Bonjour à vous qui, dans le maelström du net, êtes arrivés, par hasard? lassitude? erreur? sur ce blog. Vous êtes les bienvenus. Vous y lirez des extraits d'articles, de pensées, d'interviews, piochés ça et là, et illustrés de photos et dessins détournés, via un humour de bon aloi. Vous pouvez évidemment réagir avec le même humour, la même ironie que nous mettons, chaque jour, à tenter de respirer un peu plus librement dans une société qui se corsète chaque fois un peu plus.
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mardi 6 janvier 2015

"Cette jolie Blonde avait un cerveau blond". Jacques Damboise in "Pensées à contrario".

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Pensées pour nous-mêmes:

(N'ATTENDS RIEN
DU RIEN)

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(Le Père Noël avait l'air content de ces
fêtes 2015)



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(Français critiquant la pensée freudienne allemande)


FRANCE

Les librairies allemandes de Paris 
meurent à petit feu

JOSEPH HANIMANN


   (...) Les librairies allemandes de Paris donnent l'impression de s'éteindre les unes après les autres. C'est maintenant le tour de Marissal, qui propose un vaste fonds d'ouvrages en français et en allemand juste à côté du centre Pompidou. Nombre de touristes connaissent le lieu pour être passés devant, mais les acheteurs occasionnels comme réguliers se font rares. Devant la cherté des loyers dans le quartier, la librairie a annoncé sa fermeture pour la fin du mois de janvier.

   A 85 ans, le propriétaire jette l'éponge. Les trois employées de la maison seraient prêtes à continuer ailleurs, confie Petra Kringel, qui y travaille depuis trente ans, mais elles ne disposent pas du capital de départ nécessaire. (...)

   (...) Marissal a ouvert ses portes en 1981, à une époque où le livre allemand avait le vent en poupe à Paris. Un an auparavant, la traductrice et éditrice Nicole Bary avait fondé Le Roi des Aulnes, une librairie spécialisée dans la littérature en langue allemande, qui a cependant fermé quelques années plus tard et n'a plus aujourd'hui qu'un statut d'association organisant des rencontres littéraires et une revue. Auparavant, il y avait eu la prestigieuse librairie Calligrammes, dans le Ve arrondissement, sans parler de la légendaire librairie de Martin Flinkers, quai des Orfèvres, où Thomas Mann, Robert Musil, Hermann Broch et Elias Canetti allaient et venaient après la guerre.

   On ne trouvera donc bientôt plus de livres en allemand à Paris que dans des endroits plus petits, chez Gisela Kaufmann, à Montmartre, ou à la librairie L'Alinéa, ouverte récemment dans le quartier de Bercy par Catherine Houssay et Abel Gerschenfeld, un couple passionné de littérature allemande.

   Si elle se confirme, la fin de Marissal creusera un trou dans le paysage dévasté du livre en langue allemande à Paris. D'autant que dans la capitale française, les librairies ont valeur d'institutions culturelles officieuses, comme en témoignent des lieux célèbres tels Shakespeare & Co et Brentano's dans le domaine anglophone. La disparition d'un lieu central de rencontres culturelles serait un mauvais signe à l'heure où l'écart entre la France et l'Allemagne ne cesse de se creuser sur le plan politique.

http://www.courrierinternational.com/article/2015/01/04/les-librairies-allemandes-de-paris-meurent-a-petit-feu

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Benoît Barvin

jeudi 21 août 2014

"Il buvait pour cesser de manger". Jacques Damboise in "Pensées à contre-pet".

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Pensées pour nous-mêmes:

(NE BOIS PAS LA PAROLE
DU SAGE, VIS-LA)

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"J'aime le Bleu, le Bleu, le Bleeeeuuuu...
- Ahem..."



***
"Mes serviettes de bain
portent toutes ma fierté nationale"



linternaute.com

ALLEMAGNE—ROYAUME-UNI

La guerre des serviettes est déclarée

PAUL GRISOT ET CAROLIN LOHRENZ
COURRIER INTERNATIONAL
   (...) Les "squatteurs de chaises longues" ne sont pas ceux que l'on croit. Alors que les Allemands ont la fâcheuse réputation (surtout chez les Britanniques) d'occuper un peu trop les transats dans les clubs de vacances, en arrivant tôt pour les prendre, le tabloïd d'outre-Rhin Bild a mené l'enquête. Son observation est sans appel : "Les vrais squatteurs de chaises longues, ce sont les Anglais !"

   Pour parvenir à cette affirmation, Bild, investi depuis des décennies dans la couverture de terrain de "la guerre des serviettes", a examiné deux photos aériennes prises au-dessus de la piscine d'un club de vacances de la Costa Brava, en Espagne. Le premier cliché a été pris à 7 h 36, et l'on voit qu'aucun des transats n'est occupé. Le second, en revanche, montre que deux heures plus tard chaque siège est occupé par une serviette. Et au moins trois de ces serviettes sont clairement identifiées par le tabloïd comme appartenant à des Anglais (elles comportent soit la croix de Saint-Georges, soit le drapeau (britannique) de l'Union Jack. Conclusion de Bild : "Nous l'avons toujours su : les véritables voleurs de transats, ce sont les Anglais !" 

