Bonjour à vous qui, dans le maelström du net, êtes arrivés, par hasard? lassitude? erreur? sur ce blog. Vous êtes les bienvenus. Vous y lirez des extraits d'articles, de pensées, d'interviews, piochés ça et là, et illustrés de photos et dessins détournés, via un humour de bon aloi. Vous pouvez évidemment réagir avec le même humour, la même ironie que nous mettons, chaque jour, à tenter de respirer un peu plus librement dans une société qui se corsète chaque fois un peu plus.
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dimanche 18 août 2013

"Le roi de la Panade reçut, plusieurs années de suite, le Premier prix des Malchanceux". Jacques Damboise in "Pensées inconvénientes".

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Pensées pour nous-mêmes:

(LE CIEL, LE VENT ET L'EAU
T'APPARTIENNENT-ILS)

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"Chéri, Chéri! Regaaarde!!!
- Super, mon Amour. Je vais chercher les bandages..."


Kitten On A Trampoline, art by Robert McGinnis


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"Vous aussi vous attendez le Calao?" (1)


(1) (Calao: oiseau de Papouasie)


Le voyage comme expérience intime 
de la mondialisation
 Alain Garrigou

   (...) Comme le disait Charles de Gaulle de ceux qui répétaient « Europe ! Europe ! » en sautant comme des cabris, le terme « mondialisation » suscite l’émoi de ses apôtres. La morgue en plus. Il faudrait être ignorant pour ne pas la célébrer. Le président de la Commission européenne, M. Jose Manuel Barroso, s’en est pris aux Français qui ne comprennent pas la mondialisation. Un quotidien s’alarme-t-il de la baisse d’attractivité française pour les investissements étrangers qu’il trouve aussitôt un coupable : « Ce qui est en cause, c’est l’incapacité des élites publiques de ce pays à comprendre la mondialisation » (Le Monde, 7 juin 2013)

   Qu’est-ce que ne verraient pas les mauvais esprits qui ne goûtent pas, ou pas complètement, les charmes de la mondialisation ? Un mouvement pourtant naturel et nécessaire. Du coup, ses apôtres évitent de donner leurs bonnes raisons de l’aimer : pour eux, cela va de soi. C’est la rhétorique de toutes les dominations : transformer l’histoire en nature, la question en évidence et les critiques en obscurantistes. Par sottise et étroitesse d’esprit, ces derniers seraient hermétiques aux lois de l’économie ou de l’histoire.

   Depuis des lustres, la mondialisation suscite les arguments de la résistance au changement qui accompagnent les discours modernisateurs. Prenons le terme de « mondialisation » qui, plus que son équivalent anglais, « globalization », revendique les avantages de l’universalisme : comment pourrait-on s’opposer à l’ouverture au monde ? Les critiques ne sortiraient pas de chez eux. C’est un autre lieu commun de la domination : « Il aurait dû davantage parcourir le monde, comme Dominique [Strauss Kahn, ami très proche] et moi l’avons fait depuis quarante ans » (Le Monde, 3 juillet 2013) expliquait ainsi Denis Kessler, ancien dirigeant du Medef, à propos de M. François Hollande. Preuve que l’étroitesse d’esprit touche aussi bien les plus hauts responsables politiques. Avec Dominique Strauss Kahn, l’ancien directeur du FMI forcément usager des transports aériens et des grands hôtels, l’ancien dirigeant du Medef a sans doute moqué le « localisme » des adversaires.

   Qu’on se rassure, le mépris mondialiste ne vise pas seulement les puissants. Les universitaires y ont aussi droit puisque le vieil anti-intellectualisme — ils seraient perdus dans les sphères de l’abstraction ou de la théorie — vient renforcer le reproche de leur immobilité géographique. Eux non plus ne voyageraient pas à en croire un de leurs contempteurs qui accusait « quelques petits messieurs, qui ne sont jamais sortis de chez eux ou des amphithéâtres, où ils dispensent leur science » [1]. Quant à la plupart des gens, on sait bien que, faute des moyens financiers, ils ne voyagent pas ou ne s’éloignent guère. Impossible, dans ces conditions, de comprendre la mondialisation. (...)

