Bonjour à vous qui, dans le maelström du net, êtes arrivés, par hasard? lassitude? erreur? sur ce blog. Vous êtes les bienvenus. Vous y lirez des extraits d'articles, de pensées, d'interviews, piochés ça et là, et illustrés de photos et dessins détournés, via un humour de bon aloi. Vous pouvez évidemment réagir avec le même humour, la même ironie que nous mettons, chaque jour, à tenter de respirer un peu plus librement dans une société qui se corsète chaque fois un peu plus.
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samedi 20 décembre 2014

"Dans cette fête malfaisante, seules les femmes étaient sublimes". Benoît Barvin in "Pensées pensées".

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Pensées pour nous-mêmes:

(LE MAÎTRE N'A PAS BESOIN
DE BÉQUILLES)

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(La fille de la voisine avait le...
hem... même sourire que sa mère)



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"Docteur... Le bidonville d'à-côté me pose
un cas de conscience...
- Ne vous inquiétez pas, très chère, la Police
va y mettre bon ordre...
- Et pour mon cas de conscience?
- Mes mains vont vous l'ôter"



ÉTATS-UNIS
La fin de l'immense bidonville 
de la Silicon Valley


   (...) Voilé par les saules et les broussailles, au bord du lit d’une rivière de San José se cache un des plus grands campements de sans-abri des Etats-Unis, bâti par des centaines de personnes. 

   Une cabane dans un arbre s’y dresse au milieu de bunkers souterrains et de cahutes de fortune. Ce bidonville de 28 hectares n’est qu’à quelques minutes du centre-ville et des sièges des géants des nouvelles technologies qui ont fait de la Silicon Valley une des régions les plus riches au monde. Longtemps, la ville a fermé les yeux sur la Jungle [surnom du campement]. Mais le camp installé sur les rives boueuses de la rivière Coyote est devenu si peuplé ces dernières années qu’il s’est couvert de détritus en décomposition, d’excréments humains, et qu’il a fini par être infesté par les rats – au point qu’une espèce menacée de truites arc-en-ciel qui vivait dans la rivière a quasi disparu. 

   Après avoir tenté de nettoyer les abords du campement sans grand enthousiasme pendant plusieurs années, la municipalité a décidé de fermer la Jungle pour de bon, le 4 décembre. Ce camp tentaculaire est en effet devenu un problème majeur et un symbole gênant de la crise du logement dans la Silicon Valley. En 2013, San José et le comté de Santa Clara comptaient près de 7 600 sans-abri, soit plus que la grande ville voisine de San Francisco. Et 75 % d’entre eux dormaient dehors, sur les trottoirs, dans les parcs et sous les ponts d’autoroutes – une proportion plus importante que dans toute autre grande zone métropolitaine des Etats-Unis. 

   Les autorités pointent du doigt la flambée des prix immobiliers. Quand la Silicon Valley est sortie de la récession, les Américains sont arrivés en masse pour y chercher du travail, faisant exploser les prix des appartements : dans un rayon d’une quinzaine de kilomètres autour de San José, le loyer moyen est passé à 2 633 dollars [2 129 euros] en septembre 2014, contre 1 761 dollars [1 424 euros] deux ans plus tôt. Pour ce qui est de l’achat, le prix médian d’une maison a grimpé à près de 700 000 dollars [566 000 euros]. (...)

   “C’est un cocktail explosif : une partie de la population est extrêmement riche, le nombre de personnes qui travaillent dans les nouvelles technologies s’envole et ceux qui n’ont plus les moyens d’accéder au marché du logement sont de plus en plus nombreux”, commente Jennifer Loving, directrice exécutive de Destination Home, une organisation issue d’un partenariat public-privé destiné à mettre fin au mal-logement dans le comté. 

   Depuis sa décision de fermer la Jungle, il y a dix-huit mois, San José a dépensé 4 millions de dollars [3,2 millions d’euros] pour reloger les habitants du camp et les mettre en contact avec des services d’aide. “La municipalité a vraiment fait des efforts”, commente Claire Wagner, responsable de la communication de HomeFirst, qui gère un foyer pour sans-abri et une agence de services à San José. Reste que parmi les habitants de la Jungle, si 144 ont trouvé un toit, plus d’une cinquantaine n’ont toujours nulle part où aller, malgré les aides au logement. “Le problème, ce ne sont pas les campements, c’est le fait que ces personnes n’ont pas de logement”, commente Ray Bramson, responsable de l’aide aux sans-abri à San José. 

   La veille du grand nettoyage, pendant que certains habitants de la Jungle pliaient bagage, d’autres affirmaient qu’ils comptaient bien rester aussi longtemps que possible. Sous une pluie battante, Tiffany Curtis, 35 ans, vêtue d’une veste de camouflage, poussait un Caddie rempli de ses affaires bourrées dans des sacs-poubelle, dans une caisse en plastique et dans un sac Hello Kitty, jusqu’à un monospace. La municipalité l’a relogée dans un studio dont le loyer sera payé tant qu’elle aura un travail. 

