Bonjour à vous qui, dans le maelström du net, êtes arrivés, par hasard? lassitude? erreur? sur ce blog. Vous êtes les bienvenus. Vous y lirez des extraits d'articles, de pensées, d'interviews, piochés ça et là, et illustrés de photos et dessins détournés, via un humour de bon aloi. Vous pouvez évidemment réagir avec le même humour, la même ironie que nous mettons, chaque jour, à tenter de respirer un peu plus librement dans une société qui se corsète chaque fois un peu plus.
Affichage des articles dont le libellé est afrique. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est afrique. Afficher tous les articles

jeudi 7 août 2014

"L'Homme à la moto jalousait en secret celui à la mobylette". Jacques Damboise in "Pensées à contre-pet".

+++
Pensées pour nous-mêmes:

(LE MAÎTRE AIME AUTANT
LES ROSES QUE LES CHARDONS)

+++
"Mon Doudou, je t'aime..."


(Dit-elle avant de le faire exploser
dans ses bras, manière originale 
de se suicider, pensa-t-elle)


+++

(Président américain dansant
sur les décombres de sa politique)



SOMMET AFRIQUE—ÉTATS-UNIS
Washington a des principes quand ça l'arrange

   (...) Le président américain semble avoir annoncé la couleur dans son casting. "S'il est en revanche un dossier bien tranché, c'est celui des trois non-invités, indésirables : le Zimbabwéen et farouchement antioccidental Robert Mugabe, l'Erythréen Issayas Afewerki, accusé d'alimenter le terrorisme en Somalie, et le Soudanais Omar El-Béchir, visé par un mandat d'arrêt de la Cour pénale internationale (CPI)", écrit Jeune Afrique dans son édition en ligne du 1er août. (...)

   (...) Ces dirigeants ne sont donc pas de la partie. Pour de prétendues raisons de gouvernance politique ; autant dire des pestiférés qui ne feront pas partie des convives – censés être fréquentables – qui vont porter le toast avec l’homme le plus puissant du monde. Ils doivent bien être aux anges à Washington ! Encore que, parmi eux, il y ait un nouveau distingo entre ceux qui font preuve de bonne gouvernance et les autres, qui sont ou des tripatouilleurs de Constitution ou des prédateurs, à moins que ce ne soit les deux à la fois. De sorte que si l’on se fie aux préparatifs de ce sommet, il est à prévoir que beaucoup d’oreilles siffleront, et nombreux seront ceux qui se sentiront morveux. 

   En effet, la position de l’Oncle Sam semble claire sur les modifications constitutionnelles dont le seul objectif est de permettre à des chefs d’Etat de se scotcher au fauteuil présidentiel. Barack Obama, devant de jeunes cadres africains, avait prôné l’utilité du sang neuf en ces termes : "Quand un homme ou une femme reste trop longtemps au pouvoir, il ou elle agit surtout pour durer et non pour le bien du pays." 

   De ce fait, sans présumer de la teneur du discours de l’hôte américain, des chefs d’Etats africains comme Denis Sassou N’Guesso [République du Congo], Paul Kagamé du Rwanda, Joseph Kabila de la République démocratique du Congo (RDC)… ou Blaise Compaoré [à la tête du Burkina Faso depuis 1987] ne seront pas à l’aise. (...)

   (...) Fort malheureusement, ça, c’est pour les grands principes. Comment peut-on en effet prendre les Etats-Unis au sérieux quand les mêmes pouponnent certains potentats quand ça les arrange ? Bonnes gens, peut-on mettre sur le banc des accusés les Mugabe and Co et inviter par exemple un Al-Sissi ou un Museveni ? Le premier est arrivé au pouvoir [en Egypte] grâce à un coup d’Etat, donnant ensuite un verni légal à son retour par un scrutin des plus controversés. Le second règne sans partage sur son pays [l'Ouganda] depuis, excusez du peu, vingt-huit ans. 

   Pour tout dire, même si la voix de la première puissance mondiale porte, elle se trouve souvent en porte-à-faux avec ses propres principes qui sont parfois loin de l’honorer et qui apportent de l’eau au moulin de tous les tripatouilleurs professionnels. (...)

   (...) Certes, l’Afrique a plus besoin d’institutions fortes que d’hommes forts, mais Obama gagnerait à aller au-delà de la répétition des grands principes, et à "parler bon français" comme on le dit familièrement chez nous, en soutenant véritablement les pays africains dans leur quête de développement. Hors tous les analystes sont unanimes sur ce constat : Obama a moins fait pour l’Afrique qu’un George Bush tant décrié sous nos tropiques, ne serait-ce que par la mise en place de l’Agoa (African Growth and Opportunity Act), un système issu d’une loi américaine qui permet aux entreprises de 39 pays africains d’exporter vers les Etats-Unis sans payer de taxes, et la mise en place du MCC (Millenium Challenge Corporation), un fonds de développement bilatéral annoncé par l'administration Bush en 2002 et mis en place en janvier 2004.

   Aujourd’hui, ceux qui pensaient qu’avec l’arrivée de leur frère noir allaient raser gratis en sont pour leurs frais et ont vite déchanté. Et ce n’est pas à deux ans de la fin de son ultime mandat que celui qui a des racines kényanes par son père mettra les bouchées doubles pour faire des miracles. 

   En réalité, on a le sentiment que ce qui intéresse l’Oncle Sam, ce sont les porteurs de ressources minières, notamment le pétrole ; les Etats-Unis étant en train de remplacer leurs sources traditionnelles d’approvisionnement en or noir par le golfe de Guinée, bordé par le Nigeria, l’Angola, la Guinée-Equatoriale, le Gabon et São-Tomé-et-Principe. Le tout n’est donc pas de professer de belles théories du haut d’une chaire, fût-elle celle du Bureau ovale. Il faudrait résolument mettre la main dans la poche pour sortir le continent noir de l’ornière.


