Bonjour à vous qui, dans le maelström du net, êtes arrivés, par hasard? lassitude? erreur? sur ce blog. Vous êtes les bienvenus. Vous y lirez des extraits d'articles, de pensées, d'interviews, piochés ça et là, et illustrés de photos et dessins détournés, via un humour de bon aloi. Vous pouvez évidemment réagir avec le même humour, la même ironie que nous mettons, chaque jour, à tenter de respirer un peu plus librement dans une société qui se corsète chaque fois un peu plus.
Affichage des articles dont le libellé est consommation. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est consommation. Afficher tous les articles

lundi 24 novembre 2014

"C'est d'un dentier distrait qu'il croqua dans ce gâteau bien mou". Jacques Damboise in "Pensées de conifères".

+++
Pensées pour nous-mêmes:

(LA VIE NE REGARDE PAS
A LA DÉPENSE)
+++

"Non, Jeannie, pas la tête dans les épaules!
Combien de fois il faudra que je te le dise?
Jeannie, tu m'entends? "



+++



Embargo russe : 3 idées 
pour éviter le gâchis 
de fruits et de légumes 



   Cet automne, l’Europe croule sous les pommes. L’embargo décidé par la Russie le 7 août dernier sur fond de crise ukrainienne frappe de plein fouet les vergers français. Et pour ne rien arranger, cette année, la récolte est «abondante et exceptionnelle», si l’on en croit l’Association nationale pommes poires (ANPP). Conséquence de cette surproduction, les produits sont vendus au rabais. «On propose des pommes à 3 ou 4 centimes d’euro le kilo, ça ne paie ni la taille, ni la récolte, et encore moins les frais de mise en culture», indiquait Xavier Beulin, le président de la FNSEA (Fédération nationale des syndicats d’exploitants agricoles), le premier syndicat agricole français, lundi sur France Inter, pour justifier la colère des agriculteurs. 

   En janvier, les producteurs laitiers seront à leur tour frappés par une dégringolade des prix, prédit La Revue laitière française. Soucieuse d’éviter une crise majeure, l’Union européenne a débloqué 165 millions d’euros, un montant jugé insuffisant par les agriculteurs. L’Europe finance le retrait de certains produits, qui peut impliquer des destructions massives. Pour l’heure, le ministère de l’Agriculture français ne communique pas sur les quantités concernées, mais Stéphane le Foll, le titulaire du portefeuille, a plusieurs fois confirmé l’usage de ce levier. Epandage de prunes, compostage de carottes, broyage de poires et méthanisation : sur le site de France Agrimer, les agriculteurs trouvent des fiches indiquant la marche à suivre pour se débarrasser des fruits de leur labeur. 

   Comme le souligne l’économiste Bruno Parmentier, auteur du livre Faim Zéro, sur son blog, « la mesure fait mauvais genre aux yeux du citoyen et démoralise le producteur ». En France, 50 000 tonnes de fruits et de légumes, traditionnellement vendues sur le marché russe pourraient être gaspillées sur une année. L’Hexagone n’est pourtant pas le plus touché des pays européens (voir la carte des coûts par pays). De la Pologne et la Belgique en passant par le Danemark, d’autres solutions ont été testées. Tour d’horizon. (...)

   (...) Quand la Russie ferme ses frontières, le Danemark sert du fromage aux plus démunis. Comme le rapporte le journal belge Le Soir, le groupe laitier Arla a déjà distribué 15 tonnes à la banque alimentaire. Cette mesure permet d’éviter que les produits qui « ne peuvent être réemballés et revendus » selon la coopérative, ne soient jetés. Elle donne un peu d’air aux associations dont les budgets européens ont été grignotés ces dernières années. Seule ombre au tableau : le goût. Le fromage épicé au bleuet ou à la roquette, très prisé du consommateur russe n’a pas toujours les faveurs des papilles danoises.

   En France, les associations de distribution d’aide alimentaire ne rencontrent pas ce problème. Pour l’heure, elles n’ont récolté que des pommes. Les Banques alimentaires s’en sont vu livrer 300 tonnes, dispatchées auprès des quelque 900 000 bénéficiaires, « ce qui revient à deux pommes par personne », relativise Maurice Lony, le président de l’association. Même type de collecte du côté des Restos du cœur qui soulignent par e-mail que d’autres produits frais – « carottes, poires, kiwis, choux-fleurs, tomates, choux blancs, concombres » – pourraient être concernés. Car les associations ne peuvent pas écouler des quantités infinies d’une même denrée. « Le problème avec les produits frais, c’est qu’il faut les distribuer avant qu’ils se gâtent, souligne Maurice Lony. C’est pourquoi il va falloir se poser la question de leur transformation ». (...)

   (...) Bon gré mal gré, les Polonais sont devenus de gros buveurs de cidre. Quelques semaines après le début de l’embargo, dans ce pays où une pomme sur deux est destinée au marché russe, l’acte est devenu « un devoir patriotique », comme le rapporte Le Monde. A tel point que, à la fin du mois d’août, les intentions d’achat de la boisson, pourtant peu prisée jusqu’alors, avaient déjà augmenté de 163%. En France, où entre 3% et 4% des pommes sont destinées au marché russe, la production massive de compote et de jus de fruit a bien été évoquée. Mais les industries de transformation ne sont pas emballées. Comme l’explique La Dépêche du Midi, leur réticence est liée à un risque de saturation du marché : la production de 2013 n’ayant pas été écoulée, les produits transformés risquent à leur tour de voir leurs prix chuter. Même problématique pour le lait. Immédiatement après l’annonce de l’embargo russe, les fabricants européens de produits laitiers ont ralenti la production de fromage, au profit du beurre et de la poudre de lait. Résultat, le cours de ces produits s’est effondré. (...)