   Une enquête "à haute teneur scientifique", ironise le quotidien britannique The Independent, qui rappelle que les Allemands, dans l'esprit des sujets de Sa Majesté, "sont une nation de gros bras des transats de piscine", et que les vacanciers anglais ne rigolent qu'à moitié quand ils disent devoir "se lever aux aurores s'ils veulent battre les très efficaces Allemands et leurs serviettes territoriales pour accéder aux lits dorés". 

   Le quotidien britannique relève aussi que Bild accuse les Anglais de souffrir du "syndrome du prince Harry", "le besoin compulsif de se déshabiller" – en référence aux clichés du jeune prince anglais pris lors d'une soirée à Las Vegas pendant l'été 2012. The Independent regrette également que le tabloïd allemand accuse les vacanciers anglais d'être "saouls, stupides, couverts de coups de soleil, gros et affublés de tatouages moches".

   Pour revenir à la question des serviettes, les Anglais ne sont pas les seuls montrés du doigt. Bild, dans un souci d'enquête de terrain qui lui est propre, "a parlé avec les squatteurs". Témoignage de Julie, mère britannique de deux enfants : "Hier, il y avait tout un cinéma au bord de la piscine. On rapporte que des Allemands ont enlevé des serviettes pour bloquer les transats avec les leurs. Mais ce n'étaient pas des Allemands. C'étaient des Français..." (...)


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Benoît Barvin

mardi 19 août 2014

"Cet aveugle refusait de voir la vérité en face". Jacques Damboise in "Pensées contractiles".

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Pensées pour nous-mêmes:

(SACHE PARTAGER TON MAÎTRE)

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(Les séances de "culs nus parties" faisant florès,
la Police était débordée)


L'officier de police pourchasse un groupe 
de jeunes plongeurs maigres dans Hyde Park. 1926

[:: SemAp FB || SemAp ::]

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(Cette Maîtresse d'école était aussi grincheuse
qu'une Bavaroise malade du foie à la fête de la bière)



ÉCONOMIE

La France et l'Allemagne 
freinent la croissance en Europe



   (...) Pas de bonne nouvelle pour l'économie européenne. Les résultats du deuxième trimestre le montrent : "L'Allemagne est en recul tandis que la France stagne", souligne le Financial Times dans un article du 14 août, ajoutant que cette situation "soulève des craintes quant à la fragile reprise de la zone euro en faisant un pas de plus vers la déflation".


   Avec des résultats qui n'ont pas atteints les objectifs dans ces deux pays, et l'Italie de nouveau en récession, "aucune des trois grandes économies de la région n'a connu de croissance au printemps dernier", insiste encore le quotidien britannique.

   C'est la première fois depuis fin 2012 que l'économie allemande se contracte.

   "Les données et enquêtes publiées ces dernières semaines suggèrent que l'escalade de la crise en Ukraine a eu un impact en Allemagne", précise leFinancial Times.

   Cependant, pour Christian Schulz, économiste à Berenberg Economists, cité par le quotidien financier, l'Allemagne devrait rebondir rapidement une fois que le conflit aura disparu du devant de la scène. "Le pays devrait reprendre son rôle de moteur de la croissance dans la zone euro, ajoute-t-il, bien qu'il aura à entrer en concurrence avec l'Espagne pour la première place parmi les grands pays". (...)


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(Cette essayeuse de bois stratifié avait une manière bien
particulière de faire son métier)


De «Cinq filles» (1962) de Sam Haskins

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Luc Desle

jeudi 26 juin 2014

"Cette pomme bio était empoisonnée par le manque d'engrais chimique". Jacques Damboise in "Pensées à contre-pied".

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Pensées pour nous-mêmes:

(LA VIE ATTEND DE TOI
QUE TU VIVES)

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(La femme à la tête coupée, je lui avais coupé la chique)


(via lotusgurl)

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(Ami américain montrant sa sollicitude
envers un de ses alliés collabos)



Et l’Amérique dit à l’Europe : 
mes caprices seront vos désordres !


   (...) L’animadversion des Américains pour la France est ancienne et revendiquée, les manuels d’outre-Atlantique la datent de l’assassinat en 1754, sur la Frontière, du comte de Jumonville par un colonel des milices de Virginie du nom de George Washington. 270 ans plus tard l’offensive se poursuit, étendue à cette Europe prétendue kantienne dont les Américains ne comprennent pas qu’elle ait exclu la guerre de son horizon. Concomitamment au sacrifice ukrainien demandé par le président américain à nos Marie-Louise de l’OTAN, nous voilà sommés de rembourser le duché de Moscovie pour deux navires vendus, par celui-là même qui, ayant exigé hier que nous quittions le marché perse, s’est empressé de nous y remplacer. Son vice-président n’a t-il pas déjà placé son fiston dans le gaz ukrainien ? 

   Car l’Amérique est prête à combattre jusqu’au dernier Légionnaire et au dernier contrat de la dernière entreprise française, il faut que les choses soient claires au Kremlin comme à Téhéran, sur ce point, elle ne transigera pas. Un de nos établissements financiers est d’ailleurs menacé d’une amende de plusieurs milliards pour avoir violé les lois d’embargo votées par le Congrès. Before they ask us to pay the bill…

   Mais de leur côté les Etats-Unis ont confirmé l’achat d’hélicoptères russes pour l’entrainement de ce qu’ils appellent sans rire l’armée afghane, et ne peuvent se passer ni des lanceurs russes pour monter dans l’ISS, ni des moteurs russes pour leur seul lanceur depuis la mise au musée des navettes spatiales. That’s why the Lady is a tramp ! Mais faites ce que je dis et surtout pas ce que je fais !