+++

(La Femme-Araignée malencontreusement
emberlificotée dans sa toile)



+++
Luc Desle

samedi 28 juin 2014

"Quand ce trader fou devint raisonnable, on l'arrêta". Benoît Barvin in "Pensées pensées".

+++
Pensées pour nous-mêmes:

(LE DISCIPLE DU MAÎTRE
NE PORTE PAS DE COLLIER)

+++

(Le lapin d'Alice était dans cette boîte,
incognito)



+++

(Escadrons de la mort états-z'uniens

se préparant à partir en Afrique)



Afrique :
les États-Unis forment
des escadrons de la mort 

(Black Agenda Report)
Glen FORD

   (...) Militairement, l’Afrique est en train de devenir un continent étasunien. Barack Obama, qui a été le président de tous sauf la première année d’existence de l’AFRICOM, a réussi à intégrer des unités de combat étasuniennes, des bases, à renforcer certains régimes, à équiper et financer les structures militaires de tous les pays africains hormis pour une poignée de pays résistants.

   Le grand rêve panafricaniste et ancien du président ghanéen Kwame Nkrumah d’une Afrique unie militairement n’a pas été réalisé – face aux appétits des Etatsuniens et des Européens. Sous couvert d’une intervention « humanitaire », Obama a considérablement élargi les projets d’expansion de Bill Clinton et de George Bush en Afrique, de sorte que seulement quelques taches sur la carte de l’Afrique restent en dehors de la sphère des opérations de Washington. L’Érythrée et le Zimbabwe sont les exceptions notables – et, par conséquent, les cibles futures.

   L’Afrique est un territoire occupé. L’Union africaine ne prétend même pas être responsable de ses propres missions de maintien de la paix, qui sont devenues en fait des occasions pour les forces armées africaines de se faire payer pour faire le travail de l’Occident. La Chine et le Brésil peuvent recueillir la part substantielle du commerce avec l’Afrique, mais les hommes disposant des armes à feu sont fidèles à l’AFRICOM – le papa gâteau pour la classe militaire africaine. Les troupes étatsuniennes dorment maintenant dans les casernes africaines. Elles sont les frères d’armes des officiers africains et peuvent déterminer les futurs présidents africains.

   Le rythme de la pénétration étatsunienne de l’Afrique de l’Ouest s’est accéléré de façon spectaculaire depuis 2011, quand Obama (Sarkozy et Cameron, ndt) a liquidé le gouvernement libyen de Mouammar Kadhafi, installant un flux de jihadistes et d’armes vers la Syrie et vers le Sud pour déstabiliser les nations du Sahel. Un chaos s’en est suivi – un beau chaos diriez-vous si vous étiez un planificateur militaire des États-Unis à la recherche d’une justification pour des missions de plus en plus importantes. L’agression de l’OTAN contre la Libye a engendré le chaos dans la sous-région subsaharienne qui a justifié l’occupation française et étatsunienne du Mali et du Niger. 

   Les djihadistes d’Afrique du Nord hyperactifs, renforcés par les bombes étatsuniennes (cf. ce qui s’est passé en Libye, ndt), des armes et de l’argent, forment et équipent leurs frères du continent, y compris les éléments de Boko Haram au Nigeria. Les guerriers islamiques de langue yoruba ont légué à l’AFRICOM un cadeau inestimable : près de 300 écolières nécessitant d’être délivrées, prétexte parfait pour une intervention « humanitaire ».(...)


   Les chefs d’Etat du Nigeria, du Tchad, du Niger, du Bénin et du Cameroun ont été convoqués à Paris (prétendant que c’était leur idée) où ils ont déclaré la “guerre totale ” à Boko Haram (...)

   (...) ” Bien sûr, les cinq Etats africains n’ont ni l’argent, ni la formation, ni l’équipement, ni la capacité de collecte de renseignements pour un tel plan. Ce sera un plan euro-étatsunien pour la défense et la sécurité de l’Afrique de l’Ouest – contre d’autres Africains. Immédiatement, les États-Unis ont envoyé 80 soldats au Tchad (pays qui sur le plan militaire a longtemps été un état mercenaire au service de la France) pour ouvrir une nouvelle base de drones, afin de renforcer le parc de drones étatsuniens existants déjà au Niger, au Burkina Faso, en Ethiopie, en Somalie, aux Seychelles, à Djibouti (où il existe une énorme base française et étatsunienne), et les sites de la CIA qui ne doivent pas être divulgués.

   Le nouveau groupe de sécurité en Afrique de l’Ouest est devenue une réplique de l’OTAN, une annexe visant à être façonnée par les planificateurs militaires impérialistes pour affronter les ennemis choisis par Washington et Paris. Quel formidable élan humanitaro-militaire ! Les filles sont absentes depuis un mois, et pourraient ne pas être secourues vivantes, mais cinq pays africains voisins – l’un d’eux étant la plus grande économie du continent – ont déjà été embrigadés dans une alliance militaire dominée par l’OTAN avec d’autres Etats africains subordonnés.

   Il est vite apparu que l’AFRICOM avait déjà une relation spéciale avec l’armée nigériane qui n’a été annoncée qu’après l’enlèvement des écolières. AFRICOM va former un bataillon de Rangers du Nigeria dans la contre-insurrection guerrière, ce sera la première fois que ce commandement étatsunien fournira une formation « intégrale » aux Africains à une telle échelle.

