Bonjour à vous qui, dans le maelström du net, êtes arrivés, par hasard? lassitude? erreur? sur ce blog. Vous êtes les bienvenus. Vous y lirez des extraits d'articles, de pensées, d'interviews, piochés ça et là, et illustrés de photos et dessins détournés, via un humour de bon aloi. Vous pouvez évidemment réagir avec le même humour, la même ironie que nous mettons, chaque jour, à tenter de respirer un peu plus librement dans une société qui se corsète chaque fois un peu plus.
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jeudi 13 novembre 2014

"Il vendait des tocards ou des autocars, je ne me souviens plus bien". Jacques Damboise in "Pensée de l'à-peu près".

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Pensées pour nous-mêmes:

(TA SOIF DE SAGESSE
N’ÉGALE PAS CELLE DU MAÎTRE)

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(L'Ogre aimait tâter la douceur de sa nourriture)


Salvatore Postiglione ”Christening Day”

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"Hum... Mon séant approuve.
Il est où le champ'?"



BHL 
l’ami des « démocrates » islamistes


   (...) Pendant longtemps Bernard-Henri Lévy n’a été que ridicule. Avec parfois une pointe d’odieux dans la série de ses mensonges, dans sa vie inventée et mise en scène façon série B. Un seul exemple pris dans la pile, quand il affirmait avoir livré des postes de radio au commandant Massoud en 1982. Mais la vie est comme la littérature, il lui faut bien des imposteurs ; leur existence gratifie les hommes courageux et discrets. Depuis qu’il a quitté le seul ridicule pour devenir complice des bombardiers, il a cessé de nous amuser. C’est ce qu’ont compris les tunisiens de la « société civile » qui, vendredi 31 octobre, ont réservé à ce pitre portant la faux une standing ovation. Aux cris de « BHL dégage ! ». Reprenant ainsi les mots utilisés pour chasser Ben Ali. Dehors le clown effrayant.

   Prié par le pouvoir, après une nuit passée à « La Résidence », le palace de Tunis, de rentrer au plus vite en France, le vieux philosophe la queue entre les jambes, s’est quand même gentiment assis dans un jet pour filer. A Paris, où ses points de chute médiatiques sont aussi nombreux que les relais de poste à l’époque des diligences, les affidés de BHL se sont mis au travail. Leur ordre de mission, leur story telling : donner son vrai sens à l’expulsion du génie du Flore.

   C’est Liliane Lazar qui, depuis sa chaire (bien faible) de « professeur à Hofstra Univesity », USA, ouvre le premier barrage de contre-artillerie. C’est bien normal, depuis Long Island Liliane voit tout, sait tout de ce qui se passe en Tunisie. Ses mots sur le voyage de BHL sont donc du béton : l’ami de Nicolas Sarkozy ne s’est rendu au pays du jasmin que pour discuter, sur un mode fitzgéraldien, avec quelques amis dans le hall d’un palace et dans la fumée des cigares. Des amis libyens. Exploits, tant l’espèce est introuvable, des démocrates pas du tout islamistes.

   Pauvre Liliane qui, comme souvent quand les serviteurs veulent trop bien faire, se prend les pieds dans le tapis. Ainsi, en légende d’une photo où l’on voit le romanquêteur entouré de ses gens, la professeure nomme l’un des convives comme étant « Djebel Nefousa ». Éclat de rire général : « Monsieur Djebel Nefousa » n’existe pas, il s’agit du nom d’un haut plateau libyen proche de la frontière tunisienne où, aux côtés de conseillers qataris et français, les islamistes rebelles à Kadhafi ont préparé leur raid vers Tripoli. Avec à leur tête le si charmant et démocrate Abdel Hakim Belhadj, le prince du djihad et agent de Doha. C’est aujourd’hui ce grand maître barbu qui règne sur Tripoli. Liliane confond un homme et une montagne… ce qui devrait la pousser bientôt à s’intéresser plus aux voyages de Gulliver qu’à ceux de BHL.

   Dans la brigade de défense de l’homme de Dombasle, qui ne manque pas de bras, après Liliane, le pompon revient à Jérôme Béglé. C’est un courtisan mondain et ne sachant pas écrire, qui a fini par trouver une écuelle au Point. Bien entendu, Jérôme pratique l’art où il excelle, servir la soupe. Même dans ses questions, aussi vides qu’un théâtre où se joue du BHL, on remarque le style du maître. Là notre phare de la nouvelle philo, mais aussi journaliste donc attaché à la vérité, décrit la petite foule qui l’attend à l’aéroport : « Quelques dizaines d’islamistes ou, peut être, d’exilés kadhafistes »… Voilà, crier « BHL dégage ! » est une offense à trois coups, c’est être islamiste, antisémite et aimer les dictateurs. Ceux qui faisaient le pied de grue en attente du génie sortant de l’Airbus, et que nous connaissons comme des tunisiens laïcs, des citoyens de la société civile, vont apprécier l’injure.

