez le facteur républicain, vous focalisez sur la dimension rurale de ces comtés et en concluez que, en effet, un mode de vie plus sain, sans pollution ni nourritures chimiques explique que les cancers soient moindres.

   Mais voilà, cette même enquête révèle que les comtés où il y a le plus de cancers du rein sont ruraux, peu peuplés et situés dans des États votant traditionnellement pour les républicains ! Logique, me répondrez-vous : la pauvreté et l’accès difficile aux centres de soin expliquent pleinement ce résultat ! À chaque fois, vous avez puisé dans votre mémoire associative pour offrir l’explication la plus cohérente. Mais la vérité est que les petits échantillons enregistrent – statistiquement – des résultats extrêmes, dans un sens comme dans l’autre : ils ne sont simplement pas représentatifs.

   / À l’image de cet exemple, la lecture de votre livre est déstabilisante, car elle nous démontre nos erreurs en direct.

   C’est vraiment la clé de notre succès : tous nos articles commençaient par une expérience auquel le lecteur pouvait lui-même se livrer et qui lui montrait directement les biais intuitifs dont il est victime. J’avais été très impressionné par la psychologie allemande du Gestalt. Les images qu’elle utilise permettaient au lecteur d’expérimenter des phénomènes d’illusion : dans un dessin, selon que vous observez la forme de deux profils qui se font face ou celle d’un vase, vous voyez deux choses différentes. C’est ce qui m’a inspiré notre manière de soumettre systématiquement le lecteur à une expérience ironique sur lui-même.

   / Mais nos intuitions, à défaut d’être justes, peuvent nous être utiles : sans les espoirs, certes excessifs, qui soutiennent nos entreprises, nous ne ferions rien.

   Oui, c’est le « biais optimiste »qui est le moteur même du capitalisme : nous exagérons toujours les chances de succès de ce que nous entreprenons. Mais cette tendance est heureusement contrebalancée par cet autre biais cognitif qu’est« l’aversion aux pertes ». Il y a alors un jeu de balance entre ces deux tendances, qui pare à un excès de témérité ou de conservatisme : nous sommes partagés entre des prévisions courageuses et des décisions timides.

   / Vos travaux sur l’intuition ont été l’enjeu d’une controverse qui, de façon exceptionnelle, s’est révélée fertile.

   Nos recherches sur l’intuition étaient en effet attaquées par l’école adverse menée par Gary Klein, pour qui un raisonnement intuitif tombe le plus souvent juste. Plutôt que de répondre par articles interposés, je lui ai proposé ce que j’appelle une « collaboration de confrontation » : il s’agit d’écrire avec son contradicteur un article à propos de nos divergences. Il a accepté et s’en est suivi un long échange de sept à huit ans au bout duquel nous avons pu signer un article intitulé : « Conditions d’une expertise intuitive : comment nous avons échoué à être en désaccord ». 

   En fait, nous ne parlions pas de la même chose. Il y a une différence entre l’anticipation à court terme et les prévisions à long terme : entre un pompier qui sent, sans se l’expliquer, qu’une maison va s’effondrer dans la minute et un spécialiste du Moyen-Orient qui livre ses prédictions sur l’évolution de la région. Car une compétence intuitive ne peut se développer que s’il y a un environnement suffisamment régulier pour être prévisible et la possibilité d’apprendre ces régularités grâce à une pratique durable – il faut à peu près dix mille heures de pratique pour devenir un expert. 

   C’est le cas pour le pompier ou l’infirmière qu’étudiait Klein et pas du tout avec les économistes et les politistes que j’étudiais. De même, un thérapeute, fort de pouvoir deviner comment son patient va réagir à ce qu’il lui dit, va s’imaginer qu’il peut aussi prédire où ce dernier en sera dans un an. Par excès de confiance, nous avons tendance à aller au-delà de notre champ de compétence. (...)

Lire l'entretien sur:

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"Il s'agit d'un couple de Chat/Chatte.
Et moi je suis leur Papa/Maman"


http://deforest.tumblr.com/

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"Non! Madame n'est pas une transgenre,
Monsieur le malotru! Pas plus que moi!"



Daphné Guinness: celle qui a piqué BHL à Arielle Dombasle ...
allainjules.com

PAKISTAN AUTREMENT 
Première candidate transgenre

   (...) Pour la première fois dans l'histoire du Pakistan, depuis sa création en 1947, les élections législatives vont marquer le passage entre deux gouvernements civils démocratiquement élus. Ce scrutin est également une première à un autre titre: une candidate transgenre a été autorisée à briguer un poste de députée par la Commission électorale. 