   Avec le public étatsunien embrigadé dans l’esprit interventionniste de l’opération “Save our girls”, les opérations secrètes sont soudainement devenues publiques. Le New York Times révèle que les Etats-Unis ont organisé un programme secret pour former des bataillons de lutte contre le terrorisme pour le Niger et la Mauritanie. Les forces spéciales des Bérets verts et les tueurs de la Delta Force instruisent des commandos triés sur le volet dans la contre-insurrection au Mali. Une source du Times, laisse clairement entendre que les opérations secrètes sont conçues pour recouvrir la région d’escadrons de la mort formés par les Etats-Unis. 

   Michael Sheehan était jusqu’à l’année dernière responsable des opérations spéciales au Pentagone – Death Squads Central (Centrale des escadrons de la mort) – où il a poussé à plus de formateurs pour des Opérations Spéciales pour les armées africaines. Sheehan détient désormais la “présidence prestigieuse” de la West Point’s Combating Terrorism Center (du Centre de West Point de Lutte contre le Terrorisme). Dans les années 1980, il était le commandant des forces spéciales de l’Amérique latine – ce qui signifiait en langage à peine codé : escadrons de la mort. (...)

   (...) Les Forces spéciales de l’armée des États-Unis ont toujours été des tueurs politiques, fonctionnant le plus souvent avec la CIA. Le Phoenix Program, au Vietnam, qui a tué entre 26 000 et 41 000 personnes et torturé beaucoup d’autres, était un crime de guerre de la CIA allié aux forces spéciales. De 1975 jusque dans les années 80, la CIA et ses forces spéciales ont apporté un soutien technique et des armes à des tueurs pour l’Opération Condor, les escadrons de la mort dirigés par un consortium de juntes militaires en Argentine, au Chili, en Uruguay, au Paraguay, en Bolivie et au Brésil, probablement responsable de 60 000 meurtres. Sheehan a probablement été impliqué dans l’Operation Condor et sa composante d’Amérique centrale, l’Opération Charly, et depuis a perfectionné l’art des assassinats politiques. S’il est chanceux et se sent justifié par les événements en Afrique, alors les escadrons de la mort formés par les Etats-Unis sont sur le point de proliférer dans cette partie du monde.

   Il n’y a pas de doute qu’Obama apprécie les Opérations Spéciales, car ces opérations de petites unités de meurtriers dirigés par des tueurs professionnels intervenant de nuit ne s’apparentent par à une guerre – et peuvent, si nécessaire, être imputées à d’autres “terroristes”. Cependant, l’histoire – l’histoire récente – prouve que les États-Unis peuvent parvenir à leurs fins avec des carnages de grande ampleur (et sans limites) en Afrique. En 2006, l’invasion de l’Ethiopie par la Somalie, soutenue par les forces étatsuniennes au sol, dans les airs et par la mer, a donné lieu à l’époque à “la pire crise humanitaire en Afrique”, “pire que le Darfour”, selon les observateurs de l’ONU, avec des centaines de milliers de morts. Les États-Unis ont alors refusé l’aide alimentaire pour affamer les combattants somaliens Shabaab, conduisant à une perte encore plus catastrophique de vies humaines. Mais, la plupart des Etatsuniens ne sont pas conscients de ces crimes contre l’humanité à l’encontre des Africains (“crimes again Black Humanity”).

   Les alliés éthiopiens des Etats-Unis ont commis un génocide contre l’ethnie Somali dans la région de l’Ogaden en toute impunité et ont interdit aux médias internationaux l’accès de la région. Les Présidents Clinton, Bush et Obama – chacun d’entre eux aidés par Susan Rice – ont collectivement tué six millions de Congolais depuis 1996. Le plus grand génocide depuis la Seconde Guerre mondiale a été le résultat prémédité du chaos délibérément imposé par les Etats-Unis au Congo (RDC, ndt) riche en minéraux et par ses sbires du Rwanda et de l’Ouganda voisin. Paul Kagame, l’actuel leader du Rwanda, a abattu un avion avec deux présidents à bord en 1994, déclenchant les massacres qui ont amené Kagame au pouvoir et envoyé par la suite le Congo voisin sur la route de l’enfer. Les Etats-Unis célèbrent Kagame comme un héros, bien que le dictateur tribal Tutsi envoie des escadrons de la mort partout dans le monde pour étouffer ceux qui s’opposent à lui. (...)

   (...) Le Président ougandais Yoweri Museveni, un ami des États-Unis depuis l’époque de Ronald Reagan, a commis des actes de génocide contre ses rivaux de la tribu Acholi, les jetant dans des camps de concentration. Joseph Kony a été l’un de ces Acholi, qui apparemment est devenu fou. Depuis des années, Kony n’est plus une menace pour l’Ouganda ou pour tout autre pays de la région, mais le président Obama a utilisé une prétendue observation d’une hypothétique présence de bribes de son Armée de Résistance du Seigneur en RDC pour envoyer 100 Bérets verts en République démocratique du Congo, en Ouganda, au Rwanda, en République centrafricaine et au Soudan du Sud. Le mois dernier, Obama a envoyé 150 soldats et plus de quatre avions pour l’Afrique centrale, affirmant à nouveau que Kony se cachait quelque part.

   En fait, les troupes étatsuniennes ont été déployées près du sud Soudan, que les États-Unis, la Grande-Bretagne et Israël ont déstabilisé depuis des décennies dans le but de diviser la nation du Soudan. Le Soudan du Sud est devenu indépendant, mais il est resté instable et est loin d’être une nation, il s’agit plutôt d’un endroit riche en pétrole convoité par les États-Unis. Des dizaines de milliers d’autres personnes sont certains de mourir en combattant dans le Soudan du Sud, mais peu d’Etatsuniens blâmeront leur propre pays.

   Comme le montre le carnage au Congo, des populations entières peuvent être rayées de la carte en Afrique sans que la plupart des gens en Occident s’en aperçoivent. Les escadrons de la mort entraînés par les Etats-Unis au Nigeria, au Niger, en Mauritanie et au Mali, et ceux qui traqueront bientôt les victimes au Cameroun et au Bénin, ne se limiteront pas à la chasse à Boko Haram. Les escadrons de la mort sont, par définition, déstabilisant ; ils empoisonnent l’environnement politique et social au-delà de toute limite, comme l’Amérique centrale des années 80 peut en témoigner.