   Et on va faire ce qu’ils nous disent de faire. Cet American Komintern, dont il faut taire le nom, n’aura pas placé pour rien au sommet de l’Etat, Château compris, une demi-douzaine de ses anciens pensionnés devenus ses redevables. Mais l’ancien président de la République n’avait-il pas montré l’exemple, et renvoyé l’ascenseur après la nomination de son demi-frère Olivier dans l’équipe dirigeante du groupe Carlyle, en envoyant l’armée française dans le merdier afghan et en réintégrant l’OTAN ? Ne rigolez pas, disait Coluche, c’est encore avec votre argent ! Comme ironisait un dessin de presse paru il y a quelques mois, si chaque nouveau président nous fait regretter le précédent, on n’ose imaginer à quoi ressemblera le prochain.

   Hier donc, c’était Sedan, aujourd’hui c’est Rethondes, sauf que cette fois-ci les Allemands, qui ont quelque réflexe de survie, n’iront pas s’assoir du même côté de la table que nous dans le wagon de la capitulation. Et si on devait mesurer notre vassalisation à l’absence de sens du ridicule de ces barons d’une République redevenue IVe, petits marquis dont le seul horizon intellectuel consiste, pour reprendre un mot d’Engels, à ériger leur propre impatience en argument théorique, on pourrait dire que c’est déjà demain : Montoire.


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(Cette nouvelle religion, au moins, ne vous
bourrait pas le mou)


(Source: kamasitra, via aventure-digitale)

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Benoît Barvin

lundi 7 avril 2014

"L'Homme qui buvait trop avait une belle collection d'éthylotests". Jacques Damboise in "Pensées inconvénientes".

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Pensées pour nous-mêmes:

(A CHAQUE JOUR SUFFIT SA JOIE)

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"Tu as ENCORE oublié le lait pour MON café!
- Mais, chérie, c'est toi qui m'a dit que...
- En plus, tu me traites de menteuse, c'est ça?"


Lionel Gilbert


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"Ceci est la momie symbolisant le salaire
minimum allemand, ou ce qu'il en reste...
- Pas mal... Pas mal du tout"



Un salaire minimum de dilettante

EVA VÖLPEL
DIE TAGESZEITUNG

   (...) La droite chrétienne-démocrate (CDU-CSU) et les organisations patronales ont atteint leur objectif : détricoter le salaire minimum légal [qui doit entrer en vigueur le 1er janvier 2015]. Voilà que les chômeurs de longue durée sont à leur tour [à l'instar des jeunes sans qualification de moins de 18 ans et des stagiaires préparant leur entrée dans le monde du travail] exclus du salaire horaire à 8,50 euros. Une preuve d'amateurisme sur le front de la politique du marché du travail. (...) 

   (...) En effet, les entreprises seront tentées de limiter l'embauche d'un chômeur à six mois seulement : si celui-ci fait valoir ses droits au salaire horaire de 8,50 euros passé ce délai, il pourra être remercié le plus simplement du monde pour être remplacé par un autre chômeur. Et ce n'est pas noircir le tableau.

   Dès qu'il y a une faille, celle-ci est exploitée, l'expérience le montre. Par ailleurs, cette nouvelle réglementation risque d'induire un allongement artificiel des périodes de chômage : car les futurs chefs d'entreprise sauront désormais qu'ils pourront embaucher un nouveau collaborateur à très bas salaire au bout d'un an. Ce faisant, la grande coalition pérennise la précarité liée au chômage qu'elle prétend combattre.

   L'argument selon lequel il est ici question de chômeurs difficiles à caser, qui ne seraient jamais embauchés à 8,50 euros de l'heure, est cousu de fil blanc. Est chômeur de longue durée quiconque est en recherche d'emploi depuis plus d'un an. Parmi eux, on trouve des personnes diplômées et qualifiées, qui n'ont tout simplement pas eu de chance dans leurs démarches professionnelles. (...)

   Ces nouvelles dérogations au salaire minimum maintiennent ces gens-là et tous les autres chômeurs de longue durée dans la spirale de précarité déclenchée par les réformes Hartz du marché du travail du gouvernement rouge-vert [du chancelier Gerhard Schröder]. Mais si ce nouveau compromis est un aveu d'impuissance de la part de la ministre du Travail, Andrea Nahles (SPD), c'est aussi pour une autre raison.

   Celle-ci a toujours clamé fièrement qu'elle ne souffrirait aucune exception à la loi sur le salaire minimum, dans quelque secteur professionnel que ce soit. Or voilà que ces dérogations deviennent partiellement réalité par des voies détournées : dans les secteurs tels que l'hôtellerie-restauration ou l'agriculture, la main-d'œuvre saisonnière ne travaille généralement que le temps des vacances ou des récoltes, c'est-à-dire quelques mois. Là aussi, les entreprises auront à l'avenir un vivier de chômeurs de longue durée low cost à leur disposition – car ces derniers ne valent même pas 8,50 euros de l'heure aux yeux de la grande coalition.


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(La femme qui prenait son pied toute seule
n'était pas un mythe)



Babette Bardot.
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Benoît Barvin

jeudi 26 décembre 2013

"Il était gai comme un pingouin recevant le Premier Prix d'Excellence". Jacques Damboise in "Pensées à contre-pet".