   Dans l’Express où BHL a aussi son rond de serviette, on tend les sels afin que notre intellectuel multi spires reprenne connaissance. Mieux que lui prenant la plume, c’est son Sancho Pansa, Gilles Herzog, qui signe le compliment. Divergence avec le patron, le bon Gilles nous dit que les amis libyens, ceux qu’il fallait rencontrer, « habitaient sur place ou venaient de Tripoli », alors que BHL dans son envolée digne d’une carte IGN nous dit que ces démocrates venaient aussi de « Benghazi, des villes du djebel Nefousa (sic), Misrata, Zaouia »…Faudrait savoir ! djebel or not djebel ? Heureusement pour l’intérêt du romanquête, Herzog nous livre un détail avec du sang : à son hôtel, BHL a été agressé par un homme… C’est bien connu, le palace de Tunis est un nid de supporters du Califat. Herzog ne peut imaginer que ce type en colère suit chaque jour le film d’horreur de ses voisin, du technicolor enclenché par BHL en 2011 à Tripoli : « Apocalypse Now ».

   Mais attardons nous un peu sur l’excellent Waheed Burshan, l’un des aimables humanistes avec lesquels BHL s’est entretenu à l’hôtel « La Résidence ». Là, une petite leçon est nécessaire. Souvenez-vous d’un certain Ahmed Chalabi présenté en 2003 par les Américains comme l’homme providentiel qui devait remplacer Saddam Hussein… A l’usage il s’est révélé que ce démocrate était à la fois un voleur et un agent double allant rendre compte à Téhéran. Waheed Bershan, outre, détail important, qu’il n’est pas délinquant, a joué le rôle de Chalabi en Libye. Pour le Département d’État ce libyen exilé à Chicago était un fer au feu. Un joker sans cesse réchauffé par la CIA et le Qatar afin qu’il se tienne prêt à faire bonne figure, « au cas ou », pour devenir le cadre du nouvel État.

   Et, pour la révolution libyenne, Bershan a mouillé son maillot, jusque sur le plateau de Nafousa où, assis dans le fourgon du Qatar piloté par Belhadj, il a rencontré BHL le libérateur, le Sandino, la Marti, le Guevara de la Libye. Notre ami Waheed méritait bien de faire parti du Comité National de Transition, la crème de la crème. Puis, sagement, tout en gardant un œil sur le réchaud libyen, et l’autre sur les envolées de BHL, Burshan a occupé son temps à défendre les intérêts d’entreprises qataries. Ce qui est plus sage. Nourri de la philosophie des Frères Musulmans, le saint homme dont la fille et la femme vivent sous le voile, peut attendre son heure.

   En réalité une réunion politique autour de la « réunification des partis libyens » devait bien se tenir à Hammamet. On attendait là d’autres philosophes, ceux d’Ennadha bien sûr, mais aussi ce cher Belhadj que BHL a croisé sans le voir dans la fureur de Nefousa. On ignorait que, fauteur de guerre, Lévy avait aussi la qualité d’un imam capable de rassembler la Oumma, la communauté des croyants.


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"Bon, OK... Ça demande encore à être travaillé mais..."



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Benoît Barvin

mardi 15 avril 2014

"Grâce à un lot de langues amovibles, il parlait plusieurs dialectes". Benoît Barvin in "Pensées inconséquentes".

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Pensées pour nous-mêmes:

(FAIS DE TA VIE
UNE JOYEUSE RIVIÈRE)

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"Et HipHipHip... 
Hour...
Houps!"



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(Le bout du tunnel avait une drôle de tête)



Il est où le bout du tunnel ?

MONCEF GOUJA
KAPITALIS

   (...) L'occasion de célébrer l'anniversaire du décès du Zaïm [leader] Habib Bourguiba, le 6 avril, a donné lieu à des polémiques, des débats, des surenchères idéologiques ainsi qu'à des commentaires sur Facebook, tous virulents, comme s'il s'agissait d'un enjeu crucial pour l'avenir du pays.

   Dès lors, la préparation d'attentats par un groupe de salafistes à Sfax [ville portuaire, située à quelque 270 kilomètres au sud de Tunis], découverte par hasard grâce à l'amateurisme de l'un des deux apprentis terroristes, qui a sauté avec son compagnon en manipulant son engin de mort, ainsi que la déclaration de Mehdi Jomaa [Premier ministre], à son retour des Etats-Unis, sont passées comme des faits divers, ce qui prouve que la Tunisie est toujours malade de ses médias.