   Pourtant, c’est la méthode de conquête préférée de l’impérialisme étatsunien dans le monde non-blanc. C’est ce que les Etatsuniens font réellement, quand les gens demandent à ce qu’ils “fassent quelque chose”.


Traduction : Le blog de SLT

+++
Benoît Barvin

mardi 3 juin 2014

"La nuit ma tête d'ébène me rendait invisible". Benoît Barvin in "Pensées coîncidentes".

@@@
Pensées pour nous-mêmes:

(LE SAGE N'A PAS 
DE LIVRE DE RECETTES)

@@@

(Ces ailes sur la tête, je les aurais préférées dans le dos)



@@@

(L'amour de ces humains pour ces plantes
était réciproque)


french.xinhuanet.com

Au Sénégal,
un hôpital en sursis soigne par les plantes

Laurann Clément (Monde Académie)

   (...) Comme chaque matin, l'apprenti-guérisseur Moussa Diallo parcourt la brousse apprivoisée qu'est devenu le jardin de l'hôpital traditionnel de la commune de Keur Massar, à 25 kilomètres à l'est de Dakar. Quelques 250 espèces croissent sur 5 hectares. Une feuille de citronelle roulée entre ses doigts, Moussa Diallo hume, sent et cueille des plantes qui surprennent par leur apparence et par leurs propriétés. Les guérisseurs saltingué, (en wolof «ceux qui voient les traitements par le rêve») les ont découvertes au fil des générations, jusqu'à accumuler des trésors de connaissances. «Il est faux de ne vouloir attribuer à une plante qu’une seule vertu», indique d'emblée Moussa Diallo. A titre d'exemple, il cite le baobab : «Ses feuilles sont préparées en tisane pour soigner la constipation. Par contre, son fruit, bu sous forme de jus, peut la créer». Toutes les plantes de ce jardin extraordinaire trouvent leur place dans la pharmacopée de l'hôpital, qui se charge de leur transformation et de leur vente en produits de soin . (...) 

   (...) La médecine traditionnelle africaine est souvent utilisée par les Sénégalais en «dernier recours», quand le parcours allopathique des médecines modernes se révèle inopérant, insistent les responsables de l'hôpital. Diabète, hépatite, paludisme, cancer et même VIH : chaque maladie trouve des moyens d'être "soulagée" - aucun médecin de l’hôpital n’emploie le terme de guérison. Ces soins ont suscité l’intérêt de noms connus de la recherche médicale, comme le Pr Luc Montagnier, Prix Nobel 2008 pour sa découverte du virus du SIDA, venu récemment visiter le laboratoire de l'hôpital de Keur Massar, en quête de soins alternatifs dans le cadre des trithérapies.
  
   Pourtant, cette médecine ne se porte pas au mieux, et reste méconnue. En Afrique, seuls huit pays reconnaissent officiellement la pratique de la médecine traditionnelle, que le Sénégal se contente de tolérer. Treize plantes seulement, sur les 250 répertoriées par l’hôpital, sont reconnues par le corps médical sénégalais et les autorités exigent un processus d'homologation compliqué et coûteux. «Les protocoles demandés par les autorités sanitaires doivent être très précis. Par exemple, si on mélange deux plantes déjà homologuées séparément, un autre protocole doit être appliqué. Et on doit tout refaire valider», explique Fabienne Okaoekpen, infirmière homéopathe de Genève et membre de l’association de l’hôpital. (...)

   (...) Sans reconnaissance de ses pratiques, l'hôpital de Keur Massar fait face à des difficultés qui lui font craindre pour son avenir. Il fonctionne sans aucune subvention étatique et les dons s’amoindrissent dangereusement. Le personnel de l'hôpital se bat pour le sauver, ne serait-ce qu'en mémoire de la Française Yvette Parès, qui lui a dédié une partie de sa vie, jusqu’à son décès, en 2009. "Elle a vraiment cru dans les voies qu'ouvraient les savoirs traditionnels", commente Cheik Gueye, directeur de l’école construite dans l’hôpital. Diplômée de médecine et membre du CNRS, Yvette Parès arrive à Dakar en 1960 pour enseigner la médecine à l’université Cheik Anta Diop. Son attention se porte sur le fléau de la lèpre. Selon Djibril Bâ, «elle déplorait que la maladie ait traversé les âges sans jamais avoir trouvé de traitements efficaces». En 1975, elle devient directrice du Centre de recherches biologiques sur la lèpre de Dakar. Dadi Diallo, maître guérisseur peul, lui fait découvrir des traitements anti-lèpre tirés des plantes, qui se révèlent efficaces par rapport à l’allopathie. Ainsi est née sa curiosité pour la médecine traditionnelle africaine.

   Pendant quinze ans, elle part aux aurores dans la nature avec des tradipraticiens pour apprendre à distinguer, reconnaître et cueillir les plantes médicinales. « Il est extraordinaire que des thérapeutes africains aient eu confiance en une étrangère qui incarnait encore le colonialisme », disait celle qui avait su gagner leur confiance.

   En 1980, Yvette Parès avait reçu du président sénégalais de l’époque, Abdou Diouf, le terrain de Keur Massar pour y bâtir une léproserie, à l’écart des zones habitées. Le centre, qui prendra le nom d’hôpital en 1985, devint une sorte de village avec un bâtiment de 300 lits, un laboratoire, une pharmacie, et une école réservée aux enfants lépreux. Elle ouvre ensuite, en 1995, un bureau de consultations pour tout type de maux. Petit à petit, la léproserie s’est ensuite diversifiée.