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Pensées pour nous-mêmes:

(CHAQUE ANNÉE FAIS MOISSON
DE BONHEUR)

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"Comment ça, j'ai de belles fesses?
Mais vous ne les avais jamais vues...
- Pas encore... nuance."



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"Une centrale à biogaz... Mmmm...
Tu sais que j'en ai buté pour moins que ça?"


allocine.fr

Feldheim, village modèle

Helmut Uwer

   (...) Près de Berlin se trouve le seul endroit en Allemagne entièrement autonome pour son approvisionnement en énergie. Grâce aux éoliennes installées dans leur jardin et à un réseau indépendant, les habitants paient l’électricité au prix minimum. Un exemple qui attire des écologistes du monde entier.

   Petra Richter n’a pas besoin de longs discours pour expliquer la success story qui a permis à sa commune de goûter aux joies de la renommée internationale. Le projet s’est fait au bon moment, résume la maire de Feldheim. La petite localité du sud-ouest de Berlin est la première et jusqu’ici la seule commune d’Allemagne à être autonome sur le plan énergétique. Résultat : 3 000 visiteurs débarquent chaque année du monde entier dans le petit village brandebourgeois de 130 âmes seulement qui, en dépit de sa situation à 150 mètres d’altitude, ne se laisse pas dénicher facilement.

   Tout s’est fait progressivement, raconte Petra Richter. Les quatre premières éoliennes sont arrivées en 1997. Aujourd'hui, on en dénombre 43, qui produisent chaque année 140 000 mégawatts/heure. Avec ces sources d’énergie renouvelable devant les yeux tous les jours, la coopérative agricole locale a fini par réfléchir à la construction d’une centrale à biogaz. Ses représentants se sont assis à table avec le promoteur du parc éolien, Michael Rascheman, et lui ont demandé de leur soumettre un projet.

   Celui-ci a calculé qu’avec les 4,3 millions de kilowatts/heure que produirait la centrale à biogaz sous forme de chaleur, il était non seulement possible de chauffer les porcheries et les bureaux de la coopérative, mais aussi tout le village. A l’époque, beaucoup se chauffaient encore avec des poêles à bois. Chez d’autres, les premiers chauffages centraux installés après la chute du Mur étaient tombés en panne. L’envie d’essayer quelque chose de nouveau était grande, se souvient Petra Richter : "Presque tous étaient enthousiastes dès le départ". (...)

   (...) Quelques réunions publiques plus tard, ils décident de fonder la Feldheim Energie GmbH and Co. KG. Celle-ci n’est pas seulement chargée de gérer le réseau de chauffage centralisé censé diffuser une douce chaleur dans tous les foyers de Feldheim, mais aussi de distribuer l’électricité produite par les éoliennes situées sur le pas de leur porte. Mais tout n’a pas été aussi simple. Car E.on-Edis, propriétaire du réseau électrique local, refusait de mettre ses lignes à leur disposition. Il a donc fallu en construire de nouvelles. D’où une situation inédite : les maisons de Feldheim sont aujourd’hui raccordées à deux lignes électriques, dont l’une a été coupée.

   La société Feldheim Energie devait trouver 400 000 euros pour financer le nouveau réseau, mais l’apport des commanditaires a suffi à couvrir cette somme. Seuls les propriétaires de terrains sur la commune étaient autorisés à en devenir membres, ainsi que les entreprises locales, l’église, le syndicat des eaux et la ville de Treuenbrietzen, à laquelle est rattaché Feldheim. Leur apport se monte à 3 000 euros pour l’électricité et le chauffage, ou à la moitié pour ceux qui ne reçoivent qu’une des deux sources d’énergie. (...)

  (...)  Le financement de la construction du réseau électrique était une formalité en comparaison du 1,7 million d’euros qu’a coûté le réseau de chauffage centralisé. Et si les habitants de Feldheim ont pu le financer, c’est uniquement grâce à l’Union européenne et à la région Brandebourg, qui ont soutenu le projet à hauteur de 50% du coût. Pour payer le reste, la société Feldheim Energie a souscrit un crédit sur 15 ans, dont le remboursement se déroule comme prévu. Presque tous les habitants ont mis la main à la poche et se sont engagés pour dix ans via leur apport. Seuls deux foyers sur quarante n’ont pas pu être convaincus. Aux 38 particuliers concernés, il faut ajouter la coopérative agricole, la commune, le syndicat des eaux et l’église. Trente-cinq foyers sont raccordés au réseau de chauffage de trois kilomètres de long. Les autres se chauffent par géothermie. Ceux qui ont choisi les réseaux alternatifs ont déjà fait de sérieuses économies. 

   Le système de chauffage est entré en service en 2009. Un an plus tard, les éoliennes étaient opérationnelles. Alors que le prix moyen du kilowatt/heure s’élève à 28 centimes en Allemagne, les habitants de Feldheim, qui se servent directement chez le producteur, ne le paient que 16,6 centimes. Ce tarif exceptionnellement contenu n’est cependant possible que grâce à une clause spéciale du règlement sur la redevance d’accès. Seule une fraction du courant produit alimente Feldheim, soit 0,5% environ, explique le porte-parole du fournisseur, Werner Frohwitter. Le reste part sur le réseau public. Quant au tarif du chauffage, il est 10% moins élevé à Feldheim que dans le reste du pays. (...)