   (...) « Mangez des pommes » ! Le leitmotiv de Jacques Chirac dans Les Guignols de l’info est une piste sérieuse de sortie de crise pour les agriculteurs. A tel point que la Belgique a lancé une campagne nationale incitant chaque citoyen à croquer une pomme et une poire par jour par solidarité avec les agriculteurs. L’appel, relayé entre autres par la presse belge, a été entendu. Sur certains marchés, des producteurs ont vu leurs ventes de poires grimper de 50%. En Pologne, la mobilisation a pris de l’ampleur grâce aux réseaux sociaux. Comme le rapporte Le Monde, journalistes et politiciens se sont photographiés pomme entre les dents et bouteille de cidre à la main pour inciter leurs concitoyens à faire de même. Sur Twitter, le hashtag #jedzjablka (#mangedespommes) s’est propagé. Un exemple à suivre pour Daniel Sauvaître, président de l’ANPP, qui déclarait en septembre à l’AFP : « J’appelle les Français à faire la même chose que les Polonais : contre l’embargo russe, croquez une pomme, faites-en des selfies et militez pour la paix commerciale. »


+++
"Toi, tu t'es encore baigné dans un fleuve de lait, hein?
Tu sais combien ça me coûte, petit sacripant?"



+++
Luc Desle

lundi 14 juillet 2014

"Mon Maître ne donnait jamais de la voie". Jacques Damboise in "Pensées de l'à-peu-près".

+++
Pensées pour nous-mêmes:

(JUSQU’À TON DERNIER SOUFFLE
TU PEUX NAÎTRE A L'AMOUR)

+++



+++

(Ouvriers heureux de travailler 
pour la grande finance internationale)


Emile Zola, Le grand magasin - Zoom.

CAMBODGE
"Ne protestez pas, consommez !"

LUKE HUNT


   (...) Un centre commercial rutilant vient tout juste d'ouvrir à Phnom Penh. Et dans quelques semaines, le nom de Rolls Royce s'ajoutera à la liste des constructeurs automobiles de luxe qui possèdent une boutique dans la capitale cambodgienne. Bien sûr, il y a déjà des centaines de centres commerciaux et de vendeurs de voitures select en Asie du Sud-Est. Mais on ne peut pas blâmer le Cambodge d'arriver tardivement au grand banquet de la consommation. Le pays sort de décennies de guerres et de bouleversements politiques – qui n'ont pris fin qu'il y a une génération à peine. (...)


   (...) Cela dit, lors de l'inauguration du centre commercial AEON [géant japonais de la grande distribution], le Premier ministre Hun Sen n'a pas pu résister à la tentation de se livrer à son habituelle diatribe, devant un auditoire de jeunes Cambodgiens bardés de sacs contenant leurs emplettes : le lieu serait fermé si la paix et l'ordre public n'étaient pas respectés.

   "S'il vous plaît, jeunes gens, travaillez dur pour le succès du centre commercial. Si l'AEON ne fait pas de profits, ses patrons n'augmenteront pas vos salaires", a menacé le Premier ministre. Avant d'ajouter : "Cela ne sert à rien de protester et de détruire le centre commercial. [...] N'allez pas protester, vos protestations feraient fermer l'AEON."

   Le ministre des Affaires étrangères japonais, Fumio Kishida, était présent aux côtés de Hun Sen lors de l'inauguration. Le Premier ministre a fermement pris la défense du groupe AEON, qui a investi 205 millions de dollars [150 millions d'euros] dans le projet. "Y aura-t-il des gens pour faire leur shopping à l'AEON si le pays est déchiré par la guerre ou si les rues de la capitale sont livrées à l'anarchie ? Non, personne. La paix et la réconciliation nationale, ainsi que la stabilité politique sont les conditions sine qua non au développement du pays", a-t-il scandé. (...)

   (...) Hun Sen, qui n'a plus guère la cote, est un habitué de tels propos menaçants. Il a même tendance à les multiplier depuis que, à la suite des élections de 2013, son Parti du peuple cambodgien (PPC) ne possède plus qu'une petite majorité de sièges au Parlement [68, contre 55 à l'opposition]. Le clou de son discours : "Ne jouez pas à ce jeu-là. Si M. Kishida rentre chez lui, il n'en mourra pas. Mais nos 2 500 salariés, eux, sont voués à la mort s'ils perdent leur travail."

   Penser que les clients aisés vont ranger leur portefeuille pour aller manifester dans la rue, c'est ne pas comprendre les jeunes Khmers et les raisons pour lesquelles ils ont voté en masse pour l'opposition représentée par le Parti du sauvetage national du Cambodge (PSNC). L'idée selon laquelle la guerre serait plausible et menacerait de fermeture les boutiques à la mode est complètement tirée par les cheveux. Tout aussi folle celle, partagée par l'immense majorité des Khmers, selon laquelle certaines personnes paieraient plus de 295 000 euros pour une Rolls Royce Phantom. (...)

