Bonjour à vous qui, dans le maelström du net, êtes arrivés, par hasard? lassitude? erreur? sur ce blog. Vous êtes les bienvenus. Vous y lirez des extraits d'articles, de pensées, d'interviews, piochés ça et là, et illustrés de photos et dessins détournés, via un humour de bon aloi. Vous pouvez évidemment réagir avec le même humour, la même ironie que nous mettons, chaque jour, à tenter de respirer un peu plus librement dans une société qui se corsète chaque fois un peu plus.
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vendredi 19 juillet 2013

"Il marchait dans sa tête avec des chaussons". Benoît Barvin in "Pensées pensées".

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Pensées pour nous-mêmes:

(SI TU HÉSITES, HÉSITE.
SI TU AVANCES, AVANCE)

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Long Texte au long cours (2/14). 
Blanche Baptiste

   La relation entre Tonio et sa demi-soeur Lucie s'est mal passé. Le père est mort et on accuse, un temps, le jeune homme d'être son assassin...

HAUTES DILUTIONS

vincent-van-gogh-champs-de-blé

   Lucie s’est rendormie. Elle se voit dans un champ de couleurs et elle peint elle-même les fleurs, les arbres, les pieds de vigne. Elle dilue à l’aquarelle le corps de Tonio allongé-là, nu sous un olivier. Au loin, elle pose le ciel et l’Aurore qui se meurt, et enfin un grand soleil pour sécher tout cela. 

   Un rayon doux la réveille. Elle s’habille, prend sa vieille 4L. Elle veut aller chercher du raisin chez sa mère au village. Il y en a du bon sur la treille du jardinet. 

   Elle trouve Josefa, les bras ballants, devant la maisonnette. 

   - Qu’est-ce que tu as ? Tu en fais une tête ! 

   - Ce sont ces chats qui m’agacent. Ils se reproduisent, ils m’envahissent. J’ai bientôt soixante-quinze ans, je ne peux plus assumer tout ça. Et en plus, ils ne veulent pas mourir. Je leur donne un peu de poison tous les jours et ils ne crèvent toujours pas. En plus, ça les rend malades et ils me vomissent partout. 

   - Mais tu es folle ! Ne fais plus ça maman ! Ou alors donne leur vraiment la dose. Tu devrais faire venir Pierre. Il trouvera une solution moins barbare. 

   - Tu as raison, je vais dire à ton frère de venir m’en débarrasser. 

   Sa mère dans le rôle de l’empoisonneuse ! Tout est possible. Pourquoi pas ? Lucie avait même soupçonné Tonio, par la suite. Elle-même aurait pu. Cet après-midi-là, après que ses parents soient passés la voir, n’aurait-elle pas pu descendre et concocter un mélange dont elle avait le secret, dont elle a toujours le secret… 

*** 

   Les raisins sont mûrs à point. Elle les mange chez elle au soleil. Avant de les croquer, elle regarde chaque grain, lisse et rond comme une grosse bille. Elle n’a pas voulu rester avec sa mère pour ressasser le passé, chercher à savoir. Cela commence à la fatiguer. Elle sent qu’elle a compris quelque chose. Comme un déclic. 

   Le téléphone sonne. 

   - Madame, si vous pouviez venir au Centre. Votre fille n’est pas bien. 

   Lucie se surprend à ne pas poser de questions, à ne pas se précipiter vers la voiture, à être sans appréhension. 

   Quand elle arrive dans la chambre, elle trouve les soignants en émoi et Aurore, comme endormie, tranquille, dans un état semi-comateux. On essaie de rassurer Lucie. On craint la réaction de la mère. 

   - Le SAMU arrive. On va la transporter à l’hôpital. On ne comprend pas. Tout à l’heure, alors que l’aide soignante venait pour la lever, elle l’a trouvée dans cet état, la bouche crayeuse, avec, dans sa main, un flacon vide de comprimés de Noctran 10. 

   - D’après vous, était-elle capable de saisir quoi que ce soit, de le porter seule à sa bouche ? demande le responsable, anxieux quant à la réponse. 

   Lucie n’a pas de mal à comprendre le dilemme. 

   - J’ai remarqué comme un progrès dans ce sens ces jours derniers, mais je n’y ai pas cru. C’est pour cela que je ne vous en ai pas parlé. Cela semblait si insignifiant et sans conséquence. 

   - Vous comprenez, hier soir, l’infirmière-garde de nuit ne s’est pas méfiée d’Aurore qui est considérée comme quadraplégique. Elle est rentrée avec son chariot à médicaments et l’a laissé à sa portée pendant qu’elle la changeait, et… 

   - Vous n’y êtes pour rien. Ce n’est pas la peine de chercher des responsables. Personne n’est responsable ! Si vous pouviez prévenir le père de la petite, ce serait bien. Je reviendrai plus tard. 

   - Ce sera peut-être trop tard, vue sa pathologie cardiaque, elle risque de … 

   - J’accepte ce risque, comme j’avais accepté tout le reste. Je préfère partir. 

   Et Lucie est sortie. Elle a croisé le SAMU, comme on croise ce genre d’ambulances lorsque l’on ne se sent pas concernée, c’est à dire sans pincement au cœur, sans frissons, comme soulagée d’être étrangère à tout ce remue-ménage. 
***
(A Suivre)

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"Lààà... Mon petit n'écrivain...
Fais dodo...
- Rompich... ZZZZ..."