   Il y a longtemps que Feldheim est un village modèle en matière d’énergie verte. En 2009, en plus de la centrale à biogaz, la commune s’est dotée d’une chaudière à copeaux de bois qui permet de conserver une chaleur agréable dans les vieilles Vierseithöfen [fermes disposées en carré autour d’une cour intérieure] les jours de grand froid. En 2010, Feldheim a été désigné "village bioénergétique". La commune s’est aussitôt servie de l’argent du prix pour développer ses énergies renouvelables. Economiquement aussi, les énergies vertes ont des retombées non négligeables pour la petite commune. Certes, l’agriculture, qui nourrit 30 personnes, y est encore dominante. Mais la société EQ-SYS, qui fabrique des composants métalliques pour les panneaux photovoltaïques, a créé 21 emplois sur place.

   Des écotouristes affluent chaque année du monde entier dans le village, alors que sa seule auberge n’en est même plus une. Celle-ci a été convertie en centre de recherche et de formation par le Forum des énergies nouvelles de Feldheim. L’association propose des visites guidées à travers l’écovillage en allemand, anglais, espagnol et français. Le japonais n’est pas encore représenté, même si de nombreux Nippons se rendent à Feldheim, notamment depuis la catastrophe de Fukushima. (...)


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(La caisse-tortue était tombée sur le dos)



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Luc Desle

lundi 18 novembre 2013

"Il aimait l'argent, surtout quand il était dans son coffre". Benoît Barvin in "Pensées pensées".

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Pensées pour nous-mêmes:

(TU N'AS BESOIN
QUE DE CONSIDÉRATION)

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Nouveau court récit au long cours (17)

LE LIBÉRÉ
DU
CLUB MAD



   Rachel rencontre un jeune chercheur en sociologie qui lui explique en quoi consiste son travail et qui s'interroge sur sa pertinence.




   Rachel pense qu’effectivement il n’est pas au bout de ses peines, mais comme il le dit lui-même, ce travail a l’avantage de le détourner de l’ennui, de le passionner tout le temps que durera sa recherche. Elle, fait exactement la même chose avec ses éternelles études. C’est sa drogue, sa joie.

   - Il faut que vous me donniez vos coordonnées. J’aimerais lire votre thèse quand vous l’aurez achevée. Et si vous en avez le temps, on pourrait se voir cette semaine, et…

   Rachel sent soudain une présence indésirable sur sa gauche. Ptiboss est là, déguisé en pirate. Il s’assied et désigne avec son gros couteau en plastique leurs assiettes encore pleines à raz bord.

   - Alors, la jeunesse, on ne s’ennuie pas à ce que je vois ! Je crois et j’en suis même sûr, Jean-Mich’, que le chef des sports t’attend à l’entrée. Tu dois préparer un tournoi, à ce qu’il paraît, et c’est maintenant que se font les inscriptions. Tu mangeras au deuxième service.

   Jean-Michel obtempère et Rachel a un pincement d’amour propre car elle sait qu’elle ferait de même si elle était dans la situation de ce jeune homme. Ce sont toutes ces compromissions qui minent les êtres à longueur de temps. Ptiboss rembraye.

   - Ces petits jeunes, il faut tout leur dire. Pourtant celui-là en a dans le ciboulot. Un peu trop, peut-être. On ne leur en demande pas tant ici ! Bon, passons sur l’autre rive. Et vous, vous êtes bien installés ? Ca vous va ?

   - Tout à fait, répond Daniel. Aussi bien qu’autrefois. C’est pour moi comme un pèlerinage, vous comprenez ? Un retour aux sources.

   - Eh bien, c’est parfait si tout le monde est content. Allez, bon après-midi.

   Il a bien raison de faire bref, pense Rachel. Quelle façon de s’imposer ! 

   Daniel, qui devine son agacement, lui suggère de se régaler à présent et de ne plus penser à rien. Facile à dire ! Le projet de ce Jean-Michel l’entraîne dans des extrapolations, dans des pensées qui d’ordinaire ne franchissent même pas l’entrée de ce genre de Club.

   - Rachel, tu penses trop. Tu te rendras malade à force de chercher à comprendre. C’est plus simple que tu ne le crois. Tu es venue ici pour découvrir ce coin et ses alentours. Tu es venue avec l’idée de retrouver intact un lieu préservé, quelque chose qui représenterait pour toi une portion de Grèce antique. Conduis-toi telle que le font les archéologues qui réalisent des fouilles. Focalise-toi sur les bribes qui te plaisent, sur ces fameux morceaux choisis dont je te parlais hier. Je pense qu’il nous faut mettre des œillères si on ne veut pas devenir fou. Allez, je t’emmène de l’autre côté du Club, dans les terres. 

(A Suivre)


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(Tout alla bien entre le Monstre et la petite fille...
jusqu'à ce qu'il veuille lui voler un bonbon...) 




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"Tu parles bien le langage de l'amour, tu sais..."

Le Nom de la Rose

IDÉES :
L’identité culturelle européenne, 
c’est le dialogue
Umberto Eco

   Ceux qui exercent le même métier que moi déploient des efforts titanesques pour échapper aux congrès, aux symposiums, aux interviews sur le thème obsédant de l’identité européenne. Le problème ne date pas d’hier, mais il est devenu plus brûlant ces dernières années, à l’heure où de nombreuses personnes nient son existence.