   Doug Wynne, 60 ans, affirmait quant à lui vouloir rester aussi longtemps que possible avec ses six chats dans son douillet complexe de tentes, reliées les unes aux autres par des bâches, des couvertures et des sacs de couchage. Installé dans la Jungle depuis quatre ans, il a eu le temps de se construire une petite allée en briques menant à sa maison de fortune, dans laquelle il a disposé un tapis, un canapé et des lits. Doug Wynne, un réfugié de la crise immobilière et de la vague de saisies qui a frappé la Floride, est venu à San José dans l’espoir de travailler dans la vente de logiciels, mais il s’est retrouvé à faire la manche sur le terre-plein d’une avenue du quartier de Little Saigon. “Je dormais sur le campus de l’université, ils m’ont emmené en car ici… Partout où j’allais, la police me harcelait, témoigne-t-il. Et puis un jour je suis venu ici et ils m’ont laissé tranquille.” D’autres habitants de la Jungle travaillent – dans la menuiserie, la restauration, les travaux manuels. 

   Mais tous les soirs ils reviennent dormir au campement, faute d’avoir un meilleur endroit, commente Ray Bramson. Certains ont des problèmes mentaux ou médicaux, des casiers judiciaires ou des dettes impayées qui les handicapent pour trouver un logement. En dehors de la Jungle proprement dite, la ville de San José est constellée d’au moins 200 campements de sans-abri, poursuit-il. “La municipalité a fait énormément pour aider un tas de personnes à trouver un logement, mais c’est une goutte dans l’océan”, déplore Matt King, de Sacred Heart Community Service, un groupe local de lutte contre la pauvreté. “On n’a pas droit à l’erreur dans la Silicon Valley. Si vous n’avez pas de revenus solides et réguliers, vous pouvez très vite perdre votre logement et atterrir sous une tente dans la Jungle.” Le parcours de Robert Aguirre illustre à quel point il est dur de maintenir un pied dans la classe moyenne dans cette économie surchauffée. (...)

   Aujourd’hui âgé de 56 ans, ce consultant en ingénierie aidait autrefois des entreprises à se mettre aux normes de sécurité internationale. Quand la première bulle des nouvelles technologies a explosé, à la fin des années 1990, ses affaires ont commencé à battre de l’aile. Les tâches qu’il effectuait ont été massivement délocalisées vers la Chine. Et lui et sa femme ont perdu leur maison. Son épouse souffrant de problèmes de santé, en particulier d’arthrose, ils ont décidé de quitter leur appartement en étage pour s’installer en rez-de-chaussée. 

   Mais, alors qu’ils avaient déjà donné leur préavis à leur ancien propriétaire, le nouveau les a informés qu’il avait changé d’avis et qu’il comptait loger des proches dans l’appartement. Or leur ancien logement était déjà reloué. A force de dormir assise dans leur voiture, son épouse a développé des œdèmes, raconte Robert Aguirre. 

   Sur les conseils d’un médecin, en janvier dernier, ils ont pris une tente et se sont installés dans la Jungle. Malgré tout, assurent-ils, la vie n’est pas trop dure : Robert Aguirre trouve des petits boulots au jour le jour et sa femme travaille comme secrétaire médicale. Ils ont un poêle au propane pour se chauffer et pour cuisiner, et un véritable sommier pour dormir. A présent, ils ont trouvé un logement, mais ils comptent rester en contact avec la communauté de la Jungle. 



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" A toi aussi les humains ont rasé la fourrure sur le dos?"


Sam Jinks

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Luc Desle

jeudi 16 octobre 2014

"Sa pensée était aussi luisante qu'une calandre de limousine neuve". Jacques Damboise in "Pensées de l'à-peu près".

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Pensées pour nous-mêmes:

(LE CACTUS, POURTANT,
TE DÉSALTÈRE)

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"Mademoiselle, vous savez pourtant
que le port de la fourrure est interdit...
- Pardon ?"


Anatoliy Hankevitch

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Comment pense la classe dirigeante 
(La Jornada)

Raul ZIBECHI 

   (...) La crise continue de révéler tout ce qui était caché en temps normal. Cela inclut les projets stratégiques de la classe dirigeante, leur façon de voir le monde, le principal pari qu’ils font pour demeurer une classe dominante. C’est, en gros, son objectif principal, celui qui subordonne tout le reste, y compris les modes de production capitalistes dans l’économie.

   Vous pensez peut-être que la crise est juste une parenthèse après laquelle tout redeviendra plus ou moins comme avant. Pas du tout. La crise n’est pas seulement un révélateur, mais le reflet de ceux d’en haut qui remodèlent le monde. Parce que la crise est, en grande partie, provoquée par eux pour écarter ou faire disparaître tout ce qui limite leurs pouvoirs. Fondamentalement, les secteurs populaires, indigènes, noirs et métis de notre continent.

   D’autre part, une crise de cette ampleur (il s’agit d’une série de crises qui comprend une crise /chaos climatique, une crise de l’environnement, de la santé et, de façon transversale, une crise de la civilisation occidentale) implique des changements plus ou moins profondes dans la société, les relations de puissances et les pôles de pouvoir dans le monde, dans chaque région et pays. Il me semble nécessaire d’aborder trois aspects, qui ne recouvrent pas toutes les nouveautés de l’éventail de la crise, mais sont, à mon avis, les plus à même d’influencer les stratégies des mouvements anti-systémiques.

   Tout d’abord, ce que nous appelons l’économie a subi des changements profonds. Un tableau préparé par l’économiste Tcherneva Pavlina, basé sur des études sur les inégalités de Thomas Piketty, révèle comment le système fonctionne depuis les années 1970, aggravée par la crise de 2008.