   Lorsqu'un Premier ministre de retour d'un voyage aussi important que celui qu'il vient d'effectuer du 1er au 5 avril aux Etats-Unis, après avoir rencontré les maîtres du monde [le président américain Barack Obama et les dirigeants du Fonds monétaire international et de la Banque mondiale], déclare, quelques minutes après l'atterrissage de son avion, que les aides économiques qu'on lui a promises sont conditionnées par l'établissement de la sécurité, et que cette information capitale est citée comme un fait anodin, cela signifie que nos médias dorment toujours sur leurs lauriers. (...) 

   (...) C'est une déclaration lourde de sens et de signification, surtout qu'à l'instant où Jomaa parlait, Ben Guerdane [ville frontalière avec la Libye et secouée par des protestations liées à la fermeture début mars du point de passage avec le pays voisin] continuait à brûler. La ville reste hors de contrôle tandis que le ministère de l'Intérieur, à travers un communiqué laconique, annonçait l'arrestation de huit djihadistes à la suite de la découverte accidentelle d'une manufacture de bombes dans la banlieue de Sfax, la deuxième grande ville du pays.

   La plus terrible des situations pour un pays, c'est lorsque le terrorisme devient un acte banal et lorsque les annonces lourdes de conséquences deviennent un fait divers. Les Tunisiens sont-ils devenus autistes ? Il y a lieu de le craindre. La Tunisie est loin de voir le bout du tunnel. Car rétablir la sécurité pour pouvoir bénéficier des prêts que la Banque mondiale, les Etats-Unis et le FMI veulent bien cautionner est une condition qui semble impossible à réaliser par un gouvernement de technocrates et par un exécutif aussi faible. Pour que notre gouvernement réussisse à rétablir la sécurité, il lui faut d'abord les moyens financiers pour le faire, grâce (il n'a pas le choix) à des prêts. Or ni les pays frères [les pays arabes, notamment les monarchies du Golfe] ni les pays amis ne l'entendent ainsi.

   N'a-t-on pas crié sur tous les toits qu'un gouvernement de technocrates aura tous les soutiens financiers qu'il désire ? C'est vrai que les promesses n'engagent que ceux qui y croient, mais quand même ! Que peuvent faire 500 millions de dollars [363 millions d'euros] de garantie ou les quelques centaines de millions en plus de prêts pour un Etat qui a besoin de 12 milliards de dinars [5,47 milliards d'euros] pour boucler son budget de l'année en cours ? Nos ministres ont beau être compétents, ils ne vont pas réinventer la roue. Les lois de l'économie libérale sont impitoyables et la plus implacable est celle-ci : on ne prête qu'aux riches ! Et la Tunisie est plus pauvre que jamais.


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"Un champignon?
Meuh non, c'est simplement
un chapeau ridicule..."




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Benoît Barvin

vendredi 3 janvier 2014

"Il se donnait jusqu'à sa mort pour réussir sa vie". Benoît Barvin in "Pensées pensées".

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Pensées pour nous-mêmes:

(LE MAÎTRE DES CLEFS
SAIT-IL OUVRIR LES SERRURES?)

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(Femme aérant sa moustiquaire)




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(Le sexe halal avait de la tenue...
et de la cuisse)



Les sex-shops halal, 
un créneau porteur

MEHER KACEM

   (...) A nouveau, les marchands ambulants ont repris possession de l'hyper centre de Tunis après la dernière campagne municipale [contre les étalages dans les rues de la capitale], qui remonte à deux mois et qui a été suspendue après le décès d'un vendeur ambulant qui s'est immolé par le feu. Parapluies, cigarettes de contrebande, parfums, et faux-bijoux sont vendus à des prix imbattables, et au diable les mises en garde des services compétents contre la nocivité de tel ou tel produit.

   Mais voilà qu'un nouveau produit commence à s'imposer : les stimulants sexuels ! En effet, ils sont de plus en plus nombreux à squatter les trottoirs situés en face des mosquées pour vendre tout type de stimulants sexuels. Gélules, pilules, crèmes et lotions.

   La scène laisse tout de même perplexe : des hommes barbus, tous vêtus de kamis [longue chemise], qui expliquent le plus sérieusement du monde les bienfaits de tel ou tel produit. Ces mêmes vendeurs étalent des burqas [voile intégral]. Les produits faits à base de viandes de taureaux ou de serpents sont présentés en tant que produits naturels et bio. (...)

   (...) Les clients sont exclusivement des hommes. Aucune femme n'ose s'arrêter pour acheter les produits à caractère sexuel, d'autant plus qu'il n'y a pas de vendeuses pour les prendre en charge. Par contre, c'est la bousculade au rayon des cosmétiques.