   Il est curieux de constater que bon nombre des gens qui la réfutent et qui voudraient que le continent se morcelle en une multitude de minuscules patries possèdent un bagage culturel limité et, au-delà de leur xénophobie presque congénitale, ignorent que c’est depuis l’an 1088, date de naissance de l’université de Bologne, que des "clercs vagants" de tous horizons vagabondent d’université en université. D’Uppsala [en Suède] à Salerne [Italie], communiquant dans la seule langue commune qu’ils connaissaient, le latin. On a l’impression que seuls les gens cultivés perçoivent l’identité européenne. C’est triste, mais c’est déjà un début.(...)

   A ce propos, je voudrais citer quelques pages du Temps retrouvé, de Proust. Nous sommes à Paris, pendant la Première Guerre mondiale. La nuit, la ville redoute les incursions de Zeppelins. L’opinion publique impute aux "boches" abhorrés toutes sortes d’atrocités. Eh bien, ces pages de Proust exhalent un parfum de germanophilie qui transparaît dans les conversations entre les personnages.

   Charlus est germanophile, même si son admiration pour les Allemands semble moins liée à des affinités culturelles qu’à ses préférences sexuelles : "‘Notre admiration pour les Français ne doit pas nous faire déprécier nos ennemis, ce serait nous diminuer nous-mêmes. Et vous ne savez pas quel soldat est le soldat allemand, vous qui ne l'avez pas vu comme moi défiler au pas de parade, au pas de l'oie’. En revenant à l'idéal de virilité qu'il m'avait esquissé à Balbec, […] il me dit : ‘Voyez-vous, le superbe gaillard qu'est le soldat boche est un être fort, sain, ne pensant qu'à la grandeur de son pays, Deutschland über alles’". (...)

   Passons sur Charlus, même si l’on retrouve déjà dans ses discours germanophiles quelques réminiscences littéraires, et parlons plutôt de Saint-Loup, vaillant soldat qui perdra la vie au combat. "[Saint-Loup] pour me faire comprendre certaines oppositions d’ombre et de lumière qui avaient été ‘l’enchantement de sa matinée’ […] ne craignait pas de faire allusion à une page de Romain Rolland, voire de Nietzsche, avec cette indépendance des gens du front qui n'avaient pas la même peur de prononcer un nom allemand que ceux de l'arrière […]. Saint-Loup me parlait-il d'une mélodie de Schumann, il n'en donnait le titre qu'en allemand et ne prenait aucune circonlocution pour me dire que quand à l'aube il avait entendu un premier gazouillement à la lisière d'une forêt, il avait été enivré comme si lui avait parlé l'oiseau de ce ‘sublime Siegfried’ qu'il espérait bien entendre après la guerre."(...)

   Ou encore : "J'appris en effet la mort de Robert de Saint-Loup, tué le surlendemain de son retour au front, en protégeant la retraite de ses hommes. Jamais homme n'avait eu moins que lui la haine d'un peuple. […] Les derniers mots que j'avais entendu sortir de sa bouche, il y avait six jours, c'était ceux qui commencent un lied de Schumann et que sur mon escalier il me fredonnait, en allemand, si bien qu'à cause des voisins je l'avais fait taire". La culture française ne s’interdisait pas d’étudier, même alors, la culture allemande, quoiqu’en prenant quelques précautions

   Et Proust de s’empresser d’ajouter que toute la culture française ne s’interdisait pas d’étudier, même alors, la culture allemande, quoiqu'en prenant quelques précautions : "Un professeur écrivait un livre remarquable sur Schiller et on en rendait compte dans les journaux. Mais avant de parler de l’auteur du livre, on inscrivait comme un permis d’imprimer qu’il avait été à la Marne, à Verdun, qu’il avait eu cinq citations, deux fils tués. Alors on louait la clarté, la profondeur de son ouvrage sur Schiller, qu’on pouvait qualifier de grand pourvu qu’on dît, au lieu de ‘ce grand Allemand’, ‘ce grand Boche’".

   Voilà ce qui constitue le fondement de l’identité culturelle européenne, un long dialogue entre les littératures, les philosophies, les œuvres musicales et théâtrales. Rien que ne puisse effacer une guerre. Et c’est sur cette identité que se fonde une communauté qui résiste à la plus grande des barrières, celle de la langue.

Traduction : Jean-Baptiste Bor



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(Tout récent milliardaire pleurant de bonheur)



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Benoît Barvin

samedi 16 novembre 2013

"Son oeil poché lui donna envie de manger une omelette". Jacques Damboise in "Pensées à contre-pet".

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Pensées pour nous-mêmes:

(RENDS TON ÂME TRANSPARENTE
COMME L'EAU DU LAGON)

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Nouveau court récit au long cours (15)


LE LIBÉRÉ 
DU 
CLUB MAD

   Rachel en apprend toujours un peu plus sur le fonctionnement interne du Club.




   Il a dû avoir un sérieux choc, Daniel. Quand les CRS cognent, ils n’y vont pas de main morte. A Gênes, les Italiens avaient fait fort dans le genre. La plupart des anti-mondialistes voulaient manifester pacifiquement et pareil à Bruxelles. Quoiqu’en dise Daniel, il est doux avant tout. Son nom de famille a déteint sur lui. Rachel le voit mal se lancer dans de véritables actions terroristes. A moins de porter en soi une souffrance dévastatrice, de n’avoir plus rien à perdre. Nos petites rébellions ne sont rien à côté, juste un moyen de se donner bonne conscience. On a tellement cautionné… et on continue.