   Le tableau couvre 60 ans de l’économie américaine, de 1949 à nos jours. Il décrit le part de la croissance qui est appropriée par les 10% les plus riches, et celle qui revient aux autres 90%. Dans les années 1950, par exemple, la tranche de 10% s’est appropriée entre 20 et 25 pour cent des nouvelles recettes annuelles. C’est ainsi que fonctionne une économie capitaliste normale, lorsque le patronat s’approprie la majeure partie des fruits du travail humain, que Marx a appelé la plus-value. C’est l’accumulation du capital par la production de masse.

   A partir de 1970, un changement majeur se produit et devient tout à fait visible dans les années 1980 : les 10% de riches commencent à s’approprier 80% de la richesse et seulement 20% de celles produites chaque année reviennent aux 90% restants. Cette période correspond à l’hégémonie du capital financier, ce que David Harvey a appelé l’accumulation par dépossession ou pillage.

   Mais quelque chose d’extraordinaire s’est produite depuis 2001. Non seulement les plus riches raflent tout mais, depuis 2008, s’accaparent également d’une partie des biens des autres 90%, comme leur épargne ou leurs biens. Comment appeler un tel mode d’accumulation ? C’est un système qui n’est plus en mesure de reproduire les rapports capitalistes car il consiste à voler. Le capitalisme extrait de la plus-value et accumule des richesses (même par dépossession), tout en généralisant les relations capitalistes, et pour cela s’appuie sur le travail salarié et non sur l’esclavagisme (je dois ces réflexions à Gustavo Esteva, qui les a formulées à l’époque de la petite école zapatiste et lors d’échanges ultérieurs).

   Il est probable que nous entrons dans un système encore pire que le capitalisme, une sorte d’économie du vol, plus proche du mode de fonctionnement des cartels du narcotrafic que de celui des entreprises que nous avons connues dans la majeure partie du XXe siècle. Il est probable aussi que cela n’avait pas été prévu par la classe dirigeante et que ce n’est que le résultat de la recherche excessive de profit dans l’exercice de l’accumulation par dépossession, ce qui a donné naissance à une génération de vautours/loups incapables de produire quoi que ce soit autre que la mort et la destruction autour d’eux.

   Deuxièmement, le fait que le système fonctionne de cette manière implique que ceux d’en haut ont décidé de se sauver aux frais de l’humanité toute entière. À un moment donné, ils ont rompu tout lien émotionnel avec les autres êtres humains et sont prêts à provoquer une catastrophe démographique, comme le suggère le tableau ci-dessus. Ils veulent tout.

   Par conséquent, eu égard au mode de fonctionnement du système, il serait plus approprié de parler de « Quatrième Guerre mondiale » (à l’instar du sous-commandant Marcos) que de « accumulation par dépossession », parce que l’objectif est l’humanité toute entière. Il semble que la classe dirigeante a décidé que le niveau actuel de développement technologique lui permet de se passer du travail salarié qui crée la richesse, et qu’elle ne dépend plus de consommateurs pauvres pour écouler ses produits. C’est peut-être du délire induit par l’orgueil, mais il paraît néanmoins clair que ceux d’en haut ne cherchent plus à diriger le monde selon leurs anciens intérêts, mais cherchent à créer des régions entières (et parfois des continents) où régnerait le chaos total (comme c’est le cas au Moyen-Est) et d’autres régions où régnerait une sécurité absolue (comme certaines parties des États-Unis et de l’Europe, et les quartiers riches de chaque pays).

   Bref, ils ont renoncé à l’idée d’"une" société pour la remplacer par celle d’un camp de concentration.

   Troisièmement, ceci a des implications énormes pour la politique de ceux d’en bas. La démocratie n’est plus qu’une arme brandie contre des ennemis géopolitiques (à commencer par la Russie et la Chine), mais ne s’applique pas aux régimes amis (Arabie Saoudite), et n’est plus le système qui a pu avoir en d’autres temps une certaine crédibilité. Il en va de même pour l’état-nation, à peine un obstacle à surmonter comme en témoignent les attaques contre la Syrie en violation de la souveraineté nationale.

   Il n’y a pas d’autre voie que d’organiser nous-mêmes notre monde, dans nos espaces/territoires, notre santé, notre éducation et notre autonomie alimentaire. Avec nos propres pouvoirs pour prendre des décisions et les appliquer. Ou plutôt, avec nos propres institutions d’auto-défense. Sans compter sur les institutions de l’Etat.


   Traduction "dis comme ça, ça donne envie d’un grand Grand Soir" par VD pour le petit Grand Soir avec très probablement plus de fautes et de coquilles que d’habitude.



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"Et alors, elle lui répond: c'est la preuve
que la Révolution est en marche!!!
- Ahahaha..."


(Source: adreciclarte, via gh2u)

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Luc Desle

lundi 4 août 2014

" Il était content d'avoir fait le minimum en en faisant le minimum". Jacques Damboise in "Pensées à contre-pet".

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Pensées pour nous-mêmes:

(LE MAÎTRE A-T-IL DES
POCHES DANS SON HABIT?"

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"Alors? On l'astique bien, son
joli ustensile?
- C'est très fin!"



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(Danse Alstomiste collée serré-serrée)


Tout sur les conspirateurs 
qui ont vendu Alstom

Leslie VARENNE

   (...) Jean-Pierre Jouyet, ex-président de l’Autorité des marchés financiers (AMF), David Azéma, de l’agence des participations de l’Etat (APE), Patrick Kron, PDG d’Alstom… autant d’acteurs dont le rôle interroge alors que la cession à General Electric est plombée par les affaires et les obstacles à franchir.