   (...) On aura donc bien compris que les apôtres de la mondialisation ont un grand avantage sur les autres : ils voyagent. Comment ? Sans doute de capitale en capitale, d’aéroport en aéroport, de première classe en première classe, de grand hôtel en grand hôtel. Le voyage comme expérience intime de la mondialisation. Nul pays ne leur semble fermé. Mais qu’en connaissent-ils sinon les palais gouvernementaux, les ministères, les voitures officielles, les aéroports et les salons VIP ? On ne les a en tout cas jamais croisés sur les routes, ni dans les bus de nuit, ni dans les guesthouses, ni sur les sentiers de trek, ni sur les marchés populaires, etc. Sans doute une perte de temps que de s’enfoncer dans les campagnes et de côtoyer les humbles et les pauvres, les vieillards et les enfants. 

   Que connaissent-ils concrètement de la déforestation en Indonésie et en Amazonie sans jamais avoir vu la fumée des brûlis et les coupes dévastatrices ? Que savent-ils de la pollution sans avoir parcouru les villes poubelles d’Asie, senti les émanations industrielles des pays de production délocalisée ? Que savent-ils du travail dans les ateliers des pays émergentset des zones économiques spéciales ? Ont-ils jamais passé une frontière normalement, en subissant des contrôles de plus en plus sévères ? Les voyageurs savent bien que le monde rétrécit, qu’il y a de moins en moins de pays ouverts aux hommes. Saisissant paradoxe de la mondialisation, qui se confond avec la limitation de la circulation des humains. Il est vrai que la mondialisation est la rhétorique d’un universalisme marchand : un oxymore.

Notes

[1] in. R. Cayrol, Sondages, mode d’emploi, Paris, Presses de Sciences Po, 2001, p. 10-11.


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"Chéri?!
Je lui envoie la balle... ET IL LA RAPPORTE!
- Super, mon Amour, super..."

Frederic Mitzen - 1940’s

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Luc Desle

mardi 4 juin 2013

"La fille qui parlait trop je lui indiquai, avec mon arme, comment se taire". Jacques Damboise in "Pensées à contre-pet".

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Pensées pour nous-mêmes:

(LE FOU EST PLUS SAGE QUE LE SAGE)


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LONG RÉCIT AU LONG COURS (1/27)
pcc Benoît Barvin et Blanche Baptiste

   Elaine Cantagril, après un étrange cauchemar, est décidée à enquêter sur cet étrange couvent...
ANGÉLUS 
ou 
LES SECRETS DE L’IMPALPABLE


    Le lendemain matin, Elaine avait mal partout et ses paupières étaient boursouflées, en raison du manque de sommeil. Cependant elle ne pouvait rester au lit. De trop nombreuses questions sans réponse se heurtaient dans sa cervelle.

   Pour la première fois depuis son entrée dans le monastère, elle assista à la messe du matin. Il était un peu plus de cinq heures et, en dépit d’un gilet sur lequel elle avait posé son châle, elle n’arrêtait pas de trembler à cause de ce froid humide qui tombait des voûtes de la petite chapelle. Le père Grangeais servait la messe avec des gestes mécaniques. Il paraissait harassé. Pas une fois il ne regarda dans sa direction. 

   La Mère Supérieure était absente. Les soeurs évoquaient un refroidissement. Était-ce l’effet de son imagination ou bien les avait-elle vues sourire à ce mot ? Soeur Jeanne lui fit un petit signe discret qui échappa à Soeur de la Miséricorde dont l’espionnage se révélait très agaçant.

   La vieille religieuse s’était en effet installée près d’Elaine, et elle ne cessa de la surveiller durant l’office. Quand la jeune femme voulut communier, elle lui saisit le bras et le serra méchamment en grondant.

   - Les pécheresses, Ma Fille, doivent rester à leur place !

   Elaine fut ulcérée par cette réplique mais elle n’osa pas protester. Elle accepta le verdict de la religieuse et resta agenouillée bien sagement. Une fois l’office terminé, Soeur de la Miséricorde lui confia la tâche d’aller faire les courses. Elle se soumit une nouvelle fois et s’y rendit en compagnie de Soeur Adèle. Elles trouvèrent au marché de nombreux produits d’épicerie qui leur manquaient. Ce jour-là, la Supérieure leur avait demandé en plus d’apporter trois livres de croquants aux amandes.

   Pendant qu’elles faisaient leurs emplettes, Elaine interrogea sa compagne. 