   Voilà, ça y est presque. Son sac est plein à craquer. Elle portera sa trousse de toilette et ses … Nike à la main.

   - Daniel, c’est bon, je suis prête !

   Ils parcourent deux cents mètres sous les oliviers. Ce sont des mêmes identiques, plus en contrebas vers la mer, donc isolées de la sono. Le sol en ciment semble légèrement surélevé. Dedans, c’est pareil, avec en sus des lampes-appliques au dessus de chaque lit. Chouette, Rachel se dit qu’elle pourra lire un peu le soir, écrire à ses amies.

   La tête de Daniel se glisse dans l’entrebaîllement de la porte.

   - Ca te va ?

   - Nous sommes traités comme des VIP.

   Avoir retrouvé un confort sonore l’apaise plus que tout. Elle ne supporte plus le bruit depuis que son frère s’est laissé surprendre par le feu. Ils l’ont appelé, ils ont crié, fait sonner son portable pour l’avertir que les flammes étaient là, qu’il sorte vite, mais à cause de cette foutue musique qu’il écoutait toujours à fond dans son casque, il n’a rien entendu. Mais c’est son histoire à elle, et si ça les amuse, tous ces jeunes vacanciers, de s’en mettre plein les oreilles avec leur techno, ça les regarde. Du moment que ça ne déborde pas sur le silence auquel elle aspire. Elle est là pour être en paix, goûter aux plaisirs de ce lieu magique. Point final.

   - Ce doit être ouvert, le restaurant…J’ai un appétit d’enfer !

   Et aussitôt elle s’en veut. Pourquoi soudain évoque-t-elle l’Enfer ? Elle voudrait ravaler le mot, annuler cette expression populaire comme si elle faisait, en l’employant, offense aux propos du pêcheur. Cet homme l’a impressionné, nul doute.

(A suivre)

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"Heu, Madame la Baronne, l'expression
Venez comme vous le sentez,
n'était pas à prendre au pied de la lettre"

Robert Mcginnis. 
the exhibition. 001

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(Ces deux portions d'Allemagne

s'entendaient comme larronnes en foire
pour s'amuser un peu aux dépends
de l'Europe)



"L'Allemagne est une poule
qui aurait trouvé un couteau"
entretien avec Guillaume Duval
 rédacteur en chef d'Alternatives économiques
et auteur de Made in Germany, Seuil, 2013

   (...) / Dans votre livre Made in Germany, consacré au modèle allemand, vous vous montrez très critique vis-à-vis des réformes du marché du travail réalisées par le prédécesseur d’Angela Merkel, le chancelier social-démocrate Schröder. Pourquoi ?

  - C’est plutôt malgré Schröder que grâce à Schröder que l’Allemagne s’en sort plutôt bien aujourd’hui. Il faut bien comprendre qui fut Schröder. Nous, Français, avons tendance à considérer l’Allemagne comme un grand pays social-démocrate, sur le modèle scandinave. Cette vision est totalement fausse. L’Allemagne est un pays très conservateur, qui a été gouverné presque sans discontinuer par la droite. Le SPD est un parti puissant, mais qui a très peu exercé le pouvoir. Il l’a exercé, par exemple, avec Helmut Schmidt et Willy Brandt après la Seconde Guerre mondiale, mais toujours en association avec des partis de droite, CDU et FDP.

   Lorsque Schröder arrive au pouvoir, c’est donc la toute première fois que la gauche – SPD et Verts – est vraiment majoritaire. Mais paradoxalement, cette situation a surtout été l’occasion d’une politique très antisociale, comme n’en avait jamais connue l’Allemagne. Schröder a donc réussi une performance, en sept années d’exercice du pouvoir : il a fait de l’Allemagne un pays plus inégalitaire que la France, alors qu’elle l’était initialement moins.

   C’est évidemment pour cette raison que la droite, en Europe, l’utilise comme référence. Mais je ne crois pas du tout que Schröder ait servi les intérêts à long terme de l’Allemagne. Au contraire, il a affaibli l’un des principaux points forts du modèle allemand : son fort niveau de cohésion sociale.

   Par ailleurs, s’il a pu faire cette politique, c’est en exerçant une pression très forte sur les dépenses publiques. Sous sa direction, le SPD a renoncé à mettre en œuvre une partie importante de son programme, consistant à remédier à l’absence de structures pour accueillir les jeunes enfants. En Allemagne, faute de ces structures, de nombreuses femmes sont contraintes de choisir entre exercer un métier ou avoir des enfants. Ce qui contribue au lourd problème démographique que connaît aujourd’hui ce pays.

   Autre conséquence de cette pression à la baisse sur les dépenses publiques : l’Allemagne est le seul pays de l’OCDE qui soit en situation de désinvestissement public. Autrement dit, les dépenses d’entretien des routes, des bâtiments publics, sont insuffisantes pour pallier l’usure des équipements. Depuis le début des années 2000, le niveau des investissements publics allemands est plus de deux fois inférieur à celui de la France. On peut douter que cela soit une bonne manière de préparer l’avenir d’un pays…

   Finalement, cette politique a généré de très importants déficits publics. Durant les douze premières années d’existence de la zone euro, l’Allemagne a été incapable d’atteindre le critère de 3% de déficit public pendant 7 ans, et celui de 60% de dette publique pendant 11 ans. Un très mauvais élève du pacte de stabilité, en somme. Et c’est un comble que Schröder, qui a ajouté près de 39 milliards d’euros à la dette allemande, soit aujourd’hui présenté comme un modèle pour la gestion des finances publiques !