   Le gendarme boursier a mis en garde l’Etat sur les risques que représente son accord conclu avec Bouygues, pour que l’Etat entre à hauteur de 20% dans le capital d’Alstom. L’AMF considère cet accord comme une action de concert entre Bouygues et l’Etat et donc que les deux parties s’exposent au risque de dépasser le seuil de 30% du capital, ce qui nécessiterait de lancer une offre publique d’achat sur Alstom. En réalité, derrière cette mise en garde polie, l’AMF signifie à l’Etat une fin de non-recevoir confirmant l’amateurisme du gouvernement dans ce dossier stratégique. Car l’Etat ne peut pas entrer au capital de cette société sans prendre le risque de déclencher une OPA sur l’ensemble du capital d’Alstom. Or pour cela il faudrait que l’Etat ait la capacité d’acheter la valeur totale d’Alstom et donc de débourser entre et 8 et 15 milliards d’euros. Ce qu’il n’a pas les moyens de faire. David Azema, directeur de l’Agence des participations de l’Etat (APE) a déclaré : « les deux parties veilleront à ne pas franchir ensemble le seuil de déclenchement d’une offre publique. » 

   Des propos qui tentent de rassurer mais qui ne changeront rien. L’encre à peine sèche, l’accord est déjà à l’eau et la victoire du patriotisme économique cher à Arnaud Montebourg boit la tasse. Que reste-t-il comme solution à l’Etat pour avoir son mot à dire au sein d’Alstom ? Pour l’instant aucune. A partir d’avril 2015, date à laquelle toutes les autorités de concurrence auront donné leur accord, à supposer qu’elles le donnent, ce qui n’est pas certain, il pourra racheter seulement les actions de Bouygues au prix fort de 35 euros, alors qu’aujourd’hui l’action est cotée autour de 26 euros. Cette annonce de l’AMF n’est pas une surprise. 

   Dans notre édition du 26 juin dernier, nous dénoncions l’improvisation et l’incompétence du gouvernement dans cette affaire. Les spécialistes du dossier s’attendaient au retour de bâton de l’AMF, le droit boursier est strict. Pourquoi David Azema et l’Etat n’ont il rien vu venir ? Ce dossier a pourtant été suivi de près par François Hollande, en prime depuis avril 2014, son plus proche conseiller, le secrétaire général de l’Elysée n’est autre que Jean-Pierre Jouyet, l’ami de quarante ans du Président. Or, quelles étaient les fonctions de Jean-Pierre Jouyet entre 2008 et 2012 ? … Président de l’AMF ! (...) 

   (...) La direction d’Alstom et celle de Bouygues pourraient, elle aussi, avoir à rendre des comptes à l’AMF si cette dernière se penchait sur la suspicion de manipulation de cours boursiers (voir HD 418). Selon un spécialiste des marchés l’AMF devra également se pencher sur un autre problème celui de savoir : « Qui et dans quelles conditions peuvent être vendus 70% d’une société cotée au CAC 40 ? Ce n’est pas un acte de gestion courante. Tout le déroulement de l’opération est critiquable à bien des égards. On imagine mal l’AMF ne pas avoir à trancher là-dessus. Et là, c’est tout l’accord, General Electric-Alstom-Etat-Bouygues qui serait en cause. Il faudra tout reprendre à zéro ! » 

   La direction d’Alstom pourrait également avoir à rendre des comptes à la justice française dans le cadre des multiples affaires de corruption dans lesquelles ce groupe est impliqué (voir HD 418 et 419). D’après un avocat spécialiste du droit pénal : « Il est curieux que malgré les enquêtes très lourdes en cours aux Etats-Unis, au Brésil et au Royaume-Uni, la justice française n’a toujours pas engagé de procédure alors que le siège du groupe est en France et que certains cadres incriminés par les autorités judiciaires de ces pays sont françaises et proches du PDG actuel. » (...)

   (...) Dans cet océan de mauvaises surprises et de complications toutes les nouvelles agréables sont bonnes à prendre, en voici donc une : le problème David Azéma est réglé (voir HD 419). En effet, le patron de l’APE désirait quitter son poste et partir travailler dans le privé. Il avait choisi la direction du bureau parisien de Bank of America, une banque conseil d’Alstom, alors que lui-même était le principal négociateur de l’Etat dans ce dossier, ce qui le plaçait au centre d’un conflit d’intérêt majeur. Son cas était étudié par la commission de déontologie placée sous l’égide du ministère de la Fonction publique. Selon une source qui souhaite rester anonyme, la dite commission a tranché : David Azéma ne pourra pas émarger chez Bank of America Paris. En revanche, il pourra aller exercer ses talents au sein de la banque Merrill Lynch à Londres. Faut-il rappeler à la commission de déontologie que Bank of America et Merrill Lynch ont fusionné en 2006 et qu’elles sont devenues une seule et même banque ? Interrogée, Marylise Lebranchu, ministre de la Fonction publique, n’a pas souhaité répondre à nos questions. Dommage !