   Aujourd’hui, quatre tradipraticiens exercent au sein de l’hôpital, qui continuent à prodiguer des soins exclusivement naturels. Une route goudronnée où passent les transports en commun dakarois longe maintenant le site, le rendant plus accessible. L’école s’est ouverte à l’ensemble des enfants de la commune, et affiche dans son entrée les lettres de félicitations du ministère de l'éducation pour son taux de réussite proche du 100%. (...)

   (...) Mais sous le gouvernement de l’ex-président Abdoulaye Wade, l’hôpital a été amputé d’une grande partie de son terrain, et l’espace d’accueil de 300 lits a disparu. Le centre, géré par l’association Rencontre des Médecines , fondée en 1998 par Yvette Parès et reconnue comme une ONG sénégalaise en 2001, maintient le fonctionnement de l’hôpital et permet la formation de plusieurs médecins et étudiants venus de Suisse, de France et du Québec.

   Les étudiants emboîtent le pas des guérisseurs confirmés : la cueillette est faite de «bonne heure», au réveil des plantes, pour en tirer le meilleur. On cultive l’eucalyptus dont l’odeur libère des sinus, ou l’aloé vera pour ses qualités cicatrisantes. «Les plantes ne s’utilisent pas seules, leurs combinaisons sont plus puissantes et augmentent leur pouvoir de soin», précise l 'apprenti- guérisseur Moussa Diallo. Le laboratoire, également traditionnel, les met en sachet, en flacon ou les transforme en pommade, selon des recettes jalousement gardées.

   Les tradipraticiens, qui avaient l’habitude de transmettre oralement leur savoir d’une génération à l’autre, ont accepté de noter leurs recettes et leur découvertes dans de nombreux carnets. Pendant les préparations, certains prononcent des prières. Un mysticisme respecté à l'époque par Yvette Parès et par les gérants actuels, jusqu’à une certaine limite : les incantations seules sur les malades ne sont pas admises dans l’hôpital, selon la volonté de la fondatrice.

   Mais aujourd'hui, ce que redoute surtout le personnel de l’hôpital, c’est la lente disparition des guérisseurs. «Ce n’est pas une filière rentable», déplore Djibril Bâ , secrétaire de l'hôpital. Les jeunes qui s'intéressent à ce domaine déchantent rapidement quand ils découvrent les difficultés pour vivre du métier de guérisseur, dont le statut n'est pas reconnu au Sénégal ».


Pour en savoir plus :

Les sites internet de l’hôpital de Keur Massar et de l'association Rencontre des Médecines

Les ouvrages d’Yvette Parès parus sur le sujet, aux éditions Yves Michel:

- La médecine africaine, une efficacité surprenante : témoignage d’une pionnière,2004

- SIDA, de l’échec à l’espérance : Le regard d’une scientifique, doctoresse et thérapeute traditionnelle, 2007

- Perles de sagesse de la médecine traditionnelle africaine, dernière édition en 2009


@@@

(Et soudain j'aperçus, en transparence,
le visage fossilisé de la Terre,
décédée depuis longtemps)



@@@
Benoît Barvin

samedi 26 octobre 2013

"Versatile, le Poète écrivait en prose". Benoît Barvin in "Pensées pensées".

***
Pensées pour nous-mêmes:

(LE TEMPS N'A QUE PEU 
D'INCIDENCES SUR TON BONHEUR)

***

"Moi, contrairement à vous, je préfère avec une cravate..."


Mylene Demongeot

***

(Où qu'elle opère, la Mort toujours danse)



Objectif Bangui
 Philippe Leymarie

   (...) Personne ne doute de la gravité de la situation en Centrafrique, où l’Etat est plus faible et absent que jamais. Pour Paris, la RCA peut devenir un autre foyer de désordre régional, voire une nouvelle Mecque du terrorisme, comme l’avait été le nord du Mali ou ce qu’est encore la Somalie. Ce qui n’était, pratiquement depuis l’accession du pays à l’indépendance en 1960, qu’instabilité chronique, a débouché ces derniers mois sur un dangereux chaos, sur fond de concurrence entre seigneurs de la guerre, d’incidents entre éleveurs et agriculteurs, voire d’affrontements à connotation religieuse, avec des centaines de victimes, un demi-million de personnes déplacées, etc.

   Le régime tchadien d’Idriss Deby, qui soutenait militairement le président déchu de la RCA, le général François Bozizé, en participant à la Force multinationale des Etats d’Afrique centrale (Fomac), a fini par le lâcher. De même que la France (qui de toute façon ne fait plus la pluie et le beau temps à Bangui), et que le gouvernement soudanais, qui commençait à craindre que la déstabilisation de son voisin centrafricain ne contamine le Darfour, ou que le pays ne serve de base-arrière à ceux qui ont lancé ces dernières années à Khartoum deux tentatives de prise du pouvoir par les armes . (...)

   (...) Mais la Seleka — la coalition hétéroclite qui avait ravi le pouvoir au général Bozizé en mars 2013 — n’est pas parvenue à s’imposer : elle fait surtout parler d’elle en termes d’exactions et de pillages, faisant cause commune avec des miliciens soudanais, tchadiens, ou libyens accourus dans ce pays sans Etat, sans cohésion nationale, où les brigands, coupeurs de route et autres rançonneurs peuvent exercer librement leurs talents. La rébellion au pouvoir a été officiellement dissoute, et ses quelque 15 000 ex-combattants, parmi lesquels une forte proportion d’étrangers (tchadiens, soudanais), doivent être désarmés — mais selon des modalités qui sont encore controversées.