   / Pourtant, quand François Hollande se rend en Allemagne à l’occasion des 150 ans du SPD, il s’empresse de louer les réformes « courageuses » de Schröder…

   - Oui. Je mets ça sur le compte de la politesse. Mais si c’est davantage, s’il était convaincu que de telles réformes sont souhaitables en France, il nous engagerait alors sur une très mauvaise pente.

   Les réformes Schröder ont coûté très cher aux salariés allemands en termes de salaires : ils retrouvent tout juste aujourd’hui leur pouvoir d’achat de 2000. Elles ont aussi coûté cher en termes de niveau d’emploi : l’Allemagne n’a retrouvé qu’en 2010 son niveau d’emploi de 2000, si l’on comptabilise les seuls emplois qui génèrent des cotisations sociales.

   Car outre ceux-ci, se sont aussi développées, sous la houlette de Schröder, des formes de sous-emploi, notamment les fameux mini-jobs, qui consistent, lorsqu’un salarié gagne moins de 400 euros par mois, à l’exonérer presque entièrement de cotisations sociales. En contrepartie, il ne touchera aucune retraite… Aujourd’hui, environ 5 millions de personnes subissent ce régime.

   / Au bout du compte, est-ce qu’Angela Merkel ne serait pas en train de faire mieux que son prédécesseur ?

   - Oui, paradoxalement. Sa politique est un peu moins antisociale. Elle a corrigé certains excès, comme ceux, par exemple, de la réforme Hartz IV. Elle a également mis la pédale douce, à ses débuts, sur l’austérité budgétaire. Dans la période récente, on lui doit des efforts non négligeables, notamment pour mettre en place des crèches ou des modes d’accueil dans les écoles qui permettent aux gens qui ont des enfants de continuer à travailler.

   / Son actuelle popularité dans les sondages n’est donc pas tellement surprenante…

   - Pendant la période Schröder, l’économie allemande est allée très mal. Il y avait plus de 5 millions de chômeurs quand il a quitté le pouvoir. En revanche, l’économie a commencé à se redresser en 2005 environ, et elle a plutôt bien résisté pendant la crise de 2008-2009. Il est tentant pour les Allemands de l’attribuer à Mme Merkel. Je vois pour ma part d’autres éléments qui expliquent cette bonne santé économique, dont trois choses déjà présentes avant la crise, et trois choses qui se révèlent durant la crise.

   Avant la crise – et paradoxalement – c’est sa dépression démographique qui permet à l’Allemagne d’aller plutôt bien. En effet, si les Français tendent à ne voir que les bons côtés de la natalité, il faut savoir qu’élever des enfants a un coût. Il faut les nourrir, les loger, les habiller, les soigner, les éduquer… Autant de dépenses privées et publiques auxquelles les Allemands n’ont pas eu à faire face.

   La principale conséquence se fait sentir dans un domaine en particulier : celui du logement. L’Allemagne, qui a perdu plus de 500 000 habitants depuis le début des années 2000, a un marché de l’immobilier beaucoup moins cher que la France. Depuis 1995, les prix de l’immobilier ont été multipliés par 2,5 en France, alors qu’ils ne bougeaient pas d’un iota en Allemagne. Un logement à Paris vaut 8 000 €/m², contre 2 300 €/m² à Francfort.

   Ces deux facteurs – dépenses de logement contenues, moindres dépenses liées aux enfants – expliquent finalement pourquoi les Allemands ont supporté des politiques de modération salariale prolongées. Autre facteur de bonne santé économique avant-crise : la chute du mur de Berlin. Les Allemands pleurent beaucoup sur le coût de la réunification. C’est vrai, ça a coûté cher et ça a été difficile. Mais ça n’a pas eu que des inconvénients pour l’Allemagne. D’abord, ça lui a donné un marché intérieur plus vaste. Ensuite, nous, Européens, avons largement financé la réunification via les politiques peu coopératives menées à cette occasion par la Bundesbank.

   Enfin et surtout, les Allemands ont été les grands gagnants de la réintégration des pays d’Europe centrale et orientale dans le concert européen. Ils les ont incorporés très rapidement dans leur tissu productif. Avant la chute du mur, le principal pays à fournir l’Allemagne en sous-traitance était la France. Désormais, ce sont la Pologne, la Tchéquie, la Slovaquie, la Hongrie. Et si l’on considère qu’il existe encore un écart de 1 à 5 entre le coût du travail en Pologne et en France, on mesure ce que l’Allemagne a gagné en termes de compétitivité/coûts de ses produits.(...)

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"Vous êtes sûre que cela ne me fera pas trop mal?
- Sûre... Et puis, il vaut mieux perdre un doigt
qu'autre chose, non?"


Washington, 1918. “U.S. Navy Intelligence Bureau. 
Fingerprint department clerks James A. Noonan,
 Mrs. G.G. Boswell.” Harris & Ewing glass neg.

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Benoît Barvin