   Mais Alstom n’en a pas terminé pour autant avec les conflits d’intérêts. Le 20 mai dernier, devant la Commission des Affaires économiques de l’Assemblée Nationale, Arnaud Montebourg critiquait la direction d’Alstom pour ne pas l’avoir informé de ses projets de vente à l’américain General Electric. Il fustigeait également cette direction pour n’avoir prévenu aucun dirigeant d’Alstom de ses projets à l’exception d’une seule personne, le président d’Alstom Grid, Grégoire Poux-Guillaume. Or ce dernier, un franco-américain dont le père est un ami proche de Patrick Kron a travaillé pour un des plus gros fonds d’investissement mondial, CVC Capital. En 2010, il était en charge de l’offre d’achat d’Areva TD aux côtés de … General Electric. 

   A l’époque, Patrick Kron avait fait appel au patriotisme économique du gouvernement Fillon pour éviter que la pépite française ne passe entre les mains des américains. Quatre ans plus tard, associé à Grégoire Poux-Guillaume, il vend l’ensemble des trois secteurs Energie d’Alstom à… l’américain General Electric.


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Benoît Barvin

lundi 14 juillet 2014

"Mon Maître ne donnait jamais de la voie". Jacques Damboise in "Pensées de l'à-peu-près".

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Pensées pour nous-mêmes:

(JUSQU’À TON DERNIER SOUFFLE
TU PEUX NAÎTRE A L'AMOUR)

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(Ouvriers heureux de travailler 
pour la grande finance internationale)


Emile Zola, Le grand magasin - Zoom.

CAMBODGE
"Ne protestez pas, consommez !"

LUKE HUNT


   (...) Un centre commercial rutilant vient tout juste d'ouvrir à Phnom Penh. Et dans quelques semaines, le nom de Rolls Royce s'ajoutera à la liste des constructeurs automobiles de luxe qui possèdent une boutique dans la capitale cambodgienne. Bien sûr, il y a déjà des centaines de centres commerciaux et de vendeurs de voitures select en Asie du Sud-Est. Mais on ne peut pas blâmer le Cambodge d'arriver tardivement au grand banquet de la consommation. Le pays sort de décennies de guerres et de bouleversements politiques – qui n'ont pris fin qu'il y a une génération à peine. (...)


   (...) Cela dit, lors de l'inauguration du centre commercial AEON [géant japonais de la grande distribution], le Premier ministre Hun Sen n'a pas pu résister à la tentation de se livrer à son habituelle diatribe, devant un auditoire de jeunes Cambodgiens bardés de sacs contenant leurs emplettes : le lieu serait fermé si la paix et l'ordre public n'étaient pas respectés.

   "S'il vous plaît, jeunes gens, travaillez dur pour le succès du centre commercial. Si l'AEON ne fait pas de profits, ses patrons n'augmenteront pas vos salaires", a menacé le Premier ministre. Avant d'ajouter : "Cela ne sert à rien de protester et de détruire le centre commercial. [...] N'allez pas protester, vos protestations feraient fermer l'AEON."

   Le ministre des Affaires étrangères japonais, Fumio Kishida, était présent aux côtés de Hun Sen lors de l'inauguration. Le Premier ministre a fermement pris la défense du groupe AEON, qui a investi 205 millions de dollars [150 millions d'euros] dans le projet. "Y aura-t-il des gens pour faire leur shopping à l'AEON si le pays est déchiré par la guerre ou si les rues de la capitale sont livrées à l'anarchie ? Non, personne. La paix et la réconciliation nationale, ainsi que la stabilité politique sont les conditions sine qua non au développement du pays", a-t-il scandé. (...)

   (...) Hun Sen, qui n'a plus guère la cote, est un habitué de tels propos menaçants. Il a même tendance à les multiplier depuis que, à la suite des élections de 2013, son Parti du peuple cambodgien (PPC) ne possède plus qu'une petite majorité de sièges au Parlement [68, contre 55 à l'opposition]. Le clou de son discours : "Ne jouez pas à ce jeu-là. Si M. Kishida rentre chez lui, il n'en mourra pas. Mais nos 2 500 salariés, eux, sont voués à la mort s'ils perdent leur travail."

   Penser que les clients aisés vont ranger leur portefeuille pour aller manifester dans la rue, c'est ne pas comprendre les jeunes Khmers et les raisons pour lesquelles ils ont voté en masse pour l'opposition représentée par le Parti du sauvetage national du Cambodge (PSNC). L'idée selon laquelle la guerre serait plausible et menacerait de fermeture les boutiques à la mode est complètement tirée par les cheveux. Tout aussi folle celle, partagée par l'immense majorité des Khmers, selon laquelle certaines personnes paieraient plus de 295 000 euros pour une Rolls Royce Phantom. (...)

   (...) On reproche à Hun Sen et à sa coterie de riches hommes d'affaires de se désintéresser des attentes de la jeunesse cambodgienne, qui a peu – voire pas – de souvenirs de la guerre. Les temps sont révolus où, pour remporter des élections, on faisait des tournées dans les campagnes pour distribuer des sacs de riz et des packs de cigarettes. Les moins de 30 ans représentent 78 % de la population, et ils veulent des iPhones, des motos, des formations et des emplois. Si le PNSC a gagné en popularité l'année dernière, c'est grâce aux mouvements de protestation en réaction aux élections frauduleuses. (...) 

   (...) En tout cas, ce n'est probablement pas en agitant la menace d'une guerre que le PPC remportera l'adhésion des jeunes Cambodgiens, adhésion dont il a désespérément besoin s'il veut gagner le scrutin de 2018. Les centres commerciaux ne ferment pas pendant les coups d'Etat en Thaïlande, pendant les manifestations en Indonésie, pendant les attentats à la bombe aux Philippines, pendant les vagues de répression contre les dissidents au Vietnam. Si Hun Sen veut vraiment améliorer sa popularité, il devrait un peu moins user de la menace. Et davantage penser à redistribuer les richesses de la nation.