   Le commerce des stimulants sexuels, où ce qu'on peut appeler les "sex-shops halal" est, paraît-il, un créneau porteur. En effet, l'un des vendeurs (qui a préféré garder l'anonymat) nous a affirmé que son commerce lui rapportait entre 35 dinars et 80 dinars par jour [16 à 35 euros], ce qui lui fait un revenu mensuel qui varie entre 1 050 et 2 400 dinars [463 à 1 059 euros]. Il est donc normal que ce phénomène se propage aussi rapidement.

   Les aphrodisiaques vendus sur la place publique ne sont pas certifiés. Provenant de la contrebande et de fabrication artisanale, les produits en question peuvent causer d'énormes dommages d'ordre sanitaire. D'origine complètement inconnue, les pommades, huiles et crèmes peuvent engendrer de terribles dégâts à la peau, sans parler des comprimés à avaler. (...)

   Mohamed Rebhi, directeur de l'hygiène du milieu et de la promotion de l'environnement, nous a affirmé que les actions du ministère de la Santé sont très limitées : "Nous menons quelques actions de temps à autre, mais c'est insuffisant, compte tenu du nombre élevé de marchands ambulants et des risques auxquels sont exposés nos agents, ce commerce étant contrôlé en grande partie par le milieu interlope". Et d'ajouter, dans un long soupir : "L'Etat a d'autres priorités".

   Selon un marchand ambulant, la plupart des produits proviennent d'Afghanistan, ce que nous avons pu remarquer sur les notices, si on peut appeler ainsi le bout de papier collé à la main sur l'emballage.

   Les contrebandiers qui font les aller-retours entre la Tunisie, l'Algérie ou la Libye et l'Afghanistan pour inonder le pays de ces produits sont des Tunisiens, soutient notre interlocuteur. En effet, les produits ramenés d'Afghanistan transitent généralement par la Libye, sinon par l'Algérie. Les contrebandiers, fins connaisseurs de toutes les pistes entre ces trois pays, n'ont aucun mal à les passer. (...)


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(La gaieté de la marchande de vin
ne plaisait pas à son mari)



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Luc Desle

vendredi 3 mai 2013

"Il s'assit sur ses principes et les étouffa vite fait bien fait". Benoît Barvin in "Pensées pensées".

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Pensées pour nous-mêmes:

(LE CHAT A UN POIL SOYEUX

ET DES GRIFFES REDOUTABLES)

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COURTS RÉCITS AU LONG COURS (88/6)
pcc Benoît Barvin

   Tom Drake se perd en conjectures concernant la mort des girls du "Blue Circle". D'autant qu'aucun de ces décès ne semble dû à la Mafia.  Comme il s'agit de sa première enquête,  et que son collègue Duncan est mouillé dans l'affaire jusqu'au cou, l'agent spécial du FBI veut aller jusqu'au bout...

G-MenDetective1945-Fall

6 

   Fouiller dans les papiers des victimes m’avait pris du temps. J’allai casser la croûte dans un troquet, passai chez moi pour me changer avant de retourner à l’appartement de Duncan. Il était environ dix-huit heures. 

   Comme je me garais en face de l’immeuble, je vis mon collègue qui sortait, une valise à la main. Il s’engouffra dans une Ford qui avait connu des jours meilleurs. Il démarra sur les chapeaux de roues, juste devant un taxi – une admirable Auburn convertible Sedan - qui dut freiner à mort pour ne pas lui rentrer dedans. Sans réfléchir, je démarrai et me mis à suivre Duncan. Sa précipitation s’apparentait beaucoup à une fuite. Mais quelles en étaient les raisons ? Je n’eus pas le loisir d’y réfléchir, mon esprit tout entier concentré sur la filature. 

   Une semaine plus tôt, Ness – toujours lui – m’avait appris les différentes techniques à mettre en œuvre quand on joue les suiveurs. Je les appliquai toutes, m’efforçant de dissimuler ma Ford, heureusement pas trop reconnaissable, derrière d’autres véhicules. Le temps sur Chicago était exécrable, je m’en rendais compte maintenant. Le ciel était couleur de cendre, signe qu’il n’allait pas tarder à neiger. Le froid était de plus en plus vif. Pourtant, tendu, les muscles noués, arc-bouté sur le volant, je suais à grosses gouttes, anxieux à l’idée de perdre Duncan qui, à présent, sortait de la ville. 

   Nous roulâmes ainsi une bonne heure. Chicago avait disparu. Les faubourgs n’étaient plus qu’un lointain souvenir. Les lourds nuages de neige s’appesantissaient au-dessus de nous, bouchant l’horizon, transformant la campagne alentour en un amalgame d’ombres menaçantes. Contraint, pour ne pas me dévoiler, de rouler tous feux éteints, je n’en menais pas large. Devant moi, la Ford de Duncan s’évanouit soudain et, durant quelques secondes, je crus l’avoir définitivement perdu. De rage, je crachai un chapelet d’injures. 