   - Crois-tu que la conduite de Soeur de la Miséricorde envers Soeur Jeanne soit juste ? Elle est toujours deriière elle et si Soeur Jeanne a déliré, hier soir, je suis sûre que c’est à cause de cette méchante bique qui lui fait subir toutes sortes de brimades !

   L’expression fit naître un léger sourire sur les lèvres de Soeur Adèle.

   - Tu le sais, Elaine, notre communauté vote pour élire la Supérieure chargée de la bonne marche du couvent et ce, pour trois ans. Ce vote intervient à l’aide de pierres blanches et de pierres noires. Il y a six mois, il y avait un nombre égal de voix qui s’étaient portées sur Soeur Camille de l’Incarnation et Soeur de la Miséricorde. C’est la voix de Soeur Jeanne qui a fait tout basculer... 

   - Comment le savez-vous ?

   - C’est elle-même qui s’en est vantée. Et c’est ainsi que Soeur Camille est devenue notre Supérieure pour la seconde fois, ce qui n’était jamais arrivé jusqu’à présent.

   - Tu veux dire que ce serait par vengeance que Soeur de la Miséricorde s’en prend à Soeur Jeanne ?

   La novice haussa les épaules tout en faisant la moue.

   - Cette « bique », comme tu dis, a été enfermée très tôt au couvent. Elle appartient à une famille d’aristocrates. Elle a toujours été très laide et c’est pour cela qu’on l’a obligée à devenir religieuse... Pour elle, il ne s’agit pas d’une vocation. De plus, côté règlement, elle est contre le fait que l’on fasse voter des novices. Alors cette vieille carne se venge sur les Soeurs les plus jeunes et les plus jolies.

    - Mais c’est horrible ! s’exclama Elaine. Que fait-elle de la charité chrétienne ?

    - Elle n’en a cure. Nous l’acceptons comme elle est : vieille, rabougrie, jalouse de tout le monde mais c’est notre Soeur et nous devons l’aimer comme Notre Seigneur a aimé nombre de mécréants pour les ramener sur le chemin céleste. J’avoue que cela n’est pas facile... Mais si l’on parlait d’autre chose ? On pourrait goûter à ces croquants... J’adore les douceurs.

    - A ta place, je ne serais pas devenue religieuse, car la vie monastique est loin d’être douce.

    - Pour l’instant, je m’y divertis beaucoup : j’aide à la classe et à d’autres travaux passionnants. Je m’y sens plus libre que chez moi. Mes parents, me trouvant trop naïve et spontanée, ne me laissaient jamais agir à ma guise. Ils n’avaient qu’une idée : me marier au plus vite. J’ai refusé.

   Adèle, sur le point de croquer un biscuit, s’interrompit soudain, les yeux brillants. Tout au fond de la place, passait un homme serré dans une élégante redingote noire.

   - Qui est-ce ? demanda Elaine.

   - C’est notre apothicaire, Angélus Gabrielli. Je crois que cet homme est un grand génie. Il connaît tant de choses… Lorsqu’il vient au couvent pour superviser nos ateliers d’herboristerie, je ne me lasse pas de le voir faire. La Création semble n’avoir aucun secret pour lui...

   Angélus avait disparu. Une fois de plus, Elaine n’avait aperçu de lui que sa silhouette et sa chevelure dorée. Les propos de sa compagne venaient contredire la première impression qu’elle avait eue à son propos. Sœur Adèle était certainement, comme bien d’autres, sous le charme de ce séducteur. Elle la mit en garde.

   - Une Servante de Dieu a-t-elle le droit de montrer un tel intérêt pour une personne de l’autre sexe ?

   - Je ne vois pas où est le mal, rétorqua en riant Adèle. Si la beauté et l’intelligence divines se sont incarnées dans un être, il n’y a pas d’offense à en apprécier l’expression. Tu n’es pas d’accord avec moi ?

   Elaine trouva que sa compagne tenait des propos bien osés pour une novice dont l’attitude au couvent était cependant fort respectueuse des règles, quoique parfois sujette aux enfantillages.

   Quand elles rentrèrent au monastère, elle aida Soeur Adèle à ranger les différents paquets, avant d’aller passer un moment dans le jardin. Elle s’assit sur le banc, près du puits, et tout ce qu’elle avait vécu la veille l’assaillit à nouveau. Au bout d’un moment, elle eut la sensation qu’on l’épiait. Elle leva la tête, inspecta les lieux autour d’elle et rencontra le visage de la Mère Supérieure qui, dans une allée du cloître, l’observait.