KIPLING-LIVRE-DE-LA-JUNGLE

(Entre l'écrivain et sa créature, c'était le grand amour)
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KIPLING, LE GRAND PETIT HOMME. 
Redécouvrir le grand écrivain des empires coloniaux.
Jean Ansar 

   (...) Une collection de plus de cinquante poèmes inédits de l’écrivain britannique Rudyard Kipling, auteur du "Livre de la jungle", est publiée par la maison d’édition de l’Université de Cambridge. Les manuscrits rassemblés par l’universitaire américain Thomas Pinney étaient éparpillés dans divers endroits aux États-Unis dont une maison de Manhattan où des poèmes ont été découverts à l’occasion de travaux.

   (...) Ces poèmes vont être publiés en même temps que 1300 autres formant ainsi l’intégrale des vers de Kipling. Si ce dernier est surtout connu pour son œuvre romanesque (merci Walt Disney), les férus de littérature n’oublient pas que son œuvre poétique est sans doute l’une des plus passionnantes de son époque. C’est d’ailleurs ce talent poétique qui lui valut d’être récompensé en 1907 par le très prestigieux prix Nobel de littérature. 

   Beaucoup de ces poèmes inédits sont très contemporains dans les préoccupations qui apparaissent. L’un d’eux est d’ailleurs consacré au pouvoir intrusif de la presse dans la vie privée des célébrités et quelques-uns de ces poèmes portent sur la grande tragédie de la Première Guerre, qui vit Kipling perdre son fils qu’il avait un peu forcé à s’engager. Cette publication est très attendue. Kipling figure toujours parmi les auteurs préférés des Britanniques. (...)

   (...) Kipling est l’objet d’un culte et pas seulement des nostalgiques de « l’Homme qui voulut être roi » ou des fabuleux « Simples contes des collines ». De la fin du XIXe siècle au milieu du XXe siècle, Kipling est resté l'un des auteurs les plus populaires de la langue anglaise. L'écrivain Henry James écrit à son sujet : « Kipling me touche personnellement, comme l'homme de génie le plus complet que j'aie jamais connu ». En 1907, il est le premier auteur de langue anglaise à recevoir le prix Nobel de littérature, et le plus jeune à l'avoir reçu (42 ans). Par la suite, il a refusé d'être anobli.

   Cependant, Kipling a été souvent considéré comme un « prophète de l'impérialisme britannique », selon l'expression de George Orwell. Selon le critique littéraire Douglas Kerr : « Il reste un auteur qui inspire des réactions de rejet passionnées. Cependant, à l'heure où les empires européens sont en repli, il est reconnu comme un interprète incomparable, sinon controversé, de la manière dont l'empire était vécu. Cela, ajouté à son extraordinaire génie narratif, lui donne une force qu'on ne peut que reconnaître. » (...)

   1894. Publiée cette année-là, "la Légion perdue" évoque dans un même mouvement la frontière afghane, le souvenir d'une colonie britannique massacrée en se retirant de Kaboul et la récolte des Cipayes. L'écrivain conserve de l'Afghanistan l'image d'un pays fascinant et redouté. Kipling nous avait prévenus : cette guerre ne peut être gagnée! De même que l’échec de l’invasion soviétique des années 1980, les difficultés rencontrées par les Britanniques en Afghanistan un siècle plus tôt servent de caution historique à ceux qui, aujourd’hui, jugent perdu d’avance le conflit mené par la coalition occidentale contre les talibans. Il est incontestable que Kipling a connu l’Afghanistan de la fin du XIXème siècle, expérience qui a influencé et nourri son œuvre littéraire. 

   Il est tout aussi vrai de dire que celle-ci n’a constitué qu’un épisode parmi d’autres d’une vie passée à parcourir de long en large l’Empire britannique, de l’Inde au Canada en passant par l’Afrique australe et l’Australie. Pour Kipling, les Afghans constituent tout simplement « la race la plus turbulente qui existe ici-bas ». Il les voit comme des guerriers indépendants, éternels insoumis, rétifs à toute autorité interne ou étrangère.

   Passionné de l'Inde, Rudyard Kipling avait demandé à son éditeur d'orner les pages de garde de ses livres de svastikas, symbole indien de vie. Les svastikas furent retirés pour éviter toute ambiguïté au moment de la montée du nazisme en Allemagne, bien qu'ils ne fussent pas orientés dans le même sens. Franc-maçon, il fit partie de la loge Hope and Perseverance n° 782 aux Indes, reçu le 5 avril 1886. Il reçut une dispense du Grand Maître du District du Pendjab lui permettant d'être initié avant l'âge de 21 ans et fut ensuite exalté Maître Maçon dans la loge de Marque Fidélité, puis élevé au grade de Marinier de l'Arche Royale dans la Loge d'Ark Mariner du Mont Ararat n° 98. (...)


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(Cendrillon trouvait sa chaussure de bal moche...)


Marshall Field Advertisement
Gordan H. Coster 1934

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"Oui, nous appartenons à la même famille...
Pourquoi cette question?"


Au Parlement européen, 
Marine Le Pen offre un salaire 
à son compagnon
François Krug

(...) Députée européenne, Marine Le Pen emploie comme assistant parlementaire son compagnon Louis Aliot, par ailleurs vice-président du Front national. Rémunération : 5 000 euros brut par mois pour un temps partiel, selon le contrat de travail révélé par Mediapart. Problème : selon le règlement du Parlement européen, l’enveloppe mise à disposition des députés pour rémunérer leurs collaborateurs ne doit justement pas « financer les contrats permettant l’emploi ou l’utilisation des services des conjoints des députés ou de leurs partenaires stables non matrimoniaux».