   Je repérai cependant le chemin de terre que mon collègue avait certainement emprunté et m’y engageai à mon tour. Trois cent mètres plus loin je stoppai brusquement, reconnaissant devant moi la silhouette de son véhicule. Je sortis et, l’arme au poing, courbé en deux, je franchis les quelques mètres qui me séparaient de la voiture que je suivais. 

   Duncan n’y était pas. Je fronçai les yeux afin d’acclimater mon regard à la vague lumière qui baignait le paysage. Je me trouvais dans une campagne désolée. A côté de moi, quelques bosquets. Devant, une étendue plane. Une silhouette se détacha alors sur fond de ciel fuligineux. C’était certainement celle de Duncan. Un autre véhicule était garé à quelques mètres et un second individu s’approchait de mon collègue. 

   « Le contact de Duncan », pensai-je en me dissimulant derrière un arbre. 

   Je ne savais pas ce que faisait là Duncan, mais ce qui était sûr, c’est que sa présence avait quelque chose à voir avec le massacre. J’en aurais mis ma main à couper. Les choses allèrent d’ailleurs très vite. A peine son vis-à-vis se fut-il approché que mon collègue lui tendit la valise. L’autre la prit et l’ouvrit, alors qu’un peu de neige fondue commençait à tomber mollement. 

   « Un échange de documents ? D’argent ? ». Je ne savais que penser et j’aurais donné quelques années de ma vie pour pouvoir m’approcher du couple sans être vu. 

   Là-bas, les deux discutaient. Le second avait refermé la valise et la tenait solidement d’une main. Dans l’autre, il y avait quelque chose, et je compris qu’il s’agissait d’une arme. Duncan recula. Son contact leva la main. 

   Alors qu’il allait tirer, je tentai de le devancer, hélas trop tard. Nos deux coups de feu se succédèrent. Mon collègue glissa à terre en poussant un gémissement, alors que le tireur tournait les talons et se mettait à détaler comme si le diable était à ses trousses. Le diable, il l’avait bel et bien : c’était moi. En quelques enjambées, j’étais arrivé près de Duncan. Ce dernier était allongé à terre et se tenait la poitrine en grimaçant. 

   Je grondai de colère et m’élançai à la poursuite du tueur, mais ce dernier m’attendait, dissimulé derrière sa voiture. Je fus accueilli par un déluge de feu et dus me jeter à terre, me dissimulant tant bien que mal dans une fondrière où je me reçus durement. Le sol gelé ne me facilitait pas la tâche. Le temps de souffler, j’entendis une pétarade et, en relevant la tête, j’aperçus l’arrière du véhicule, aux yeux rougeoyants, qui s’éloignait rapidement. Je pestai, rageant de m'être fait avoir comme un bleu... que j'étais, au fond, et cela me mit en rage, alors que je rebroussais chemin.

   En m’agenouillant devant Duncan, je compris qu’il n’en avait plus pour longtemps. A présent il faisait nuit, mais l’étrange luminescence, due à la neige qui tombait maintenant à gros flocons, me permettait de détailler le visage du blessé. La face même de la Camarde... 

   Il esquissa un sourire, ouvrit la bouche, bredouilla. 

   - T’étais là, hein ?... J’ai que c’que je mérite… 

   - Epargne tes forces, Pal. Je vais te conduire à l’hôpital et… 

   - Inutile… J’ai mon compte. Tant mieux. De toute façon, j'avais rendez-vous avec Doris. 

   Je voulus lui demander qui était le type avec qui il avait rendez-vous et que contenait la valise. Mais il était trop tard. Les lèvres de Duncan se tordirent et son regard se figea. Doris ne l'attendrait pas longtemps.

(A Suivre)


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"Ecran, mon joli écran, 
dis-nous quelle est la plus belle...
- T'es c... c'est qu'un gland!"

Acorn Boy (Ziluks)
Dace Rīdūze, 2010, LV, video, sans dialogue, 10'
Dans le village de Stalks, un petit gland rencontre 
Monsieur Abeille, M. l’Araignée, la fourmi 
et beaucoup d’autres insectes.


Frigide Barjot achevée par Audrey Pulvar 
pleure sur D8 : un duel d'egos pathétique
Bruno Roger-Petit
Chroniqueur politique

   (...) La télévision, combien de fois l'avons-nous écrit ici depuis deux ans, se complait désormais à mettre en scène les débats de société, y compris les plus lourds de sens, en les réduisant à une dimension tout à la fois binaire et manichéenne, caricaturale et extrémiste. Le règne des Zemmour, Lévy, Ménard, Pulvar, Autain est advenu, et il paraît qu'il va durer longtemps, très longtemps. (...)