   Sous ce regard dont elle ne discernait rien, car la religieuse était trop loin d’elle, Elaine se sentit mal à l’aise. Était-il possible que Soeur Camille ait été prévenue par quelqu’un que son secret avait été percé ? Et qui aurait bien pu le lui dire ? Le père Grangeais n’était-il pas tenu de taire ce qu’il savait ? Jusqu’où sa complicité s’étendait-elle ?

   Elaine se leva bien vite, mal à l’aise et rejoignit sa cellule sans se retourner. 

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(A Suivre)


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(La femme par qui la banqueroute arrivait...)


kitschgirl65:
Anita Ekberg


Vive la banqueroute ! 
Thomas Morel, François Ruffin (et al.)
Bernard Gensane

   (...) Autour de Thomas Morel et François Ruffin (qui, de surcroît, osent nous gratifier d’un long entretien avec Frédéric Lordon), on trouve deux étudiants en master, un infirmier au chômage, un apprenti menuisier, une prof d’histoire et un jeune en service civique. Que du pas beau monde, donc, mais qui nous offre un livre furieusement iconoclaste et qui donne à réfléchir.

   En étudiant quelques épisodes de violente banqueroute vécus par la France (de Philippe le Bel à De Gaulle), cette fine équipe nous dit tout simplement que, face à la faillite, immédiate ou à venir, l’État français a toujours fait ce qu’il voulait, qu’il a changé d’orthodoxie comme d’autres de chaussettes, et que pour se sortir des mauvaises passes où il s’était lui-même engagé, il a fait payer les riches, c’est-à-dire ceux qu’il avait enrichis auparavant. L’État prenait l’argent là où il était vraiment.

   En compagnie de Frédéric Lordon, nos auteurs nous font observer que, pour la période récente, le libéralisme a créé le chômage de masse alors que l’économie dirigée des Trente Glorieuses avait engendré une croissance annuelle de 5% et garanti le quasi plein emploi. Ce qui signifie, en d’autres termes, que le fou, c’est l’Autre, celui qui a le « courage » de plier devant la finance, de dégraisser à qui mieux-mieux, de tuer des emplois, de faire disparaître des pans entiers de l’économie, de faire payer la dette aux travailleurs en déréglementant . Ce n’est pas « l’irréaliste » qui prétend tenir tête au capitalisme financier.

   Il fut un temps où les dirigeants politiques ne passaient pas leur temps à trembloter en voulant à tout prix rassurer les marchés qui leur faisaient quotidiennement du chantage à la dette. Une époque que les moins de vingt ans ne peuvent pas connaître (sérieux !) où le mot réforme signifiait progrès et non régression sociale. Il fut même un temps (en 1936) où un ministre des Finances pouvait déclarer – même si cela, pour finir, ne porta pas trop à conséquence – « Les banques, je les ferme, les banquiers, je les enferme ! ».

   Sacré Philippe le Bel ! Sous son règne, la France connaît de sérieux désordres monétaires (dévaluations, réévaluations), ce qui ne l’empêche pas d’être à l’apogée de sa puissance médiévale. Le Bel est le contraire d’un Maastrichtien : son royaume est centralisé, géré d’une main de fer. Il condamne et brûle les Templiers, qu’il appelle les « banquiers de l’Occident » et prend l’argent là où il est vraiment, dans les caisses de l’Église, à la grande douleur du pape qui n’y peut mais. « TINA » (il n’y a pas d’autre solution), il ne sait pas ce que cela veut dire. Le respect à l’égard des créanciers, il en a encore moins cure que Mélenchon.

   Pour que les Français mangent de la poule au pot tous les dimanches sous Henri IV, il faut faire le ménage. Ce dont se charge le ministre Sully qui débusque les fraudes, les contrats pourris, qui divise par quatre les taux d’intérêt, qui, globalement, réduit les rentes de 40%. Cela ne suffit pas car le roi doit 3,5 millions de livres au duc de Toscane. Il épouse sa fille, Marie de Médicis qui apporte en dot l’effacement de la dot. Une idée pour Hollande (qui n’est pas marié) ?