   Les services du Parlement ont demandé des explications à Marine Le Pen, qui a fait valoir que, même si sa relation avec Louis Aliot est publique, celui-ci ne pouvait pas être considéré juridiquement comme un « conjoint » ou un « partenaire stable non matrimonial ».

   Mediapart révèle aussi que le Parlement européen s’est aussi interrogé sur le cas de Florian Philippot, lui aussi vice-président du FN. Marine Le Pen l’a en effet recruté comme assistant parlementaire pendant plusieurs mois en 2012 – une période où Florian Philippot et Louis Aliot dirigeaient sa campagne présidentielle. (...)


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Benoît Barvin

mercredi 17 juillet 2013

"Ce policier aveugle eut du mal à attraper le voleur paralytique". Jacques Damboise in "Pensées à contre-pet".

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Pensées pour nous-mêmes:

(TROQUE L'ESPOIR
POUR L'ENTHOUSIASME)

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Long Texte au long cours (2/12). 
Blanche Baptiste

   On pense que le père Mirales a été empoisonné. Et on accuse évidemment l'ouvrier espagnol... qui n'est autre que son fils...

HAUTES DILUTIONS


   Et ce flou, il a été entretenu des années durant, si bien que vingt-deux ans après, Lucie n’y voit toujours pas clair. L’averse qui s’est mise à tomber l’oblige à fermer la baie vitrée. Que c’est bon ce calme de la pluie sur les carreaux. Elle n’a pas envie de peindre ce soir. Elle aimerait poursuivre sa conversation avec Tonio. Au lieu de cela, Jean va certainement l’appeler. Il sait qu’elle est libre ce week-end. Il s’accommode tant bien que mal de cette relation épisodique et, comme avec les autres, ça finira par casser. Elle n’accuse personne. Qui supporterait à long terme la présence continuelle d’Aurore ?

   Quant à elle, elle est lasse de ces soirées d’amour factice, de ces débordements physiques dont elle n’a plus que faire. Elle reconnaît qu’elle n’est pas marrante mais plus rien ne la porte à rire. Plus d’illusions, plus de passions. Un calme plat qui serait bienfaisant, s’il n’était pas que ponctuel. Si Aurore n’était plus là, définitivement… Si elle n’avait pas peur soudain de ce vide que laisserait son départ… Si elle avait la volonté enfin d’en finir. Mais elle n’a même pas le courage de laisser sonner ce téléphone sans y répondre.

   - Oui, allô… Bonsoir Jean… Non, finalement, je garde ma fille… Elle a pris mal… Oui, c’est dommage… Le mois prochain, peut-être… Je ne peux rien te promettre…

   Voilà, c’est facile de mentir. Elle sera seule pendant deux jours. Elle a oublié ce que c’était que la solitude. Pourtant, elle était restée toute seule après le départ de Tonio. Plus de quatre ans, sans sortir, sans fréquenter d’amies. On ne peut pas dire que cela lui ait plu. Non, c’est un très mauvais souvenir, un état dans lequel elle ne voudrait pas retomber. Mais cette fois, ce serait différent. Elle serait libre d’attache, de responsabilité. Est-ce possible de faire le vide à ce point, de lâcher son fardeau ?

   Elle pense que même libre, elle aurait très vite la velléité de vouloir rencontrer un homme, à nouveau. Elle n’a pas confiance en sa propre énergie. Toujours la même histoire.

   En attendant, elle va peindre la pluie, oui… cela lui fera du bien... les vendanges sous une pluie d’aquarelle bariolée. Cela fera comme un carnaval sur le papier tendu. Elle se sent bien, le pinceau à la main. Elle oublie qu’elle est seule. Et même, elle se sent accompagnée. Les feuilles de vigne ont des reflets de sulfate ce soir. Le cyanure n’est plus qu’à l’état de traces. Elle ne pense plus à son père étouffé par ce poison. Elle s’enivre d’éclaboussures de pigments dilués.
***
(A Suivre)

***

(Qu'est-ce qu'il ne fallait pas faire 
pour garder cette liaison secrète!)



wehadfacesthen:
Weeki Wachee Springs, Florida, 1950

***

"Quoi? Mon soutien-gorge est tout petit?!
Qu'est-ce qui vous permet d'affirmer cela?"


Ms Candy Barr

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"Si je peux vous indiquer la direction de Dieu?
Ben..."


Britta Bauer
Rome
photo by Walter E.Lautenbacher 

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Jacques Damboise

lundi 15 juillet 2013

"il ne retrouva patience qu'après un long moment d'énervement". Benoît Barvin in "Pensées pensées".

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Pensées pour nous-mêmes:

(LA VOIX DU SAGE
TOUT LE MONDE PEUT L'ENTENDRE)

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Long Texte au long cours (2/10). 
Blanche Baptiste


   La jeune Lucie se rend compte que le bel Espagnol dont elle est tombée amoureuse est, en fait, son frère...


HAUTES DILUTIONS



   Pedro, vexé que son second ait à lui dire ce qu’il devait faire, se mit à donner des ordres et des contre ordres. Il n’était pas à ce qu’il faisait. C’était évident. Il pensait à ce Tonio. Ca le turlupinait depuis tout à l’heure. Alors, il fit une chose qu’il n’aimait pas faire. Il alla fouiller dans le blouson de ce jeune, posé là sur le talus avec ceux des autres. Et il trouva les papiers et la vraie carte.

   Un long moment, il resta assis dans l’herbe, abasourdi.

   - Oh, Mirales ! Je t’ai dit qu’on était à la bourre. Qu’est-ce que tu as ? Tu es malade ?