   (...) On reproche à Hun Sen et à sa coterie de riches hommes d'affaires de se désintéresser des attentes de la jeunesse cambodgienne, qui a peu – voire pas – de souvenirs de la guerre. Les temps sont révolus où, pour remporter des élections, on faisait des tournées dans les campagnes pour distribuer des sacs de riz et des packs de cigarettes. Les moins de 30 ans représentent 78 % de la population, et ils veulent des iPhones, des motos, des formations et des emplois. Si le PNSC a gagné en popularité l'année dernière, c'est grâce aux mouvements de protestation en réaction aux élections frauduleuses. (...) 

   (...) En tout cas, ce n'est probablement pas en agitant la menace d'une guerre que le PPC remportera l'adhésion des jeunes Cambodgiens, adhésion dont il a désespérément besoin s'il veut gagner le scrutin de 2018. Les centres commerciaux ne ferment pas pendant les coups d'Etat en Thaïlande, pendant les manifestations en Indonésie, pendant les attentats à la bombe aux Philippines, pendant les vagues de répression contre les dissidents au Vietnam. Si Hun Sen veut vraiment améliorer sa popularité, il devrait un peu moins user de la menace. Et davantage penser à redistribuer les richesses de la nation.


+++
"Où est mon bol pour le petit-déjeuner?
Celui qui l'a pris, je vais lui tanner les fesses!"


Aguirre la Colère de Dieu
Klaus Kinski

+++
Benoît Barvin

lundi 14 octobre 2013

"Echange trio de monothéistes contre... heu... rien". Jacques Damboise in "Pensées à contre-pet".

***
Pensées pour nous-mêmes:

(LES ETOILES QUI CLIGNOTENT
SONT LES ÂMES DE TES PROCHES
QUI CONTINUENT A T'AIMER)

***
(Prince moderne tentant, par un baiser, de réveiller
sa dulcinée figée par une méchante sorcière)


Kaj Peters

***

"Maman, je t'en supplie, ne va pas travailler
ce dimanche... J'ai trop besoin de toi!"


Jamais le dimanche ? 
Xavier Timbeau

   (...) Dans le film culte de Jules Dassin, Ilya, prostituée œuvrant sur le port d’Athènes ne travaillait jamais le dimanche. Aujourd’hui, d’après l’Enquête emploi, près d’un tiers des salariés français déclarent travailler le dimanche occasionnellement et près d’un Français actif sur 6 le fait régulièrement. Comme dans la plupart des pays, le travail du dimanche est encadré par des législations complexes et contraignantes (voir ici), limité à certains secteurs (en France, le commerce alimentaire, les métiers de l’hôtellerie et de la restauration, l’industrie à feu continu, les services de santé ou de sécurité, les transports, à certaines zones (touristiques) ou soumis à une autorisation municipale ou préfectorale pour un nombre limité de jours dans l’année. Régulièrement cette législation plus que centenaire, mais déjà largement amendée aux réalités et aux nécessités de l’époque, est remise en cause.

   Pour les promoteurs du travail du dimanche, plus d’activité, plus d’emplois et plus de bien-être sont à attendre. L’expérience du terrain indique que le chiffre d’affaire augmente pour les enseignes qui ouvrent le dimanche. Conforama, Ikéa, Leroy Merlin ou les commerçants de la zone Plan de Campagne dans les Bouches du Rhône sont unanimes. Jusqu’à 25% de leur chiffre d’affaire serait ainsi réalisé le dimanche, un peu moins que le samedi. Pour ces commerces, on pourrait donc conclure qu’ouvrir le dimanche procurerait un gain substantiel d’activité. Qui dit activité dit emploi, et comme les gains pour des consommateurs qui arrivent à des magasins moins fréquentés par des routes moins embouteillées sont également importants, on aurait là une mesure « gagnant-gagnant » que quelques « archéos » combattraient pour le principe.

   Il faut pourtant refroidir les illusions de ces commerçants. Ouvrir un jour de plus apporte plus d’activité uniquement si les concurrents sont fermés au même moment. Il en va pour les meubles, les livres, les CD ou les vêtements comme pour les baguettes. Si tous les magasins qui vendent des meubles ou de l’électroménager sont ouverts tous les jours de la semaine, ils vendront autant que s’ils sont ouverts 6 jours par semaine. Si un seul d’entre eux est ouvert le dimanche et ses concurrents sont fermés, alors il capte une part importante du marché. Les achats de machines à laver, téléviseurs ou meubles sont plus faciles à faire le dimanche que les jours de la semaine. Celui qui ouvre en solitaire en profite largement. Mais au bout du compte, les consommateurs achètent des chambres d’enfants en fonction du nombre de leurs enfants, de leur âge ou de la taille de leur logement. Ils n’achètent pas davantage parce qu’ils peuvent faire leurs emplettes le dimanche. Ce sera leur revenu qui aura le dernier mot.

   A la marge, il est possible que l’on vende un peu plus de livres ou de meubles, achetés impulsivement le dimanche, si les grandes surfaces spécialisées dans ces articles sont ouvertes. Mais les budgets des consommateurs n’étant pas extensibles, les dépenses faites ici seront compensées par des dépenses réduites ailleurs. Année après année, de nouveaux produits, de nouveaux motifs de dépense, de nouvelles stimulations commerciales ou de nouvelles formes de distribution émergent. Ces bouleversements ne modifient pas les contraintes ou les choix des consommateurs.

   Dans le cas du commerce aux touristes étrangers, de passage sur notre territoire, l’ouverture le dimanche peut jouer en accroissant les ventes. Les touristes dépenseront moins dans un autre pays ou de retour chez eux. Cet effet positif est largement pris en compte par les dérogations existantes.