   Mazarin pille l’État. Il posséde 8 700 000 livres, soit 79 tonnes d’argent, ou 5,4 tonnes d’or. Louis XIV hésite à l’attaquer de front. C’est tout un ordre qui vacillerait. Le 15 septembre 1661, Colbert s’attaque à tous les rentiers du Royaume en décidant de racheter leurs créances à un prix dérisoire. Les bourgeois se révoltent. Les meneurs sont menottés et embastillés. Le roi réduit les rentes de 70%. Le successeur de Colbert frappe ensuite les riches d’un « impôt du dixième ».

   Le ministre des Finances de Louis XVI est Jacques Necker, un banquier suisse qui aime l’argent (il possède 7 millions de livres en 1776). Il est également proche des philosophes. Il se dit pragmatique, « moelleux et flexible » mais se veut l’apôtre de l’interventionnisme économique de l’État. En 1775, il publie son Essai sur la législation et le commerce de grains, dans lequel il dénonce la liberté de ce commerce. Le livre paraît au moment où le ministre Turgot (qui avait libéralisé le commerce des grains) – et non Necker, à qui les auteurs attribuent à tort cette responsabilité – doit faire face à la guerre des farines. 

   Les mauvaises récoltes conduisent à des émeutes et à favoriser les demandes de réglementation des prix des grains. Dans son Éloge de Colbert, il critique la propriété qui n’est pas un droit naturel mais une « loi des hommes » fondée sur un « traité de force et de contrainte ». Au ministère, il fonctionnarise les finances : à la place des officiers inamovibles et rémunérés sur commission sont installés des employés révocables et percevant un traitement fixe.

   En 1789, la France compte, dit-on, « deux mille riches ». On décide de n’en taxer qu’un seul, l’Église, dont le patrimoine est évalué à trois milliards de livres. C’est l’abbé Talleyrand qui va nationaliser les biens du clergé ! N’empêche qu’en 1796, 45 milliards d’assignats, qui ne valent rien, circulent dans le pays. Entre temps, Robespierre aura chuté, entre autres pour avoir voulu défendre les rentes viagères.

   En 1926, tout baigne, sauf que l’État est à sec et que la Banque de France, qui n’est pas nationalisée, refuse de prêter le moindre sou. Le franc s’écrase face à la livre sterling. La dette publique s’élève à 300 milliards de francs. Le Parlement ne veut pas léser les rentiers, et l’Allemagne, qui devait payer, ne paye pas. Raymond Poincaré, homme de droite, va réduire de 80% la fortune des rentiers. Il qualifiera de « stabilisation » cette dépréciation de 80% du franc. Dont il sera pour l’histoire et à jamais « le Sauveur ». (My foot !).

   Entre 1944 et 1948, la classe ouvrière a le vent en poupe. Les employeurs ne peuvent résister aux demandes hausse des salaires. La dette s’élève à 269% du PNB. La monnaie est dévaluée cinq fois de 1944 à 1948. Une période de vie chère et de travail assuré est, dit-on, préférable à une période de vie bon marché et de chômage. De Gaulle est pour, ainsi que son conseiller, l’orthodoxe du libéralisme Jacques Rueff qui accepte ce keynésianisme comme un moindre mal. Il sera, cela dit, l’un des fondateurs de la Société du Mont-Pèlerin en 1947, financée par de grands patrons suisses.

   En 1958, De Gaulle retourne sa veste. Au nom de la « vérité et de la sévérité » qui, seules peuvent garantir la prospérité. « Tant que je serai là, la parité du franc ne changera pas », proclame-t-il. Cette politique De Gaulle-Pinay-Rueff permettra à la France d’appliquer le traité de Rome. Certains patrons, comme Jacques Riboud, prônent une politique keynésienne de plein emploi et de croissance rapide. Mais en 1979, Raymond Barre fait du franc fort une contrainte européenne en créant le Système monétaire européen et en arrimant notre monnaie au mark. 

   À partir de 1983, la gauche poursuit sur cette lancée. En dix ans, la barre des trois millions de chômeurs est franchie. La dette publique double de 1981 à 1995. Au nom de la santé de la monnaie (une devise forte profite à ceux qui ont de l’argent), des millions d’existences sont sacrifiées. Les rentiers et les «capitalistes oisifs» ont remporté la guerre des classes.

   En dormant.