   Bindiya Rana explique clairement ses motivations : "Je ne me suis jamais vraiment intéressée à la politique du pays. Mais à présent, il me semble que le temps est venu pour les gens ordinaires que nous sommes de nous faire entendre et de nous présenter aux élections pour faire éclater la mafia des propiétaires terriens, des hommes d'affaires et des politiciens professionnels [qui dirigent le Pakistan]". (...) (et pendant ce temps-là, en France, pays de la Liberté...)



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Luc Desle

samedi 6 avril 2013

"Ce conquérant, un peu myope, comprit qu'il ne marchait pas sur des oeufs mais sur des têtes humaines". Jacques Damboise in "Pensées inconvénientes".

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Pensées pour nous-mêmes:

(LA HAINE N'EST QUE BILLEVESÉE)

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"La culture du Mexique n'a jamais
été belliqueuse. Croyez-en mon expérience"

Pancho Villa


D'étranges homicides au Mexique

   (...) Qui se cache derrière cet étrange crime ? Assis sur des chaises en plastique, pieds et poings liés, le visage couvert d'un bandeau blanc, les corps de sept hommes ont été déposés, samedi dernier, par leurs assassins sur une pelouse, au bord d'une route de la ville de Uruapan, à l'ouest de Mexico. La commune est connue pour être une des nombreuses plaques tournantes de la drogue au Mexique.(...)

   (...) Des citoyens en colère sont-ils derrière le massacre ou s'agit-il d'un énième règlement de compte entre bandes opposées ? Mais sur chacun des corps, un message a été inscrit sur une pancarte en carton : "Attention, voici ce qui arrivera à chaque pickpocket, violeur ou kidnappeur", peut-on y lire.

   La police n'a pour le moment pas fait la lumière sur ce multiple homicide. Mais une chose est certaine, la technique rappelle celle utilisée depuis quelques années par les cartels : exposer les corps des membres de gang ennemi aux yeux de tous et semer ainsi la terreur.(...)

   C'est aujourd'hui une véritable escalade de la violence et de l'horreur qui sévit dans tous le pays. Les cartels rivalisent de cruauté pour régler leurs comptes et tenter d'intimider leurs concurrents. Le cartel de Zetas est, ainsi, réputé pour ses pratiques particulièrement atroces.

   En mai dernier, 49 corps, dont 43 hommes et 6 femmes, aux têtes et mains coupées, avaient été trouvés, dans la boue et la poussière, sur une autoroute entre Monterrey et la frontière avec le Texas. Quelques jours plus tôt, 23 corps avaient été retrouvés à Nuevo Laredo, toujours dans l'extrême nord, dont certains pendus à un pont, et d'autres décapités et jetés près de la mairie.

   Plus de 60.000 personnes auraient été tuées dans cette funeste spirale des cartels, sous le mandat du président Felipe Calderon, qui a laissé sa place, en décembre 2012 à Enrique Peña Nieto. Selon rapport publié par les autorités mexicaines en février dernier, plus de 26.000 personnes ont été portées disparues ces six dernières années.


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(Indienne mexicaine exprimant son
attachement au grand conquérant 
Hernan Cortés)


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"Un Génie? On parle de moi?
- Pas vraiment... Rendormez-vous,
cher Monsieur..."


Et le génie jaillit du cerveau
Adam Piore


   Derek Amato se tenait au bord de la piscine [aux Etats-Unis], dans sa partie peu profonde, lorsqu’il a crié à son ami de lui lancer le ballon. Puis il s’est élancé dans les airs, tête la première et bras tendus. Il a senti ses doigts effleurer la balle, juste avant que son crâne ne heurte le fond de la piscine et que l’impact ne résonne dans sa tête comme une explosion. Il a fallu attendre plusieurs semaines avant que toutes les séquelles du traumatisme deviennent apparentes – 35 % de perte auditive dans une oreille, maux de tête, pertes de mémoire –, mais l’effet le plus spectaculaire est apparu quatre jours seulement après l’accident. 