   En 2003, la législation allemande qui encadrait strictement les plages d’ouverture du commerce de détail a été assouplie. Cela n’a rien changé dans la consommation ou l’épargne des Allemands. La valeur ajoutée, l’emploi ou la masse salariale du commerce de détail sont restés sur une trajectoire identique. Ouvrir plus longtemps ne fait pas consommer plus.

   La question de l’ouverture du dimanche est une question de temps sociaux et de leur synchronisation, de confort du consommateur et de liberté réelle du salarié dans ses choix d’activité. Le travail du dimanche concerne de nombreux actifs, son extension est un choix de société, pas une affaire d’efficacité économique.

   Enfin, la complexité de la législation sur l’ouverture le dimanche et son instabilité permettent aux acteurs économiques des stratégies de contournement. Par exemple, Louis Vuitton, pour pouvoir ouvrir le dimanche, a installé une librairie (de voyage !) au 5e étage de son magasin des Champs Elysées (les autres magasins parisiens de Louis Vuitton sont fermés le dimanche). Par cette habileté, vendre des sacs de luxe est une activité culturelle. Des grandes surfaces alimentaires (et donc qui peuvent ouvrir le dimanche matin), vendent du textile ou de l’électroménager, justifiant d’autres détournements par des commerces non alimentaires qui y voient une concurrence déloyale. Ces contournements rendent la législation injuste et faussent le jeu concurrentiel en le doublant d’un bluff juridique.

   Toute modification de la législation devrait poursuivre l’objectif de la clarification et non introduire de nouvelles brèches (comme l’amendement récent (12/2007) à la loi Chatel du 3 janvier 2008 étendant au commerce de détail de meubles les dérogations antérieures).

   Homère, Américain cultivé en voyage à Athènes, entrepris d’extraire Ilya de sa vile condition en l’initiant aux arts et aux lettres. Mais Homère agissait pour le compte d’un proxénète du port d’Athènes qui voulait mettre un terme à l’influence subversive d’Ilya-la-libre sur les autres prostituées. Lorsqu’Ilya l’apprit, elle retourna à son commerce : se donner pour de l’argent. Sa dignité était de ne jamais le faire le dimanche. (...)

* NDLR : Ce texte a été publié une première fois le 10 juin 2008 sur le site de l’OFCE dans la rubrique « Clair & net » lorsque la question du travail le dimanche était un sujet d’actualité brûlant. De nouveau objet de débats, il nous a semblé que le texte de Xavier Timbeau n’avait pas perdu de sa pertinence, c’est pourquoi nous le republions.


***

"Vous avez vu? La porte est ouverte et on voit tout
de Monty le Baraqué!
- Encore un légende qui fiche le camp...
- Ahahaha"


Colby College Mountain Day c.1940s
***
Benoît Barvin

mercredi 25 septembre 2013

"Bien qu'il vienne de loin, il habitait tout près". Jacques Damboise in "Pensées inconvénientes".

@@@
Pensées pour nous-mêmes:

(GARDE-TOI DE L'ILLUSION

QUI EST SŒUR DU MIRAGE)


@@@

"Mais je n'ai pas si chaud que ça, vous savez...
- Mais si, mais si..."



@@@

"Moi, j'irradie de bonheur!
- Heu... Vous n'auriez pas une autre illustration
pour l'article, par hasard?"



Fukushima, 
les becquerels dans le Pacifique
 Guillaume Liégard

   (...) L’accident nucléaire survenu à la centrale de Fukushima Daï-Ichi, le 11 mars 2011, est l’un des plus grave de l’histoire. Compte tenu du volume important des rejets, il a été classé au niveau 7 – le plus élevé – de l’échelle internationale des événements nucléaires, ce qui le place au même degré de gravité que la catastrophe de Tchernobyl (1986).

   Depuis maintenant des semaines, il ne se passe quasiment pas un jour sans que l’opérateur privé chargé de l’exploitation de la centrale, Tokyo Electric Power Company (TEPCo), n’annonce une fuite ou un risque de fuite d’eau contaminée. Malgré de nombreuses tentatives, il s’est avéré impossible de stopper le ruissellement d’eau radioactive vers la mer, sans compter les risques sur les nappes phréatiques. L’estimation communément admise évalue à 400 000 tonnes la quantité d’eau pleine de césium, strontium, tritium et autres joyeusetés radioactives enfouie dans le sous-sol ou stockée dans le millier de réservoirs spéciaux montés après la catastrophe. Ce volume ne cesse d’augmenter, à raison de 400 tonnes par jour, car il est impératif de continuer à refroidir les réacteurs pour éviter tout nouvel emballement. (...)

   (...) Le 31 août, le niveau de radioactivité relevé dans un réservoir contenant de l’eau contaminée sur le site de Fukushima s’élevait à 1 800 milliSieverts (mSv) par heure : de quoi tuer en quatre heures toute personne qui y serait exposée. À ce jour, les responsables de Tepco sont toujours incapables d’expliquer les causes d’une telle augmentation du niveau de radioactivité.

   Déjà, le 19 août, un employé a découvert une fuite d’eau sous l’un des réservoirs d’eau contaminée. Près de 300 tonnes d’eau radioactive se sont écoulées dans les sols via des évacuations destinées à l’eau de pluie. A 50 cm de la surface d’une flaque, on a relevé un débit de 100 millisieverts par heure, soit cinq fois la dose annuelle acceptée pour un travailleur du nucléaire. Une nouvelle fois, TEPCo a cherché à minimiser l’affaire, mais l’Autorité de sûreté japonaise l’a classée au niveau 3 de l’échelle internationale des incidents et accidents nucléaires. 