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"Où est mon bol pour le petit-déjeuner?
Celui qui l'a pris, je vais lui tanner les fesses!"


Aguirre la Colère de Dieu
Klaus Kinski

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Benoît Barvin

mardi 8 juillet 2014

"Ce vendeur d'illusions fut payé en monnaie de singe". Benoît Barvin in "Pensées pensées".

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Pensées pour nous-mêmes:

(N'ATTENDS PAS DU ROI
QU'IL T'OFFRE SA COURONNE)

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"Un papillon? Sur la Tête?
Mais c'est un chapeau..."


(Source: gitmekilekalmak)

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(Dette argentine cherchant à étouffer
un bel hidalgo)


feverdance.e-monsite.com

Argentine : 
un vautour peut en cacher d’autres

Renaud Vivien
Article mis en ligne le 1er juillet 2014

   (...) La Cour suprême des Etats-Unis vient de rejeter le recours de l’Etat argentin contre la décision d’un tribunal new-yorkais le condamnant à payer 1,33 milliard de dollars à deux fonds vautours, NML et Aurelius.

   Basés généralement dans les paradis fiscaux, les fonds vautours sont des fonds d’investissement spéculatifs qui profitent des crises pour racheter les dettes des Etats à des prix très bas. L’objectif est de les contraindre par la voie judiciaire à les rembourser au prix fort, c’est-à-dire le montant initial des dettes, augmenté d’intérêts, de pénalités et de divers frais de justice. La plus-value que ces fonds engrangent est phénoménale. A titre d’exemple, NML a racheté en 2008 des titres de la dette argentine affichant une valeur nominale de 222 millions de dollars. Alors qu’il n’a déboursé que 48 millions pour acquérir ces titres de la dette, il réclame à l’Argentine le paiement de 222 millions de dollars plus les intérêts de retard ! Au total, l’Etat argentin doit payer 1,33 milliard de dollars à NML et Aurelius, selon la décision des juges new-yorkais confirmée par la Cour suprême.

   La compétence des tribunaux new-yorkais, extrêmement protecteurs des créanciers, découle d’une grave erreur commise par le gouvernement argentin au moment des négociations qu’il a menées avec ses créanciers privés en 2005 et en 2010 et auxquels les fonds vautours ont toujours refusé de participer.

   Petit retour en arrière... Suite à la suspension unilatérale du paiement de sa dette fin 2001, le gouvernement argentin a pu inverser le rapport de force en sa faveur et obtenir de l’écrasante majorité de ces créanciers privés (93 %) une réduction de 70 % de sa dette commerciale. Mais au cours de ces négociations, il a renoncé à une partie de sa souveraineté en confiant aux tribunaux new-yorkais la compétence de trancher les litiges avec ses créanciers à la place des juridictions argentines. C’est cette brèche qu’ont utilisée NML et Aurelius pour poursuivre l’Etat argentin sur le sol étasunien et l’affaire n’est pas finie…

   En rejetant le recours de l’Argentine, la Cour suprême des Etats-Unis vient, en effet, d’ouvrir la voie à d’autres condamnations puisque les autres fonds vautours, qui ont refusé de négocier, vont très certainement eux aussi poursuivre l’Argentine. La facture pourrait alors augmenter de 15 milliards de dollars ! Insupportable pour l’économie du pays et pour le peuple argentin. Le gouvernement n’a pas le choix. Désobéir à ce jugement est une nécessité quitte à se mettre dans l’illégalité du point de vue du droit étasunien. Rappelons toutefois que l’Argentine, comme tous les autres Etats a, en vertu du droit international, des obligations envers sa population qui sont supérieures à toute autre obligation comme celle de rembourser ses créanciers.

   Dans ce bras de fer avec les fonds vautours, l’Argentine a reçu le soutien formel des créanciers « traditionnels » tels que le FMI, la Banque mondiale et de plusieurs Etats membres du Club de Paris, le groupe informel réunissant les 19 plus riches Etats créanciers (dont fait partie la Belgique). Tous condamnent en apparence les fonds vautours, mais tous portent une lourde part de responsabilité dans cette situation.

   Premièrement, ces fonds vautours gagnent devant les tribunaux car leur action reste légale ! Leurs agissements ne sont pourtant pas nouveaux. En l’occurrence, NML obtenait déjà en 1999 le versement par le Pérou de 58 millions de dollars pour une dette que le fonds avait rachetée seulement 11 millions de dollars. Les Etats doivent dès lors multiplier les lois pour stopper l’action des fonds vautours au niveau de leurs juridictions nationales. Il y a urgence vu les ravages causés par les fonds vautours dans les pays du Sud, mais également en Europe où la Grèce et Chypre sont déjà attaqués.

   Deuxièmement, les créanciers « traditionnels » ont lourdement endetté les pays du Sud avec la complicité des gouvernements débiteurs. Ces créances rachetées par les fonds vautours sont à l’origine très souvent odieuses, illégales ou illégitimes. C’est le cas de la dette argentine qui a été déclarée nulle par la Cour suprême argentine dans le jugement Olmos de 2000. Les juges argentins ont identifié 477 délits dans la formation de cette dette, avant même l’arrivée des fonds vautours.