   - Fous-moi la paix !

   - Si t’es plus bon pour commander, tu sais que je peux m’en charger. Il suffit de le dire !

   - Tu m’empoisonnes, Marcel ! Seconde-moi et point final, tu m’entends ! Pour qui tu te prends ?

   Marcel était retourné à son tracteur en bougonnant tout bas.

   - Tu le verras un jour pour qui je me prends et y’en a pas pour longtemps !

   Le vieux ne bougeait pas de son talus, sous un soleil redevenu de plomb. Alors, ce Tonio, c’était son fils ! Qu’est-ce qu’il lui voulait ? Jamais il n’aurait pensé avoir l’occasion de le voir. Mille questionnements lui venaient. Il ressentait un élan qui l’aurait poussé à appeler cet Angel, là, auprès de lui, à lui parler, et en même temps une retenue qui lui disait qu’il allait foutre sa réputation en l’air en avouant sa paternité. Toute sa vie il avait porté ce poids et maintenant cet homme qui lui était plus étranger que familier, s’immisçait carrément chez lui, sans crier gare, en se cachant, et qui plus est en flirtant de près avec Lucie. 

   Quelle intention malsaine poursuivait ce garçon ? Quelle vengeance l’habitait ? Mirales aurait pu jouer la carte de la franchise avec ce Tonio d’apparat, mais une fois de plus il choisit la méfiance et le mensonge. Il allait faire comme s’il ne savait rien et l’observer un peu. Pour cela, il fit ce qu’il ne faisait plus depuis des lustres. Il se mit à couper un moment avec les autres.

   - Qu’est-ce qui te prend ? lui demanda Josefa. Je peux faire mousseigne sans toi.

   - Je vais mener, vous traînez trop. Je vais vous redonner le rythme.

   Les Espagnols riaient sous cape, parce qu’avec Mirales comme chef de colhe, ils étaient sûrs de ne pas trop forcer. Josefa ne comprenait pas son attitude. Il était devenu cinglé !

   Lui, savait ce qu’il faisait. Il approchait Angel. Il le voyait aller et venir avec les seaux. Il notait sa maladresse. Comment n’avait-il pas remarqué auparavant combien il s’y prenait mal pour vider. De toute évidence, ce garçon n’avait jamais vendangé. Il revit la main lisse qui lui avait tendu les faux papiers l’autre jour. Il venait de la ville. Il fallait vraiment qu’il ait quelque chose de précis en tête pour avoir si bien manigancé sa venue.

***
(A Suivre)

°°°
(Ver de terre faisant l'expérience traumatisante
d'être étêté par un méchant n'oiseau)

La tête d’un ver décapité repousse… 
avec sa mémoire
Pierre Barthélémy 

   (...) Visant à fabriquer de nouveaux organes pour remplacer ceux qui se révèlent défectueux, la médecine régénératrice est un domaine en pleine expansion. Un domaine qui pose aussi des questions inattendues lorsqu'il touche au cerveau : pour les personnes souffrant d'une maladie neurodégénérative comme la maladie d'Alzheimer, qu'arrivera-t-il aux souvenirs stockés depuis l'enfance lorsqu'on repeuplera le cerveau avec des neurones tout neufs issus de cellules souches ? Les informations seront-elles perdues comme des archives brûlées ou bien parviendront-elles à être conservées grâce à une sorte de mémoire dynamique en constant remodelage ?

   La réponse à ces questions fascinantes pourrait bien venir de... vers. Plus précisément des planaires, des vers plats d'eau douce qu'affectionnent les biologistes pour plusieurs raisons. Tout d'abord parce que ces organismes, malgré leur aspect rudimentaire, ont avec nous plus de points communs qu'on pourrait l'imaginer : les planaires sont dotées d'un cerveau centralisé, avec une transmission synaptique et une gamme de neurotransmetteurs que l'on retrouve chez les vertébrés. Ensuite, elles peuvent percevoir assez finement leur environnement. 

   Certes leurs yeux sont assez peu perfectionnés mais ces animaux sont également sensibles aux variations chimiques, aux vibrations, aux champs électrique et magnétique. Enfin – et c'est le point que les scientifiques préfèrent chez les planaires –, ces invertébrés sont capables, grâce à de formidables cellules souches, les néoblastes, de se régénérer entièrement, y compris à partir d'une toute petite portion de leur corps. Ainsi, quand leur tête a été amputée, elle repousse en quelques jours.

   On commence à voir où les chercheurs veulent en venir car qui dit tête, dit cerveau et mémoire. Dans une étude publiée le 2 juillet par le Journal of Experimental Biology(JEB), une équipe de l'université Tufts (Massachusetts) a voulu tester de manière radicale la dynamique du souvenir : une fois que sa tête a repoussé, la planaire décapitée se rappelle-t-elle quelque chose de sa vie d'avant ? La question peut sembler insolite mais elle a déjà été posée il y a plus d'un demi-siècle, en 1959, par un chercheur nommé James McConnell, qui y avait répondu par l'affirmative. 

   Sa découverte avait, on s'en doute, suscité beaucoup d'effervescence dans le monde de la biologie et, au cours des années 1960, de nombreuses équipes avaient travaillé sur le sujet, sans toujours parvenir à reproduire le résultat de McConnell. Faute d'un protocole suffisamment robuste, cette voie de recherche avait par la suite été abandonnée. Toute la difficulté tient dans le fait que l'on doit prouver que la planairese souvient de ce qu'elle savait avant qu'on lui coupe la tête. La meilleure manière de s'en assurer consisterait à lui apprendre quelque chose. Mais autant il est aisé d'enseigner à des humains, autant cela devient compliqué avec un ver...

