Bonjour à vous qui, dans le maelström du net, êtes arrivés, par hasard? lassitude? erreur? sur ce blog. Vous êtes les bienvenus. Vous y lirez des extraits d'articles, de pensées, d'interviews, piochés ça et là, et illustrés de photos et dessins détournés, via un humour de bon aloi. Vous pouvez évidemment réagir avec le même humour, la même ironie que nous mettons, chaque jour, à tenter de respirer un peu plus librement dans une société qui se corsète chaque fois un peu plus.
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dimanche 30 septembre 2012

"C'est dans une ruelle sordide que le flouze et le pèze firent un sort définitif au prétentieux argent". Jacques Damboise in "Pensées à contre-pet"

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Pensées pour nous-mêmes:

(MÂCHE AMOUREUSEMENT CHAQUE MINUTE DE TA VIE) 

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COURTS RÉCITS AU LONG COURS(45)
pcc Benoît Barvin


Enfant

   Je devais le garder mais, bien que je connaisse bien ses parents - des amis proches - je n'en avais pas envie. Je n'avais pourtant pas pu me défiler. C'est pourquoi nous étions face à face, moi et... l'Enfant. Un petit blondinet poupin qui aurait pu sembler charmant, si ce n'était qu'il ne souriait pas et qu'il me fixait avec un regard dur. Je cherchai dans ma cervelle fatiguée le mot qui conviendrait le mieux à cette qualité de regard, et je ne trouvai que dur, suivi aussitôt de intense. Une "intensité dure"? Absurde. Ce n'était qu'un môme, après tout, et je ne devais le supporter que quelques heures.

   Nous restâmes un moment silencieux, à nous observer. "Surveiller" serait plus exact, d'ailleurs, car c'est exactement ce que je faisais. Que craignais-je? Un gamin de 6 ans, ça n'est vraiment pas dangereux et... Oh là là, voilà que je commençais à délirer, moi. Ma dose d'alcool quotidienne me manquait. Mais allais-je oser me saisir de la petite fiasque glissée dans ma poche et, d'un coup sec, dévisser le boucher et m'envoyer une lampée? ... Non, cela ne se faisait pas. Je ne pouvais quand même pas l'envoyer se coucher, tout à trac, alors que nous n'avions échangé qu'un vague baiser et, qu'aussitôt, je m'étais senti mal à l'aise...

   Un gosse de 6 ans. Ah il était beau, le videur de boîtes! Avoir la trouille d'un petit niard qui devait encore porter des couches et... Non, pas à cet âge, quand même. Pourquoi cet enfant m'angoissait-il autant? Je n'en savais rien mais il me foutait, maintenant, carrément la trouille. Ses parents, l'un dans l'informatique, l'autre dans l'ingénierie, m'avaient pourtant à la bonne, puisque c'est moi qui les avais fait se rencontrer. La mère - Jenny - avait la blondeur naturelle qui fait craquer tout homme normalement constitué. Il faut dire que ses formes y étaient également pour beaucoup. Quand à Michel, le mari, il trouvait une solution à tous les problèmes et m'avait même prêté de l'argent - que je ne lui avais jamais rendu.

   Le gosse - j'avais oublié son prénom, preuve de mon désintérêt à son égard - était né et la petite famille avait disparu, à mon grand soulagement. J'avais été l'amant de Jenny avant qu'elle rencontre Michel. Quand elle avait été enceinte, je l'avais détestée, autant que son copain, et des pensées de meurtre avaient secoué mon bulbe rachidien. Puis je m'étais calmé et, devenu videur, j'avais fait des rencontres. Agréables, certes, mais toujours les mêmes: des filles soûles, des gamines qu'un type baraqué émouvait instantanément. Mais pas - plus - de grand amour.

   "Tu comprends, le gosse, fis-je intérieurement. Je te hais, en fait, car tu devrais être mon gamin et pas celui de cet empaffé de Michel. Tes parents se sont connus grâce à moi et c'est ton papa chéri qui m'a fait, en quelque sorte, un enfant dans le dos... Si tu savais comme, aujourd'hui encore, je lui en veux. A lui et à Jenny également. Avec moi elle aurait eu... Non, pas une vie aussi classe que celle qu'elle a avec ce gominé qui se la joue futur Prix Nobel. Mais une vie sympa, tu comprends..."