   (...) Frigide Barjot est sur le plateau du "Grand 8", éléments de langage ressassés à l'appui. "Un enfant, un papa une maman", "Hollande nous coupe la tête", "Le mariage va mourir", "J'ai des amis homosexuels, je donne au Refuge"... Frigide, qui chantait "Fais-moi l'amour avec deux doigts"... Frigide, celle qui faisait le grand écart sur le comptoir du Banana café... Frigide, la déconneuse de Jalons...

   Face à elle trône Audrey Pulvar, celle qui était présente à la Bastille le 10 mai 1981. Audrey, la conscience autoproclamée de la gauche française... Audrey, l'héritière naturelle de Jaurès, de Blum, de Herr, de Mendès, de Zola... Audrey, qui n'aime pas Manuel Valls, le Clemenceau contemporain... Que serions-nous sans Audrey Pulvar et ses défunts éditos des "Inrocks", ces sublimes odes à la philosophie d'Albert Camus revue par des lycéens triplant leur Terminale L ? 

   Au cœur des débats, le mariage pour tous, la Manif pour tous, une droite française au bord du 6 février 1934, une gauche émolliente et frileuse, un président à l'autorité si faible qu'il en est presque délégitimé aux yeux des extrêmes de tous bords, une France frileuse et apeurée, divisée et clivée, des homosexuels mis au ban par une partie de la France qui se croit plus authentiquement française que toutes les autres...

   Et tout cela débouche sur quoi ? Un débat Frigide Barjot/Audrey Pulvar. Des larmes, des cris. De l'hystérie partagée. Du divertissement... (...)


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(Grâce aux rebuts de tissus, des robes légères et décentes
sont offertes aux victimes de la Crise Mondiale...
On dit merci qui?)


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(Dans cette image se cache un membre du FMI.
Sauras-tu le trouver?)

Ballenger Droits réservés 
Comment le FMI et la Banque mondiale 
ont pris le contrôle de la Tunisie
AGNÈS ROUSSEAUX

   (...) Le FMI a décidé d’appliquer ses célèbres méthodes en Tunisie. Un document confidentiel, révélé fin mars par des médias tunisiens, a provoqué l’embarras des responsables politiques. En échange d’argent frais de la part du FMI [1], ceux-ci se sont engagés sur un planning de réformes structurelles, à un rythme effréné. Au programme : augmentation du prix des carburants, baisse des impôts pour les entreprises, déplafonnement des taux d’intérêt (pour permettre aux banques d’améliorer leur rentabilité), audit des entreprises publiques de l’énergie – gaz, électricité et raffinage des produits pétroliers... Ce qui laisse présager des privatisations. Un alléchant menu néolibéral, que le gouvernement prévoit de concocter en 9 mois.

   La recette, elle, semble avoir été préparée par les institutions financières internationales. Dans une lettre à Christine Lagarde, patronne du FMI, le ministre des Finances et le gouverneur de la Banque Centrale tunisienne s’engagent à consulter les services du FMI pour « toute révision » de ce programme de dérégulation. L’opposition et la société civile s’indignent de cette ingérence dans la politique économique du pays. « La Tunisie est le laboratoire du FMI et de la Banque mondiale, qui profitent du non-professionnalisme des élus et du gouvernement », analyse Chafik Ben Rouine, porte-parole de l’ACET (Auditons les créances envers la Tunisie). (...)

   Pourquoi un tel traitement ? Pas le choix, avance le gouvernement. Ce sont les contre-parties du prêt accordé. Un prêt qui vient alourdir une dette tunisienne déjà importante : 30 milliards de dinars (15 milliards d’euros) [2]. Le remboursement de la dette constitue le premier poste de dépense publique. Soit trois fois le budget de la santé et cinq fois celui consacré à l’emploi ! Les créanciers ? La France, principal partenaire économique de la Tunisie [3], la Banque mondiale et la Banque européenne d’Investissement (BEI), dont la France est un des actionnaires principaux. Plus de la moitié de la dette tunisienne serait issue de la période du régime de Ben Ali (1987-2011). Chaque Tunisien hérite ainsi à la naissance d’une dette de 3 000 dinars (1 500 euros) qui appartient essentiellement à Ben Ali, décrit l’analyste Mehdi Khodjet El Khil.

   La Tunisie doit-elle honorer ces dettes ? « Reconnaître la dette du dictateur, en décidant de poursuivre son remboursement, constitue un acte antinational, antidémocratique et une complicité de fait avec sa dictature », affirme Fathi Chamkhi, membre du Front populaire, et porte-parole du Comité pour l’annulation de la dette du Tiers-monde (CADTM) Tunisie. « Payer cette dette prive la Tunisie de moyens financiers très précieux, à un moment très critique de son histoire, et aggrave son endettement extérieur. » Des études [4] montrent que la Tunisie a perdu 29 milliards d’euros entre 1970 et 2010 à cause de la fuite de capitaux. Une raison de plus pour faire le point sur la situation financière du pays. (...)