   La nomination le 8 octobre dernier, par le président Michel Djotodia et son premier ministre Nicolas Tiangaye, d’une dizaine de nouveaux commandants militaires de région est supposée favoriser un retour à l’ordre : les contingents déployés dans chaque zone devraient mêler des militaires des anciennes forces armée (les FACA), et des éléments de l’ex-Seleka intégrés dans le rang. Le but serait de rassurer les populations, qui organisent déjà dans certaines localités des milices d’autodéfense. Mais la mise en œuvre de cette mesure risque d’être malaisée. (...)

   (...) Pour la diplomatie française, le vote de jeudi soir (a été) un peu un « lot de consolation». Mais l’essentiel pour Paris est bien, cette fois, de ne pas se retrouver en pompier unique, et même si possible de ne pas apparaître comme le pompier en chef. Compte tenu des précédents libyen et malien, et du caractère cette fois plus sécuritaire que militaire de la situation en RCA, l’« africanisation » de l’opération s’impose. Ce qui permettrait à la France de jouer surtout un rôle de « catalyseur », plus confortable et moins exposé politiquement que lors de l’opération Serval au Mali.

   Il s’agirait d’une intervention de type « rétablissement de la sécurité » qui vise avant tout à mettre fin à l’anarchie, et non — comme au Mali — à combattre un adversaire prêt à en découdre. Selon la résolution adoptée jeudi soir, le secrétaire général Ban Ki-moon a trente jours pour présenter un plan d’intervention des casques bleus. Une seconde résolution sera alors soumise au vote du Conseil de sécurité : il s’agira de donner le feu vert à cette opération qui sera régie par le « chapitre VII », autorisant le recours à la force.

   Dans l’immédiat, l’ONU accorde son soutien politique aux forces des pays d’Afrique centrale déployées sous la bannière de l’Union africaine : elles comptent 1 300 hommes aujourd’hui, et devraient être portées à 3 500 d’ici la fin de l’année, à mesure que les contingents tchadiens, gabonais, camerounais déjà présents en Centrafrique seront renforcés. (...)

   L’implication des militaires français sera surtout fonction de ce que les militaires africains ou les futurs casques bleus endosseront comme rôle. Elle prendrait concrètement la forme :

    d’un simple maintien du contingent militaire français actuel (450 hommes, présents en majorité sur la zone de l’aéroport de Bangui). L’opération Boali avait été montée en soutien au contingent de paix interafricain (Micopax), mais a pour but de garantir la sécurité et une éventuelle évacuation des ressortissants français et européens ; 
    ou d’un renfort de ce dispositif jusqu’à 750 hommes, pour appuyer la nouvelle Mission internationale de soutien à la RCA (Misca) constituée actuellement de 1 300 militaires tchadiens, gabonais, congolais et camerounais, mais qui devrait monter en puissance ; 
    ou de l’organisation d’une « force de réaction rapide », susceptible de s’étoffer en cas de coup dur, grâce à des apports venus des bases françaises de N’Djamena et Libreville ; 
    ou — ce qui serait le plus simple et efficace sur le plan technique, mais le plus difficile politiquement — d’une opération de sécurisation rapide, pour ramener l’ordre dans la capitale et rouvrir les grands axes de circulation, avec 1 200 hommes, sous mandat de l’ONU, mais franco-française, avec des moyens et un commandement autonomes. (ce qui a été, au final, décidé)

   D’ici fin décembre, les soldats africains de la Misca risquent d’être en première ligne : une cinquantaine de personnes ont encore été tuées, des dizaines d’autres blessées dans des affrontements, mardi 8 octobre, entre d’ex-rebelles Seleka et des groupes d’autodéfense dans le nord-ouest du pays. (...)


***
(Ventilateur écologique)


(Source: nymphmaniac, via owls-love-tea)

***
Benoît Barvin

mercredi 2 octobre 2013

"Il chantait comme un pied, ce cul-de-jatte, mais personne n'osait le lui dire". Jacques Damboise in "Pensées inconvénientes".

###
Pensées pour nous-mêmes:

(LES ESCLAVES DU MAÎTRE
NE SONT PAS DES DISCIPLES)
###

(Femmes d'hommes politiques tournant en rond)



###

"Oh Mon Dieu... L'Afrique me fait peur!"



L’AFRIQUE DE LA PEUR 
Entre rêve et réalité
Michel LHOMME

   (...) Le compte Twitter des terroristes est formel : « seuls les infidèles ont été tués, tous les musulmans présents sur place ont été escortés hors du centre commercial par nos moudjahidines » (tiens, propos racistes?). A propos de Nairobi et des groupes terroristes islamistes, la philosophe bloggeuse Hansen-love, bien connue de ceux qui préparent sciences-po, pose une question embarrassante : pourquoi aucune autorité religieuse représentative de l'Islam ne déclare jamais publiquement que la raison d'être de la religion n'est pas d'inciter les hommes à s'entretuer ni à exterminer des civils en général ? Pourquoi les mouvements terroristes islamistes ne sont-ils jamais désavoués ni condamnés par les Autorités de l'Islam, quelles qu'elles soient, y compris en France ?... (...)

   (...) Un commando islamiste a pénétré dans un centre commercial de Nairobi au Kenya. Les assaillants ont fait irruption dans le Westgate Mall, semant la mort parmi les familles en plein shopping ou attablés aux terrasses des cafés du bâtiment. Les islamistes ont usés d’armes automatiques et de grenade sur une foule de plus d’un millier de clients et d’employés, répandant un chaos meurtrier. Qui revendique cette attaque ? Des moudjahidines proches des shebab somaliens, liés à Al-Qaïda. Pour ces Islamistes, il s’agit d’une riposte au fait que l’armée kényane est entrée en 2011 dans le sud de la Somalie, dans le cadre d’une force africaine soutenant le gouvernement somalien et infligeant de nombreuses défaites aux islamistes.