   Je me disais tout ça, tout en fixant le gosse qui, assis sur le fauteuil d'en face, me dévorait du regard. Des yeux bleus, comme ceux de sa mère. Des yeux si intenses... Et c'est alors que j'eus le plus grand choc de ma vie. Car, soudain, j'entendis une voix qui me parlait. Directement dans le cerveau.

   "Une vie sympa, mais fauchée, pauvre tâche, disait la voix. Je comprends tout ce que tu te dis et je suis content que Maman ait trouvé quelqu'un d'autre que toi. T'es qu'un ringard, Mec, si tu veux savoir ce que je pense de toi. Et tu ne mérites pas de poser tes yeux de pourceau sur ma Maman..."

   C'est à peine si j'aperçus le couteau que l'enfant tenait dans la main. J'étais stupéfié par cette télépathie vécue en direct. Une télépathie qui tenait du miracle... ou de la science... ou de la magie, je ne savais plus. La seule chose que je comprenais, c'est que j'allais devoir faire appel à toutes les ressources de mon physique pour lutter contre cette demi-portion qui, maintenant, était debout et s'approchait de moi, couteau brandi, avec une sale expression peinte sur le visage. La même que j'avais vue inscrite sur celui de Jenny, la dernière fois que nous nous étions vus. 

   Et où je l'avais violée... Je compris alors les raisons pour lesquelles elle m'avait appelé, la veille, et pourquoi elle et Michel m'avait laissé seul face à leur moutard. La vengeance est un plat qui se mange froid et qu'on assaisonne de mille manières. 

   Celle-ci était vraiment très originale...

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BIOGRAPHIE du peintre allemand OTTO DIX (1891/1969)


   En 1910 (à 19 ans), Otto Dix intègre l'école d'arts de Dresde. Volontaire dans l'armée allemande lors de la Première Guerre mondiale, il est profondément affecté par cette expérience, comme en témoignent nombre de ses travaux. Il étudie ensuite à l'académie des arts de Dresde, et contribue à l'exposition 'Neue Sachlichkeit' à Berlin, en 1925. Il exprime à travers ses oeuvres sa perception du sexe et du côté sombre de la vie, en particulier la guerre, s'inspirant d'images durement réalistes. Son travail est par ailleurs très critique envers la société contemporaine, à l'instar de celui de William Blake. 
   La montée du nazisme oblige Otto Dix à quitter son poste de professeur à l'Académie, étant considéré comme un artiste dégénéré. Il doit rejoindre la Chambre impériale des beaux-arts s'il veut continuer son travail, limité aux paysages. Il est arrêté puis relâché en 1939 pour complot contre Hitler. De nouveau soldat, cette fois contre son gré, il est capturé par les troupes françaises lors de la Seconde Guerre mondiale. Il ne rentre à Dresde qu'en 1946, où il se consacre à des allégories religieuses et à des oeuvres imprégnées de souffrance, dans un style purement expressionniste. 
   Traumatisé par les deux guerres, Otto Dix s'éteint à Singen en 1969, laissant un lourd témoignage des horreurs humaines derrière lui.

   La peinture de Otto Dix étant particulièrement cruelle, il a semblé à Blanche Baptiste - secondée par Jacques Damboise - qu'il serait bon de passer par le tamis de l'humour pour vous les présenter. Les tableaux choisis conservent leur part émotionnelle, celle d'un homme qui a vécu par deux fois l'horreur mais qui gardait, au fond de sa palette, les couleurs chaudes d'un timide espoir.
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"Je m'interroge... Les agences de notation 
se moquent-elles du Monde?... Mmm..."

Otto Dix (1891-1969)
Femme allongée sur une peau de léopard (Portrait de Vera Simailowa),1927 Huile sur bois. 
Herbert F. Johnson Museum of Art Cornell University Gift of Samuel A. Berger 
© Succession Otto Dix / SODRAC (2010)

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"Donc, moi je suis la Vérité Toute Nue... Et toi?
- Le mensonge tout habillé"

Autoportrait avec modèle nu, 1923 Huile sur toile. Collection particulière 
avec l’aimable concours de Richard Nagy Ltd., Londres
© Succession Otto Dix / SODRAC (2010)

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"Tu sais que tu me fais b..., s... p...!
- Toi, tu sais comment parler aux femmes..."

Matelot et fille (avec cigarette), 1926, ou vers 1923, aquarelle, Otto Dix Stiftung, Vaduz

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(Le hideux chapeau de l'épouse
décida le mari à demander le divorce... qu'il
obtint aussitôt, évidemment, le juge étant
un homme de bon goût.)