   Ces créanciers « traditionnels » qui font mine de soutenir l’Argentine contre les fonds vautours sont donc également ceux qui extorquent le peuple argentin en lui faisant payer une dette frauduleuse léguée en partie par la dictature argentine qu’ils ont soutenue.

   Les Etats membres du Club de Paris sont même parvenus le 29 mai à un accord avec l’Argentine prévoyant le remboursement de cette dette odieuse. Cela faisant treize ans que l’Argentine avait cessé tout remboursement à l’égard du Club de Paris. L’accord prévoit le paiement de 9,7 milliards de dollars dont 3,6 milliards correspondent à des intérêts punitifs sur les arriérés ! Les vautours sont décidément plus nombreux que ce que l’on pense.

   Si les créanciers veulent vraiment être pris au sérieux dans leur soutien à l’Argentine, ils doivent d’une part, prendre des lois contre les fonds vautours et, d’autre part, annuler totalement et sans conditions toutes les dettes odieuses, illégales et illégitimes de l’Argentine.

Source originale : Carte blanche publiée dans le quotidien Le Soir du 23 juin 2014


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(La Femme rayée portait-elle un pyjama?)


Danilo Martinis

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Luc Desle

vendredi 20 juin 2014

"Cet amour était doux comme une huile de massage". Benoît Barvin in "Pensées pensées".

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Pensées pour nous-mêmes:

(LE SAGE AIME LA SAGESSE SAGEMENT)

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"Fallait pas qu'il critique ma cuisine"



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"Je t'ai coupé la tête provisoirement...
C'est pour réduire les déficits,
tu comprends?"


menestreletgladiateur.blogspot.com

Athènes, 
berceau du licenciement de masse

Ramon Pino

   (...) La Grèce va mal, nous dit-on depuis le début de « la crise ». Il serait plus juste de dire que c’est le peuple grec qui va mal. Tous les secteurs sont touchés, notamment les services publics. Le système libéral capitaliste prend prétexte de cette crise, qui est de son fait, pour accélérer la privatisation tous azimuts. Et son imagination est fertile pour atteindre ce but. Ainsi, le gouvernement a sorti de sa manche la « disponibilité de travail », sorte de chômage technique limité à huit mois, pouvant s’appliquer à tous les fonctionnaires et salariés du secteur public, qui sont menacés d’être licenciés « provisoirement » en conservant 75 % de leur salaire durant ces huit mois. Si, au bout de cette période, ils n’ont pas été réintégrés à leur poste, le licenciement devient définitif.

   Parmi les nombreuses luttes en cours contre cette mesure, celle des femmes de ménage du ministère des Finances est une des plus longues. Depuis des mois, elles organisent des sit-in devant le siège de cet organisme pour protester contre cette « disponibilité de travail » qu’on leur impose, et qui a déjà permis au gouvernement grec de licencier des milliers de fonctionnaires, et d’en réembaucher d’autres mais à des conditions bien plus désavantageuses – l’objectif de l’État étant de réduire au maximum le nombre d’emplois dans le secteur public.

   Pendant tous ces derniers mois, les femmes du service de nettoyage se sont donc rassemblées chaque matin et ont également participé à toutes les manifestations qui ont eu lieu à Athènes, allant même jusqu’à se joindre à d’autres collectifs et à envoyer une délégation à Bruxelles pour faire entendre leur voix.

   Face au gouvernement grec, qui n’a su répondre à leur demande de réintégrer leur poste de travail que par la violence et la répression, elles ont décidé de continuer leur sit-in en invitant d’abord tous les autres licenciés et sans-emploi à les rejoindre pour exiger la destitution du gouvernement et de la Troïka (UE-BCE-FMI), et en faisant aussi appel aux citoyens, syndicats, organisations de femmes, jeunes, intellectuels et scientifiques pour soutenir leur combat.

   Depuis 2011 en Grèce, les licenciements se comptent par centaines de milliers ; 2014 ne verra pas de ralentissement dans ce domaine : les prévisions indiquent que 200 000 travailleurs du public devront quitter leur emploi contraints et forcés. Le mot d’ordre de l’État : privatisation à outrance, fermetures d’hôpitaux et d’écoles. Dans les secteurs autrefois publics et nouvellement privatisés, les nouveaux salariés sont des précaires avec conditions de travail et salaires à la baisse, alors que le service fourni au citoyen (TV, gaz électricité, etc.) revient désormais plus cher.

   La Grèce devient ainsi le pays de l’Union européenne qui a le moins de travailleurs dans le service public, galopant vers le tout-privatisé, même si ça coûte plus cher au consommateur. Un seul secteur stable, voire en augmentation : les forces de sécurité chargées de protéger les institutions. Jusqu’à quand ? Jusqu’à un grand coup de balai des femmes de ménage en « disponibilité de travail » ? (...)


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"Je t'ai dit cent fois de muscler tes fesses...
Tu sais ce qui t'attend?
- Oui Maîtresse..."


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Benoît Barvin

mardi 29 avril 2014

"Miss Berlingot fit saliver tous les mâles de l'assemblée". Jacques Damboise in "Pensées inconséquentes".