Vive la banqueroute !, par Thomas Morel, François Ruffin (et al.)
Amiens : Fakir Éditions, 2013.

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(Jeune femme enthousiaste après qu'elle avoir appris 
qu'elle avait été sélectionnée par Tu Quoque)


Ms Carroll Baker
Venice Film Festival 1967

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(Jeune femme de la Haute attendant patiemment
la sortie de l'élite des établissement parisiens...)


Hors de Paris, point de salut pour l'élite
Simon Kuper 
Financial Times 

   (...) Maurice Thorez, le staliniste français, passa la Seconde Guerre mondiale à Moscou, où il se faisait appeler "Ivanov". A la Libération, il rentra en France et devint membre du gouvernement. Après la démission de Charles de Gaulle en 1946, Thorez reprit à son compte un des projets fétiches du général : la création d'un établissement chargé de former les hauts fonctionnaires de la nouvelle république, l'Ecole nationale d'administration (ENA). Thorez devait se dire que cette caste constituerait "l'avant-garde du prolétariat" dont Lénine avait tant parlé. Depuis, l'ENA a produit pléthore de membres de l'élite politique et financière du pays, dont le président François Hollande.

   La France n'a jamais ménagé ses élites, un passe-temps qui remonte à la Révolution, mais les énarques et leurs camarades ont rarement été aussi impopulaires. En l'espace d'un an d'exercice, les gouvernements tant de droite que de gauche sont devenus des objets de mépris. Le chômage a atteint un niveau record. Les scandales liés à l'élite se multiplient (un des derniers en date concerne le ministre du Budget Jérôme Cahuzac et ses comptes en Suisse et ailleurs). Quelque chose a monstrueusement mal tourné pour la caste de Thorez.(...)

   (...) Les élites françaises se définissent par leur intelligence. Elles sont principalement recrutées dans deux écoles au processus de sélection rigide : l'ENA et l'Ecole polytechnique (que l'on appelle communément "l'X"). "Nulle part ailleurs dans le monde, les carrières professionnelles – et le destin de toute une nation – ne sont à ce point tributaires des écoles que l'on fait", écrit Peter Gumbel [ancien grand reporter au Time Magazine et enseignant à l'IEP de Paris]dans son dernier livre : France's Got Talent (Elite Academy- Enquête sur la France malade de ses Grandes Ecoles, éd. Denöel, mai2013). C'est pourquoi, même âgés, certains membres de l'élite se présentent en tant qu'"ancien élève de l'X".

   Ils ne sont que 80 étudiants à sortir chaque année diplômés de l'ENA, et 400 de Polytechnique. Ils se voient alors confier des postes très élevés. "Ils travaillent dur. Ce n'est pas une élite qui est juste là pour s'amuser," soutient Pierre Forthomme, spécialiste du conseil en management.

    Pendant des années, ils ont fait ce que l'on attendait d'eux. De 1946 à 1973, la France a vécu ses Trente Glorieuses, (presque) trente ans de réussite économique. En 1990, ils avaient encore de quoi se vanter. Ils avaient créé le premier proto-Internet, le Minitel, mis en place les trains les plus rapides d'Europe, cocréé l'avion de ligne le plus rapide du monde – le Concorde –, contraint l'Allemagne à accoucher de l'euro (qui, aux yeux des élites françaises, était censé annoncer le début de l'unité européenne, plutôt que sa fin), affirmé l'indépendance militaire du pays – que beaucoup prenaient encore au sérieux – et continuaient de croire qu'ils parlaient une langue internationale. Les intellectuels au pouvoir, c'était apparemment une solution qui fonctionnait.

   Depuis, tout est allé de travers. Dans les années 1960, le sociologue Pierre Bourdieu dénonçait déjà les défauts de l'élite : la classe dirigeante prétendait être une méritocratie ouverte aux gens brillants quelle que soit leur origine, mais, en réalité, elle s'était muée en caste incestueuse.(...)

   (...) C'est la plus petite élite à gouverner un grand pays. Elle vit dans quelques arrondissements chics de Paris. Ses enfants vont tous dans les mêmes écoles, dès l'âge de trois ans. Quand ils atteignent le début de l'âge adulte, les futurs responsables de la France se connaissent tous. Anciens camarades de classe, ils deviennent des "camarades de caste", expliquent les sociologues Monique Pinçon-Charlot et son époux Michel Pinçon.