   Le niveau 3 signifie « incident grave », sa définition se caractérise par« Contamination grave ou effets aigus sur la santé d’un travailleur » sur le site nucléaire mais « Très faible rejet : exposition du public représentant une fraction des limites prescrites » en ce qui concerne l’incidence hors site [1]. Les conditions de travail sur le site et l’attitude de la direction de TEPCo à cet égard constituent un problème en soi. (...) 

   TEPCo a évalué la contamination de l’océan Pacifique entre 20 et 40 millions de milliards de becquerels depuis mai 2011. Du fait des capacités de dilution de l’océan, les effets sont à cette étape limités, même s’il est bien trop tôt pour envisager toutes les conséquences sanitaires de ces rejets en mer. Mais nous sommes face à la plus grande contamination en mer de l’histoire, comme le confirme Jérôme Joly, directeur adjoint de l’Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN) dans un article [2] paru dans Le Monde. Et surtout la catastrophe de Fukushima est toujours en cours car 300 tonnes d’eau radioactive se déversent chaque jour dans l’océan. 

   Pour tenter de contenir ces fuites, TEPCo a construit des barrières pour empêcher les eaux radioactives de se répandre dans le Pacifique, mais elles ne sont pas suffisantes et l’eau provenant des nappes phréatiques a commencé à les submerger. De plus, TEPCo a entrepris l’injection de produits chimiques dans le sol, afin de le solidifier pour contenir la radioactivité… En réalité, du simple bricolage, qui ne parvient pas à résoudre la situation, sans compter que ce sont de nouveaux produits très dangereux qu’on libère dans la nature. « Les mesures mises en oeuvre à ce jour par Tepco ne sont qu’un pis-aller. Cet état de fait ne peut pas perdurer », confirme le directeur adjoint de l’IRSN, un institut public qui n’a pas spécialement l’habitude de crier au loup sur ces questions.
Dans la durée

   Face à l’incapacité de Tepco, le gouvernement a récemment tenu des propos martiaux – « nous allons prendre les choses en mains » – ce qui plus de trente mois après la catastrophe laisse sceptique pour au moins deux raisons. D’une part, le gouvernement a laissé pendant de longs mois la gestion de la catastrophe à ceux-là même qui l’avait provoquée, notamment par le refus de prendre en compte l’évolution des connaissances en géosciences et le refus de tirer les leçons du tsunami de l’océan indien en 2004. D’autre part, il n’y a pas, d’un côté, une société privée et, de l’autre, un gouvernement car l’État japonais est désormais majoritaire au sein de la TEPCo.

   Pour contenir les fuites radioactives, le gouvernement entend créer un « mur de glace » en sous-sol afin d’isoler les eaux contaminées sous la centrale des nappes souterraines. Il s’agira de faire passer dans des tuyaux verticaux une substance réfrigérante pour geler le sol alentour. La réalisation de cette muraille prendra au moins deux ans. Parallèlement, l’autorité de sûreté nucléaire japonaise entend rejeter volontairement en mer de l’eau stockée sur le site après une décontamination partielle et sans doute très insuffisante. Petit problème supplémentaire, le système de décontamination de l’eau à Fukushima, prénommé Alps, est en panne depuis plusieurs semaines…

   La situation semble difficilement gérable et le propre d’une catastrophe nucléaire est de s’inscrire dans la durée. Dans ces conditions, les demandes pour une coopération internationale relèvent du bon sens. Le Premier ministre Shinzo Abe, fervent défenseur de l’énergie nucléaire, s’y est pour l’instant fermement opposé. (...)

Notes

[1] Sur l’échelle internationale.

[2] Le Monde.fr du 21 août.


@@@

"Petit, petit, petit..."

November. By George Petty.
From Esquire, January 1955 (by totallymystified)

@@@
Luc Desle

vendredi 20 septembre 2013

"Echange trio de religions blanchies sous le harnais contre quelques heures de paix bienvenue". Benoît Barvin in "Pensées pensées".

+++
Pensées pour nous-mêmes:

(LE CHEMIN LE PLUS COURT
TE CONDUIT-IL PLUS VITE A LA FIN?)

+++

"Ouste, Méchant Capitalisme!
Va-t'en!"



+++

"Désolé, Messieurs/Dames, ils z'ont tout jeté
à la poubelle... Me reste plus que de l'eau plate...
- Ben M... alors!"


"Nighthawks" peint en 1942 lui avait été inspiré par la nouvelle d'Ernest Hemingway, 
"The Killers". (THE ART INSTITUTE OF CHICAGO)


4,6

   (...) C'est, en tonnes, la quantité de denrées alimentaires retirées de la consommation depuis le 15 juin.

   Ce chiffre est dû à des contrôles sanitaires renforcés cet été dans la restauration, les boucheries et poissonneries, les grandes et moyennes surfaces, les centres aérés, les marchés et les commerces d’alimentation générale.

   Les anomalies constatées sont essentiellement liées à l’hygiène, au non respect des dates limites de consommation, aux conditions de conservation des aliments et à la rupture de la chaîne du froid.