   Avant l’élection de l’Assemblée nationale Constituante (ANC), en octobre 2011, tous les partis sont d’accord pour réaliser un audit. Et déterminer si une part – jugée illégitime – de la dette doit être annulée. Plus de cent parlementaires européens soutiennent la suspension des paiements de la dette, jusqu’à la réalisation d’un audit indépendant [5]. En 2012, des députés tunisiens déposent une proposition de loi en ce sens. Coup de théâtre en février 2013 : en pleine crise politique, suite à l’assassinat du leader politique Chokri Belaïd, le secrétaire d’État aux Finances, Slim Besbès, annonce le retrait du projet d’audit. Motif : le niveau de l’endettement de la Tunisie serait « gérable », affirme-t-il !

   « C’est une ingérence inadmissible du pouvoir exécutif dans le travail législatif », s’indigne Chafik Ben Rouine. « C’est contre-révolutionnaire et illégal d’outrepasser la souveraineté de l’ANC en préférant suivre les instructions du FMI », s’insurge la députée Mabrouka M’Barek (Congrès pour la république, membre de la majorité au pouvoir), qui interpelle le secrétaire d’Etat sur les réseaux sociaux : « Pourquoi le FMI a si peur d’un simple audit !!! (…) M. Besbes, rappelez-moi pour qui vous travaillez ? Le peuple tunisien ? Non, le FMI bien sûr ! Alors dites à vos employeurs que le peuple tunisien est souverain, il est résolu à examiner 23 années de dictature et à déceler qui a financé ces années de torture et de surveillance policière. » Ambiance. Fin mars, le Front populaire appelle à suspendre pour trois ans le remboursement de la dette, en suivant l’exemple de l’Argentine, l’Equateur ou l’Islande. (...)

Notes

   [1] L’accord en discussion porte sur un prêt du FMI de 2,7 milliards de dinars tunisiens (soit près de 4 % du PIB de la Tunisie), remboursable sur 5 ans avec une période de grâce de 3 ans et 3 mois. Voir les documents échangés entre le FMI et le gouvernement tunisien, publiés sur le site Nawaat.

   [2] Le ratio dette/PIB de la Tunisie est en 2011 de 136% du PIB. Son taux d’endettement est plus important que celui de la France, dont le ration dette/PIB est de 90 %.

   [3] Créancier à hauteur de 1,7 milliards d’euros, soit la moitié de la dette bilatérale de la Tunisie.

   [4] Voir Capital Flight from North African Countries, par Léonce Ndikumana et James K. Boyce, Political economy reseach institute, Novembre 2012.

   [5] Le 10 mai 2012, le Parlement européen adoptait une résolution sur la stratégie de l’UE en matière de commerce et d’investissements pour le sud de la Méditerranée après les révolutions du Printemps arabe, qui « juge odieuse la dette publique extérieure des pays d’Afrique du Nord et du Proche-Orient sachant qu’elle a été accumulée par les régimes dictatoriaux, par le biais principalement de l’enrichissement personnel des élites politiques et économiques et de l’achat d’armes, utilisées souvent contre leurs propres populations ». Source : CADTM

Lire sur:

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Benoît Barvin

vendredi 22 mars 2013

"Cette indéfectible Liberté de nuire, je ne l'appréciais pas trop". Jacques Damboise in "Pensées à contre-pet".

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Pensées pour nous-mêmes:

(LA LIBERTÉ NE S'USE QUE SI
L'ON NE S'EN SERT PAS)


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« Nous n’avons qu’une liberté : 
la liberté de nous battre 
pour conquérir la liberté... »

Henri Jeanson 
Dialogue du film de Julien Duvivier 
"La fête à Henriette "



"Mon corps m'appartient 
et il n'est l'honneur de personne"

Yüsra N. M'hiri 

   (...) Depuis lundi 11 mars, des photos circulent sur les réseaux sociaux où Amina, lycéenne concourant pour le bac cette année, s'affiche seins nus, inscrivant sur son torse ce slogan qui a valeur de programme: "Mon corps m'appartient et il n'est l'honneur de personne".

   En quelques jours, la page Facebook [créée le 1er mars], "Femen-Tunisian Fanpage", a collecté plus de 4 000 commentaires. Certains la soutiennent et la défendent avec beaucoup de conviction et d'énergie. D'autres la couvrent d'insultes et la traitent de tous les noms, choqués par son acte, qu'ils qualifient de vulgaire et d'extrémiste. (...)