   Aux Etats-Unis, jamais un PDG et un romancier ne se rencontreront. En France, les élites politiques, entrepreneuriales et culturelles ont pour ainsi dire fusionné. Ils se retrouvent au petit déjeuner, au vernissage d'une exposition, pour dîner. Ils nouent des liens d'amitié, voire se marient. Ils se donnent des tuyaux pour le travail, couvrent les transgressions les uns des autres, se confondent en critiques dithyrambiques pour le dernier ouvrage de l'autre. (Comparez l'euphorie que suscite la publication d'un livre de Bernard-Henri Lévy en France à l'accueil qu'on lui réserve à l'étranger !) (...)


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Luc Desle

jeudi 31 mai 2012

"Lassée de sa mauvaise réputation, la Mort, parfois, ratait son coup". Jacques Damboise in "Pensées à contre-pet"

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Pensées pour nous-mêmes:

(PRENDS LE TEMPS DE MANGER
LES RACINES DE LA VIE)
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"Mais, Chérie, tu ne vas pas laisser 
ce cadavre pourrir sur ce mur 
de l'Elysée Montmartre?
- Ça LUI apprendra à m'avoir battu,
Monsieur Propre et Normal sur lui... 
J't'en ficherais, moi... Héhéhé..."

a-l-ancien-regime:

Weenix, Jan Baptist (1621-1660)
Dead Partridge
Date: 1650-52

WEENIX, JAN BAPTIST (1621-1660)
DEAD PARTRIDGE  DATE: 1650-52


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"Je t'adore, toi, ma Bien-Aimée...
- Heu... Je viens du Peuple, tu sais, et...
- Ne t'inquiète pas, mes amours ne durent
jamais très longtemps"


En Grèce, une seule solution : 
dissoudre le peuple
Bruno GUIGUE 
Professeur de philosophie

   (...) Du refus de la démocratie par les élites qui s’en prétendent les garants, la crise grecque fournit une merveilleuse illustration : elle renvoie malicieusement la construction européenne, en effet, à sa faille fondatrice. Comme un retour du refoulé, le vote exprimé lors des élections législatives souligne, plus que le déficit d’un Etat au bord de la faillite, le déficit cumulé de démocratie dont le diktat communautaire est l’ultime avatar.

   Certes, en infligeant une cuisante défaite aux partis de gouvernement, le peuple grec a dénoncé l’entreprise punitive organisée par la finance internationale. Il a refusé le renflouement de ces banques véreuses qui ont alimenté la corruption et le clientélisme. Mieux, en votant pour la gauche radicale, il a disqualifié un système économique et social dont l’austérité exigée par Bruxelles garantirait la pérennité.

   Mais plus profondément, le peuple grec a signifié aux puissants, d’ici et d’ailleurs, que c’est lui qui est aux commandes. L’économie est-elle une affaire suffisamment importante pour que le peuple en décide, ou son sort doit-il être réglé par d’autres que lui ? Dès lors, que vaut un plan de redressement économique dont le peuple ne veut pas ? Si la démocratie a un sens, la réponse est sans appel : il ne vaut rien.
Lire sur:


***
(Ce journaliste indépendant du Pouvoir
comprit un peu tard qu'il aurait mieux
fait de la boucler)

(12 hommes en colère)

« Les nouveaux chiens de garde »


   (...) La question qui peut alors se poser est de comprendre comment la conversion des élites journalistiques de gauche au néo-libéralisme a pu se concrétiser de manière aussi rapide. L'exemple le plus frappant est incontestablement celui du journal de « référence » Le Monde sous l'impulsion du triumvirat Minc, Colombani, Plenel.

   En réalité ce basculement s'opère dans un mouvement plus global de prise de pouvoir des grands journaux par des grands groupes industriels ou financiers. Selon Gilles Balbastre, le système des médias glisse alors vers un système de classe où les opposants au système vont être farouchement combattus voire exclus. Le combat idéologique va tout de même mettre des dizaines d'années pour neutraliser les principales zones de résistance qui sont essentiellement constituées par des salariés attachés à l'indépendance de la presse. La méthode d'élimination des opposants est simple puisqu'elle consiste en une véritable marchandisation de l'information qui va passer par une accélération et une détérioration de cette dernière.