   4,6 tonnes, c’est bien plus que l’été dernier : lors de la précédente opération de contrôles effectuée par la Direction générale de l’alimentation et la Direction générale de la concurrence, la consommation et la répression des fraudes, une tonne d’aliments avaient été retirés des étals et menus.

   Les 18 541 contrôles effectués entre le 15 juin et le 28 août ont abouti à la fermeture de 253 établissements (soit 30 de plus qu’en 2012) et à 4 268 avertissements administratifs (contre 2800 en 2012). Une augmentation qui s’explique essentiellement par des contrôles plus exigeants. (...)




+++

(Cet embrouillamini de modèles nus
 était quand même plus agréable que celui qui régnait 
dans les sphères gouvernementales)




+++
Benoît Barvin

mardi 6 août 2013

"Il but tout son soûl pour l'être et il le fut". Jacques Damboise in "Pensées émollientes".

°°°
Pensées pour nous-mêmes:

(L'OISEAU DANS SON NID
NE VOIT PAS LA CAGE)

°°°
"Grrr... Maîtresse... Je me ferais bien
un bon guerrier bien musclé...
- Moi aussi, Panthera"



Frazetta
http://olderoticart.tumblr.com/image/55860605662

°°°
"Ton cerveau entièrement soumis 
à la gourmandise sera...
- Merci.. chomp, chomp...
 Maître Yoda"



La Fabrique du Consentement : 
Plaidoyer pour une décroissance de l’éphémère
Chems Eddine CHITOUR
Deshazkundea - Flickr

   « Pour qu’un message publicitaire soit perçu, il faut que le cerveau du téléspectateur soit disponible. Nos émissions ont pour vocation de le rendre disponible : c’est-à-dire de le divertir, de le détendre pour le préparer entre deux messages. Ce que nous vendons à Coca-Cola, c’est du temps de cerveau humain disponible. » - Patrick Le Lay, Directeur de TF1

   Il est devenu d’usage d’admettre dans la plus pure tradition de la fatalité, que la civilisation est ce qu’elle est et qu’il faut s’adapter ou périr. Il en va ainsi de tous les ismes qui ont malmené la condition humaine à travers le siècle, notamment précédent et l’espace. En son temps, Jean-François Léotard avait fait l’inventaire de tous les récits de légitimité (communisme, stalinisme, nazisme... libéralisme) et comme épouvantail islamisme imposés par les puissants aux peuples. Parmi tous ces «ismes » le capitalisme triomphant après la chute du communisme pensait pouvoir formater la planète pour mille ans. Souvenons-nous de « La fin de l’histoire » de Francis Fukuyama pour qui le modèle américain de néolibéralisme devait amener la prospérité et la démocratie « aéroporté e » et les lumières droits de l’homme au reste du monde au besoin éclairée par le napalm... On le sait, le Programme américain pour un nouveau siècle (Pnac) théorisé par les néoconservateurs avait justement, pour objectif de réaffirmer le leadership définitif de l’hyperpuissance américaine d’un Satan de rechange. 

   Ce sera l’Islam(isme) et à bien des égards, l’attaque des tours jumelles, symbole du capitalisme triomphant, fut du pain bénit. Rien ne s’opposera ni à l’intérieur ni à l’extérieur à la tentation d’Empire et à la nouvelle religion le money-theïsme. Le capitalisme le néolibéralisme, la mondialisation ont besoin de mécanismes pour formater durablement le monde. Des institutions seront mises en place pour gouverner le monde, à la place des anciennes. D’abord, ce seront les deux grandes banques, celle qui « ajuste, structurellement les économies vulnérables le FMI, et la Banque mondiale ». C’est ensuite le commerce confié à l’OMC. Il faut aussi mettre au pas les récalcitrants, soit par le soft power de la Cour pénale internationales pour juger les faibles, ou la force brutale avec l’Otan et enfin la surveillance le formatage des esprits, qui est confié à Internet, et à l’addiction volontaire aux nouveaux médias. Nous allons justement traiter dans ce qui suit de la fabrique du consentement par les médias et la publicité sur tous les supports au premier rang desquels la télévision joue un rôle capital dans la « panurgisation » du monde. (...)

   (...) Dans les pays dits développés, le marché, dans l’euphorie des « trente glorieuses » en Europe a permis le développement spectaculaire de la consommation débridée sous toutes ses formes. A titre d’exemple, l’installation des grandes surfaces qui a laminé définitivement les petits commerces s’est imposée au début des années 1960 et en mutant chaque fois pour serrer au plus près le consommateur. On apprend qu’en France : « Le premier hyper est né le 15 juin 1963 en région parisienne sous la bannière Carrefour.. Dans les années 1970, les nouvelles technologies changent les modalités d’achat. L’apparition du code-barre, puis la naissance de la carte à puces et des cartes bancaires modifient. En 1976, Carrefour lance les « produits libres ». En 2012, Carrefour teste un magasin virtuel à Lyon et à Paris. Il permet au consommateur de commander ses produits via son smartphone depuis un lieu de passage, une gare par exemple, et de se faire livrer à son domicile ou au point « drive » de son choix. » (1) (...) 

   (...) Dans cette lutte féroce pour vendre à tout prix, les firmes multinationales ne manquent pas d’imagination. Elles faisaient appel aux techniques antédiluviennes de la réclame puis de la publicité classique. Elles s’attaquent maintenant au cerveau et créent un besoin. Pierre Barthélemy rapporte l’expérience singulière - pour nous, mais rentrée dans les moeurs ailleurs - de mainmise sur le cerveau. Expérience qui montre que rien n’est définitivement acquis et qu’on peut être trompé tout le temps. Nous le suivons : « Comment les grandes marques influent sur nos cerveaux. Tellement brutale mais tellement vraie, la sortie de Patrick Le Lay, alors P-DG de TF1, avait fait grand bruit : il n’imaginait sûrement pas, c’est à quel point ce rapprochement entre cerveau et grandes enseignes commerciales était pertinent et profond. 