Couple au café (1921)
Aquarelle et crayon sur papier (51 x 41)

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"Messieurs les banquiers, voici un nouveau client à plumer...
- Mouaif, il est pas bien gras... Tant pis, on fera avec,
tant qu'y'a du flouze à se faire, y'a de l'espoir"

Nouveau-né sur des mains, 1927

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Blanche Baptiste et Jacques Damboise.

mercredi 1 août 2012

"Sur cette terrible galère, les rames étaient en bronze". Jacques Damboise in "Pensées à contre-pet"

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Pensées pour nous-mêmes:


(LE MAITRE A UN VALET,
LUI-MEME)


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COURTS RÉCITS AU LONG COURS(36)
pcc Benoît Barvin



Anniversaire

   "Tu es sûre que c'est ce que tu veux?". Mynda me dit que oui, avec un gracieux mouvement de la tête. Je soupirai. Depuis que sa mère nous avait quittés, je ne pouvais rien lui refuser. N'était-ce pas son anniversaire, après tout? Cette journée était sacrée. Elle avait revêtu une kurta de couleur orange (1), sur un simple jean, comme je le lui avais conseillé, car là où nous allions il valait mieux ne pas trop attirer l'attention. Malgré ces "pauvres habits", Mynda ressemblait à sa mère,  avec sa petite bouche couleur framboise, ses yeux d'un vert d'opale, son nez légèrement busqué et son teint pâle, proche de celui d'une gori (2). 

   J'avais rencontré Marie au Consulat de France et nous nous étions mariés pratiquement dans la foulée. Mon épouse avait voulu rester avec moi, à Pondichéry, là où j'avais créé une Ecole Internationale des Langues. Elle avait donné naissance à Mynda, nous étions fabuleusement heureux, mais la maladie, quatre ans plus tard, l'avait emportée. J'étais resté seul avec Mynda, me consacrant tout entier à mon travail et à ma petite fille, la moitié de ma vie. Les affaires marchaient bien, j'avais ouvert une succursale à Mundaï. Je ne vivais que pour cette fleur qui, chaque jour un peu plus, s'épanouissait. Ma peur de la voir abîmée par les envies masculines me tenait éveillé la nuit, souvent, le coeur serré d'angoisse, de sorte que j'avais loué les services d'un couple de gardes du corps, des Sikhs, que je savais être fidèles avec celles et ceux qui ne transgressaient pas leurs différentes croyances.

   J'aurais bien besoin de mes deux serviteurs, là où nous nous dirigions. J'avais demandé une limousine aux services du député du territoire, un ami fidèle. Nous étions donc quatre à l'intérieur, Moi, Mynda et les gardes du corps qui se tenaient face à nous, turban sur la tête, barbe noire et impeccablement taillée, leur regard évitant soigneusement le nôtre. Ma fille pouffait, heureuse que j'ai accepté de l'accompagner dans le bidonville. 


   "Pour mon anniversaire, avait-elle décrété, je veux distribuer des bonbons aux enfants nécessiteux". Mynda était nourrie de feuilletons étrangers, notamment américains, et elle pensait sincèrement que le bien pouvait se décréter. "Le sourire que tu envoies revient vers toi", ne cessait-elle me de répéter, citant ce proverbe hindou. Mélange curieux de tradition et de modernité, ma fille regardait autour d'elle avec curiosité, et un brin d'excitation, au fur et à mesure que nous nous enfoncions dans les faubourgs de la ville.

   A un moment, vu l’exiguïté des rues, leur vétusté, nous dûmes nous arrêter. Le chauffeur tourna vers nous une moustache peu conquérante. "Nous devrions rebrousser chemin", recommanda-t-il, d'une voix tremblante. Je sondai le regard des gardes du corps, mais n'y lus rien d'autre qu'une sorte de désintérêt poli. Autour du véhicule, la foule commençait à s’agglutiner. Des pauvres, des dizaines, des centaines de pauvres venaient se coller aux parois, dévoilant leurs faces hâves, décharnées, démusclées, squelettiques... Je vis également des chancres qui déformaient les faces, les bras, voire les corps entiers.