   Un ami africain actuellement résident au Chili me conseille de ne pas retourner en Afrique. Même pour les Africains, le continent est assimilé à des images sombres, à des images de guerres, de misères, de catastrophes humanitaires et de violences permanentes. Mon pays va mal, très mal, chantait désespérément Tiken Jah Fakoli. Au Mali d’où revient François Hollande, trône un nouveau roitelet néocolonial à la solde de la Francafrique même si les élections présidentielles, il faut le reconnaître, ont été à peu près honnêtes. Qu’on ne s’y trompe pas, la situation au Mali demeurera instable dès que les armées tchadienne et française seront reparties. Les gros effectifs salafistes se sont repliés dans les déserts libyens, en particulier dans le Fezzan voisin. Ils y sont hors d'atteinte mais de là, ils ne manqueront pas très vite – d’abord pour l’argent puis pour la rapine et les femmes ! – de faire des incursions armées dans les immensités sahariennes du Niger et de la Mauritanie. A Bamako, rien n'est donc réglé. 

   La France s’est trouvée très préoccupée par la Centrafrique qui fait partie de son pré-carré. En ce moment, les Américains se désintéressent de l’Afrique, préoccupés qu’ils sont de lâcher avant tout le Moyen-Orient et de se repositionner dans le Pacifique. La République centrafricaine sombre dans le banditisme généralisé, une énième guerre civile africaine. La Seleka, coalition précaire, qui, avec un support logistique tchadien, avait pu s'emparer de Bangui il y a quelques mois, serait revenue à la juxtaposition de mouvements antagonistes armés, faibles en soi mais qui sévissent impunément faute de résistance organisée, ravageant par des pillages systématiques, un des pays déjà les plus pauvres d'Afrique. Au détour d'un entretien sur le Mali, François Hollande a d’ailleurs déclaré qu'une intervention militaire en Centrafrique serait nécessaire prochainement. Tout le monde s’y accorde. 

   Au Congo-Démocratique, l'offensive commune de l'armée nationale et des troupes onusiennes semble l'emporter sur le mouvement rebelle M-23, repoussé loin de Goma, au point d’ailleurs que le parrain rwandais menace d'intervenir - alors qu'il avait nié tout lien avec le M-23 jusque-là ! Cela pourrait inverser pour la première fois l’issue des combats.

    Le Rwanda est un modèle de petit état africain très bien géré, sorte d’oasis de croissance économique et de développement mais le Rwanda, en dehors de la parenthèse terrible du génocide Hutus contre les Tutsis, a toujours été à part, image d’une petite suisse idéale en Afrique. A l’inverse, le vaste Congo du président Laurent-Désiré Kabila, à la réélection très contestée et non reconnue par la « communauté internationale », demeure l'exemple du pays mal géré et anarchique, malgré des richesses potentielles considérables. 

  À l'extrémité orientale du continent, le sort de la Somalie en pleine guerre civile demeure incertain. Actuellement s’y organisent des entités territoriales cohérentes, autour du Jubaland au Sud, sous protection kenyane, du Pountland au Nord-Est, et pour finir autour de Mogadiscio pour le gouvernement dit "central". Pourtant tout cela ne tient qu’à un fil et à un fil de dynamite. Si à la frontière du Sud-Soudan et du Soudan, le conflit a diminué en intensité, le Soudan appartient désormais de manière indiscutable au monde arabe et c’est un peu le résultat suicidaire de la division du pays. La question religieuse est avant tout d’ordre ethnique et renvoie au racisme ancestral arabe/noir. L'assimilation des populations noires du Darfour se poursuit dans un conflit larvé persistant, marqué par un racisme ethnique virulent et qui a lieu pourtant entre musulmans. (...)

   Malgré toutes ces fragilités persistantes, l’Afrique noire connaît depuis une quinzaine d'années de fortes croissances, souvent à plus de 5 % annuels. Cette croissance s'explique largement par un cycle haussier des matières premières minérales et agricoles (les ressources en charbon du Nord du Mozambique), accompagnées d'investissements étrangers massifs, tout d'abord chinois, puis indiens, sud-coréens et des Pays du Golfe (essentiellement pour les pays musulmans). Ainsi sont relancées très fortement les productions de fer au Gabon, de cuivre et de zinc en Zambie et au Congo-Démocratique. Les infrastructures, principalement ferroviaires et routières, ont été remises en état à travers le continent par des grands travaux qui sont effectués le plus souvent par des compagnies chinoises. 

   Même le Zimbabwe du marxiste Mugabe, récemment réélu président, renoue avec la croissance, au sortir d’un désastre total d'expérience d'indigénisation agraire faite de liquidation physique des fermiers blancs. Des débuts d'industrialisation s'observent aussi au Nigeria, en Ethiopie, au Kenya. S'appuyant sur des armées de qualité, l'Angola et l'Ethiopie constituent désormais de petites puissances régionales, en forte croissance économique, soutenues par le pétrole pour le premier, de grands barrages hydroélectriques sur tous les cours d'eau importants pour la seconde. (...)

   Mais l’Afrique noire est aussi face à un autre défi, c’est l’explosion démographique, son problème majeur. Il est à craindre que l'économie ne puisse sur le long terme croître à un rythme suffisant pour assurer une baisse durable de la pauvreté. La situation s'aggrave par l’urbanisation excessive sans sanitaires (Lagos, Kinshasa par exemple) et plus particulièrement, avec une surpopulation sur des terroirs fragiles comme le Sahel menacé de désertification ou des territoires mal exploités comme en Zambie. 

   L’explosion démographique accentue la destruction écologique de l’Afrique et là, les Chinois ne font pas du tout de cadeau à la nature africaine. Ainsi un blanc mal à l’aise peut peut-être encore rêver de l’Afrique, de ses habitants et de sa danse en écoutant Fela Ransome Kuty ou le comorien Soprano mais les Africains eux rêvent toujours de franchir la porte de l’Europe. (...)