   C'est ce tour de force qui est décrit dans l'article du JEB. Ses auteurs ont mis au point des plateformes expérimentales pour entraîner les planaires et tester leur mémoire. Pendant que des groupes témoins vivaient leur vie dans de classiques boîtes de Petri, rondes et entièrement en plastique, plusieurs dizaines d'individus étaient placés dans de petites "arènes" dodécagonales, au sol rugueux et aux parois mélangeant le plastique et le métal. L'idée consistait à leur faire reconnaître cet environnement particulier et à leur apprendre à y trouver de la nourriture, sous forme de minuscules morceaux de foie de bœuf (les planaires sont carnivores). 

   Alors que ces vers préfèrent d'ordinaire rester sur les parois des récipients et évitent la lumière, ils devaient apprendre à vaincre ces réticences pour manger car la nourriture était placée au milieu de la boîte et éclairée de manière assez vive par une diode électroluminescente. Avec un tel protocole, les chercheurs s'assuraient que le comportement de ces animaux résultait bien d'une décision prise par le cerveau et qu'il ne s'agissait pas d'un quelconque réflexe. Au bout d'une dizaine de jours d'entraînement, les planaires habituées aux "arènes" trouvaient beaucoup plus vite leur pitance que celles qui ne connaissaient pas cet environnement.

   Ensuite les chercheurs ont laissé leurs bestioles tranquilles pendant deux semaines, puis les ont testées de nouveau, avec succès. Pourquoi deux semaines ? Parce que c'est le temps qu'il faut à la tête d'une planaire pour repousser. Si l'on veut tester sa mémoire après une décapitation, il faut en effet déjà être certain que l'animal est capable de garder un souvenir ! Comme c'était le cas, on est entré dans le vif du sujet. Les têtes ont été coupées de manière à ce que plus un milligramme de cerveau ne subsiste. 
   Une fois que la repousse a été complète, les vers sont retournés dans l'"arène". Lors de la première séance, les résultats ont été "décevants" dans le sens où les planaires qui y avaient auparavant séjourné réussissaient le test à peine mieux que celles qui n'avaient jamais fréquenté cet environnement. Mais dès le test suivant, le niveau de leurs performances est remonté à celui qu'il était avant la décapitation. Une fois rafraîchie, la mémoire leur était revenue !

   Le résultat est extraordinaire en ce sens qu'il défie le sens commun. Comment les souvenirs ont-ils pu être sauvegardés lors de la décapitation ? Ainsi que le résume Michael Levin, un des auteurs de cette étude, "nous n'avons pas la réponse à cette question. Ce dont nous apportons la preuve, c'est que, de manière remarquable, la mémoire semble être conservée en dehors du cerveau." L'article évoque l'idée que le savoir né de l'entraînement a réussi à "s'imprimer" dans les néoblastes, ces cellules souches à partir desquelles l'animal va recréer la partie amputée... et notamment les neurones du cerveau. Un peu comme si le cerveau tout neuf démarrait à partir d'un disque de sauvegarde.

   Comme bien souvent en science, la découverte apporte plus de questions que de réponses et elle est encourageante dans la perspective de la régénération des neurones à partir de cellules souches. Ceci dit, je ne peux m'empêcher de trouver que ce résultat résonne de manière étrange avec un autre de mes récents billets, celui où je parlais de ce médecin italien prêt à greffer des têtes humaines sur le corps d'un donneur. A la lumière de ce qui précède, qui dit que ce corps ne conservera pas la mémoire de qui il était autrefois et que ses souvenirs n'entreront pas en conflit avec ceux de la tête ? (...) 

°°°
(Parmi ces "dames" se trouve un... Hem...
Monsieur... Sauras-tu le retrouver?)



°°°
(Archer européen s’entraînant à conquérir le monde)


album.aufeminin.com

"La géopolitique classique a de l’avenir", 
entretien avec Gérard Chaliand

   / Nonfiction.fr - Votre dernier ouvrage démarre sur le constat selon lequel, ce début de siècle verrait une parenthèse se clore : celle de la domination de l’Occident sur la scène mondiale. De ce point de vue, assistons-nous à un retour à la normale au regard du temps long de l’histoire ?

  -  Gérard Chaliand - Nous sommes en train de retrouver la norme multipolaire qui a prévalu avant l’expansion occidentale. Pour bien l’appréhender, il est nécessaire de porter sur l’histoire longue un regard où l’Occident général et l’Europe en particulier n’occuperaient plus le premier rôle. A cet égard, quelques vérités utiles doivent être rappelées. L’essentiel de l’histoire humaine s’est joué sur la masse eurasiatique qui, traversée par les routes de la soies, est le véritable espace historique des échanges commerciaux et ce bien avant l’Atlantique. Avant même l’émergence du commerce triangulaire, la Méditerranée telle qu’elle est observée au prisme déformant de l’histoire occidentale prend une place excessive. C’est l’Océan Indien qui constitue l’espace maritime de la première mondialisation, mondialisation que l’on doit d’abord aux marchands musulmans qui circulent de l’Espagne à l’Asie centrale et jusqu’en Indonésie en passant par la côte orientale de l’Afrique. 