   "Je pense que tu en as assez vu et que nous devrions..." Mynda ne me laissa pas terminer. Déjà elle avait repoussé la porte avec une force peu commune et plongeait dans cette cohue de mendiants à demi nus, qui tendaient des mains déformées et réclamaient leur dû. Les Sikhs bondirent dehors, écartèrent sans ménagement cette étrange cour des miracles alors que je les suivais, inquiet pour ma fille dont la silhouette disparaissait presque, vue sa modeste taille d'adolescente, au milieu de la foule dont j'entendais le grondement sourd, semblable à celui d'une monstrueuse bête dévoreuse. 

   J'eus la sensation d'une catastrophe imminente, me demandai ce qui m'avait pris d'avoir cédé à cette lubie folle, absurde, excessivement dangereuse. J'allais donner l'ordre aux gardes du corps de s'emparer de Mynda, de la fourrer dans la limousine et nous filerions sans demander notre reste. 

   Mais où avaient-ils donc disparu nos anges gardiens? Je ne voyais plus que des faces édentées, des rictus de haine, des mains crochues qui se dressaient, ongles acérés, prêts à écharper la chair tendre, fragile, si fraîche de ma fille... lorsqu'un miracle - quel autre nom donner au phénomène? - eut lieu. J'entendis un rire cristallin. Ce rire, telle une caresse limpide éteignit d'un seul coup le rugissement de la foule des mendiants.

   Je sus qu'il s'agissait de Mynda. Je compris qu'elle appliquait les principes de la Sophrologie ludique, cet ensemble de techniques corporelles et psychologiques destinées à stimuler le rire et la joie de vivre. Elle m'en avait si souvent parlé, de cette pensée positive qui donnait de la confiance en soi, et particulièrement pour les personnes souffrantes, mais je l'avais si peu écoutée...

   La foule était maintenant amicale. Elle s'ouvrit devant moi et je débouchai dans l'arc de cercle chaleureux que formaient tous ces malheureux. Des malheureux dont les visages commençaient à s'orner de sourires esquissés. Les Sikhs, eux-mêmes, arboraient des expressions de réel plaisir. Au centre de la scène improvisée se trouvait Mynda, Mynda qui dansait, le visage illuminé d'un sourire enchanteur. C'était la grâce personnifiée, l'Espoir qui renaissait...

   Un sâdhu (3) se pencha vers moi et me dit: "Vishnu a mille visages, petit père... Celui-ci est tellement gracieux".
   Nous restâmes tous silencieux, en extase, à admirer Mynda/Vishnu qui insufflait ses forces à nos petites vies bien fatiguées. Je compris alors que Marie n'était pas morte en vain. 


(1) C'est une chemise ample descendant jusqu'aux genoux ou à mi-cuisse, portée aussi bien par les femmes que par les hommes. 
(2) Une gori est, par définition, une femme à la peau blanche.
(3) Sage indien qui vit dans le dénuement le plus total. Certains ne portent pas de vêtements.


***
"T'art vos gueules!
Pas toucher!
Verbotten!"

mysteriousstranger_wyeth_theastrologer

(Les secrets du magicien étaient bien gardés)


***

"La flûte, ça ne t'a jamais tenté?"


***

"Mais? Mais c'est pas comme ça qu'y faut faire,
sauf vôt' respect, Magicien... 
C'est dans nôt' gosier qu'l'vin
y doit aller!
- Je fais ce que je veux!"


(Le Magicien était une sacrée tête de mule)


***

"Alors, Chérie, on se balade toute seule?
- Voilà que j'entends des voix, maintenant...
Décidément, les cuites ça me réussit pas"



***

N. C. Wyeth 
The Mysterious Stranger by Mark Twain 
Published by Harper & Brothers ~ 1916

***
Blanche Baptiste

mercredi 25 juillet 2012

"Le gaga-yoga s'adressait exclusivement au 4ème âge". Benoît Barvin in "Pensées en tubes".

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Pensées pour nous-mêmes:
(LA ROSE SANS ÉPINE
MÉFIE-T'EN)


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Lettres d'inconnus (9)
pcc Benoît Barvin


JC Leyendecker peint les Dandys
blog-oscar.com


Chère Madame,


   Vous fîtes bien de ne morigéner ainsi devant l'assemblée entière. Je n'aurais pas dû faire ce que j'ai fait... J'en suis encore confus, déçu - par ma propre attitude, oh combien - et profondément blessé. Moi qui me regarde et m'admire tous les jours que Dieu m'a fait, dans sa Grande Simplicité, aussi Beau, Intelligent et Nécessaire à la marche du Monde, comment ai-je pu? Je ne sais... Belzébuth, lui-même, a dicté cette indélicatesse. Mais comment m'a-t-il fait chuter? Quels ont été ses subterfuges? Et pourquoi ai-je cru que vos amis comprendraient?