   Amato est encore un peu dans les brumes quand il se réveille après plusieurs jours d’un sommeil quasi ininterrompu. Il se rend chez son ami Rick Sturm [qui était présent au moment de l’accident]. Tandis qu’ils discutent, Amato remarque un clavier électrique bon marché dans un coin du studio de musique improvisé de Sturm. Sans réfléchir, il va s’asseoir devant le clavier. Il n’a jamais joué du piano de sa vie et n’a jamais eu la moindre inclination pour cet instrument, mais, à sa grande surprise, ses doigts, instinctivement, se mettent à courir sur les touches. Amato enchaîne de riches accords comme s’il savait jouer depuis des années. Lorsqu’il lève finalement le regard du clavier, il voit son ami les yeux noyés de larmes. A la suite de cet incident, Amato tente de trouver une explication sur Internet en tapant des mots clés comme “surdoué” et “traumatisme crânien” dans les moteurs de recherche. 

   Il tombe sur le nom de Darold Treffert, un spécialiste reconnu mondialement du “syndrome du savant”. Les personnes atteintes de ce syndrome, qui souffrent généralement d’une déficience intellectuelle, manifestent des aptitudes exceptionnelles. Amato lui envoie un courriel et reçoit rapidement une réponse. Treffert, ancien professeur à l’école de médecine de l’université du Wisconsin, diagnostique un “syndrome du savant acquis”. Dans la trentaine de cas connus, des personnes ordinaires ayant souffert d’un traumatisme crânien ont soudainement développé de nouvelles compétences presque surhumaines : talent artistique, maîtrise des mathématiques, mémoire photographique, etc. 

   L’un d’eux, Jason Padgett, est la seule personne au monde capable de dessiner à la main les fractales, des figures géométriques complexes, depuis qu’il a été brutalement agressé par des voleurs. Un accident cérébral a aussi transformé un chiropraticien en visual artist reconnu dont les œuvres se vendent plusieurs milliers de dollars. Si les causes neurologiques du syndrome du savant acquis sont encore mal comprises, les progrès réalisés en matière de techniques d’imagerie cérébrale permettent aux scientifiques d’étudier les mécanismes neurologiques uniques mis en œuvre chez ces personnes. 

   Bruce Miller est neurologue du comportement et directeur du centre de la mémoire et du vieillissement de l’Université de Cali­fornie à San Francisco (UCSF), où il traite des personnes âgées souffrant d’Alzheimer et de troubles psychotiques. A la fin des années 1990, le fils d’un patient lui fait remarquer la nouvelle obsession de son père pour la peinture. Plus les symptômes s’aggravent, plus ses toiles s’améliorent, souligne l’homme. Miller réalise alors que d’autres patients développent de nouveaux talents au fur et à mesure que leur état neurologique se dégrade. Pendant que la démence détruit les zones de leur cerveau associées au langage, au traitement cognitif supérieur et aux normes sociales, leurs compétences artistiques se développent de manière exceptionnelle. 

   Miller décide d’étudier le cerveau de personnes souffrant du syndrome du savant “classique”, dont les aptitudes apparaissent généralement à un très jeune âge. Il examine notamment le scanner cérébral d’un enfant autiste de 5 ans capable de reproduire de mémoire des dessins complexes sur une ardoise magique [écran jouet]. La ­tomographie d’émission monophotonique (TEMP) [technique d’imagerie médicale permettant de modéliser les organes en trois dimensions] révèle une absence anormale d’activité dans les lobes frontal et temporal de l’hémisphère gauche, les régions du cerveau aussi affectées par la démence. 

   Dans la plupart des cas, les scientifiques attribuent une activité accrue du cerveau à la neuroplasticité : le cerveau peut consacrer un volume plus important au développement de compétences au fur et à mesure que celles-ci s’améliorent avec la pratique. L’hypothèse de Miller est complètement différente. Selon lui, les aptitudes savantes apparaissent parce que les zones détruites par la maladie – qui sont associées à la logique, à la communication verbale et à la compréhension – cessent d’inhiber les capacités artistiques latentes présentes chez ces personnes. Lorsque l’hémisphère gauche est plongé dans le noir, les circuits qui maintiennent l’hémisphère droit sous contrôle disparaissent. Ces compétences exceptionnelles ne sont donc pas le résultat d’un pouvoir nouvellement acquis ; elles apparaissent parce que les zones du cerveau associées à la créativité peuvent désormais opérer librement. 

   La théorie de Miller est étayée par les ­travaux d’autres neurologues. Ceux-ci découvrent en effet de plus en plus de cas d’individus chez qui des dommages cérébraux ont spontanément – et contre toute attente – entraîné des changements positifs, notamment la disparition du bégaiement, l’amélioration de la mémoire chez les singes et les rats, et même le recouvrement de la vue chez certains animaux. (...)

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Benoît Barvin