   L’Europe est structurellement marginale sur le temps long. Si l’on jette un œil sur la carte politique du monde XVIIe siècle, on voit dans quatre états comptent dans l’espace européen: la France, l’Angleterre, l’Empire d’Autriche et la Russie qui n’a pas encore amorcé son expansion en Asie. Or l’essentiel de la puissance se trouve ailleurs. L’Empire de Chine arrive au faîte de son rayonnement sous la dynastie Qing. Du Bengale à l’Afrique du nord en passant l’Europe orientale, trois empires musulmans contigus – l’Empire moghol en Inde, la Perse et l’Empire ottoman – forment une immense continuum territorial irrigué par d’intenses relations commerciales, politiques et culturelles.

   /Le poids de l’Europe doit donc être relativisée ?

   - En effet, elle ne devient hégémonique que très tardivement. Encerclés du VIIIe au Xe siècle, les états européens ne projettent leur puissance vers l’extérieur que lors de la parenthèse des Croisades au XIIe et XIIIe siècles. Il faut attendre la fin du XVIIIe siècle pour que l’Europe qui ne formait auparavant qu’un groupe de puissances parmi d’autres se distinguent progressivement grâce au faisceau d’innovations techniques et politiques qui l’on comprendra plus tard sous le vocable de modernité. La conquête de l’Amérique mise à part, leur expansion dans le monde eurasiatique se coule dans les canaux de la première mondialisation musulmane et se limite d’abord à l’ouverture de comptoirs sur les façades maritimes. 

   Cela commence avec les Portugais qui investissent l’océan indien au début du XVIe siècle. Les hinterlands ne sont maîtrisés de manière plus progressive et l’occupation des terres n’est pas effective avant la toute fin du XIXe siècle. Cependant, à mesure que l’ordre colonial s’installe un profond changement des mentalités s’opère. Les idées occidentales se diffusent parmi les populations colonisées et en particulier le nationalisme. Leurs élites retourneront bientôt cette arme qui a déjà éliminé les vieux empires multinationaux comme l’Empire ottoman et l’Empire austro-hongrois, contre les Empires coloniaux européens.

   / L’Occident, par ce décalage de puissance, par l’hégémonie qui en résulte, crée donc, et de manière paradoxale, les conditions d’un rééquilibrage. Cependant, ce nationalisme ne peut s’appliquer en tout lieu de la même manière. L’usage généralisé qui a été fait, au XXe siècle, de ce concept issu d’une histoire des idées politiques singulière, celle de l’Europe occidentale, donne nécessairement lieu à de nouveau décalages…

   - En effet. Les Etats-nations issus de l’effondrement des empires, anciens ou modernes, furent souvent des constructions boiteuses où la construction d’identités communes ont nécessité l’occultation de pans entiers de l’histoire par les récits officiels, l’épuration ethnique ou religieuse et la sacralisation de frontière arbitraires. Le caractère précaire de certaines de ces constructions nous apparaît avec force et cruauté en Syrie mais les exemples tirés de l’histoire récente sont innombrables. 

   Les frontières tardivement tracées sont souvent restées poreuses, surtout là où elles prétendaient pouvoir trancher au milieu d’ensemble démographiques et culturels cohérents. C’est le cas de la ligne Durand qui après avoir séparé l’Inde britannique de l’Afghanistan marque la frontière entre ce dernier et le Pakistan, en plein pays pashtoune, servant de centre de gravité à l’AfPak, un des foyer d’instabilité de l’espace mondial.

   / Avatar de la modernité politique, la suprématie de l’Etat nation est-elle donc vouée à prendre fin en même temps que la domination occidentale qui l’a consacrée ?

   - Les constructions stato-nationales sont bancales. Les Etats ne sont plus les seuls acteurs des relations internationales. Milices, mercenaires, réseaux intégristes, grand groupes industriels, financiers et criminels: une foule d’entités privés les concurrencent en jouant à plein des outils de la mondialisation. Cependant il ne faut pas sous-estimer les capacités de résilience des structures étatiques. Aussi artificielles soient-elles, elles profitent toujours à ceux qui les contrôlent et captent par elles des ressources. Mais plus encore, les Etats restent, sans qu’en face d’eux se présentent d’opposition sérieuse les véritables détenteurs de la puissance. (...)

Lire la suite sur:
°°°
Luc Desle

lundi 8 juillet 2013

"Il lisait des livres aux pages blanches pour se reposer l'esprit". Jacques Damboise in "Pensées inconvénientes".

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Pensées pour nous-mêmes:

(N'AIME NI NE DÉTESTE
MAIS AIDE)
µµµ

Long Texte au long cours (2/3). 
Blanche Baptiste


   La jeune Lucie se souvient de son enfance et de ces travailleurs espagnols qui venaient, chaque année, pour les vendanges... 


HAUTES DILUTIONS



   Marcel finissait de décharger la camionnette. Et le gros de la troupe était là en train de rassembler ses affaires. Matilda, la doyenne, toujours alerte malgré ses soixante deux ans. Puis venaient José, son fils et sa femme Cristina , Santiago, un de ses frères, et d’autres adultes dont les noms échappaient à Lucie. Enfin, sortant du fourgon, les jeunes Camillo, Luis, José… Mais elle avait beau chercher Ricardo du regard, elle ne le voyait pas. Elle avait failli sortir avec lui l’année précédante et ensuite, pendant onze mois, il avait occupé ses rêveries. Du coup, elle n’était pas une seule fois allée en discothèque. 

   Penser à Ricardo lui avait suffi et lui avait donné assez d’énergie pour bûcher son bac comme une dingue. D’ailleurs, elle avait toujours fonctionné comme cela depuis qu’elle avait mis les pieds au lycée. La présence lointaine de fiancés potentiels et la certitude de leur venue tous les ans lui procuraient une joie et un allant que beaucoup de ses copines lui enviaient sans pour autant tomber dans ce genre de dévotions imaginaires, leur préférant les sorties répétées et les flirts plus tangibles.