   J'ai beau chercher... Je me rappelle simplement que je venais d'entrer dans l'immense pièce où se tenait votre réception. Je me tenais en haut des marches. Les regards avaient convergé dans ma direction. L'assemblée laissait passer comme à son habitude quand j'apparaissais un long murmure de vénération. Le regard des femmes étincelait; dans celui des hommes, des lueurs de jalousie s'allumaient. Les serveurs les plus jeunes laissaient tomber, qui son plateau rempli de délicieuses mignardises, qui le sien, couvert de coupes d'un champagne millésimé. Les musiciens, eux-mêmes, ne pouvaient s'empêcher de commettre quelques fausses notes et rougissaient alors, sachant déjà que la Maîtresse des lieux les congédierait, au petit matin, d'un geste rageur et que jamais, plus jamais dans la Ville ils ne trouveraient d'emploi.

   Je me tenais donc sur le surplomb d'où je dardais mon noble regard, mon nez aquilin, ma célèbre moustache soulignant des lèvres pleines et purpurines... Ajoutons-y ce menton d'aventurier, ces larges épaules, ce buste musculeux, cette taille fine et ces larges cuisses, bien dures, soutenues par des jambes de danseur et de coureur, tout à la fois. J'étais habillé d'une nouvelle tenue qui, je le sentais, ne pouvait qu'attiser l'envie de tout un chacun, mâle ou femelle...

   C'est vous, Madame, qui avez ouvert la bouche et avez lancé, d'une voix où pointait une ironie sans nom: "Cher Marquis... Vous donnez une version très personnelle des habits neufs de l'Empereur. Je vous en félicite". Quelqu'un ajouta, en gloussant: "Et ils révèlent, ces habits invisibles, une vérité que l'on chuchotait, sous le manteau, mais qui de visu, chez tout autre que vous, Marquis, pousserait au suicide..."

   J'arquai un sourcil perplexe, songeai aux deux tisserands qui m'avaient servi leur "baratin", ainsi que l'avait avoué l'un d'eux, et je m'inclinai bien bas, alors que l'Assemblée commençait à pouffer. "Mesdames, Messieurs, permettez que je me retire". Je n'écoutai pas les lazzis qui accompagnaient ma retraite, sautai au dos de mon cheval et galopai jusqu'à mon château d'où, Madame, je vous rédige cette bafouille.

   N'ayez aucune crainte: je sais que vous avez été contrainte de réagir de la sorte et d'imaginer un quelconque subterfuge littéraire. Je suis en train d'observer mon impeccable silhouette dans le miroir de ma chambre et j'y vois un homme dans tout son éclat. Un homme porteur d'un costume qui... des habits dont on peut penser que... Un homme  dont les femmes ont toujours apprécié le...

   Permettez-moi, Madame, de terminer aussi sottement ma lettre que la réaction de l'Assemblée l'a été. Un jour prochain, je reviendrai vous exposer les raisons qui ont présidé à cet étrange costume... 

   Pour l'heure, je préfère clore là ma missive. Ma cave, bien remplie, m'attend et j'ai bien l'intention de goûter toutes les bouteilles qui s'y trouvent... Jusqu'à plus soif.
Bien sincèrement vôtre, 
Marquis de Carabas 
   

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CARTER GOODRICH



   Il s'agit d'un illustrateur qui a débuté dans le métier en 1983. Il a travaillé sur des dessins animés, notamment "Prince of Egypt", "Finding Nemo", "Monsters Inc.", "Shrek", "Spirit", "Sinbad" etc. Parallèlement, il réalise des couvertures pour le célèbre "New Yorker" où son style humoristique et un brin ironique fait merveille.
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"Mais... Mais vous n'allez pas laisser le Père Noël à la
maison... Il est... Hum... un peu paf car il a trouvé
la cave à vin de l'oncle Thomas et...
- C'est ton problème, petit, pas le nôtre.
La soirée a été dure..."
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"Allo, Gipsy la Sirène? Coucou... 
Si je vais bien? Super et toi?
Comment? Parle plus fort, il y a de la
friture sur la ligne..."