###

(Femme rajustant son soutien-gorge sur injonction
du politiquement correct anglo-saxon)



###
Benoît Barvin

lundi 23 septembre 2013

"La Chartreuse de Parme s'arsouillait en cachette"; Jacques Damboise in "Pensées à contre-pet".

***
Pensées pour nous-mêmes:

(PARFOIS IL PENSAIT QU'IL PENSAIT)

PCC Jacques Damboise

***
(La liberté sur le Net avançait correctement)



(Original painting: THE BIRTH OF VENUS, by WILLIAM-ADOLPHE BOUGUEREAU, 1879)


***

(Disney Zimbabwéen faisant de la retape)



"Bienvenue dans notre Disneyland !"

SIMON ALLISON

   (...) Dans ce pays ruiné par dix ans de crise, le ministre du Tourisme veut investir 300 millions de dollars pour construire un Disneyland local. Un journaliste sud-africain en imagine, un rien moqueur, le discours d’inauguration.

   " Chers invités et camarades, bonjour et bienvenue à Disneyland Zimbabwe ! C’est pour moi un honneur et un privilège d’être avec vous en cette heureuse occasion. 

   Je souhaite en particulier la bienvenue à tous les dignitaires étrangers, et plus spécialement à nos invités des missions d’observation électorale de l’Union africaine et de la Communauté de développement de l’Afrique australe – nous nous sommes dit que nous vous montrerions cette fois un vrai cirque ! [Ces deux organisations panafricaines ont été les “observateurs” de la dernière élection présidentielle, controversée, du 31 juillet.] 

   Il nous a fallu beaucoup de temps pour achever ce projet ambitieux et nous avons dû lutter contre les actions régressives des saboteurs impérialistes, mais notre moral est demeuré inflexible et notre grand pays prend aujourd’hui la place qui lui revient au sein des destinations touristiques mondiales. Avec l’ouverture aujourd’hui de Disneyland Zimbabwe, nous pouvons vraiment dire que nous sommes un pays de Mickey.

   Pendant des années, le Zimbabwe a négligé son potentiel touristique. Même avec notre abondance d’animaux sauvages et les magnifiques chutes de Victoria à nos portes, qui seront encore plus magnifiques quand nous les aurons enfin rebaptisées du nom d’un véritable héros de la libération, notre pays n’attirait pas les visiteurs autant qu’il le méritait. Après une étude exhaustive, moi-même, en tant que ministre du Tourisme, et mon équipe avons conclu que la seule chose qui manquait à notre pays était un parc à thème, avec des attractions, des casinos et des rencontres avec les personnages de dessin animé que tout le monde aime.

   Bien entendu, nous n’avons pas oublié notre engagement profond vis-à-vis des principes de nationalisation et d’indigénisation, et ces personnages de dessin animé ne doivent pas s’imaginer qu’ils vont pouvoir importer leur culture blanche au Zimbabwe. Pour mieux refléter la volonté du peuple zimbabwéen et pour honorer notre grand président, sans la tutelle duquel rien de tout cela n’aurait pu être réalisé, nous avons pris la liberté de rebaptiser et de redessiner quelques-uns de ces personnages, qui deviendront sans aucun doute les icônes d’une nouvelle génération d’enfants au Zimbabwe et dans le monde. 

   Mickey Mouse sera donc désormais Mickey Mugabe, et ses traits et sa couleur seront modifiés pour refléter la constitution ethnique du Zimbabwe. Nous avons également remplacé entièrement la famille de canards, vous devrez donc dire au revoir à Donald, Daffy Duck et Picsou. Nous n’avons pas beaucoup de canards au Zimbabwe mais nous avons des poulets, alors attention, les voilà, ils sont tout nouveaux et purement zimbabwéens : Chenesai le poulet et Rangirirai le coq [prénoms shona courants] ! Comme vous le voyez, nous avons obtenu un beau terrain pour ce projet. Le site fait 1 200 hectares et se trouve juste à côté de l’aéroport international, une situation très pratique pour le voyageur pressé. Et nous n’avons dû expulser que sept agriculteurs blancs pour l’avoir ! Ha, ha ! non, c’était de l’humour, en fait les agriculteurs étaient déjà partis. 

   Avant de conclure et avant que vous commenciez votre visite du parc, je souhaite simplement vous donner une idée de ce que vous y trouverez. Bien entendu, il y aura les attractions et les divertissements habituels, notamment des montagnes russes et du saut à l’élastique [le site existe déjà, et des dizaines de touristes font le grand saut chaque jour, à plus de 100 mètres de hauteur au-dessus des chutes Victoria].

   Nous avons aussi profité de cette occasion pour présenter notre pays grâce à quelques attractions spéciales qui sont véritablement propres à Disneyland Zimbabwe. Ma préférée est Murambatsvina Mania, où vous devrez démolir entièrement dix cabanes de tôle ondulée [l’opération Murambatsvina – littéralement, “nettoyer les ordures” – avait, en 2005, rasé un bidonville d’Harare ; plus de 300 000 foyers avaient été détruits]. Et le pompon : si vous y arrivez en moins de dix minutes, on vous offre un poste de policier à Harare.

Une autre de mes préférées : le château hanté Gukurahundi [nom d’un génocide conduit contre l’ethnie ndebele au début des années 1980]. Ames sensibles s’abstenir. Je ne gâcherai pas le plaisir en vous en disant plus, vivez l’expérience par vous-mêmes. Amusez-vous bien ! "(...)


***
(La fille qui fait rien qu'à embêter les chats
surprise en pleine action)


The photographer’s cat Blackie nibbling a young acrobat’s foot
 as she does a handstand by Gjon Mili, 1943 NY


***
Benoît Barvin