   Lucie, elle, portait dans sa tête un imaginaire très fort dont l’archétype majeur se devait d’être Espagnol, brun, doux comme l’étaient certainement les anges, mystérieux, spirituel, tout puissant, amoureux et fraternel. Bien évidemment, une relation prolongée avec cette personne idéale aurait certainement fait descendre rapidement cette dernière de son piédestal. Mais les jeunes hidalgos repartaient si vite au pays de Don Quichotte, que Lucie avait tout le loisir de les magnifier et de jouer les princesses éprises d’amour courtois mais cependant sensibles aux songes torrides qui, parfois, fulgurants, faisaient des incursions nocturnes du côté des vignobles des Guirandes.

***

   Lucie sentait son cœur battre. La déception s’infiltrait en elle, piquante. Il fallait qu’elle sache.

   - Holà, vous voilà enfin !

   Quelques mots de bienvenue à chacun en espagnol. Puis sur un ton anodin, cette question qui lui barrait la gorge.

   - Je ne vois pas Ricardo.

   - Il vient de se mettre militaire. Un de ses amis le remplace. Pas vrai Tonio ?

   Elle sentit comme une pointe au creux de l’estomac mais déjà, un solide gaillard lui tendait la main. Une poignée de main ferme, sèche et douce au toucher, avec un bon sourire en prime, des yeux sombres qui lui semblèrent familiers.

   - Enchantée, je suis Lucie. Je vendangerai avec vous.

   Elle n’aimait pas dire d’emblée qu’elle était la fille du régisseur.

   Tonio la regardait avec simplicité. Il aimait ce genre de fille fraîche et spontanée. 

   Un homme aux cheveux grisonnants s’avançait vers le groupe. Il arborait une grosse moustache qui faisait ressortir ses yeux perçants. Celui-là voyait tout, remarquait tout d’un seul regard. 

   - Hé bien, il y a deux nouveaux à ce que je vois et on ne m’a pas averti. 

   Matilda, la chef d’équipe, la mousseigne comme on dit en Roussillon, expliqua les défections de dernière minute. D’abord, son mari Juan, une jambe dans le plâtre, puis Ricardo, juste engagé. 

   - Vous verrez, señor Mirales, vous ne serez pas déçu. Alfredo c’est un de mes gendres et Tonio, c’est Ricardo qui nous l’a recommandé et… 

   - Bon, ça ira, abrégea Mirales. Vous leur montrerez les logements et vous les mettrez au courant de nos habitudes… Je vous attends d’ici une demi-heure dans mon bureau pour signer les papiers. 

   Puis, il se tourna vers Lucie. 

   - Et toi, tu as peut-être autre chose à faire qu’à traîner là. Tu ne vois pas qu’ils ont fait un long voyage et qu’ils ont envie de s’installer. 

   - Justement, je venais les aider ! 

   Son père lui lança un regard noir. Cette attirance maladive qu’elle montrait pour ces bougres d’Espagnol commençait à lui porter sur le système. Et si elle avait la tête dure, lui aussi. Elle n’aurait pas le dernier mot !

***
(A Suivre)
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"Comment ça, je dois dormir dans un clapier surpeuplé?
- C'est comme ça et pas autrement,
Monsieur mon futur repas...
- Futur quoi?"


Le scandale de l'élevage 
en batterie des lapins
Bioaddict

   (...) Ce mardi 2 juillet, une délégation de L214 a remis à la Commission européenne 40 000 signatures de citoyens français demandant l'interdiction de l'élevage en cage des lapins.

   La requête de l'association de protection des animaux fait suite à quatre ans d'enquêtes au sein de la filière cunicole française, documentant les problèmes de bien-être causés aux animaux par cette forme d'élevage.

   En mars dernier, L214 révélait en effet les conditions d'élevage exécrables des lapins sur 8 sites de production industrielle français : de nombreux lapins morts ou malades au sein des élevages et des poubelles remplies de cadavres et de flacons d'antibiotiques.

   Reçue par Andrea Gavinelli, chef d'unité Bien-être des animaux de la Direction générale de la santé et des consommateurs, L214 a exposé le résultat de plusieurs années de recherches sur la production française de lapins de chair :

   / une haute morbidité : d'origine bactérienne (pasteurellose, colibacillose, entérotoxémie, staphylococcie, klebsiellose, salmonellose...) , virale (maladie hémorragique virale) ou parasitaire (coccidiose) ;
   / une consommation d'antibiotiques plus élevée que dans toute autre filière animale (proportionnellement 6 fois plus importante qu'en élevage porcin) ;
une haute mortalité : 20% des lapins de chair n'atteignent pas l'âge d'abattage de 73 jours.
une liberté de mouvement entravée par des densités d'élevage très élevées (jusqu'à 19 lapins/m2) et des cages exiguës ;
   / un environnement dénué de tout aménagement et un sol grillagé source de blessures aux pattes et d'écrasement de lapereaux. La Directive 98/58 CE concernant la protection des animaux dans les élevages exige une liberté de mouvement conforme aux besoins éthologiques et biologiques des animaux. Cette condition n'étant jamais respectée en élevage en cages de lapins, L214 a demandé au représentant de la Commission européenne de mettre les pratiques de l'élevage cunicole en conformité avec droit européen en interdisant l'élevage des lapins en cages de batterie.(...)