   Une étude remontant au début des années 1980 a ainsi montré que des femmes souffrant de maux de tête se sentaient plus soulagées en prenant le cachet d’aspirine d’un groupe pharmaceutique très connu plutôt que celui d’une société moins célèbre, ce alors que la formulation et la présentation du médicament étaient exactement les mêmes. » (2)

   Pierre Barthélémy cite une étude singulière : « Dans un article publié il y a quelques semaines par PLoS ONE, deux psychologues allemands se sont demandé si cet effet « grande marque » pouvait être transposé dans l’univers de l’alimentation et influencer une dégustation. Pour le déterminer, ils ont mis au point l’expérience suivante : des volontaires, allongés dans un appareil à IRM (imagerie par résonance magnétique) allaient goûter quatre sodas gazeux et les noter pendant qu’on observerait les zones de leur cerveau excitées par cette dégustation. (...) Les deux premières se passent de présentation. River Cola est la marque générique d’une chaîne de supermarchés allemands tandis que le T-Cola avait été présenté aux participants comme une boisson tout juste mise au point et pas encore sur le marché. » (2)

   En fait, T-Cola n’était qu’une invention : l’idée consistait à proposer une boisson totalement inconnue, d’une marque non identifiable. Les quatre échantillons servis étaient en réalité rigoureusement identiques, un cocktail de Coca, de Pepsi et de River Cola. Un tiers de chaque. Pour rendre le scénario encore plus crédible, les expérimentateurs montraient avant le test quatre récipients dont le contenu était soigneusement étiqueté. Les quinze participants ont tous eu l’impression qu’il s’agissait de quatre sodas différents (avant qu’on leur dévoile le pot aux roses). 

   Les échantillons estampillés Coca et Pepsi, les deux grandes marques, ont obtenu des notes significativement meilleures à celles des deux autres, un résultat pas très surprenant. Le plus intrigant n’est, en effet, pas là. Il réside dans ce qui est apparu à l’IRM. La dégustation de ce qui était présenté comme des marques peu ou pas connues a donné lieu à plus d’activité dans le cortex orbitofrontal, montrant que le sujet cherchait davantage à assigner une valeur au produit qu’il était en train de goûter, à décider s’il le trouvait bon ou pas, ce qui était moins le cas avec les pseudo-Coca et Pepsi. Comme si, dans le cas du River Cola et du T-Cola, la marque n’était pas un indicateur suffisant pour déterminer si la boisson plaisait ou ne plaisait pas. Pour les boissons connues, cette zone se révélait moins active, sans doute parce que, pour les avoir déjà goûtées auparavant ou en avoir vu les sujets savaient déjà plus ou moins à quoi s’en tenir. (...) 

   Croyez-le ou pas, mais elles suivent de près la science du cerveau, au point qu’elles utilisent, elles aussi, l’IRM ou l’électroencéphalogramme pour... tester les réactions de consommateurs à de nouveaux produits ou comprendre comment ils prennent une décision d’achat. Cela s’appelle le neuromarketing. » (2) (...)

1. Du chariot à la caisse automatique, un demi-siècle d’hypermarchés Le Monde 14.06.2013

Lire la suite sur:


°°°

"Sylvia, tu m'avais dit qu'on ne resterait qu'une demi-heure..."


°°°
Luc Desle (et Jacques Damboise)

samedi 27 avril 2013

"Elle était scandaleusement belle, cette somme d'argent". benoît Barvin in "Pensées pensées".

°°°
Pensées pour nous-mêmes:

(NE PASSE PAS TA VIE
A CHERCHER LE MAÎTRE)

°°°
"J'ai rien programmé, Nom de Diou...
Y'a qu'cette machine, elle me pompe
le ciboulot depuis un bon moment..."

Bientôt une loi pour lutter 
contre l’obsolescence programmée ?
KARINE LE LOËT

   (...) Ce mardi (23 avril), le Sénat sera appelé à discuter d’une proposition de loi sur l’obsolescence programmée. En clair, la planification délibérée, par les industriels, de la mort d’un objet. Et ce, afin d’inciter les consommateurs à en acheter un nouveau, plus beau, plus à la mode. Déposée par le sénateur Jean-Vincent Placé (Europe Ecologie – Les Verts) le 13 mars, le texte vise à augmenter la durée de vie des produits. Mais comment donc ? 

   En augmentant graduellement la durée légale de conformité des produits établie par le Code de la consommation de deux ans à cinq ans d’ici à 2016. « La plupart des produits sont fiables pendant au moins cinq ans, les fabricants ne devraient donc pas être particulièrement pénalisés par cette mesure. L’allongement de la durée de garantie peut même constituer un avantage concurrentiel », souligne le texte. La proposition de loi propose aussi une mise à disposition de pièces détachées pendant une période de dix ans et une meilleure information sur les possibilité de recyclage du produit usagé.