   Amina ne comprend pas l'indignation de certains : "Nous voyons souvent des hommes torse nu à la plage, cela ne choque personne, alors il en va de même pour nos actions. Ce n'est nullement de la provocation, mais une simple action pour prôner la liberté de la femme, explique-t-elle dans l'émission ''Labes'', samedi 16 mars, sur Ettounissia TV [chaîne privée].

   Et d'ajouter : "On n'enlève pas nos hauts pour des raisons sexuelles, nous les Femen, nous avons le courage de crier haut et fort nos revendications pour libérer la femme."

   Amina se demande pourquoi les Tunisiens s'indignent uniquement face à son corps nu. Elle souhaite que la femme soit vue pour ses idées et non pas seulement pour son corps (y'a du boulot, Amina...) . Elle explique que le corps de la femme n'appartient qu'à elle et à nul autre, ni son père, ni son frère, ni son mari. Il aurait été préférable de s'indigner par rapport à la situation de la femme tunisienne, harcelée, agressée et parfois même violée, pense-t-elle.

   Suite aux différentes attaques, accusations et menaces dont elle ne cesse de faire l'objet, la jeune femme a tenu à s'expliquer sur le fait qu'elle ne souhaite en aucun cas offenser les Tunisiens et Tunisiennes. Son acte vise seulement à défendre les droits de la femme.(...)

   Selon des juristes, la jeune femme risque 6 mois de prison pour atteinte à la pudeur. Sur les réseaux sociaux, elle a été de nombreuses fois menacée de mort, notamment par des internautes proches de la mouvance islamiste. Elle a reçu, jusque là, très peu de soutien de la part des féministes tunisiennes, qui ne comprennent pas forcément son acte, surtout en cette période de combat contre l'obscurantisme rampant.(...)
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"J'aime bien quand vous portez une robe transparente...
et quand le soleil vient subrepticement par derrière...
- Ah bon? Et pourquoi?"

Leslie Langille Benson, The Lovers, 1921

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« Si tous les cornus d’Europe 
portaient lampions, ô miséricorde, 
quelle illumination. »
Albert Cohen 
Extrait de "Belle du Seigneur"

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"Pas besoin d'armes, les gars. Suffit simplement
que vous disiez que vous venez de la part de l'UE"


Mac on cyprus bail out. This cartoon by Mac from the Daily Mail

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CHYPRE :
Nous ne sommes pas les idiots de l’Europe
Frixos Dalitis
Traduction : Alexia Kefalas

   (...) Depuis samedi matin, je sens une énorme colère monter en moi. Ce n'est pas seulement à cause de la taxe sur les comptes en banque (je n'ai pas d'argent à perdre). Mais c'est surtout parce que j'ai l'impression d'avoir été pris pour un imbécile, encore une fois. Je suis, comme n'importe quel citoyen de ce pays, victime d'une arnaque.

   D'un côté, je dois payer les pots cassés par les dirigeants chypriotes et de l'autre, je dois subir le "jeu politique" de nos partenaires européens. Mais, comme le disait le poète Eschyle, "il n'y a pas plus terrible que la colère d'un peuple qui grogne". Sauf que dans notre cas, le peuple a dépassé le stade de la grogne. Même la patience du peuple le plus bienveillant a ses limites. Et quand on les dépasse, la colère déborde et peut tout balayer sur son passage.

   Dans ce cas précis, c'est ce qui va se passer. Tous ensemble, en tant que peuple digne et doué de conscience, nous devons sortir dans la rue et dire avec toute la force de notre âme que nous ne sommes pas des idiots. Nous devons crier de toutes nos forces : "Ca suffit !"(...) 

   Sur le fond, il n'y a pas besoin d'avoir un master en économie pour comprendre ce qui va se passer. La grande majorité des gens sont touchés personnellement. De la mamie qui a réussi tant bien que mal à économiser cinq ou dix mille euros, jusqu'au salarié qui mettait de côté chaque mois un peu d'argent pour que son enfant fasse des études plus tard.

   Et même pour celui qui a des millions en banque, le problème est que, comme il en a "beaucoup", et bien on va lui en prélever un peu. Nous savons très bien ce que cela signifie. Les grands épargnants vont mettre leur argent ailleurs, au grand dam de l'économie locale. Ce qui ne manquera pas de se traduire par de nouveaux licenciements, des faillites de PME… On connaît la suite.

   Mais ce qui ressort de cette affaire, est la faillite de la confiance du peuple envers l'Europe. Ce n'est pas de cette Europe dont nous rêvions, ce n'est pas de cette Europe que nous voulons. Car dans notre Europe, il n'y aurait pas de place pour ce genre de comportement. (...)


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Benoît Barvin