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"Alors, les garde du corps, on se sent comment, hein? Hihihihi...
- M'est avis, John, qu'on n'est pas sorti de l'auberge..."


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(La Princesse à la Grosse Trombine
essayait une nouvelle fois de 
se dégoter un prétendant)


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Blanche Baptiste

dimanche 8 juillet 2012

"Cette pièce fit un four où l'on brûla l'Auteur". Benoît Barvin in "Pensées pensées"

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Pensées pour nous-mêmes:

(NE PENSE PAS TROP. N'AGIS PAS TROP)

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COURTS RÉCITS AU LONG COURS(31)
pcc Benoît Barvin



"captured by invaders"



Étrangers

   Je les surpris qui sortaient tous les trois, comme à leur habitude, en rang d'oignon. Un des frères d'abord, cheveux rares en touffe de moine, sur le haut du crâne, la tête mobile, les yeux fureteurs scrutant vers les escaliers de l'immeuble à la recherche d'un quelconque voyeur, je suppose. Il ne m'aperçut point. 
   Suivait la mère, aussi épaisse que son fils, dodelinant de la tête, une tête ronde et rose agrémentée d'une paire de lunettes aux verres globuleux. Fagotée comme un as de pique, robe longue déformée par son corps rond, aux contours mal définis, le tout dans les beige et mauve délavé, silhouette replète évoluant difficilement avec des escarpins antédiluviens. Elle eut le même mouvement furtif que son fils, tel un animal inquiet humant l'air afin de percevoir les effluves étrangers. Un drôle de sourire s'imprima sur ses lèvres, grossièrement maquillées et elle suivit son fils, alors que le second, paraissant se coller à elle -identique au premier, aussi épais, rustaud et dégarni que lui-  les imitait.
   Le trio improbable tint un bref conciliabule - inaudible, comme à l'habitude -, un peu plus bas, puis ils descendirent pesamment la volée de marches alors que je me précipitais vers la porte, entrebâillée. Chance ou piège tendu? Je n'avais pas le temps d'y réfléchir, il me fallait agir, cela faisait trop longtemps que je les surveillais, ces trois-là, pour hésiter encore à visiter leur appartement.
   Je m'étais à peine faufilé que, derrière moi, quelqu'un marmonna. Le chambranle fut poussé et  la serrure claqua deux fois. J'étais enfermé dans le logement, comme un rat dans la ratière. Je restai immobile, le dos collé à la cloison, retenant les battements de mon coeur, au bord de la syncope. Je perçus dans ma chair le choc sourd de chacun de leurs pas, dans les escaliers; choc sourd qui s'estompa enfin, me délivrant de cette sourde angoisse qui faisait trembler tous mes membres. Les "Ogres" - comme je les appelais - étaient partis. Il me fallait faire vite pour visiter de fond en comble l'appartement afin de, j'en étais certain, trouver des indices peu ragoûtants...
   Depuis que cette famille avait emménagé dans ce petit immeuble tranquille, je subodorais un mystère, évidemment sanglant. Il ne pouvait en être autrement. Ces gens-là, avec leur identique pesanteur, leur baragouin que personne ne comprenait, leur mutuelle laideur, ne pouvaient être que de dangereux scélérats. Ou des agents troubles d'une quelconque Nation aux desseins criminels. Ils dérangeaient l'ordre tranquille de l'édifice, constitué de gens normaux, un rien ennuyeux, certes, mais normaux, Eux...
   Je me mis à l'ouvrage méthodiquement, ainsi que je l'avais appris. Mais j'eus beau retourner toutes les pièces - avant de remettre avec soin chaque objet à sa place -, je ne découvris aucune preuve pouvant entériner mes soupçons. Les "Ogres" n'étaient au final qu'une famille banale - comme il en existait des millions dans le Pays -, famille dont le père était décédé deux années auparavant, laissant une mère - ancienne dactylo - à la merci de deux fils attardés. Evidemment, le terme n'était pas aussi précis, dans les papiers officiels. Ce trio n'avait rien de maléfique. Il était simplement pitoyable, ne réussissant à vivre au jour le jour que grâce à la générosité des aides de l'Etat.
   Profondément déçu, je me dématérialisai pour me faufiler par le trou de la serrure et me réfugiai chez moi, dans l'appartement du second. Là, j'avais installé mon quartier général où j'en référais, chaque jour, à mon Autorité de Tutelle. Celle-ci allait être furieuse quand je lui soumettrais un dossier vide concernant le trio que j'avais pourtant présenté comme une unité "Work" sur cette portion de la planète. Les "Works", nos ennemis mortels, que nous traquions impitoyablement sur tous les mondes habitables de la Galaxie et qui, une fois encore, nous échappaient. A croire qu'ils n'avaient jamais existé...
   A cette pensée déconcertante je me sentis mal et, pour recouvrer mes forces, je me dirigeai vers le frigo pour absorber mon jus de vitamines habituel: sang humain, garanti de première fraîcheur. 
    Sans l'ombre d'un doute, puisque je l'avais moi-même prélevé. 
   A la source.