   (...) Le mercredi 27 mars 2013, L214 a rendu public un film d'enquête réalisé dans 8 élevages français de lapins de chair, commercialisant notamment la viande dans les grandes surfaces. Les images ont été filmées entre novembre 2012 et janvier 2013 en Bretagne et Poitou-Charente.

   L'enquête réalisée dans la plus grande zone productrice de France montre les conditions d'élevage exécrables des lapins élevés pour leur viande et l'état de santé très dégradé de nombreux animaux. Les images montrent de nombreux lapins malades (syndrome vestibulaire), blessés (infections aux yeux, oreilles, nécroses...) ou morts au fond des cages dans des élevages comptant en moyenne plus de 6000 animaux. Huit à neuf lapins s'entassent dans chaque cage de batterie nue. Chaque animal dispose d'une surface équivalente à une feuille A4.

   Les statistiques professionnelles indiquent que 20 lapins sur 100 meurent dans les élevages avant d'avoir atteint l'âge de deux mois et demi.

   La vidéo d'enquête montre également des poubelles remplies de flacons antibiotiques et d'hormones. Selon l'Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses), les lapins sont les animaux d'élevage les plus exposés aux antibiotiques. En 2011, 71.09 tonnes d'antibiotiques ont été vendus à destination des élevages cunicoles. Pour une production de viande équivalente, il faut au moins 6 fois plus d'antibiotiques pour l'élevage de lapins que pour l'élevage porcin.

   La viande de lapin présente également le taux de résidus d'antibiotiques non conforme à la réglementation le plus élevé (0,62% en 2010). En 2010, un échantillon prélevé en France présentait un résidu de Chloramphénicol, un antibiotique interdit du fait d'une grave toxicité potentielle. (...)


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"Oh, un joli papillon... Je fais un voeu."
(Le chat):
"Oh, un joli papillon,
je fais un bond... 
et, hop!"

(outerlimboから)

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(Voiture allemande non polluante)


Limitation en trompe l'oeil 
pour les émissions de CO2 
des voitures européennes
Claire Stam à Francfort 
© 2013 Novethic - Tous droits réservés

   (...) Selon l’accord conclu entre les représentants du Parlement européen et la présidence irlandaise le 24 juin 2013, les constructeurs devront limiter les émissions de CO2 de leurs flottes automobiles à une moyenne de 130g/km de CO2 d’ici 2015, et 95g/km d’ici 2020. Pour être validé, l’accord doit être voté par les Etats membres et le Parlement.

   Ce seuil-limite fixé par Bruxelles aura un impact certain sur l’industrie automobile allemande. Selon l’organisation International Council on Clean Transportation (ICCT), la flotte automobile des constructeurs allemands émet en moyenne 147g de CO2/km, contre une moyenne européenne de... 132g de CO2/km (en 2011). «Les constructeurs allemands se sont concentrés sur la production de grosses cylindrées, explique Gerd Lottsiepen, de l’Organisation pour une mobilité écologique. Ils ont produit des modèles toujours plus lourds, toujours plus puissants et fortement émetteurs. Limiter les seuils d’émissions revient à revoir la conception de leur modèle économique et de leurs stratégies». (...) 

   (...) Un argument repris par l’industrie automobile allemande : revoir les modèles signifie devoir disposer de temps et de moyens pour développer de nouvelles technologies répondant aux normes européennes. Or, dans cette course contre la montre, elle s’estime "lésée" par rapport à ses concurrentes française et italienne, qui, avec leurs modèles de moyenne gamme, électriques et hybrides, peuvent remplir plus facilement et plus rapidement les objectifs européens. Des arguments entendus par Bruxelles, qui a mis en place un système de bonification prévoyant l’attribution de crédits d’émissions de CO2 aux fabricants de modèles faiblement émetteurs. 

   «Les constructeurs allemands tentent avec ces crédits de contourner les seuils fixés par Bruxelles pour pouvoir continuer à vendre leurs gros modèles», critique Wolfgang Lohbeck, expert du secteur automobile chez Greenpeace. De quoi s’agit-il? Appelés «super crédits», ces allocations doivent favoriser le développement des technologies électriques et hybrides. Pour les organisations environnementales, il ne s’agit ni plus ni moins que de « permis à polluer ».

   Les «super crédits» sont calculés sur la base d’un facteur multiplicateur, ou coefficient. Ainsi, si on applique un coefficient 2, la vente d’une voiture électrique à zéro émission sera comptabilisée deux fois et permettra la vente de deux voitures émettant 190g de CO2/km. Cette astuce comptable permet au constructeur de pouvoir remplir l’objectif des 95g de CO2/km - tout du moins sur le papier. Plus le coefficient sera élevé, plus le dispositif sera avantageux aux constructeurs de véhicules fortement émetteurs. 

   C’est donc sans surprise que les constructeurs allemands revendiquaient pendant les négociations l’application d’un coefficient de... 3,5 pour 2016, 1,5 pour 2020. Les négociateurs européens ont finalement retenu le coefficient 2, applicable en 2020 et pour 3 ans. Les constructeurs allemands souhaitaient une entre en vigueur à plus court terme, demande rejetée, de même que celle visant à transférer les crédits inutilisés d’une année sur l’autre.

   «En fait, l’application des super crédits contribuera à reporter de facto les objectifs des 95g de 2020 à 2023. L’objectif sera atteint, oui, mais avec trois ans de retard», relève Gerd Lottsiepen. Pour autant l’accord n’est pas entièrement mauvais selon les ONG. Comme le résume Wolfgang Lohbeck, «nous aurions préféré avoir un accord avec les 95g de CO2/km sans les super crédits, mais nous aurions également pu voir bien pire». (...)


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Luc Desle