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Pensées pour nous-mêmes:

(LA HAINE A SOUVENT
UNE BELLE VÊTURE)

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(Lunette de Cyclope. Modèle unique)


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"Dors, petit pauvre, dors,

je m'occupe du reste"




Le capitalisme se mord la queue

WILL HUTTON
THE OBSERVER

   (...) Un nouvel économiste crée aujourd'hui la polémique et il n'est pas de droite. Début avril, à la conférence de l'Institute of New Economic Thinking, à Toronto, l'ouvrage de Thomas Piketty, Le Capital au XXIe siècle, a été mentionné au moins une fois à chacune des séances auxquelles j'ai assisté. Il faut remonter aux années 1970, avec Milton Friedman, pour trouver un économiste ayant suscité un tel débat.

   Comme Friedman, Piketty est un homme de son temps. Si durant les années 1970, les inquiétudes portaient sur l'inflation, aujourd'hui elles sont liées à l'émergence de ploutocrates et à leur impact sur l'économie et la société.

   Piketty est convaincu que le niveau actuel des inégalités de richesse, qui est vouée à augmenter, compromet l'avenir du capitalisme. Et il le démontre. Cette thèse étonnante est très mal accueillie par ceux qui considèrent que le capitalisme et les inégalités sont interdépendants. Selon cette idée, soutenue par le centre droit, le capitalisme a besoin des inégalités de richesse pour stimuler la prise de risques et les initiatives. C'est pourquoi David Cameron et George Osborne plaident pour une diminution des droits de succession et se flattent du faible niveau d'imposition des plus-values et des sociétés, un système favorable aux entreprises. (...)

   (...) Piketty déploie deux siècles de données pour prouver qu'ils ont tort. Le capital, dit-il, est aveugle. Quand son rendement – par l'investissement dans des secteurs allant de l'immobilier à la construction automobile – dépasse la croissance réelle des salaires et de la production, comme il l'a toujours fait, à l'exception de quelques périodes comme les années 1910-1950, le stock de capitaux augmente beaucoup plus rapidement que l'ensemble de la production. Et les inégalités de richesse explosent.

   Ce processus est exacerbé par les héritages et, aux Etats-Unis et au Royaume-Uni, par l'augmentation du nombre de "superpatrons", royalement rémunérés. Les inégalités de richesse en Europe et aux Etats-Unis ont déjà atteint les niveaux d'avant la Première Guerre mondiale et s'orientent vers ceux de la fin du XIXe siècle, quand la chance de pouvoir compter sur un héritage jouait un rôle crucial dans la vie économique et sociale.

   Les dépenses excessives et les terribles tensions sociales qui ont marqué l'Angleterre édouardienne [1901-1910], la France de la Belle Epoque et les Etats-Unis des magnats de l'industrie semblent à jamais derrière nous, mais Piketty montre que la période comprise entre 1910 et 1950, durant laquelle ces inégalités ont été réduites, était anormale. Il a fallu une guerre et une récession pour mettre un coup d'arrêt à la dynamique des inégalités et pour mettre en place des impôts élevés sur les hauts revenus, en particulier ceux du capital, pour préserver la paix sociale. Aujourd'hui, le processus inéluctable de multiplication du capital aveugle au bénéfice de quelques privilégiés est à nouveau à l'œuvre, et qui plus est à une échelle mondiale. (...)

   (...) Il n'existe pratiquement pas de nouveaux entrepreneurs, hormis une ou deux start-up de la Silicon Valley, qui puissent gagner suffisamment d'argent pour concurrencer les concentrations de richesses incroyablement puissantes qui existent déjà. En ce sens, on peut dire que "le passé dévore l'avenir". Le fait que le duc de Westminster et le comte de Cadogan soient deux des hommes les plus riches de Grande-Bretagne est révélateur. Ce phénomène s'explique par les terrains que leurs familles possèdent depuis des siècles à Mayfair et à Chelsea et par les réticences à éliminer les possibilités d'évasion fiscale qui permettent à ces familles de faire prospérer leur patrimoine.

   Aujourd'hui, on est davantage encouragé à devenir rentier qu'à prendre des risques. Il suffit de voir l'explosion des investissements immobiliers. Nos sociétés et nos riches n'ont pas besoin de soutenir des innovations audacieuses ni même d'investir dans la production.

   D'autres forces se conjuguent contre le capitalisme. Piketty note que les riches savent très bien protéger leurs richesses de l'impôt et que la proportion du fardeau fiscal supporté par les ménages à revenus moyens a progressivement augmenté. En Grande-Bretagne, 1 % des ménages les plus riches paient effectivement un tiers de la totalité de l'impôt sur les revenus, mais ce dernier ne représente que 25 % des revenus du Trésor public : 45 % viennent de la TVA, de droits d'accises et de diverses contributions sociales payées par l'ensemble de la population. (...) 

   (...) De ce fait, la charge de dépenses publiques comme l'éducation, la santé et le logement incombe de plus en plus aux contribuables moyens, qui n'ont pas les ressources financières nécessaires pour les payer. Et c'est ainsi que les inégalités de richesse deviennent un facteur de dégradation des services publics et des conditions de travail.

   L'enseignement que l'on peut tirer du passé est que les sociétés s'efforcent de se protéger en fermant leurs frontières ou en menant des révolutions, voire des guerres. Les solutions – un taux d'imposition sur les revenus allant jusqu'à 80 %, des droits de succession réels, un impôt sur la propriété adéquat et une taxe mondiale sur les richesses – sont actuellement inconcevables. Mais comme l'écrit Piketty, la tâche des économistes est de les rendre plus concevables. Et c'est ce que fait Le Capital au XXIe siècle.


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(L'Homme au Chapeau avait 

une tête de bouledogue)




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Luc Desle