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"My God! Le nouveau gouvernement
fait tout presque comme l'ancien!
- C'est-normal-il-est-social-démocrate-traître-
mais-gentil-et-poli-Lui.
-Alors, ça change tout."

Space Cadet #2


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"Non, Chevalier Blanc, arrête ton cinéma.
Tu fais partie de l'ancienne majorité.
Je t'ai reconnu. 
- Ben, M... alors!"

Reutlinger. Projet d’affiche, 1920s

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"Bleurg... Arrête! Ch'suis pas morte, enfin!
Pas besoin de me faire du bouche-à-bouche.
- Ch'suis ton Prince Charmant, ma Jolie...
- Un Prince fauché, oui..."

Bear Mountain Park, New York, 1950
photo by Leon Levinstein

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(Elégante allégorie du Monde qui marche sur la tête
par Miss Gigolette 1925)

unknown..

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Jacques Damboise

dimanche 10 juin 2012

"Cet auteur écrivait tellement vite que ses écrits n'avaient pas le temps d'être imprimés sur le papier". Benoît Barvin in "Pensées pensées"

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Pensées pour nous-mêmes:

(LA SEULE ARME DONT TU AIES L’UTILITÉ
EST TA BONTÉ)

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COURTS RECITS AU LONG COURS(23)
pcc Benoît Barvin


Le bavard

   Il parlait constamment, ce moulin à paroles. C'était un flux ininterrompu, un déluge de mots et de faux concepts sans queue ni tête, une éruption de bêtise auto-satisfaite, une tempête de verbiage assommant. Il parlait de tout et surtout de rien, occupait l'espace auditif de quiconque avait le malheur de se trouver à côté de lui. Il saturait la pièce où il se trouvait de sa voix aigre, même pas méchante, ni vulgaire, mais quelconque. Il coupait la parole à tous ceux - ou toutes celles - qui avait quelque chose à dire, les repérant comme le chasseur traque le fauve, armé jusqu'aux dents de sa fatuité, de sa cruauté naturelle et cela va sans dire,  virile. 
   Bref, on l'aura compris, il se révélait plus qu'insupportable, imbuvable et odieux... En fait, aucun adjectif ne pouvait rendre avec exactitude le sentiment de mépris haineux qu'il produisait sur le malheureux qu'il alpaguait, à la manière d'un harangueur de boîte de strip-tease, et qu'il noyait sous un ronron chagrin.
   La Providence eut enfin pitié de nous, qui étions contraints de supporter ce philosophe mondain, bien en cour, lorsqu'un matin il se réveilla définitivement muet. On crut alors avoir la paix, une paix d'autant plus méritée que nous l'avions subi durant cinq longues années.
   Hélas, ce bavard égocentrique apprit aussitôt le langage des signes... et nous eûmes l'angoisse de voir se reproduire le cirque infernal. Quelqu'un, plus avisé que les autres, l'orienta alors vers des représentations de mime hystérique. Il insista bien sur le terme qui trouva un écho bienveillant dans la cervelle obtuse de notre philosophe de salon.
   Sur les plateaux télé, on vit donc notre désormais pantin, pitoyable, tenter de se mettre en scène dans des spectacles humoristiques. Les seuls rires qu'ils déclenchait eurent un agréable goût de revanche, je peux vous l'avouer... 


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(Le tueur à la guitare et son fils,
quelques semaines avant leur effroyable forfait)

Slide Guitar Circa 1926

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(Les quelques kilos de trop de la Soprano Yodhlaho
lui firent un sacré méchant effet)



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(Le dernier homme et son chien étaient sur la Terre,
pas vraiment tranquilles)


war dog

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(C'est avec cette séance de photos que l'on comprit,
un peu tard, que cette starlette avait besoin de lunettes)

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Jacques Damboise