   L'accélération de l'information contribue à sa détérioration car le respect de délais très serrés implique des sacrifices tels que la non-vérification systématique des sources. C'est ainsi qu'une fausse information peut se répandre à la vitesse de la lumière. A cet égard, l'affaire d'Outreau est une véritable caricature de ce qu'est devenue la presse moderne. Des personnes accusées dans cette affaire ont ainsi été décrites comme des propriétaires de sex-shop ou comme des personnes habituées à des relations incestueuses. Tout était faux et pourtant l'information a fait plusieurs fois le tour de la planète médiatique avant que l'on s'aperçoive que les sources étaient infondées.

   La « fait diversification » de l'information est un des autres principaux maux de notre système médiatique. L'objectif d'optimisation de la rentabilité de l'information pousse les médias à privilégier les faits divers peu coûteux en temps et en travail d'investigation et offrant un attrait fort en terme d'audience. Un tel phénomène nous oriente vers un véritable lavage des cerveaux où le fameuse phrase de Patrick Le Lay prend tout son sens: «Pour qu'un message publicitaire soit perçu, il faut que le cerveau du téléspectateur soit disponible. Nos émissions ont pour vocation de le rendre disponible : c'est-à-dire de le divertir, de le détendre pour le préparer entre deux messages. Ce que nous vendons à Coca-Cola, c'est du temps de cerveau humain disponible».

   Comment un journaliste peut-il résister à un tel rouleau compresseur? Il y a ceux qui pratiquent la technique de la girouette qui consiste à aller dans le sens du vent c'est à dire à favoriser le système dominant. Puis il y a les autres. Ceux qui résistent. Ils sont alors confrontés à des délais de plus en plus raccourcis et à une pression de plus en plus forte de leur patron. Il s'agit alors de s'adapter tout en résistant ce qui est complètement contradictoire puisqu'il consiste à servir le système tout en lui résistant. Petit à petit ces journalistes « résistants » sont appelés à être éradiqués pour faire place à des profils plus conciliants. (...)
Lire l'article en entier sur:


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"Moi, je pense que pour cueillir les asperges,
j'ai la taille adéquate...
- Ahahah, toujours le mot pour rire, compadré"


Recrute Equatoriens précaires 
pour récolte d’asperges dans les Landes
Franck Berteau et Mathieu Palain

   (...) Franck Berteau et Mathieu Palain, alors étudiants à l’Institut pratique du journalisme (IPJ), ont reçu pour cet article le prix 2011 de l’Association des journalistes de l’information sociale qui distingue de futurs journalistes s’intéressant à la sphère sociale. (ça existe encore?)
   Les deux jeunes journalistes ont réalisé cette enquête sur la récolte des asperges dans les Landes en février-mars 2011. Cette récolte représente un travail physique harassant effectué par des saisonniers, notamment des travailleurs équatoriens.

   Depuis le mois dernier, c’est à nouveau la saison des asperges dans le Sud-Ouest. Et les travailleurs équatoriens n’ont pas disparu des champs, même s’ils sont moins nombreux que l’an passé.
   En cause : la mauvaise récolte due aux conditions climatiques, souligne Evelyne Margariti, présidente du Syndicat des asperges des Landes, elle-même productrice : « Ce que l’on constate aussi, pour cette saison 2012, c’est qu’on a beaucoup moins de mal à recruter des Français. La tension est telle sur le marché du travail que les demandeurs d’emploi ont retrouvé le chemin des champs. »

   D’autres producteurs affirment être « contraints » de recourir aux Equatoriens. Christophe Paillaugue, asparagiculteur et président de la coopérative Copadax, en fait partie : « Ces travailleurs équatoriens, on les paie de 20 à 25% plus cher que la main d’œuvre locale, donc si on fait appel à eux, c’est qu’on n’a pas le choix. »

   Résidents sur le territoire espagnol, ces travailleurs d’origine équatorienne sont libres de se déplacer dans l’espace communautaire européen. Jusque-là, rien d’illégal. En revanche, les deux journalistes révèlent que l’agence d’intérim qui les envoie, Terra Fecundis, profite de cette manne en ponctionnant allégrement une grande part de leur salaire, ou de leurs transferts d’argent au pays.
   Contactée par Rue89, la société espagnole n’a pas donné suite à notre demande.

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Luc Desle