   Et si c’était un mythe ? Il était temps. Car la mort planifiée se décline sous de multiples formes, comme le souligne le Centre européen de la consommation (CEC) – une association franco-allemande qui œuvre pour la protection des droits des consommateurs en Europe – dans son étude (PDF). Là, il répertorie les différentes formes d’obsolescence : technique (un appareil tombe en panne et est irréparable), par péremption (des produits alimentaires affichés comme bons à jeter alors qu’ils sont encore consommables), esthétique (c’est la mode qui rend l’objet caduc), ou encore écologique (on envoie au garage sa titine pour une nouvelle voiture qui consomme moins). 

   Conclusions du rapport : pour chaque appareil acheté, le consommateur devrait pouvoir connaître « la durée de vie de l’appareil », « la réparabilité de l’appareil et la durée de disponibilité des pièces détachées et accessoires », « l’impact environnemental du produit » et recevoir « une incitation au recyclage de l’ancien appareil ». Une transparence que promet en partie la proposition de loi de Jean-Vincent Placé.

   Mais responsabiliser les industriels ne fera pas tout. Le citoyen a aussi sa part à accomplir, assurait en novembre dernier dans nos colonnes, Damien Ravé, le fondateur du site Commentreparer.com : « En fin de chaîne, l’acte d’achat est toujours accompli par le consommateur. Il peut évoquer la manipulation, la dissimulation, l’absence de choix, mais est-il prêt à croire qu’il n’a aucune responsabilité dans la qualité des produits qu’il achète ? (…) L’obsolescence programmée est peut-être bien un mythe affirme même l’économiste Alexandre Delaigue On peut expliquer la durée de vie réduite de nos appareils beaucoup plus simplement : par leur faible prix. » (...)



°°°
"Qu'est-ce que tu fais?
- Je m'aère la tête"


°°°
"Je cherche des citoyens prêts à m'aider...
En connaissez-vous?"


La République
JANET-LANGE
(1815-1872)

La proportionnelle a bon dos. 
Roger Martelli répond à Jacques Julliard
 Roger Martelli

   (...) Dans le dernier numéro de Marianne, Jacques Julliard se lance dans une diatribe contre Mélenchon et le Front de gauche. « Une stupidité, la VIe République », assène-t-il en titre. Pourquoi ? Parce qu’elle réintroduirait la représentation proportionnelle. Il a tort. Ce qui est stupide est de laisser les institutions en l’état. Ou de penser que l’on peut les améliorer en respectant leur esprit. Jacques Julliard se trompe doublement.

   Il se trompe d’abord sur le constat historique. Ce qui a tué la Quatrième République, ce n’est pas la représentation proportionnelle. Ce sont les guerres coloniales et, plus encore, la guerre froide. Pour une raison toute simple : la guerre froide tend à substituer, au conflit de la droite et de la gauche, celui de l’Est et de l’Ouest. À gauche, le Parti communiste est durablement isolé ; à droite, le parti du général de Gaulle, le Rassemblement du Peuple français, refuse toute alliance avec le « régime des partis ». Or le total des deux partis « hors système » approche alors la moitié du corps électoral. Pour constituer des majorités, il semblait alors qu’il n’y avait pas d’autre solution que de rassembler une partie de la gauche et une partie de la droite. Comment, sur cette base, les majorités peuvent-elles être stables, quel que soit le mode de scrutin ? 

   La République n’a pas souffert d’un mode de représentation qui empêchait la formation de majorité, mais de ce que les majorités du centre tuent la gauche dans ses valeurs et donc dans sa dynamique. De quoi peut mourir la gauche aujourd’hui ? De ce qu’elle se positionne au centre, au nom des contraintes de la « gouvernance ». De quoi peut mourir la République ? De ce que la droite est trop à droite pour la respecter et de ce que la gauche n’est pas assez à gauche pour la défendre.

   Julliard se trompe par ailleurs sur le constat présent. Si la crise est à la fois économique, sociale, politique et morale, c’est que nous subissons les effets d’une trentaine d’années dominées à la fois par la logique économique de l’ultralibéralisme et par la méthode technocratique de la gouvernance. Le pouvoir de décider s’est concentré, la représentation s’est affaiblie, les citoyens se sont sentis écartés. Or c’est l’esprit même des institutions, son présidentialisme et son tropisme bipartisan qui ont généré cette dépossession. 

   Si l’on veut se sortir de la crise, il faut se sortir de cette logique-là. Si la Cinquième République se limitait au changement de mode de scrutin, je comprendrais à la rigueur les doutes qui s’expriment. Mais qui propose de s’en tenir à cela ?

   Le fond de la crise est dans le gouffre qui sépare désormais la société et les institutions politiques. Les citoyens ont le sentiment qu’ils ne sont pas représentés ; ils ont le sentiment que les choses leur échappent de plus en plus. Comment combler ce gouffre ? En améliorant la représentation tout d’abord : en rendant possible une correspondance visible entre les représentants et les représentés, en n’écrasant pas les opinions minoritaires jusqu’à les nier, en déprofessionnalisant la politique, en accélérant la rotation des responsabilités publiques, en élargissant la citoyenneté. Les citoyens se sentent mis à l’écart ? 

   Multiplions les occasions de les associer, de les solliciter, de les impliquer directement, dans l’élaboration de la loi, dans la gestion des biens communs, dans les choix les plus décisifs, nationaux ou supranationaux. Améliorons la représentation et ouvrons la voie à une démocratie d’implication, à la fois politique, économique et sociale. (Les technocrates de Bruxelles sont-ils d'accord?) (...)

Lire sur:

°°°
Luc Desle